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Full text of "Histoire de la chasse en France depuis les temps les plus reculés jusqu'á la révolution"

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Boston Public Library 

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pencil. Penalties for so doing are imposed by the 
Revised Laws of the Commonwealth of Massachusetts. 

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l(7sf stamped belo^v. 





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HISTOIRE 



I)K 



LA CH 

EN FRANCE 







DEPUIS LES TEMPS LES PLUS RECULÉS JUSQU'A LA RÉVOLUTION 



Le baron DUNOYER DE NOIRMONT. 



Et riules geas en tout le nioiit 
Si volontiers Kacier ne vont 
Ne en rivière com François 
Et orent fet toiisjours anrois. 

{Chronique (le Philippf Mouskk. 



TOME DEUXIÈME 

DROIT DE CHAiSJSE. ~- «IBIER 
CHIEBi'S — VÉNERIE 



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PARIS 



IMPRIMERIE ET LIBRAIRIE DE M"'« V' BOUCHARD-HUZARD, 

RFE DE l'Éperon, 5. 






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HISTOIRE 



DE 



LA CHASSE 

EN FRANCE. 



HISTOl RE 



DE 



LA CHASSE 

EN FRANCE 

DKPUIS LES TEMPS LES PLIS RECULÉS .IlSOU'A LA RÉVOLUTION 

PAR 

Le baron DUNOYER DE NOIRMONT. 



Kt uules gens eu tout le inoul 
Si volontiers Kncier ne vont 
Ne en rivière com François 
Et orent fet tousjoiirs nnrojs. 

(Chronique de ['mk.ipi'I- Mihiskk.) 



TOiME DEUXIÈME 

DROIT 1»F. CHASSE. — CilUlER. — €HII^:.\»i 
VÉIVF.RIE 



PARIS 



IMPRIMERIE ET LIRRAIRIE DE M-^^ V ROIJCHARD-HUZARI), 

RI'E DK I.'ÉPEROX, 5. 

18G8 



LIVRE IL 



HISTOIRE DU DROIT DE CHASSE EN FRANCE. 



iiens. 



CHAPITRE PREMIER. 



Depuis les premiers temps de la monarchie jusqu'à 
la fin du XVe siècle. 



Sous les Rois des deux premières races, la chasse Droit dédiasse 
était libre. Du moins on n'aperçoit dans les lois au- normérovin- 
cune disposition qui l'interdise en principe à per- 
sonne (1). Il était seulement défendu de s'emparer du 
gibier pris aux pièges d'un autre ou de la bête que 
ses chiens avaient forcée. La loi des Visigoths, qui 
fut longtemps observée en Septimanie, est la seule 
qui interdise, de plus, de chasser sur la terre d'au- 
trui (2). Chez les Francs, comme chez les autres Ger- 
mains, les forêts constituaient une propriété collective 



(1) Sauf probablempnt les esclaves et les serfs, encore n'en est-il 
fait aucune mention. 

(2) Lib. Vni, 22. 

H. 1 



dont la jouissance était cunmiune (l). Après leur 
établissement dans les Gaules , elles ne passèrent que 
peu à peu à l'état de propriété privée. Les Rois méro- 
vingiens se réservèrent d'abord la chasse de certaines 
forêts. Les grands chefs en firent de môme pour des 
bois moins considérables, et arrivèrent à la longue à 
se les approprier, ou tout au moins à en acquérir la 
jouissance exclusive, en laissant la propriété du fonds 
au pouvoir souverain (2). Les Rois mérovingiens fai- 
saient strictement garder les forêts qu'ils s'étaient 
appropriées. On a déjà pu en voir un exemple dans 
l'histoire tragique du chambellan Chundo. Les vies 
des saints, auxquelles il faut toujours avoir recours 
pour trouver quelques détails sur ces temps reculés, 
sont remplies d'anecdotes relatives aux persécutions 
que les gardes des forêts royales faisaient endurer 
(\> aux pieux personnages réfugiés sous leurs ombrages 

l solitaires. Ces forestiers, qui tendaient souvent à 

I ' transformer en propriété personnelle les domaines 

' confiés à leur garde, accusaient les moines d'infester 

les chasses royales en effarouchant le gibier, et d'en 
amoindrir l'étendue par leurs défrichements (.3). Un 
des gardiens de la forêt que la Seine renferme dans 
ses replis près de Duclair (aujourd'hui la forêt du Trait) 
alla jusqu'à menacer de sa lance saint Wandregisile, 



(1) Ozanam, Irx Germains avanl le clirislianismt'. 

(2) V. les textes cités par Ducaiigo, v" Forrsta. — Merlin, v" Chasse. 
— Élurles d'Economie foreslière, par M. Clavé. Revve (1rs DexiT-Mnn- 
iles, \" fYwrier 1862. 

(S) Uislnirr des vioinis iVOcciilcnL t. H 



fondateur de l'abbaye de Foiilenelle, qui prit plus 
tard de lui le nom de Saint-Wandrille (047). Les col- 
lègues de ce sauvage forestier se contentaient de voler 
les chevaux de transport et de labour de saint Phili- 
bert, qui vint à la même époque construire, non loin 
de Fontenelle, l'abbaye fameuse de Jumiége (1). 

Les grands chefs n'apportaient pas moins de ru- 
desse à la conservation de leurs forets. Jonas d'Or- 
léans leur reproche en termes pathétiques leur pas- 
sion effrénée pour la chasse et les violences qu'elle 
leur faisait commettre. « C'est une chose misérable et 
tout à fait digne de larmes, dit-il, que pour des bêtes 
qui n'ont point été nourries de la main des hommes, 
mais que Dieu fait vivre pour l'usage commun de 
tous, les pauvres soient dépouillés par les puissants, 
battus de verges, jetés dans les prisons et souffrent 
beaucoup d'autres violences. Ceux qui agissent ainsi 
peuvent alléguer la loi du monde, mais je leur de- 
mande si la loi du monde doit abroger celle du 
Christ? » Les Rois et Empereurs de la dynastie car- Droit dédiasse 
lovingienne s'efforcèrent en vain d'arrêter les usur- , .'°"f j'" 

o Rois et Enipe- 

pations commises par les seigneurs dans les forêts '"'^"^^ 

carlovingien;'. 

du domaine public. Tout ce qu'ils purent faire à cet 
égard fut de leur interdire le droit d'instituer de 
nouvelles forets sans leur ordre ou leur permission. 
On entendait alors par forêt tout domaine où la chasse 
était réservée, ce qu'on appela plus lard terre en 
fjarennc ou en, défense (2). 



(1) llisloirc (les moines rrOccident, t. II. 

(2) Capilulaires, liv. IV. — Ducange, v° Forrsia. 



Les Eni4),ereui'S el les Rois carlovingiens continuè- 
rent de fçfire garder soigneusement les forêts de leur 
domaine. Les Capilulaires de Charlemagne ordonnent 
à plusieurs'treprises aux officiers impériaux de bien 
faire conserver le gibier du souverain, de veiller à ce 
que les personnes qui ont obtenu permission d'en 
prendre une ou plusieurs pièces n'outre-passent pas 
ces permissions, et d'empêcher qu'on ne tende des 
pièges dans les forets domaniales. Tout homme libre 
qui s'est rendu coupable de ce dernier délit payera 
une amende ; si le délinquant est un serf, le maître 
en sera responsable. 

Si un comte, un centenier ou autre officier public 
[mmistenalis] se permet de voler le gibier impérial, 
il sera amené en présence de son souverain, qui 
prononcera sur sa punition ; toute autre personne 
sera rigoureusement soumise à la composition ou ran- 
çon du délit. Chacun est tenu de révéler les délits de 
chasse dont il peut avoir connaissance (1). 

Les forestiers impériaux ou royaux de l'époque car- 
lovingienne étaient des personnages considérables. 
Les premiers comtes de Flandre prenaient le titre de 
Forestiers, et prétendaient qu'un de leurs ancêtres 
avait reçu ce titre de Charlemagne. Les comtes d'Anjou 
se disaient descendus d'un Gallo - Romain nommé 
Torquatus, établi par Charles !e Chauve forestier du 
Nid de Merle, U>ïv\ qui s'étendait d'Angers «i Rennes, 



(Il Ctipitiildirrs do 800, 80Î el 813. 



où il demeurait mal(/rc les Bretons, vivant de la diver- 
sité de ses engins de chasse (1). 

Après l'organisation complète du système féodal, oion dot liasse 
les seigneurs qui s'étaient emparés des droits régu- it^oîneKo- 
liers n'interdirent d'abord la chasse que dans leurs calmes. 
garennes ('2). Il était alors défendu aux roturiers de 
chasser dans la garenne du seigneur, et cette défense 
fut sanctionnée par les établissements de saint Louis 
(1270). « Hons ( homme ) coustumiers (3) si fet 60 sols 
d'amende se il brise la sesine son seigneur, ou il 
chace en ses garennes, ou il pesche en ses estangs. » 

De même le vassal noble perd son fief si, sans 
congé, il pêche dans les étangs ou chasse en la ga- 
renne du suzerain. Un arrêt de la même époque 
déclare amendable celui qui prend cerf ou biche en 
lieu où il y a garenne. Les anciennes coutumes du 
Beauvoisis portent que ceux qui dérobent des connils 
ou autres bêtes sauvages dans la garenne d'autrui, 
s'ils sont pris de nuit, seront pendus, et si c'est de 
jour payeront une amende de 60 hvres pour un gen- 
tilhomme et de 60 sols si c'est un homme de poste ou 
poeste [homo potestatis, un colon presque serf). Il est 
à remarquer que la pénalité frappe ici nobles et non 
nobles, et même que l'amende infligée aux derniers 



(1) Code des chasses, t. P'. — Paris, 1720. 

(2) Le mot de garenne (warenna) dérive du mot tudesque ivaren ou 
wehren, défendre; warenna, idem quod silva defensa in qud neinpc 
venmi nisi domino licel, Ghart. ann., 1353, ap. Ducang., v" Warenna. 
— Ce terme s'appii(iuait à toute chose réservée et même à la pèche 
de certains étangs. 

(3) F'aysan soumis à certains droils rpù l'assimilaient presque à un 
seri".- 



— C^ — 



est vingt fois moins forte (1). Dans les privilèges ac- 
cordés par Charles V aux habitants de Mailly-le-Chàtel 
(1371), il est dit que celui qui sera accusé d'avoir 
chassé en plaine dans la garenne du seigneur sera 
cru sur son serment. S'il refuse de prêter serment, il 
sera condamné à l'amende. 
n.oii de suite Le droit de suite était déjà reconnu à celte épo- 
que. Un arrêt du parlement de Paris, de l'an 1290, 
en fait foi. Cet arrêt condamne le maire et les jurais 
de la ville de Crespy en Laonnais à restituer au sire 
de Coucy un cerf que ses veneurs avaient forcé dans 
les environs de cette ville et dont les habitants s'étaient 
emparés (2). 

On lit dans la Somme rurale de Bouteiller : « Au- 
cuns font différence de leur proye et de la chasser 
jusque sur l'autre à voie d'œil ; à celuy appartient 
pour raison de la suite, et ainsi le veulent les cous- 
lumiers de présent (3). » 



(1) En l'année 12'J3, les hal^itants des différents villages qui entou- 
rent la forêt de Montmorency se plaignirent à leur seigneur des dé- 
gâts que le gibier causait à leurs champs. Mathieu de Montmorency, 
faisant droit à leurs réclamations, les autorisa à tuer, à prendre et à 
emporter lapins, cerfs, ])iches, sanglier, bêtes grosses et menues et oi- 
seaux de sa garenne. {Env. île Paris, par A. Joanne.) 

En 1320, les habitants du village d(> Deuil, près Paris, pour obtenir 
de leur seigneur, Bouchard de Montmorency, la destruction de sa r/a- 
renne, s'engagèrent à lui jiayer dix sols ])arisis par cluKpie arpent de 
vignes et de terre. 

(2) L'arrêt de 1290 est cité dans tous le^ anciens traités sur le droit 
dt! chasse. Le texte latin en est reproduit in extenso dans un intéres- 
sant article sur le droit d" suite, ]»ar M. A. Sorel {.loiirnal (les Chas- 
srurs, XXVI» année. 

(3) La Sammf rurfih de Jcjian Rouleiiler, conseiller nu parlement 
de Paris, fut impiimêi' ]inur la iMemjén' fois h nruge> (>n l'iTO, du 
vivani de i'auleui'. 



féodaux. 



Ce droit, si bien constaté en théorie, était souvent 
peu respecté dans la pratique par les barons féodaux 
et leurs gens, comme nous allons le voir tout à l'heure, 
et ce fut justement un sire de Coucy, quelque trente 
ans avant l'arrêt de 1290, qui nous fournira l'exemple 
d'une de ses violations les plus criantes. 

Les grands feudataires faisaient garder leurs ga- lorcsuers 
rennes par des forestiers héréditaires qui tenaient 
leur office en fief. Ces forestiers, tous gentilhommes, 
occupaient une place importante dans la hiérarchie 
féodale. 

En 1273, Arnaud d'Espagne était forestier hérédi- 
taire du duché d'Aquitaine pour la forêt de Sault. 
S'il y trouvait quelqu'un chassant sans en avoir le 
droit, il était tenu de l'arrêter et de le conduire au châ- 
teau de Bordeaux. Le cheval et les chiens du délin- 
quant appartenaient au forestier, et, s'il était nanti de 
quelque pièce de gibier, le premier quartier de la 
bête était remis au connétable du duché (1). 

Ces forestiers exerçaient rigoureusement leur of- 
fice , et la rudesse des mœurs féodales entraînait 
souvent des actes barbares de répression. Bien des 
guerres privées et des haines de famille prirent leur 
origine dans ces querelles de chasse. Le vieux poëme 
des Loherains {\\f siècle) nous a conservé la tradition 
d'un fait de ce genre. 

Begon, duc ou marquis de Belin, frère du duc de 
Lorraine Garin, s'est égaré en poursuivant un san- 



(1) Ducangc, v" Forcsiariiis de feodo 



— 8 — 

glier. Il se trouve à son insu dans la forêt de son 
ennemi, Fromond de Lens, où il est aperçu par le 
forestier, qui court prévenir le sénéchal du domaine 
et lui propose d'aller punir le brenier (1). 

S'il vous plaist, sire, et m'en donnez congié 

Messires (le suzerain) ait le sanglé et les chiens 

Le cor divoire qui tant fait à i)risier 

Et vous aurez le bon courant destrier. 

Ce est uns lerres (larron) qui molt est costumiers 

De pors embler (voler) et de forest cerchier. 

Le sénéchal envoie six hommes avec le forestier : 
« Allez, leur dit-il, si vous trouvez homme qui ait 
forfait de rien, si Vomez, je vous le commande, je 
vous en serai garant devant toutes cours de justice. » 

Le forestier et sa bande trouvent le Loherain assis 
sous un tremble, un de ses pieds posé sur le corps 
du sanglier; ses chiens sont couchés d'autre part, et 
devant lui son destrier gratte, hennit et fouille la 
terre du pied. 

Les gens de Fromond interpellent brutalement le 
chasseur égaré : « Es-tu veneur, toi qui es assis sur 
ce tronc d'arbre? ^e porcs occire qui te donna congé? 
Celle forél est à quinze parsonniers (copropriétaires), 
nul n'y chasse sans leur permission. La seigneurie 
en est à Fromond le Viel. » 

Après ce discours, l'arrogant forestier veut arracher 
à Beeon sou cor d'ivoire à neuf viroles d'or. 



(1) Ce mot avait alors le sens que nous donnons au mot braconnier. 
Le brenier était originairement un valet de chiens, comme le bra- 
connier é\.a.\[ le garde iV'f. bracons ow brachels. Ce mot dérive de bren, 
son, à cause du pain de son dont il nourrissait les chiens confiés à sa 
garde. 



# 



« A col de duc ne prendrez jamais cor ! » s'écrio 
le Loherain en le frappant d'un coup mortel. Il s'en- 
suit un combat où le sire de Belin périt, assassiné 
traîtreusement par un des gardes, et la vieille que- 
relle des Loherains et de Fromond de Lens, apaisée 
naguère à grand'peine, recommence avec une nou- 
velle fureur. 

Sous le règne de saint Louis, en 1259, trois nobles 
enfants, venus de Flandre pour étudier la langue fran- 
çaise en l'abbaye de Saint-Nicolas-au-Bois , près de 
Laon, étaient un jour allés chasser des connins au bois 
de la Haye, sans chiens, avec arcs et sagettea. En pour- 
suivant le gibier qu'ils avaient fait lever dans le bois 
de l'abbaye, ils entrèrent dans la garenne de messire 
Enguerrand de Coucy. Ils furent aussitôt saisis par les 
forestiers, et le farouche baron fit pendre sans forme 
de procès ces malheureux enfants qui ne connais- 
saient pas la coutume ni la langue du pays. Sur les 
plaintes de l'abbé et de Gilles de Trazegnies, conné- 
table de France, parent d'une des victimes, le Roi fit 
arrêter messire Enguerrand et le fit enfermer dans la 
tour du Louvre. Il se disposait à en faire droite jus- 
tice et à le punir de telle mort comme il avait fait 
mourir les enfants. Tout le baronage de France inter- 
vint en faveur du sire de Coucy, et obtint à grand'- 
peine que sa vie fût épargnée. Mais le Roi le fit con- 
damner à dix mille livres parisis d'amende, à la pri- 
vation de son droit de haute justice et du droit de 
garenne en toutes ses terres. Il dut, de plus, demeu- 
rer outre mer pendant trois ans pour aider à défendre 
la terre sainte à ses propres dépens, et fonder deux 



— 10 — 

chapelles, où l'on célébra des services pour l'àme des 
trois enfants cruellement mis à mort (1). 

Quelques seigneurs iniques et violents abusaient de 
leur pouvoir pour mettre en garenne les terres de 
leurs vassaux, nobles ou roturiers. Un certain Jean 
de Moly avait établi injustement un droit de garenne 
sur les vignes, blés et jardins de ses hôtes (c'est-à-dire 
des colons libres qui lui devaient une certaine rede- 
vance dite hostise]. Il leur extorqua une somme d'ar- 
gent en leur faisant promesse d'y renoncer. Malgré la 
foi du serment, il rétablit ce droit par violence, 
comme en témoigne un procès intenté contre lui à 
ce sujet en 1259 (2). Guy, sire de Laval, et André, 
sire de Vitré, sur le conseil d'un de leurs forestiers, 
envahirent et mirent en garenne le domaine d'un 
vavassor nommé Adam, lequel était enclavé dans 
leurs forets ; après plusieurs années de réclamations 
inutiles, le pauvre diable n'obtint la restitution de 
son héritage que sous condition d'en faire don à 
l'abbaye de Saint-Serge, dans laquelle, de désespoir, 
il prit lui-môme l'habit monastique (3). 

Nos Rois n'eurent jamais recours à ces excès de 
pouvoir, et jamais leurs officiers ne réprimèrent les 



(1) Chroniques de Guilldumi' lIo Nangis. — Gel acU' do justice no 
plut pas à tous les seigneurs ; l'un d'eux, nommé Jean Tliourot, s'é- 
cria ironiquement : « Si j'étais le Roi, j'aurais fait pendre tous mes 
barons, car, le premier pas l'ait, le second ne coûte guère ! d — « Com- 
ment, Jehan, repartit Louis IX. vous dites cpie je devrais l'aire pendre 
mes barons! certainement je ne Ips liMiii jias pendre, mais je les châ- 
tierai, s'ils melTont. » 

(2) Hisloire des grandes f'nréis. par Alfred Maiirv . 
(3^ Ihidetn. 



M, 



— Il — 

délits de chasse avec celte brutalité ^1 ). Les souverains 
s'efforcèrent même de mettre un terme à l'abus que 
faisaient les barons du droit de garenne. En 1318, 
1355, 1356 et 1376, les Rois Philippe le Long, Jean 
et Charles V rendirent des ordonnances par lesquelles 
ils abolissaient toutes les garennes faites depuis qua- 
rante ans, sans même en excepter celles du domaine 
royal, et donnèrent congé à tout particulier d'y chas- 
ser sans amende (â). 

Tandis que les Rois anglo-normands punissaient si 
cruellement tout délit commis dans leurs domaines, 
le chasseur audacieux qui se permettait de transgres- 
ser les limites des forets royales de France en était 
quitte pour une amende, aux termes d'un règlement 
de l'an 1273. Nos souverains se montraient eux- 
mêmes fort respectueux des droits du voisin. En 1276, 
Robert le Veneur, forestier royal de la forêt de Bière 
(Fontainebleau), prit un cerf sur les terres de l'abbaye 
de Notre-Dame de Larchant, malgré l'opposition de 
Guillaume, maire féodal du chapitre. Une enquête 
s'ensuivit, et le Roi Philippe le Hardi, reconnaissant 
les torts de son forestier, ressaisit le chapitre du corps 



(I) Au commencement du xiv« siècle, l'administration des forets 
royales fut confiée aux Maîtres des Eaux et forêts : ils avaient au-des- 
sous d'eux des Verdiers ( officiers ayant garde et juridiction sur une 
certaine étendue de bois); des Gruyers, subordonnés aux Verdiers et 
dont la juridiction était moins étendue; et des Sergents forestiers. 

{1) Legrand d'Aussy, t. I"''. — Traité du droit de chasse, par Delau- 
nay; 1681. — En 136i, Cluirles V accorda aux habitants du hameau de 
Passy, dans la forêt de Rouvray, l'autorisation de prendre les connils 
qui feraient des dégâts dans Ipurs rérnites. (Jj'^ fùiviroiis dr Paris it- 
luslrrs, par A. Jeanne.) 



— li — 

du délit au moyen de la Iradition qu'il fit d'une effigie 
de cerf (1). 

Les Rois de France accordaient des permissions de 
chasse dans leurs forêts avec une facilité dont on 
abusait souvent. Une ordonnance de Philippe de Va- 
lois (1346) contient les dispositions suivantes à ce 
sujet : « Item, pour ce que nous avons donné à plu- 
« sieurs personnes la chace d'aucunes de nos forests 
« pour chacier à toutes bestes, lesquelles personnes 
« ont donné et donnent à d'autres leurs dites chaces 
« en icelles; ordonné est que nul ne pourra chacier 
« si ceulx à qui ils sont donnés n'y sont ou leurs gens, 
« et que ce soit pour eux ou en leurs noms. » 

Charles VI, voyant ses forêts dépeuplées, ordonna 
que dorénavant aucune permission ne serait valable 
si elle n'était signée du duc de Bourgogne. 

D'anciennes instruclions sur le fait des chasses^ ga- 
rennes et déduits des forêts du royaume, rapportées 
sans date par le Code des chasses, mais certainement 
authentiques, établissent nettement les règles du droit 
de chasse telles qu'elles étaient fixées vers le milieu du 
xiv*^ siècle (2). 

On y voit que « personnes non nobles peuvent 
chasser partout hors garennes, à chiens, à lièvres et 
connins, à lévriers ou chiens courants ou à chiens, à 
oiseaux et à bâtons. » 11 leur est seulement interdit de 



(1) Les iiKiintmenls <lr Srinc-rl-MarDr , jiar MM. AmiJdOc Aufauvro 
el G. Fichol. 
C?) Coric iirs chasses, clc Paris, IT20. 



— 13 — 

tendre des engins ou filets aux faisans et perdrix 
sans congé des hauts justiciers en leurs hautes justices 
et garennes. 

Les gentilshommes peuvent chasser à connils et 
lièvres avec engins hors garennes et aux grosses betes 
dans leurs garennes^et non ailleurs, si titres ou pos- 
session n'en ont. 

Il est interdit à tous de tendre depuis soleil couchant 
jusqu'à soleil levant. 

Les barons seuls ont le droit de prendre un héron 
vif, si ce n'est à faucons ou autres oiseaux gentils, à 
peine de 60 sols d'amende. 

Il est défendu, sous peine d'amende, de prendre 
colombs de colombier, ou privez.en hostel. 

Aucun noble ou autre ne peut voler au gibier ni 
tendre de filets dans les garennes du Roi. 
■ Les gens de métier ou de labour ne peuvent avoir 
en leurs maisons ou ailleurs aucun harnois ou filets 
à prendre bêtes grosses et menues, faisans ou per- 
drix, sous peine de confiscation desdits engins. 

D'après une ordonnance de Philippe le Long (1318), 
nul ne peut tenir /wrom (furets) ni rezeuls (réseaux, 
filets) s'il n'est gentilhomme ou s'il n'a garenne, sous 
peine de 60 sols parisis d'amende ou la volonté du 
Roi ou du seigneur du lieu. 

Il est défendu, sous les mêmes peines, de faire des 
panneaux à connils et à lièvres, qu'on ait garenne 
ou non. Tous ceux qui possèdent de ces panneaux 
les apporteront au château du ressort où ils sont, 
pour qu'ils soient ards à jour de marché devant le 
peuple. 



LL. 



— 14 — 

Les larrons de conniU et de lièvres seront empri- 
sonnés et punis asprement selon Icnn méfaits. 

Il était de plus interdit parles coutumes de chasser 
à pied ou à cheval pendant que les récoltes sont sur 
pied, et de tendre aux perdrix et aux oiseaux de ri- 
vière depuis le 1*^' août jusqu'à la Toussaint. 

Le gibier pris au lacet était confisqué sur les mar- 
chés, et en certains lieux des jurés étaient chargés de 
s'assurer de la fraîcheur de celui qui était mis en 
vente (l). 

De tout ce qui précède, il résulte qu'il était dé- 
fendu, tant aux nobles qu'aux vilains, de chasser sur 
la terre d'autrui ; mais chacun avait droit de chasser 
sur sa propre terre, et Boulillier pouvait encore écrire 
au xv^ siècle : « Bestes sauvaiges et oiseaux qui 
« phaonnent en l'air par le droit des gens sont à 
« celui qui peut les prendre (2). » La noblesse s'efforça 
de bonne heure de faire du droit de chasse un privi- 
lège en sa faveur, et elle y parvint en principe. Le 
Dauphin de Viennois interdit formellement la chasse 
aux roturiers de ses domaines, sauf celle des chamois 
et bouquetins, pour laquelle ils devaient payer une re- 
devance (1335). Des lettres royaux de Charles YI tou- 
chant la chasse, promulguées en 1396, portent : que 
plusieurs non-nobles, laboureurs et autres qui, par 
eux-mêmes, n'avaient aucun droit de chasse ni aucune 
permission pour chasser , entretenaient cependant 



(1) Monteil, t. IH. — Ducange, v" Vidrrnris. 

(2) La Soimiic rurrik... Bruges, 1479. 



— lâ- 
chez eux chiens, t'ui'els, lacs, filets el aulres engins 
propres à prendre grosses betes rouges et noires, 
lapins, lièvres, perdrix, faisans et aulres animaux ; 
qu'ils pénétraient dans les garennes du Roi et des 
seigneurs , ce qui donnait lieu à des querelles , 
exposait les délinquants à être mis en prison et à 
payer de grosses amendes, les détournait du labou- 
rage el du commerce, elles conduisait insensiblement 
à devenir larrons et meurtriers. De plus, lorsque le 
Roi el sa noblesse voulaient prendre le plaisir de la 
chasse, ils trouvaient leurs bois et leurs garennes en- 
tièrement dépeuplés. Pour remédier à ces abus , 
Charles VI défend aux non-nobles qui n'auraient 
point de privilège spécial pour la chasse, ou qui 
n'auraient point obtenu de permission des personnes 
compétentes, de chasser à bêtes grosses ou menues, 
ni à oiseaux en garenne, ni dehors, et d'avoir en 
leurs maisons chiens, furets ou engins. Il fut ordonné 
que, s'ils en avaient, les nobles ou juges des lieux oii 
ils demeureraient ou dans lesquels ils chasseraient 
pourraient les leur enlever. Le droit de chasse fut 
cependant laissé à ceux des gens d'église à qui il 
appartenait par lignage ou par quelque autre litre, el 
aux bourgeois vivant de leurs héritages et rentes. Il 
fui aussi permis aux gens de labour d'avoir des chiens 
pour écarter de leurs cultures les porcs et autres bêtes 
sauvages, à condition que, s'ils prenaient un de ces 
animaux, ils le porteraient au seigneur ou au juge. 
Faute de le faire, ils étaient condamnés à l'amende 
el au payement de la valeur de la bêle. Ces lettres 
sont adressées à Guillaume, vicomte de Melun, sou- 



— IG — 

verain maître et général réformateur des eaux et 
forets par tout le royaume, et à tous les autres maîtres 
et enquêteurs des eaux et forets (l). 

Des dispositions analogues furent prises par tous 
les suzerains féodaux. Dès le xnie siècle, les forestiers 
fieffés du duché d'Aquitaine avaient mission d'arrêter 
tout individu trouvé chassant dans les forêts ducales, 
s'il n'en avait permission spéciale ou s'il n'était pas 
gentilhomme. Au xv^ siècle, le duc de Bretagne, 
François II, interdit la chasse, sous peine de prison, à 
tous les roturiers de ses Étals (2). 

L'interdiction ne fut jamais absolue ; les bourgeois 
d'un grand nombre de communes conservèrent le 
droit de chasse qu'ils possédaient en vertu de privi- 
lèges immémoriaux ou de concessions spéciales plus 
récentes (3). Ces permissions étaient généralement 



(1) Ordonnances des Rois de France, t. VIII. — Sainte-Palaye. 

(2) La Bretagne ancienne et moderne, par M. Pitre Chevalier. 

(3) Voici, l'incllcation et la date de quelques-uns de ces privilèges 
octroyés aux communes : 

Château-Thierry, xii« siècle. 

Marseille, xiii* siècle. (Ce fut en vertu d'un traité conclu de puis- 
sance à puissance avec Charles d'Anjou que cette fière et puissante 
commune conserva son droit de chasse dans les îles voisines.) 

La Ferté-Milon, 1250 (privilège confirmé en 1290). 

Auch, 1312. 

Coynau, 1312. 

.Toigny, 1324-1368-1369. 

Sablé, 1326. 

Toulouse et Revel, 1357. 

Saint-Antonin et Montauhnn, 1370. 

Tonnay, 1374. 

Beauvoir, 1397. 

Aigueperse, 1462. 

(V. Merlin. — Lavalléo, Chasse à //r, — Legrand d'Aussy. — Moulcil.) 



accordées iiioyennaul la réserve honorifique d'une 
porlion des botes tuées. Il en était ainsi dans la cou- 
tume du Berry que la tradition faisait remonter au 
règne de saint Louis. Les habitants de la chàlellenie 
de Montignac devaient au comte de Périgord le quar- 
tier de devant de chaque bête rouge, et de chaque 
bête noire la tête et les quatre pieds. 

Les bourgeois de Saint-Palais en Berry chassaient 
toute espèce d'animaux dans la forêt voisine de leur 
ville, à la charge seulement, quand ils prenaient un 
cerf, un sanglier ou un chevreuil, de le présenter au 
prévôt (1). 

Les habitants du bailliage de Revel et de la séné- 
chaussée de Toulouse, s'étant plaints du dégât que 
causaient à leurs récoltes les animaux qui sortaient de 
la forêt de Yaur, obtinrent du Roi, en 1357, l'auto- 
risation de chasser cerfs, sangliers, chevreuils, loups, 
renards, lièvres, lapins et autres bêtes, même en se 
servant de ramiers (cum ramerio seu rameriisj (2), soit 
dans les bois qui leur appartenaient, soit dans la 
forêt de Yaur, à condition de remettre au maître des 
eaux et forêts de Toulouse la hure avec trois doigts 
au-dessus du col et au-dessus des oreilles de tous les 
sangliers tués, et la moitié du quartier de derrière 
avec les pieds des cerfs et chevreuils. Ce privilège 



(1) Ducange, v'= Filalunt ei Fer,T foresLr. 

(2) Ces, ramiers étaient, suivant Ducange, dos baliveaux courbés aux- 
quels on attachait un fort collet. L'arbre, en se redressant, étranglait 
les animaux pris au passage. Suivant M. Peigné-Delacour [Chasse ù 
la Haie), c'étaient des affûts ou abris de feuillage qui servaient à mas- 
quer les tireurs. 

H. 2 



— IS — 

s'étendit à tous les habitants du Languedoc (1). Les 
anciennes coutumes du comté de Comminges accor- 
daient également aux habitants de Bagnères-de-Lu- 
chon et de quelques vallées voisines le droit de tuer 
les grosses bêtes, moyennant hommage d'une portion 
de l'animal (2). Par lettres royaux de 1397, Charles VI 
octroyé aux habitants de Beauvoir en Béarn la per- 
mission de chasser, en retenant pour lui ou ses repré- 
sentants la hure et la trace des sangliers, la hanche et 
les pattes des ours, l'épaule des cerfs et biches, et les 
aires de tous les oiseaux nobles (3). 

Les bourgeois de la commune d'Aigueperse pou- 
vaient chasser même la bêle rousse, aux termes des 
lettres royaux de 1462. Ceux de Château-Thierry, en 
vertu de privilèges qui remontaient jusqu'au xn* siè- 
cle et qu'ils avaient obtenus en échange du bois de 
Barbillon, jouissaient du droit de chasser avec chiens 
et arbalètes dans une forêt située sur la rive gauche 
de la Marne. 

Le droit de chasser au lévrier et à l'épagneul, la 
bcujnette à la main et sans armes, dans la forêt de 
Villers-Cotterets, appartenait, dès le règne de saint 



(1) Morlin. — Code des chasses, t. I. — Ilisloirr des rjrandes forêts. 
Par transaction en date du li février l'jJO, passée entre le soigneur 
des terres duPujol et Mourcayrol et les hahitanls desdils lieux, ceux- 
ci avaient droit de chasser toute espèce de bêtes à la charge d'offrir au 
seigneur, de chaque cerf la tète et demi-quartier derrière du cimier, et 
du chevreuil la tête avecrépaulc, côte et cotillon, et la hure de chaque 
sanglier {Code des chasses, 1. 1). 

(2) Les Pyrénées, par le D' Lamhron. 

(3) In venaiionibus Aprornni reHnemus nohis capul ri iinr/ulns ri in 
vrnadonibus itrsorum cnchinm ri phinlos, crvvtiniui ri hirhannn rs- 
pavlfls... ri nninrs nidns nviiini vnbiliiint... 



Louis, aux bourgeois de la Ferté-Miloii. Ce droit leur 
fut confirmé par Philippe le Bel et Henri IV (1). 

Les dispositions qui réglementaient la manière de 
chasser étaient assez fréquentes dans ces actes de 
concession. Ainsi la charte par laquelle le Dauphin 
Jean accorde le droit de chasse aux bourgeois de 
Coynau porte qu'ils pourront chasser de toutes les 
manières qu'ils voudront à toutes espèces de bêtes 
sauvages et d'oiseaux, à l'exception des perdrix et des 
faisans, qu'ils ne pourront prendre qu'avec des oi- 
seaux de proie (2). 

Dès le xui*' siècle, les bourgeois des bonnes villes 
possédaient des fiefs et jouissaient de tous les droits 
attachés à cette possession, y compris le droit de 
chasse. Le nombre de ces fiefs possédés par la bour- 
geoisie alla toujours croissant, et avec eux le nombre 
des bourgeois chasseurs. 

Enfin nous venons de voir les lettres royaux de 
1396 excepter des défenses prononcées en général 
contre les roturiers, les bourgeois ayant privilège spé- 
cial ou vivant de leurs héritages et rentes. 

Dès les temps les plus reculés, les paysans étaient 
réduits en servage pour la plupart, et le droit de 
chasser leur était interdit, sauf quelques exceptions 
déjà signalées. Cette interdiction, qui résultait de leur 
étal presque général de serfs attachés à la glèbe et 
incapables de posséder des terres, est confirmée ex- 



(1) Carliei-, Hislniir du Valois. — Lavallée, .Iniiriial des chasseurs. 
VIP année. 

(2) Liherirs de le ville de Coi/iiaii , citées par Ducanp'', v" Fa^auus. 



— 20 — 

plicilenieiil par les lettres royaux de 139G, lorsque 
le servage commençait ù être aboli en beaucoup de 
lieux. 

En cas de contravention, les peines infligées aux 
vilains étaient d'ordinaire laissées à l'arbitraire des 
seigneurs, qui exerçaient sur eux un droit illimité 
de haute, basse et moyenne justice. Quelquefois, ces 
pénalités étaient réglées par des coutumes locales 
dont la rigueur variait étrangement d'une seigneurie 
ù l'autre. La coutume du Beauvoisis , précédemment 
citée, n'inflige qu'une amende de 60 sols au vilain 
qui chasse même dans la garenne de son seigneur. 
Dans le Béarn, le paysan qui prend une perdrix en 
est quitte pour une amende de 6 sols prononcée par 
la cour des Chênes (l) ; tandis que, dans la province 
limitrophe de Bigorre, la coutume locale prononçait 
des peines cruelles : « Ceux qui ont emblé bestes 
menues, la première fois qu'on leur taille le nez, une 
seconde fois qu'on leur taille le pied, une tierce fois 
qu'ils soient pendus (2). » 

Habituellement, les barons féodaux n'entendaient 
pas raillerie en fait de chasse, quoiqu'on ne trouve 
dans nos chroniques aucune trace de ces supplices 
bizarrement cruels infligés en pareil cas par les sei- 
gneurs d'Angleterre et d'Allemagne (3). 



(1) Mary Lafoii, Le l'Élat des personnes, dans te Moyen âge el lu 
licnaissancc, ouvrage ])ubli('' par M. F. Scré, t. I. 

(2) Ibidem. 

(3) En Allemagne, on vit jusqu'au xvi« siècle ((uclques seigneurs 
attacher des braconniers aux bois d'un cerf ou les coudre dans une 
peau de bêle et les faire déchirer jtar leurs chiens. (V. Fleming.) 



— 21 — 

Dans Icî Honian du Rcnarl (1), l'animal subtil, vou- 
lant rançonner un vilain, le menace de le dénoncer au 
comte de Champagne Thibaut ou à ses forestiers 
comme mjant en sel la venaison prise dans le dcfois 
(défense, garenne) du comte. « Certes, lui dit-il, je 
te ferai pendre au plus haut chêne de ces bois. » 



Ne pori'as raençon avoir, 

De toi nulc pitié n'aura 

Si tost com le voir (vrai) en saura 

Li Quens (comte) que volontiers destruit] 

Celui qui chacc sanz conduit (permis) 

Et bois, et sa venoison emble (vole). 



Cet ordre de choses était, du reste, adopté sans 
grande résistance. Le braconnage (2) ne prit jamais en 



(1) Tome II, édition de Méon. 

(2) Nous employons ce terme faute d'un meilleur. Le mot de bra- 
connier, qui est fort ancien , n'a signifié pendant tout le moyen âge 
qu'un veneur subalterne, chargé de mener les hracons ou bracliels 
(V. ci-dessous). Le roman de Garin le Loherain qualifie même de 
Braconnier mestre le premier veneur du Roi Pépin : 

Atant ont Ronart escrié 
Li braconnier qui l'ont véu 
Et li bracliet sont esméu. 

{Roman du Renarl, t. '[".) 
Mais là le sage braconnier 
Doit savoir com bon costumier 
Sil a chien qui se pregne garde 
Du change et celuy ayme et garde. 

(Trésor de Vanerie de Hardouin de 
Fontaines-Guérin.) 

Voir une note curieuse de M. le baron Pichon sur ce mot, ibid., 
p. 87. 

A la fin duxvi' siècle, Biaise de Vigenère qualifie encore de Wracoii- 
niers ceux qui prennent soin des hraqiirs du <:ri\m\ t\irc. (flliislrrdions 
sur Chalcnndyle, t. 1".) 



% 



France les proportions (ju'il atteignit en Angleterre 
sous la législation sanguinaire des rois normands et 
angevins, lorsque les bandes d'Outlaws du redoutable 
Kobin Hood et de William de Cloudesly ravageaient 
les forêts de la couronne en dépit des shériffs et des 
regardews royaux. Le vilain du pays de France se 
bornait à dérober à la cropie (1) les lapins de son 
seigneur et à murmurer quand passait un gentil- 
homme, l'oiseau sur le poing : « Ah ! ce milan man- 
gera une poule aujourd'hui et mes enfants s'en ré- 
galeraient bien tous (5). » Nos annales ne mentionnent 
qu'une seule circonstance où la liberté de la chasse 
ait figuré dans le programme d'une insurrection popu- 
laire, c'est la révolte des vilains de Normandie en 
996. Les nobles normands, encore à moitié Scandi- 
naves à cette époque, traitaient leurs serfs bien plus 
durement que les barons du reste delà France, sur- 
tout en ce qui concernait la chasse. 

« Mettons-nous hors de leur danrjier (pouvoir), di- 
saient les orateurs de la commune; nous sommes hom- 
mes comme ils sont; jurons de nous défendre l'un l'au- 
tre, et nous pourrons arbres trancher, pêcher dans les 
viviers et chasser dans les forêts à notre volonté (3).» 

Lorsque Henri V, Roi d'Angleterre , envahit la 



J) Eu sou cliapilrc (lualiiî-viuf^t-quali-ioiur, (lastou Plio-hus cnst-igni' 
il iirendn- les lièvres k\A croupie, c'esl-à-diic; en s' arc mu pissant pour 
se cacher, eu se mettant à l'affût. 

i;"2) Des viiif)Hrois manii-irs de i'/7a(/(.v, opuscule du \iu' siècle — 
Li vilains rrnprrrs e| // vilains liiénins. 

('^^ llnntaii de Rou. I. J. 



France ou 1 420, il n'essaya même pas de l'aire viljrer 
cette corde de la liberté de la chasse pour exciter le 
peuple des campagnes à se soulever contre les sei- 
gneurs nationaux, et, s'il fit appel à leurs rancunes 
sur ce point, ce fut uniquement au point de vue des 
charges que les vilams avaient à supporter pour l'en- 
tretien des équipages de chasse. « Il estoit tout con- 
clu, dit un chroniqueur, de préserver le menu peuple 
contre les grandes intortions qu'ils faisoient en France 
et en Picardie et par tout le royaume, et par espécial 
n'eust plus souffert qu'ils eussent gouverné leurs 
chevaulx, chiens et, oiseaulx sur le clergé ne sur le 
menu peuple (I). » 

A peine la noblesse avait-elle réussi à s'emparer 
du droit exclusif de chasse, que les Rois et les grands 
feudataires essayèrent à leur tour de se l'attribuer et 
d'en disposera leur fantaisie. Dès 1335, Humbert II, 
Dauphin de Viennois, prétendit ôter le droit de chasse 
à tousses sujets indistinctement; mais il dut bientôt 
céder à l'opposition énergique des gentihhommes et 
leur rendre un privilège dont les roturiers restèrent 
seuls exclus. La coutume de Hesdin porte que, lorsque 
le seigneur du pays (le comte d'Artois) ou son châte- 
lain de Hesdin veulent chasser dans la foret voisine, 
les seigneurs des environs ne peuvent chasser dans 
leurs bois que trois jours après la chasse du suzerain, 
afin que, pendant ledit temps, l'officier de ladite 



(1) Chroiiifjue de Pierre de Fénin. Ce? belles promesses n'eurent 
aucun succès. 



chàtellenie puisse rechasser les bêles eu ladite forèl, 
<i lesquelles, au moïen de ladite chasse, se seroient 
espavisées et allées esdits bois voisins (l). » 

Lorsque le cruel Hagenbach gouvernait, au nom 
de Charles le Téméraire, le Brisgau et le comté de 
Férette, il poussa la tyrannie jusqu'au point de vou- 
loir interdire tout droit de chasse, même à la no- 
blesse (2). Le Dauphin Louis, fils de Charles VII, 
essaya à son tour d'interdire la chasse à la noblesse 
dauphinoise et ne fut pas plus heureux queHumberl. 
Il fut obligé de révoquer sa défense en 1463 (3). 
Étant monté sur le trône sous le nom de Louis XI, ce 
prince ne tarda pas à vouloir étendre à son royaume 
un projet qui lui souriait si fort comme chasseur 
passionné et comme politique ; en concentrant dans 
ses mains une prérogative aussi exorbitante, il était 
sur, en efïet, d'augmenter sa popularité près des 
classes laborieuses, souvent vexées au nom du droit 
de chasse par leurs seigneurs, grands ou petits. Il 
comptait de plus recueillir de grosses sommes d'ar- 
gent en vendant des permissions. Le Roi commença 
par interdire la chasse dans ses domaines directs et 
par faire brûler, partout où il put les faire saisir, les 



(1) Cnde (les chasses, l. \". 

(2) lli'union île l'Alsace à la France, juir le cuiuk' Hallcz-Clainirèdr. 

(3) « Naguère, par le Maistre des Eaux et Korcsls, a esté faicte def- 
rensc générale audicl i)ays de chassera aucunes besles... s'il vous ap- 
Itert que h^sdits nobles ayent de toute ancienneté accoustuuié chasser 
• •t pescher en nostre dit pays de Daupliiné, ([ue les habitants ayent 
droit ou leur ait autrel'ois ]iar nous esté permis de chasser et pescher 
uioyennnnt le )tayi'ment de ladicte rente ou droicls, permellcz cl souf- 
l'rcz, etc. )i Ordonnance des Rds de France, Il juin I ifi.3. 



é^^ 



engins el ustensiles servant à cet exercice. « Environ 
ce temps aussi, dit Georges Chastellain, Loys, Roy 
de Franche feit par toute l'Isle-de-Francc et envi- 
ron, brusler tous les retz, fillets ou engins qui ap- 
partiennent à la chasse et vollerie, tant pour prendre 
grosses bestes comme perdrix , faiseans et autres 
bestes et oiseaulx, et n'y en eust nuls à qui on ne 
les brusiat, fussent nobles, chevaliers ou barons, 
réservé à aucunes garennes des princes de Fran- 
che (1). » Le bruit se répandit aussitôt que le Roi 
Louis aimait si fort la chasse qu'il voulait désormais 
chasser seul dans tout le royaume , et qu'il avait 
défendu la chasse sous peine de la corde, même aux 
gentilshommes. On raconta qu'invité à chasser chez 
le sire de Montmorency, il avait fait brûler, séance 
tenante, les engins préparés en son honneur. Les 
malveillants ajoutaient qu'un gentilhomme de Nor- 
mandie ayant pris un lièvre sur sa propre terre, 
Louis XI l'avait fait arrêter et lui avait fait couper 
une oreille. « Il fit, dit l' évoque Claude de Seyssel, 
écho des rumeurs populaires , les défenses de chasse 
dont il se délectoit si ilpres et si sévères, qu'il es- 
toit plus remissible de tuer un homme qu'un cerf ou 
un sanglier. » 

Toute la noblesse, exaspérée de cette atteinte à ses 
droits les plus chers, courut aux armes et se réunit 
aux princes rebelles sous la bannière menteuse du 



(1) On voit que cette campagne était surtout dirigée contre les filets 
et engins. Il est assez probaJale que Louis XI avait surtout en vue 
d'interdire ces moyens de destruction peu loyale. 



lîJiilfi,- 



— '26 — 

Bien public (1). Louis XI semble avoir plié en appa- 
rence devant cette levée de boucliers, sans renoncer 
l'ornieliement à ses projets ; car, après sa mort, en 
1484, les nobles réclamèrent avec énergie la préroga- 
tive dont ils avaient été dépouillés. Ils représentèrent 
aux étals généraux qu'ils avaient été privés, par 
l'exécution des commissaires et gens de petit estât y 
de la liberté, incontestée jusque-là, de chasser dans 
leurs bois et dans la gruerie du Roi, et que les biens 
de la terre étaient abandonnés aux bêtes sauvages, 
plus fi^anches que les hommes. Ils se plaignirent que, 
dans plusieurs provinces, les veneurs du Roi chas- 
saient pour leur propre compte dans les forêts des 
gentilshommes, et obligeaient même les vassaux de 
ceux-ci de concourir à ces chasses, lailes au préjudice 
de leurs seigneurs. 

Les députés de la noblesse déclarèrent qu'elle con- 
sentait volontiers à tout, lorsqu'il s'agissait des plaisirs 
du Roi, mais ils demandèrent formellement que les 
veneurs royaux ne pussent chasser sur ses terres, 
sinon lorsqu'ils accompagnaient Sa Majesté en per- 
sonne. 

Charles VIII fit droit à ces réclamations, dont il 
reconnut la justice. L'ordonnance de 1485 défend au 
grand veneur et h ses officiers de chasser sur les 



(I) Le duc de Berry, IVôre du Roi, ne manqua pas do mettre en 
avant ce grief dans le manifeste qu'il publia en se i-éunissant à lu 
Ligue. « Cumsanciiores sinl in si/lvis f'erœ qiias viola re capitale sanse- 
ril lirx, quam sacerdoh's, quos pro lihidine agal fcralquc- » Paul 
Awil. Vit. Lud. XI, cité par le l'odr des chasses, t. L 



'tt — 



terres de la noblesse el de requérir pour leurs chasses 
les hommea des seigneurs, à moins que le Roi ne se 
trouve présent. 



CHAPITRE II. 



Du droit de chasse et des capitaineries sous les 
Valois et les Bourbons. 



Ce fut sous les Valois que s'introduisit à petit bruit 
dans notre jurisprudence cet axiome que le droit de 
chasse est un des attributs de la royauté, que tous les 
sujets tiennent ce droit du Roi, soit par concession, 
soit par inféodation, et qu'il peut le restreindre comme 
bon lui semble. 

Louis XI avait naguère soulevé contre lui toute la 
noblesse en posant résolument ce principe et en vou- 
lant mettre en pratique toutes ses conséquences. 
François 1" et ses successeurs, dans leurs ordon- 
nances, le sous-entendirent comme chose reconnue, 
et affectèrent en même temps de n'user de leur droit 
absolu que pour en réserver l'exercice aux posses- 
seurs de fiefs, à l'exclusion des roturiers et geris mé- 
caniques (1). Aussi personne ne s'avisa de réclamer. 



(t) Dans l'ordonnanco de 1515, 'eux qui rliab^senl sans droit sont ac- 
cusés de coinmetlrc larcin et de fruslrrr Ir lUii du dcdidl <-i passe- 
loups qu'il prrnfl <' In rhnssi-. 



— i>y — 

C'est dans ces leriiios que sont conçues les urdon- 
nances de 1515, 1533, 1578, 1581, IGOl et 1G07 sur 
la chasse (1). Ces deux derniers règlements et la 
grande ordonnance des eaux et forets de 1669 fixè- 
rent le droit de chasse tel qu'il exista jusqu'à la ré- 
volution. 

11 resta donc établi que le Roi possède seul le droit 
primitif de chasse, et qu'il aurait même le pouvoir 
légitime de défendre toute espèce de chasse à ses 
sujets ; mais, dans sa munificence, il veut bien ac- 
corder aux seigneurs, gentilshommes et possesseurs de 
fiefs, le droit de chasser noblement, c'esl-à-dire à force 
de chiens et d'oiseaux, et de tirer en volant dans 
l'étendue de leurs hautes justices et de leurs fiefs, 
pourvu qu'ils soient situés à une certaine distance 
des plaisirs de Sa Majesté. 

Les gentilshommes qui n'ont ni jusfice ni fief ne 
peuvent chasser que dans l'enclos de leurs mai- 
sons (2). 

Quant aux non-nobles qui n'ont pas droit de chasse 



(1) « Considéré que les nobles, après avoir exposé leurs personnes, 
tant au fait des guerres qu'ailleurs en nostre service, et autour de 
nostre personne, n'ont autre ébat, récréation ny exercice approchant 
celuy des armes, sinon es chasses... » (Préambule de l'ordonnance de 
1533.) 

Voyant et estant journellement averty d'infinis désordres et abus qui 
se commettent contre l'expresse teneur et deffences portées par les 
ordonnances et déclarations de nos prédécesseurs et nous sur le fait 
des chasses, de manière que le plaisir qui nous doit estre réservé et 
aux princes, seigneurs et gentilshommes, pour se récréer en temps de 
paix, au retour des guerres, etc. {Ordonnance de 1578.) 

(2) « Un gentilhomme sans fief n'a aucun droit de chasse, quoiqu'un 
roturier possesseur d'un fief puisse constamment s'en éjouir. » (Lever- 
rier de la Conterie, Traité du droit de siiilc.) 



— ;}û — 
comme possesseurs do fiefs ou par privilège spécial du 
Hoi, il leur est défendu sous peine d'amende arbi- 
Iraire par l'ordonnance de 1515, d'avoir chiens, 
collets, filels, linières, tonnelles, lacs ou autres engins 
à chasser, et de prendre lièvres, hérons, perdrix, fai- 
sans ou autres gibiers. Une ordonnance de Henri III, 
du 10 décembre 1581, renchérit encore sur celle 
de 1515, et prononce la peine de la hart contre les 
non-nobles et roturiers qui osent « contrevenir aux 
ordonnances, s'entremettre du fait des chasses en 
aucune sorte que ce soit, et tenir furets ou autres 
engins quelconques servant au fait desdites chasses.» 
La peine de mort ne figure plus dans les ordon- 
nances de 1600 et 1601. En revanche, il y est fait 
inhibition et défense très-expresse aux non-nobles et 
roturiers, tant d'église que marchands, artisans, la- 
boureurs , paysans et autres sortes de telles gens, 
encore qu'ils soient serviteurs forestiers, receveurs 
ou fermiers d'aucuns seigneurs, de tirer de l'arque- 
buse, escoupette, arbalète et autres bâtons, d'avoir et 
tenir en leurs maisons, collets, poches, fdets, tonnelles 
et engins de chasse, oiseaux gentils et de proie, furets 
et lévriers, et de chasser au feu ni aucunement aux 
grosses et menues bêtes et gibier, en quelque sorte et 
manière que ce soit, si ce n'est en présence des sei- 
gneurs et gentilshommes leurs maîtres, sous peine de 
6 écus deux tiers d'amende la première fois (1), et. 



(1) 6 écus 2/3 ou 20 livres tournois valaicnl alors environ 73 fr. 20 c. 
d'après l'évaluation de M. T?aiily, Histniir fi/Kuirihr tic la France, 
t. 11.. 



— 31 — 

faule de payer, d'un mois de prison, au pain el h 
l'eau. 

En cas de récidive, ils payeront le double de ladite 
amende, et, faule de payer, les délinquants seront 
battus de verges sous la custode, et mis au carcan 
trois heures, à jour et heure de marché; la troisième 
fois, outre lesdites amendes, ils seront battus de verges 
autour des garennes, bois, buissons et autres lieux 
où ils auront délinqué, el bannis à 15 lieues. 

Les motifs allégués pour justifier ces rigueurs sont 
toujours d'empêcher les laboureurs et gens mécaniques 
de perdre leur temps en délaissant leur agriculture et 
artifice, sans lesquels la chose jmhlique ne pourrait être 
suhstantée, et de devenir ainsi fainéants, vagabonds et 
inutiles, surtout de réserver aux princes et à la no- 
blesse un plaisir qui doit leur appartenir exclusi- 
vement (1). 

L'ordonnance de janvier 1629 fait encore défense 
à tous roturiers de chasser et de porter arquebuses ; 
elle révoque, de plus, tous privilèges prétendus par 
les habitants d'aucunes villes de chasser sur les terres 
voisines. 

La grande ordonnance de 1669 défend également 
aux marchands, artisans et bourgeois, de quelque 
état et qualité qu'ils soient, non possédant fiefs, sei- 
gneurie et haute justice, de chasser en quelque lieu, 
sorte el manière que ce puisse être (2), à peine de 



(1) Ordonncmces de 1515, de 1553, de 1581, 1600 et 1601. 

(2) Au milieu du siècle suivant, un jurisconsulte estimé, nommé 
Jousse, s'avisa de soutenir que le droit de chasse peut être exercé par 



— 32 — 

100 livres d'amende pour la première fois, du double 
pour la seconde, et pour la troisième fois d'être atta- 
chés trois heures au carcan à jour de marché, et 
bannis, durant trois années, du ressort de la maîtrise, 
sans que, pour quelque cause que ce soit, les juges 
puissent remettre et modérer la peine. 

Il fut même interdit aux propriétaires de parcs, 
jardins et clos en censure et roture, joignant immé- 
diatement leurs habitations, de chasser ni faire chasser 
dans lesdits parcs, enclos et jardins (1). Ils sont, en 
outre, tenus d'y laisser chasser le seigneur du fief 
dominant et de souffrir les visites dudit seigneur et 
de ses gardes (2). 

C'est pour cela que, dans une des plus charmantes 
fables de La Fontaine, l'honnele jardinier, demi-bour- 
geois, demi-manant, qui voit ses choux ravagés par un 



les bourgeois vivant noblement de leurs rentes , ou exerrant des pro- 
fessions honorables comme juges, avocats (vous êtes orfèvre, M. Jouisse!), 
médecins, etc. « J'aurois beaucoup de peine à me persuader, dit-il, 
que le ministère public pût empêcher un artisan qui auroit un bien 
en roture de chasser chez lui quelques moments, puisque, lorsqu'il 
possède un bien à la campagne, il est censé pouvoir jouir de l'amuse- 
ment qui est attaché à la propriété de ce bien, et que ce n'est pas ici 
le cas d'appliquer la règle que les artisans ne doivent point s'occuper 
de la chasse et quitter leur travail. J'aurais peine à me persuader, 
ajoute le naïf commentateur, que le seigneur du fief dominant fût 
même fondé à l'empêcher. » {Commcnlnirc sxir Vordo)mancc des eaux 
el forêls. Paris, 1772.) 

Il faut voir avec quelle hauteur le futur conventionnel Merlin, em- 
pruntant les arguments d'un autre jurisconsulte nommé Gayot, fou- 
droie ce malheureux roturier qui se permet de vouloir chasser et l'é- 
crase sous le texte de l'impitoyable ordonnance de IG69. {I{ép. de ju- 
rispr., V" Chasse.) 

(1) Arrêt prononcé en 17()0 im faveur du S' d(> Montarau, seigneui- 
de Lissés, contre le S' de Fromonville, son censitnin'. 

(2) Merlin. 



— 33 — 

maudit lièvre, est obligé d'avoir recours, pour s' eu 
débarrasser, à cet endiablé seigneur du bourg, qui 
vient mettre en si piteux équipage sa maison, son po- 
tager, ses carreaux et sa pauvre haie (1). 

Les coutumes locales qui conservaient le droit de 
chasse à la bourgeoisie de certaines villes étaient 
presque partout tombées en désuétude. Une ordon- 
nance de François I", du 6 août 1533, déclara même 
formellement abolis tous privilèges de ce genre donnés 
par lui et ses prédécesseurs, notamment ceux dont 
jouissaient, de temps immémorial, tous les habitants 
delà province de Languedoc et qui avaient été con- 
firmés par Louis XII en 1501. Le Roi se vit obligé, 
deux ans après, de rendre aux non-nobles du Lan- 
guedoc le droit « de chasser, et prendre, par tout 
ledit pays, toutes manières de bêtes, oiseaux et vola- 
lilles et connils hors garennes et lieux défendus, 
colombes, ramiers, grives, ostardes, oies sauvages, 
canards, fouines, tourterelles, pluviers, étourneaux, 
vanelles, calendres, renards, loups, cailles sans chas- 
ser au chien couchant, et autres gibiers, bêtes et 
oiseaux quelconques, excepté seulement les grosses 
bêles rousses et noires, lièvres, perdrix, faisans, 
hérons et cailles au chien couchant (2). » Mais par- 
tout ailleurs les privilèges locaux furent considérés 
comme définitivement abolis. 

Sous l'empire de la terrible ordonnance de 1669, 



(1) Le Jardinier et son seigneur. Fnble i, liv. IV. 

(2) Code des chasses, t. I. 

II. 



— ai- 
les liabitanls de Monlmorillon voulurent arguer d'un 
privilège parliculier qu'ils disaient posséder ancien- 
nement pour chasser dans la banlieue de leur ville. 
Leur droit fut trouvé incertain, et tout ce qu'ils 
purent obtenir fut la remise de la moitié de l'amende 
qu'ils avaient encourue comme n'ayant commis qu'une 
erreur innocente (1). 

Lorsque la ville de Cambray fut rendue à Louis XIV 
en 1677 par une capitulation qui réservait formelle- 
ment tous ses anciens privilèges, les habitants deman- 
dèrent à jouir de la liberté de la chasse dans tout le 
Cambresis comme ils avaient fait de toute ancienneté. 
Le Roi répondit qu'il ferait examiner leurs droits à 
cet égard et qu'il y pourvoirait ensuite en la plus 
favorable manière que sa justice lui pourrait per- 
mettre. 

En fait, on n'y eut nul égard. Au xvni^ siècle il ne 
restait plus le moindre vestige de ces droits, et un 
arrêt du parlement de Flandre, rendu le 12 août 1760 
à la requête de plusieurs seigneurs du Cambresis, 
défend la chasse h tous ceux qui n'en auraient pas le 
droit suivant les règles ordinaires, à peine de 100 li- 
vres d'amende. 

Le parlement de Toulouse fut le seul qui sut con- 
server, pendant quelque temps, le privilège de chas- 
ser aux non-nobles de son ressort autres que les 
laboureurs et artisans. Ce ne fut qu'avec cette réserve 
qu'il consentit à enregistrer l'ordonnance de IGOl. 



(I) Nouvelle juvisprudrncr ilrs chasses. 1088. 



— 35 — 

Dans le Comtal venaissin, qui ne fut définitivement 
réuni à la France qu'en 1790, le gouvernement papal, 
beaucoup plus libéral que celui des Rois de France, 
permettait la chasse à tous les habitants, sauf les res- 
trictions suivantes. Il était défendu de chasser lièvres, 
cerfs, sangliers et chevreuils avec l' instrument des 
rhetz ou filets, et les perdrix au feu et à la tonne (ton- 
nelle). De plus, un bref du pape Jules II, en date du 
22 mai 1519, permit de vener et de chasser toutes 
bêtes et oiseaux indistinctement, avec quelques instru- 
ments et engins que ce fût, dix jours avant les fêtes 
de la Nativité de Notre-Seigneur et dix jours après. 
Le recteur de la comté pouvait, en outre, octroyer des 
licences pour chasser et pécher de toutes manières 
pour causes de riopces et pour funérailles de trespassés. 
Enfin les lieux montueux, remplis de bois et aspres, 
auxquels les chevaux ne peuvent courir, ni les oiseaux et 
faucons à 'plaisir voler n'étaient pas compris dans les 
prohibitions (1). 

Le seigneur du fief, noble ou non, a pleinement le p^^.^^ 
droit de chasse comme droit réel, inhérent à la qlehe et Je chasse des 

seigneurs 

fruit casuel, mais seulement sur son fief et non sur denefseides 
les terres qu'il tient en roture. Le seigneur haut jus- jusuders, 
ticier n'a ce droit que par privilège personnel sur 
toute l'étendue de sa haute justice et de son ressort, 
et il n'en doit user que modérément pour lui et sa 
compagnie. Il ne peut conduire sur les fiefs qui relè- 



(l) Statuts de la comté de Vrnaiscin , Avignon, 1500. — Cité par 
Blaze, chasseur au chien courant, t. II. 



— 3() — 

vent de sa haute justice aucun garde ou domestique, 
encore moins empêcher le seigneur du fief de chasser, 
lui, ses enfants, ses amis et ses gens (1). 

Le droit du haut justicier s'étendait jusque sur les 
parcs et enclos des fiefs soumis à sa haute justice. 

Le jurisconsulte René Chopin rapporte que le sei- 
gneur de Montsoreau, en Anjou, se disant seigneur 
suzerain de la terre de Gisieux, qui appartenait alors 
à -la maison du Bellay, prétendit avoir, depuis un 
temps immémorial, le droit de chasser sur cette 
seigneurie jusqu'aux portes de la maison seigneuriale 
et dans le parc même de cette maison. Le seigneur de 
Gisieux allégua en vain qu'il serait honteux à un 
homme de sa naissance de souffrir une telle servi- 
tude, que d'ailleurs plusieurs héritages dépendant de 
son domaine avaient été récemment enclos de mu- 
railles, et qu'il serait absurde de vouloir rétablir les 
choses dans l'état primitif. Plusieurs arrêts maintin- 
rent le seigneur de Montsoreau dans le droit de 
chasser à l'avenir sur les terres de Gisieux, comme il 
y avait chassé depuis trente ans, en avertissant le 
seigneur trois jours à l'avance (2). 

Un droit encore plus exorbitant fut possédé jus- 
qu'au xvn' siècle par le seigneur de Thouars sur la 
terre d'Oiron. Toutes les fois qu'il plaisait à ce sei- 
gneur, il pouvait mander à celui d'Oiron qu'il chas- 
serait tel jour dans son voisinage, et qu'il eût à 
abattre une certaine quantité de toises du mur de son 



(1) Arrêts (lu 23 flécomhre 1506 ot rlu 17 mars 1573. — Morlin. 

(2) Cn)iii)irnlnirr sur In cdvl'imir d'Anjou, 1581. 



— 37 — 
parc, pour ne point trouver d'obstacles au cas où la 
chasse s'adonnât à y entrer. « On comprend, dit 
Saint-Simon, que c'est un droit si dur qu'on ne 
s'avise pas de l'exercer; mais on comprend aussi 
qu'il se trouve dos occasions où on s'en sert dans 
toute son étendue, et alors que peut devenir le 
seigneur d'Oiron (1) ? » 

Les seigneurs de la Grange-Leroy, en Brie, avaient 
le même droit de venir chasser dans le parc du 
seigneur de Suisnes, leur feudataire ; mais il paraît 
que ce droit avait été restreint à un jour dans l'année. 

Dans le ressort de quelques parlements, et surtout 
en Bourgogne, les seigneurs ne pouvaient cependant 
chasser ni faire chasser dans les enclos de leurs 
justiciables, même censitaires (2). 

Le droit de suite était généralement reconnu par r„itae,uiie. 
les coutumes. « La beste mute de la chasse d'aucuns 
ayant droit et pouvoir de faire chasser se peut 
poursuivre en autre justice ou seigneurie, » dit la 
coutume du comté de Bourgogne. En effet, comme le 
dit la coutume d'Amiens, « s'il estoit seulement licite 
à chacun de chasser au dedans de son fief, terre ou 
seigneurie, il n'y aurait pas grand exercice (3). » 

La coutume du comté de Bourgogne ajoute que, si 
la bête a été prise et abattue sur la terre d'autrui, elle 
devra être rendue au premier de qui la chasse est 



(1) Mémoires de Saiiit-Siraon, t. II. — Cette terre d'Oiron ap]iaiie- 
nait aux xvi' et x\n- siècles aux duc? de Roannois. 
(-2) Merlin. 
(3) V. Delaunay, 



— 38 — 

meule, si elle est poursuivie par les chasseurs et par 
les chiens, dedans vinfjt-quatre heures après quelle 
sera abattue : et doit être gardée ladite bête sans 
démembrer lesdites vingt-quatre heures durant. 

Dans l'Artois et autres provinces des Pays-Bas qui 
furent réunies au xvn^ siècle à la monarchie française 
avec réserve de leurs anciennes coutumes, le droit 
de suite était soumis à quelques formalités, relatées 
en ces termes par un placard ou règlement du 
31 août 1613. 

« Item si quelqu'un avoit lancé quelque beste 
sauvage en lieu permis et non défendu et en le 
pourchassant à chaude chasse elle gagnât quelque 
forêt, bois, garenne ou autre lieu oii il ne seroit 
permis au veneur de chasser, il mettra sa trompe au 
premier arbre qu'il trouvera en tel bois ou lieu, et 
ce fait, pourra librement poursuivre la proie, sinon 
il fourfera 60 royaux d'amende; mais si ledit veneur 
et les chiens avoient abandonné la beste, encore que 
le veneur la trouvât par après es lieux susdits, il 
ne la pourra poursuivre, sous la mesme peine de 
60 royaux d'amende, ne fust qu'il puisse suivre à la 
route sa dernière brisée. » 

Le droit de suite est confirmé par des arrêts du 
parlement de Paris en date du 14 décembre 1566 et 
du 17 mars 1573, et par un arrêt du parlement de 
Toulouse du 2 juin 1608 (1). Plus tard, il paraît avoir 



(I) Piorii' l'iliioii, ••('■lèhn' juripconsiillo du .wi' sièclo, |i;irlaiil d un 
fliiréreiid survenu enlro lo sieur de Bpaumont et son suzerain le baron 
di' Saligny, au sujel d'un sanfjlier. lancé sur le iief du vassal e| pris 



— 39 — 
subi quelques restrictions. Un cotumentateur en parle 
en ces termes, au sujet de l'ordonnance de 1669 : 
« J'ay veu en tels cas qu'il n'est pas permis de pour- 
suivre son gibier et passant d'une seigneurie à l'autre 
suivant ses chiens que l'on ne peut souvent rompre, 
ou qui sont déjà bien avant dans l'autre seigneurie, 
ou qui y ont pris quelquefois le gibier devant que 
l'on soit arrivé à eux; j'ay veu, dis-je, que l'on en- 
voyoit un veneur à la maison ou au château du sei- 
gneur luy dire ce qui se passoit et que l'on n'avoit 
pu empêcher les cliiens. Quelquefois c'est un gentil- 
homme qui se détache de la chasse pour aller faire le 
compliment au seigneur, gentilhomme ou autre de la 
terre, et ceci s'appelle un droit de bienséance, parce 
qu'on n'entreprend telle chasse sur autruy que dans 
l'espoir d'en vouloir souffrir autant (1). Mais, quand 



sur les terres du suzerain, ajoute seulement que l'arrêt qui intervint 
donne tacitement à entendre que la poursuite ne lui apparlenoil si 
avant, « et à la vérité, poursuit-il de lever une bête tout auprès de 
son seigneur et la courir et poursuivre sur icelle, il semble qu'il y 
auroit un peu d'entreprise. » {Gode des chasses, ch. i.) 

(1) Leverrier de la Conterie dit de même que, lorsque votre bête 
vous conduit près du château d'un seigneur de haute dignité, « vous 
devez suivre sans appuyer ni sonner tant que vous pouvez en être 
entendu, même recoupler vos chiens, s'il arrive qu'ils tombent en dé- 
faut. La politesse veut encore que vous, ou en votre absence, quelqu'un 
de vos gens se détache pour aller assurer ce seigneur combien vous 
êtes fâché que votre bête vous ait amené si près de son château. Si ce 
seigneur est en cour, la démarche n'est pas moins bonne à faire, et 
cette assurance bonne à reporter à son intendant qui, pour faire sa 
cour à vos dépens et montrer de l'exactitude dans les petites choses, 
ne manqueroit point de l'indisposer contre vous. Si votre bête se laisse 
])randre à peu de distance, vous proposerez au seigneur d'en faire le 

transport dans la cour pour en voir faire la curée S'il l'accepte, 

vous donnerez secrètement ordre à votre piqueux d'en lever proiu-e- 
ment le pied droit que vous lui présenterez vous-même. » 



— 40 — 

des voisins ne sont pas bien ensemble, comme il 
arrive souvent pour la chasse seulement, pour lors 
cela ne se doit plus faire, et il faut renvoyer quérir 
ses chiens ; cela est dit pour des gens qui chassent () 
bruit, mais pour de petits chasseurs qui, avec leur 
fusil, mènent un chien ou deux et ayant fait lever 
sur leur territoire un lièvre, etc., le veulent suivre 
partout, disant qu'il vient de dessus leurs terres, 
qu'il est à eux et qu'il leur appartient, je ne croy 
pas qu'ils l'eussent marqué à leurs armes, tant qu'il 
s'en trouve contre lesquels on rend plainte à la Table 
de marbre, autant fait-on défense de suivre doréna- 
vant leur gibier, parce que de là arrivent de grands in- 
convénients, comme de battre des valets, de tuer des 
chiens et de s'en faire un point d'honneur, pour 
lequel appaiser il faut que S. M. intervienne et que 
MM. les maréchaux de France en vuident le diffé- 
rent (l). » 

Tous les anciens auteurs reconnaissent, en effet, 
que le droit de suite n'existe que pour la noble chasse 
à cor et à cri. Leverrier de la Conterie se moque 
beaucoup « de la monstrueuse erreur oh sont ceux 
qui s'imaginent avoir le droit de suivre et d'assassiner 
à coups de fusil sur les terres de leurs voisins une 
bêle qu'ils ont lancée avec quelques briquets sur leur 
fief. » 

C'était à propos de quelque chasse de ce genre ou 
d'une chasse au faucon qu'était survenu entre 31. de 



(1) La nvuvrllf jurisprudence des chasses, l'aris, 1688. 



— il — 

Miramonl, seigneur d'Aignan, et M. de Montesquiou, 
seigneur de Marsan, un procès par-devant le parle- 
ment de Toulouse; celui-ci décida que, si le gibier levé 
par le seigneur d'Aignan et poursuivi par ses chiens 
et oiseaux passait dans la terre de Marsan, le seigneur 
d'Aignan devait s'arrêter sur la limite et envoyer un 
de ses domestiques sans armes au seigneur de Marsan 
pour l'avertir qu'il entrait dans ses terres seulement 
pour rompre ses chiens ou réclamer et prendre ses oi- 
seaux. Dans le cas oii le gibier poursuivi viendrait à 
être pris avant qu'on eût pu rompre les chiens ou 
réclamer l'oiseau, le seigneur d'Aignan était tenu d'en- 
voyer un de ses valets offrir le gibier tué au seigneur 
de Marsan et de se retirer ensuite avec ses chiens 
couplés et son oiseau sur le poing (1). 

Quelques jurisconsultes en vinrent à nier le droit 
de suite, et à soutenir que ce droit, admis ancienne- 
ment, avait été tacitement aboli parce qu'on avait 
reconnu qu'il était la source d'une foule d'abus et 
d'inconvénients (2). 

Tel n'était pas l'avis de Louis XIII, quelque jaloux 
qu'il pût être de ses chasses. 

Salnove rapporte que, étant à Saint-Germain-en- 
Laye, il voiilut avoir la bonté de prendre connaissance 
d'un pareil différend mû entre deux gentilshommes 
qui étaient de ses domestiques, et décida que les 



(1) Boutaric, Traite des droits seigneuriaux et matières féodales. 

(2) Merlin. — Toute cette question de l'ancien droit de suite vient 
d'être traitée d'une façon très-complète par M. A. Sorel, dans \p 
Journal des chasseurs, xxvi- année. 



— A9 



chasseurs à cor el à cri n'étaient pas tenus de rompre 
leurs chiens lorsqu'ils franchissaient les limites de la 
terre de leurs voisins, vu que ce respect n'est dû 
([u'aux Rois, et encore dans les cantons réservés à 
leurs plaisirs particuliers. 

Louis XIV, malgré la déférence profonde qu'il 
exigeait de tous en ce qui touchait à la dignilé de sa 
personne, alla plus loin que Louis le Juste en matière 
de droit de suite. Lorsque M. de Popipou vint, à dix 
heures du soir, prendre dans la cour du château de 
Versailles le cerf qu'il avait attaqué à sept heures du 
matin dans la forêt de Navarre, près Évreux, le grand 
Koi ne témoigna que la satisfaction que lui donnait 
cet exploit extraordinaire (1). La tradition attribue un 
haut fait semblable à M. d'Oilliamson, gentilhomme 
normand, d'origine anglaise, sous le règne de Louis W, 
et ce monarque montra la même tolérance que son 
prédécesseur (2). 



(1) Cette anecdote est citée par Ferrières dans son Commeniaire sur 
les Institules de Juslinien (1772). Ferrières ajoute qu'une ordonnance 
de Henri IV avait consacré le droit de suite. L'aventure de M. de Po- 
liipou est aussi relatée par Lcverricr de la Conterie. {Traité du Droit 
de suite.) 

(2) Nous aurions voulu placer ici la jolie historiette du triple hal- 
lali, fort agréablement racontée par M. J. Lavallée dans son livre de la 
Chasse à courre en France, et par M. Chapus dans ses Chasses prin- 
rières, mais l'authenticité en a été vivement attaquée. Cependant h' 
Tond au moins en est vrai, comme le prouve un passage dos Souvenirs 
d'un chcvau-léger de la garde, \)hy M. de Belleval. Tl y est dit « comment 
à la Saint-Hubert 1771, Mgr. le prince de Gondé étant exilé ;i Chan- 
tilly, de concert avec M. d'Yauville, commandant de la vénerie du Roi, 
Il (Antoine de Belleval, gentilhomme du prince de Condé, capitaine 
de ses chasses et lieutenant des chasses de la capitainerie royale 
d'Halalte) nvoil arrange nm^ chasse qui devoil réunir à riiallali Sa 
Majesté el 1'- piincr aux rlarigs de Saint-Hubert, dans la forêt de 



— 13 — 

Longtemps auparavant , le connétable Henri de 
Montmorency disait « qu'il falloit permettre à un 
gentilhomme de poursuivre le gibier qu'il auroit fait 
lever sur sa propre terre, et qu'en ce cas il laisseroit 
prendre un lièvre jusque dans sa salle. » 

Cette reconnaissance du droit de suite était d'au- 
lant plus significative dans la bouche du connétable, 
qu'il n'était que trop disposé à abuser de sa position 
et de ses droits de haut justicier pour tyranniser, en 
matière de chasse, des voisins trop faibles pour lui 
résister. Le maréchal de Brézé (1) fut aussi le plus 
grand tyran du monde pour la chasse; il prétendait 
empêcher ses feudataires , même gens de qualité, 
d'avoir chez eux un chien et une arquebuse, et de 
chasser dans les parcs joignant leurs maisons. Une 
fois, ayant entendu tirer dans un parc, il en fît en- 
foncer la porte, et ses gens tuèrent les chiens et bri- 
sèrent les arquebuses. La Dervois, sa maîtresse, pour 
lui complaire, fit attacher un prêtre au pied d'un 
arbre, où on le laissa tout le jour avec un lièvre qu'il 
avait tué pendu au col (2). 

Un des abus de pouvoir que se permettaient cer- 
tains hauts justiciers consistait à renfermer les terres 
de leurs sujets dans leurs garennes , et quelques juris- 
consultes semblent même disposés à leur accorder ce 



Rambouillet; à la faveur de cette réunion, on esiiéroit les réconcilier. 
La chose fut si bien conduite, qu'elle arriva en effet, et avec le résul- 
tat heureux que M. d'Yauville et M. de Belleval s'étoient proposé. » 

(1) Voir plus liant, rèf^ne de Louis XIV. 

(2) Tallemant des Réaux, t. U. 



droit exorbitant, sauf indemnité. Mais le président 
Bouliier, dans ses observations sur la coutume de 
Bourgogne, affirme que ce prétendu droit est une 
erreur, aucune coutume du royaume ne portant une 
disposition si extraordinaire (1). 

Au xvi^ siècle, le mot de garenne ne s'appliquait 
plus qu'à des bois, clos ou non, servant à la mullipli- 
cation des lapins. Diverses coutumes locales accordaient 
\(i droit de garenne, soitaux seigneurs des fiefs, soit aux 
hauts justiciers. Lorsque les garennes étaient ouvertes, 
c'était un privilège fort incommode pour les voisins. 
« Il y a très-peu de terres en France, dit Cham- 
pier (2), il n'y a point de gentilhommière fiefîfée qui 
n'ait une garenne ; c'est là un de ces revenus que les 
seigneurs se font aux dépens de leurs vassaux. Les 
jardins et les moissons de ceux-ci en sont dévorés, 
mais on n'y a nul égard. » 

Les sages ordonnances de nos Rois avaient en vain 
tenté d'arrêter ces abus. Un arrêt du 11 avril 1539 
décida que personne ne pourra avoir de garenne ou- 
verte s'il n'en a obtenu du Roi la concession dûment 
enregistrée en la chambre des comptes (3). 

L'ordonnance des eaux et forêts de 1669 établit 
formellement que, pour jouir du droit de garenne, 



(1) Merlin, v Garenne. 

(2) De Ile cibariâ, lil). XII. Lyon, 1560. 

(3) Suivant l'arlicle 211 de la coutume de Meaux « aucun ne peut 
tenir garenne jurée, supposé (ju'il ait haute justice en sa terre, s'il ne 
l'a par permission du Roi, litre particulier et exprès, ou de telle et si 
longue jouissance qu'il ne soit mémoire du consentement ni du con- 
traire. » 



— 45 — 
il fallait en avoir la possession fondée sur des aveux 
et dénombrements ou autres litres suffisants, comme 
permission particulière du Roi, accordée par lettres 
patentes enregistrées au parlement, à la table de 
marbre et à la chambre des comptes. Cet enregistre- 
ment n'avait lieu qu'après enquête de commodo et 
incommodo, où devaient être entendus les curés, syn- 
dics, échevins et notables habitants du lieu (1). 

De plus, il fallait que le propriétaire de la garenne 
justifiât avoir des terres en quantité suffisante pour 
nourrir les lapins qui en sortaient. 

Ceux qui ruinaient les haloU et rahouillères dans 
une garenne légalement établie étaient punis comme 
voleurs. 

Pour prévenir les vols de lapins dans les garennes, 
les ordonnances de 1601 et 1603, comme celle de 
1318, ne permettent qu'aux gentilshommes et à ceux 
qui ont droit de garenne d'avoir en leurs mains des 
furets et poches à prendre les lapins. 

Les roturiers n'avaient pas le droit d'établir de 
garennes, même fermées, lorsqu'ils n'étaient pas 
seigneurs de fiefs, parce que c'eût été se former un 
canton de chasse oii ils auraient pu détruire du gibier 



(1) Ces enquêtes avaient lieu avant l'ordonnance de 16G9. 

En 1614, le seigneur de Villenausse ayant obtenu du Roi l'autorisa- 
tion d'établir une garenne , les habitants s'y oppQsèrent, alléguant le 
dommage que les lapins causeraient dans leurs vignes-, un arrêt rendu 
le G mai, sur les conclusions de l'avocat général Le Bret, défendit au 
seigneur de Villenausse de continuer. (Merlin, v" Garenne.) 

L'ordonnance de 1669 prononce la peine de 500 livres d'amende pour 
établissement sans titre d'une ijarenne ouverte. 



— IG — 

de plume. Ils étaienl toutefois autorisés à tirer des 
lapins dans les bois qu'ils tenaient en cernive, les 
lapins n'étant pas considérés comme gibier, mais 
comme animaux domestiques qui sont un objet de 
profit pour le propriétaire comme les pigeons dans 
un colombier et les poissons dans un étang. 

La garenne était de çjarde et défense dans toutes les 
saisons de l'année, et le seigneur dominant ne pouvait 
y chasser. 

En général, les propriétaires voisins n'avaient pas 
le droit de tuer les lapins qui sortaient des garennes 
pour attaquer leurs récoltes (1), mais ils pouvaient 
réclamer des indemnités. 

Le principe d'indemnité était du reste admis de 
pour dégâts tout temps pour les dégâts commis soit par le gibier, 
par le gibier, soit par Ics cliasscurs. Les Rois et les princes eux- 
mêmes ne refusaient pas de se soumettre à cette juste 
obligation. Philippe le Bel et son fils Charles IV or- 
donnèrent, en mourant, qu'il fût distribué des indem- 
nités aux laboureurs voisins des forêts royales en 
dédommagement du tort que leur avaient causé les 
bêtes rousses et noires. Les comptes de dépense de 
Louis XI contiennent assez souvent des mentions 
d'indemnités pour faits de chasse (2). Au xiv' siècle, 
un Dauphin de Viennois accorde à ses vassaux divers 



(1) L'ordonnance d'Orléans (1561) défend aussi aux cultivateurs de 
tuer les bêles noires et rousses qui vont au gagnage sur leurs terres. 

(2) Voir le tome précédent. — 11 s'agit surtout d'animaux domes- 
tiques tués par les chiens du Roi. 



Indemnités 
lur dég 

MUSéS 



47 



privilèges en dédommagenienl du lurt qu'il a pu leur 
faire en chassant dans leurs récoltes (1). 

Dans les comptes de François P' on trouve cet 
article : « A deux pouvres hommes auxquels on avoit 
gaslé leur blé en courant le cerf, 41 sols (2). » 
IVYauville nous apprend que, de son temps, le Roi 
cessait de chasser dans les buissons voisins de Ver- 
sailles lorsque les blés commençaient à devenir 
grands (3), quoiqu'il eût soin de faire amplement 
dédommager les particuliers du tort qu'on leur faisait 
en passant dans leurs grains (4). L'avant- dernier 
prince de Condé payait tous les ans de généreuses 
indemnités pour les dégâts commis par le gibier de 
ses capitaineries (5). 

Une anecdote intéressante, rapportée par le mar- 
quis de Valfons, nous montre à la fois l'esprit de 
justice qui animait Louis XVI dès son enfance et le 
sentiment de respect qui lui avait déjà été inculqué 
pour les droits des cultivateurs. « M. le Dauphin (6) 
étant à la chasse avec ses frères, le cerf se jeta à 
l'eau. M. le comte d'Artois criait très-vivement de 
prendre le plus court. Le cocher allait obéir en tra- 
versant un champ plein de grains. M. le Dauphin, se 



(1) Valbonnays. 

(2) Archives curieuses de l'IIisloirc de France, t. III. 

(3) En septembre 1707, le Roi étant à Fontainebleau « avait expres- 
sément défendu qu'on entrât dans les vignes pendant aucune chasse, 
de crainte qu'on ne fît tort ;i la vendange des particuliers. » (Dan- 
geau, t. XI.) 

(4) Trailé de Vénerie. 

(5) Biographie universelle des frères Michaud, article Condé. 

(6) Ce prince était encore tout enfant. 



— 48 — 

mellanl à la portière, ordonna au cocher de prendre 
le plus long pour sauver le grain, ce qui fâcha heau- 
coup M. le comte d'Artois. « Mon frère, lui dit M. le 
Dauphin, avez-vous de l'argent pour indemniser le 
maître du champ de la perte que nous lui cause- 
rions ? Il ne faut point détruire ce qui est si cher à 
faire venir (1). » 

Les formalités ù suivre pour obtenir des indemnités 
furent réglées par un arrêt du parlement de Paris en 
date du 21 juillet 1778, peu d'années après l'avéne- 
ment du prince dont nous venons de signaler l'huma- 
nité. Il y est dit que tous ceux qui auront des de- 
mandes à former pour réparation de dégâts causés 
par le gibier et les bêtes fauves aux grains et aux 
vignes seront tenus de se pourvoir devant les juges 
des eaux et forets pour faire procéder par experts à 
trois visites consécutives des terres prétendues en- 
dommagées (2). 

Dans son livre des Ruses du braconnage mises à dé- 
couvert, La Bruyère nous parle, en effet, de procès 
en indemnités intentés continuellement aux seigneurs 
par les fermiers dont le gibier dévastait les récoltes. 
Souvent l'intendant de la province, sur leurs récla- 
mations, présentait un mémoire au conseil et faisait 



(1) Souvenirs du marquis de Yalfons. 

(2) Merlin, v° Gibier. — On voit ce qu'il faut penser des allégations 
de quelques écrivains modernes qui font passer les meutes du Roi 
sans indemnités à travers les récoltes. On regrette de trouver celte 
accusation trop légèrement admise dans une noie curieuse des Mv- 
inoirrs (\c Barbier sur les chasses de Louis XY. 



— 10 — 

prononcer un arrêt allouant des dommages-intérêts et 
ordonnant la destruction des lapins. 

L'ordonnance de 1669 veut également que les 
officiers des chasses ou des maîtrises fassent renver- 
ser tous les terriers de lapins dans les forêts du Roi, 
à peine de 500 livres d'amende et de la suspension 
de leurs charges. Cette ordonnance ayant été mal 
exécutée, un arrêt du conseil du 21 janvier 1776 
renouvela ses dispositions, en ordonnant le renverse- 
ment des terriers et la destruction des lapins dans 
l'étendue des capitaineries. Les officiers des capitai- 
neries étaient tenus de se transporter sur les lieux à 
la réquisition du syndic de la communauté, et pour 
les terrains plantés en vignes ou bois, d'une étendue 
moindre de 100 arpents, il était permis aux proprié- 
taires du terrain, et à ceux des terres adjacentes, de 
procéder eux-mêmes à la destruction en présence 
des gardes à ce requis (1). 

Dans l'intérêt de l'agriculture, il était interdit à 
tout gentilhomme ou autre de chasser dans les terres 
ensemencées depuis que le blé est en tuyau jus- 
qu'après la moisson, et dans les vignes depuis le 
1" de mai jusqu'à la vendange (ordonnances d'Or- 



Deslruclions 
dpR laiiins. 



liUerclicUon 

(le 
chasser dans 
les r('coltes 



(1) Louis XVI, voulant apporter son tribut personnel de soulagement, 
aux habitants des campagnes, avait rédigé et écrit de sa main un arrêt 
du conseil pour la destruction des lapins dans les capitaineries royales 
et l'avait apporté à Turgot en lui disant : Vous voyez que je travaille 
de mon côté. Cet arrêt, monument de la bienfaisance personnelle 
du Roi qui devait être un martyr, porte la date du 31 janvier 1776. » 
(Louis XVI et Turgot, par M. de Larcy. — Gazellr rie France du 
29 août l'866.) —Voir aussi Merlin, v" Gnrennr. 



il'iMilcver les 



— :io — 

léans el de Blois, 1500 et 1579; ordonnances de 
1596 et, 1600). Les contrevenants devaient être con- 
damnés à des dommages-intérêts. L'ordonnance de 
1669 y ajoute une amende de 500 livres et la priva- 
tion du droit de chasse (1). 
l'roiMi.iiions D'autres prohibitions étaient dans l'intérêt de la 
'," '^T" conservation et de la multiphcalion du dbier. 

Ainsi il était défendu, comme nous l'avons vu, de 
iLMense ruincr les rabouillères dans les garennes (2). L'or- 
donnance de 1669 défend de prendre en aucun 
lieu les œufs de caille, de perdrix et de faisans, sous 
peine de 100 livres d'amende pour la première fois, 
du double pour la seconde, et du fouet et bannisse- 
ment à 6 lieues de la forêt pendant cinq ans pour la 
troisième. Il était défendu, sous les mêmes peines, 
d'acheter et de vendre aucun de ces œufs. 

Les ordonnances de 1549, 1567, 1577 défendent 
de plus aux rôtisseurs, pâtissiers et autres vendeurs 
sous ceiiaines et rcvcndcurs de vendre perdrix, lièvres et hérons, si 
ce n est en plein marche. Les oliiciers de la fable de 
marbre ajoutèrent ù ces dispositions divers règle- 
ments (3) portant défense auxdits rôtisseurs et pâtis- 
siers d'acheter, vendre, débiter ni mettre en pâté 



(1) Pour les Pays-Bas réunis à la France , le placard de 1013 porte 
défense de chasser et de mener aucuns chiens hors lesse dès le pre- 
mier jour de mars Jusqu'au jour de sainte Marie-Magdeleine, le 22 juil- 
let, à peine de fourfaire lû royaux d'amende, et de payer tous dom- 
mages-intérêts pour dégâts causés aux grains. — Semblable défense 
de voler hérons, faisans, etc., pendant le même temps. 

(2) Sauf les cas expliqués précédemment. 

(3) 15 mars tôâfi, 31 décembre 1058, 18 avril \C,:,9, 19 février 16C8, 
17 avril et If) juilicl Uû'i, r' mais ITOG. 



Ilt'ferise 
(lo venJre iln 
"iliicr sauf 



aucunes bêles fauves, rousses ou noires, ni quartiers 
(i'icelles, à peine de 120 livres d'amende et de 
250 livres s'il s'agit d'un cerf (1). Les pâtissiers pour- 
ront seulement mettre en pâté la venaison provenant 
de personnes connues. Il leur est, de plus, interdit 
d'acheter, vendre ou exposer des lièvres depuis le 
premier jour de carême de chaque année jusqu'au 
30 juin, et des perdrix jusqu'au 15 août, sous peine 
de confiscation et de 20 livres d'amende. 

Il était même défendu d'élever en captivité des 
perdrix et des faisans. 

Divers modes de chasse, considérés comme trop chasses 
destructifs, étaient sévèrement interdits par les or- ''"""''^' 
donnances. Telles étaient les chasses nocturnes, à feu cMa^ies 
ou à tir, et toutes celles qui se font avec lacs, tirasses, "o';^"'»'« 
tonnelles, traîneaux, bricolles de cordes et fil d'archal, «-i engins. 
pièces de pans de rets, colliers, halliers de fd ou de 
soie (2). Les contrevenants étaient condamnés pour 
chasse nocturne à 100 livres d'amende et punition 
corporelle s'il y a lieu ; pour chasse avec pièges, ils 
étaient condamnés au fouet pour la première fois, et, 
pour la seconde, fustigés, flétris et bannis pour 
cinq ans hors l'étendue de la maîtrise, que le délit 



(1) La jurisprudence des chasses cite plusieurs procès intentés à des 
particuliers chez lesquels on avait trouvé des pâtés de venaison et de la 
venaison salée. 

(2) Ordonnances de 1601 et 16G9. Le parlement de Toulouse, en enre- 
gistrant la première de ces ordonnances, maintient les seigneurs et 
toutes personnes autres que laboureurs et artisans dnns le di'oit de 
chasser à la tirasse et aux chiens couchants. 



eût élé commis sur le domaine royal ou sur les lerres 
des particuliers (1). 
A.mes ù ftn. Le port des armes à feu avait été défendu par de 
nombreuses ordonnances à partir du commencement 
du XVI* siècle, sans qu'il vînt à l'idée du législateur 
d'en interdire l'usage à la chasse, probablement parce 
que ces armes étaient de fort peu d'effet jusqu'à l'in- 
vention du menu plomb ou dragée qu'on ne peut 
guère faire remonter plus haut que 1560 ou 1580 (2). 
Les ordonnances de 1600 et 1601 permettent formel- 
lement l'emploi de l'arquebuse pour chasser le gibier 
de passage, en l'interdisant seulement pour les lièvres 
elles perdrix (3). 

Mais, en 1603, Henri IV, alléguant que l'autorisa- 
tion de se servir d'armes à feu pour la chasse servait 
(le couverture et de manteau à toutes sortes de gens 
pour porter ces armes dans un but moins innocent, 
et qu'il en résultait tous les jours des meurtres et des 
actes de violence, défendit expressément à toutes 
personnes , de ({uelque élat , qualité et condition 
qu'elles fussent, de chasser ni faire chasser, à quelque 
sorte de chasse que ce pût être, avec l'arquebuse, en tirer 
ni la porter, sous peine, pour la noblesse, d'amende 
arbitraire, de confiscation des armes et de quinze 
jours de prison pour la première fois, et de la mort 



(1) Les ordonnances do IGUO et IGOl iirononcenl li-s niènios peines 
pour ceux qui ont mis en vente desdils inigins. 

(2) Yoir plus bas, liv. VIII. 

(3) <i Afin de donner un moïen à notre noblesse d'avoir plus de con- 
tentement en leurs maisons et adoucir leurf; peines passées. » Préam- 
bule de la déclaration de 100 1. 



— o;j — 

en cas de récidive. La peine capitale était prononcée 
dès la première fois contre les non-nobles (1). 

Les réclamations de la noblesse furent si vives, que, 
dès l'année suivante, le Roi, après avoir vainement 
tenté de les faire cesser en accordant des permissions 
spéciales de tirer de l'arquebuse à plusieurs seigneurs 
et gentilshommes, se vit obligé de révoquer son règle- 
ment et de permettre de nouveau aux gentilshommes 
et seigneurs de fief de chasser avec les armes à feu 
tout gibier non défendu par les ordonnances (2). 

La chasse aux chiens couchants est défendu comme 
chasse cuisinière par les ordonnances de 1578, 1600, 
1601, 1607 et 1669 (3j. L'ordonnance de 1578 pro- 
nonce, en cas de contravention, la peine de 'punition 
corporelle pour les roturiers et menace les gentils- 
hommes d'encourir la disgrâce du Roi. Celle de 1601 
condamne les délinquants, pour la première fois, à 
33 écus 1/3 (ou 100 livres) d'amende, au double 
pour la seconde et au triple pour la troisième, s ils 
ont de quoi. A défaut de ce, ils seront, la première 
fois , battus de verges sous la custode, la seconde en 
place publique et la troisième bannis à toujours du 
lieu de leur demeure. 



(1) Déclaration du 14 août 1603. — Godr des chasses, V. l. 

(2) Cette autorisation était rigoureusement personnelle. Il n'y eut 
d'exception que pour les nobles et seigneurs sexagénaires ou infirmes 
(jui eurent permission de faire cliasser un de leurs domestiques en leur 
présence, et non aiilremenl. 

(3) Eu enregistrant l'édit de 1600, le jjarlement de Toulouse réserve 
la chasse des cailles avec chiens couchants, qui reste permise à toutes 
qualités do ])ersonnes autri^s que laboureurs, artisans et gens méca- 
niques. 



Cliasse 
aux chiens 
couchants. 



L'ordonnance de 1669 prononce seulement la 
peine de 200 livres d'amende pour la première fois, 
du double pour la seconde et du triple pour la troi- 
sième, outre le bannissement à perpétuité hors l'éten- 
due de la maîtrise, sans préjudice des peines encou- 
rues par les chasseurs s'ils n'ont pas droit de chasse 
comme seigneurs de fiefs (1). 

Cette défense n'était plus observée à la fin du 
xvm" siècle, quoiqu'elle n'eût été levée par aucune 
loi ; Magné de 3Iarolles fait encore remarquer, en 
1788, que la chasse aux chiens couchants est tolérée 
plutôt que permise. 
Aiinc.biisto. Il était encore défendu de chasser avec des armes 
brisées par la crosse ou par le canon et avec des 
cannes ou bâtons creusés, et la fabrication de ces 
armes était prohibée, le tout sous peine d'amende, 
de confiscation el de punition corporelle (2). 
(.rcna.iic L'cmplol, la fabrlcatiou et la vente de la grenaille 
de fer pour charger les armes à feu étaient également 



(1) « La plupart s'imaginent, dit le commenlateur de l'ordonnance 
de 1669, qu'on ne peut aller à la chasse sans ces sortes de chiens cou- 
chants; c'est ce qui est étroitement et expressément défendu par cet 
article, parce que c'est chasse cuisinière... L'on contrevient plus sou- 
vent à la disposition de cet article qu'à tout autre pour le plaisir que 
donne cette chasse : les juges ne sont pourtant pas moins sévères 
]iour les contrevenants. Celaparoit par plusieurs jugementsde la Table 
rie marbre. » — Il cite ensuite deux ])iirticuliers condamnés en 1671 
pour chasse au chien couchant. 

{1) Ordonnance de 1669. — Par arnM du 2 jiiiii I(i7;i, à lu reipièU^ du 
duc de Bourbon, comte de Sancerre, Guillaume Ri\erdy, maître armu- 
rier en ladite ville, est condamné, pour avoir fabriqué un fusil brisé, n 
l'amende honorable sèche, c'est-à-dire M'ulemenl nu-tête et à genoux. 
— En 1679, un sieur Boussiu l'ut, pnur le mèmi- délit, coudiimné i>ar 
' onlumace au foui'l el à 130 livres d'iiincinli'. 



<lc l'or. 



iljler résem*. 



prohibés, parce que le vil prix de celle grenaille mul- 
lipliait les braconniers et que l'usage en était dange- 
reux pour les tireurs ; de plus, les grains de fonte 
qui se trouvaient dans le gibier tué risquaient de 
casser les dents de ceux qui en mangeaient, et, s'ils 
les avalaient, cette grenaille, sujette à se rouiller, 
était fort contraire au corps humain. Un arrêt du con- 
seil, en date du i septembre 1731, prononce des 
amendes de 100 à 300 livres pour fabrication et 
vente de ladite grenaille (11. 

Le cerf était gibier royal, et, depuis 152G, sa chasse c.tir 
fut défendue en tous lieux et de toutes les manières, 
sauf autorisation (2). Les peines les plus terribles 
sont portées par l'ordonnance de 1601 contre ceux 
qui se permettent d'attenter à la vie de ce noble ani- 
mal, amende double de celle qui punit le meurtre 
des autres grands animaux, fustigation sous la cus- 
tode jusqu'à effusion de sang, en cas de non-paye- 
ment de l'amende, et, en cas de récidive, nouvelles 
fustigations, condamnation aux galères ou au bannis- 
sement perpétuel, et enfin le dernier supplice s'il est 
ainsi trouvé. 

L'ordonnance de 1669 confirme les dispositions de 



(1) Merlin, v° Fer en grenaille. 

(2) François 1"', par son ordonnance de 1515, n'avait défendu Im 
chasse des bêles rousses que dans ses bois, buissons et garennes; 
mais à son retour d'Espagne, passant par le Poitou, il défendit, par let- 
tres patentes du 20 avril 152G, à tous seigneurs voisins du buisson de 
Foularges de chasser aux bêtes rousses. Henri II , par lettres patentes 
du 15 septembre 1,552, en permettant aux seigneurs de chasser dans les 
bois qui n'étaient pas de la Grnen'e du Roi, excepte nommément les 
bêtes fauves de cette permission. 



— 5G — 

celle de 1601, à l'exception de la peine de morl. 
« Il paroît par cet article, dit le commentateur de 
celte ordonnance, combien les genlilsborames même 
doivent être circonspects sur le fait de la chasse au 
cerf et à la biche, que le Roy souhaite être conservés 
en quelque endroit du royaume que ce soit. » 

En 1788, Magné de Marolles s'excuse de ne point 
parler de la chasse du cerf, parce que tout le monde 
sait, dit-il, qu'il est sous 'la sauvegarde des ordon- 
nances (Ij. 

Le délit d'avoir tué un cerf ou une biche était un 
cas réservé, et les officiers du Roi avaient seuls le droit 
d'en connaître (2). 

On voit, par ce qui précède, combien étaient dures 
les pénalités appliquées pour faits de chasse. Nous 
verrons tout à l'heure que cette rigueur s'aggrave 
encore lorsqu'il s'agit des plaisirs du Hoi. L'ordon- 
nance de IGOl, la plus violente de toutes, porte à la 
vérité cette réserve que les peines af/lictives du corps 
ne seront exécutées que sur des personnes viles et 
abjectes et non autres. 

Louis XIV, en maintenant dans sun ordonnance 
de lObl) des dispositions d'une excessive sévérité, 



(1) Nous verrons plus loin i|u'iui xvi» rt Jiii wn'" slècli' on obtenait 
assez facilement l'autorisation de chasser le cerf à courre. 

(2) A la demande de Guillaume Ligier, lieutenant en la juridiction 
des eaux et forêts d'Anjou, doifense est faite aux lieutenant, proeu- 
reur liscal et greflier de la haronnie de Bourmont de prendre à l'a- 
venir aucune connaissance de la mort par forfa ici tire de? rerl's (-t 
biches à peine de 100 livres d'amende, i, Arn''! du parlement. Paris, 
m avril I6'25.) 



eut au moins l'humanité de faire disparaître de nos 
lois la peine de mort pour délits de chasse. L'arti- 
cle 11 de celte ordonnance défend aux juges de con- 
damner au dernier supplice pour faits de ce genre, 
de quelque qualité que soit la contravention, s il ny 
a autre crime mêlé qui puisse mériter cette peine. 

La mission d'appliquer les lois et règlements sur la 
chasse appartenait, hors des capitaineries, aux offi- 
ciers des eaux et forêts, qui étaient seuls compétents 
pour connaître en première instance, et à l'excep- 
tion des autres juges (1), de toutes causes et procès 
relatifs à la chasse et aux prises de bêtes, ainsi que 
des querelles , excès , assassinats ou meurtres qui 
peuvent avoir lieu à ce sujet, tant entre gentilshommes 
et officiers qu'entre marchands , bourgeois et tous 
autres. Les appels de ces jugements étaient portés 
devant le tribunal de la Table de marbre, siège de 
réformation générale des eaux et forêts (2). 

Dans les capitaineries, l'information première ap- 
partenait concurremment aux officiers des eaux et 
forêts et aux capitaines des chasses, mais l'instruc- 
tion et les jugements étaient confiés aux lieutenants 
de robe longue à la poursuite des procureurs du Roi, 
sauf le droit des officiers des chasses , d'y assister 



(1) Saui' sur les terres des seigneurs hauts justiciers dont les juges, 
en cas de prévention, en peuvent prendre connaissance. 

(2) Cette dénomination vient de ce qu'anciennement le connétable, 
l'amiral et le grand maître des eaux et forêts tenaient leur juridiction 
sur une grande table de marbre qiu occupait toute la largeur de lu 
grand'salle du palais. (Merlin, v" Table de marbre.) 



. — 58 — 

avec voix délibéralive, si bon leur semblait, ainsi que 
les officiers des eaux et forêts. 

Étaient exceptés de ces dispositions les capitaines 
des chasses réservées aux plaisirs du Roi. Ces capi- 
taines sont maintenus par l'ordonnance de 1669 dans 
le droit et possession d'instruire et de juger, à la 
diligence des procureurs du Boi dans leurs capitai- 
neries, toutes sortes de procès civils et criminels pour 
fait de chasse, à la charge d'appeler avec eux les 
lieutenants de robe longue et d'autres juges et avocats 
pour conseils (1). 
caintaineiieé. Ou cutcndait par capitciineiie une étendue de pays 
soumis à l'autorité d'un capitaine des chasses dont le 
devoir était de veiller à la conservation des chasses 
royales. Cet officier avait le 'droit d'accorder et de 
refuser le droit de chasse dans sa capitainerie, et 
veillait à ce qu'elle ftil toujours suffisamment garnie 
de gibier, sous l'autorité suprême du grand veneur. 

Les capitaines des chasses avaient sous leurs ordres 
des lieutenants et sous-lieutenanls des chasses. Dans 
chaque capitainerie il y avait, de plus, un lieutenant 
de robe longue, un procureur du Roi, un greffier, 
un prévôt, des rachasseurs, exempts, huissiers, gardes 
à cheval et ù pied, faisandiers, renardiers et tonnel- 
liers (1). 

Les racJiasseurs étaient des gentilshommes choisis 
dans chaque capitainerie pour leur expérience, qui 



(1) Merlin, v" ('haasc. 

(2) I*our i>ri.'niliP <k'> iinilrix à la lonnclli.' 



— 59 — 
recevaienl des gages (1) à charge d'entretenir des 
chiens courants pour repousser les bêtes écartées aux 
buissons jusque dans leurs forêts. Après les avoir re- 
chassées jusque-là, ils devaient rompre leurs chiens et 
cesser la poursuite. 

Les premières capitaineries furent établies par 
François I" dans les cantons où il chassait d'habitude. 
Jusqu'au règne de Henri IV, elles paraissent avoir 
été peu nombreuses. On ne trouve que neuf ca- 
pitaines des chasses portés sur les comptes de 
Charles IX. 

Henri IV, qui avait à cœur le repeuplement de ses 
forêts dévastées pendant les guerres civiles, multiplia 
considérablement le nombre de ces capitaineries ; on 
en trouve jusqu'à vingt-quatre portées sur l'Etat du 
paîment que le Roi a ordonné estre fait par Nicolas 
Trouvé au grand veneur (2), parmi lesquelles il en 
est de fort éloignées des résidences ordinaires du 
Roi, comme les forêts d'Évreux, de Pacy, de Lyons, 
les bois de la montagne de Reims, Nogent, Pont-sur- 
Seine et du bailliage de Sézanne. 

Sous Louis XIV, il y a quarante capitaineries, parmi 
lesquelles figurent, outre les précédentes, celles du 
comté de Boisjency, de Montargis, de Saint-Dizier, de 
Bar-sur-Seine, d'Orléans, de Chinon et d'Anjou (3). 

Louis XIV, dans sa grande ordonnance de 1669, 



(1) Voir les comptes de la véneri'^ \»our 1 rinn'-p 1684. (Pièces justili- 
catives, t. I.) 

(2) Pièces jii>lirica1i\ps, ihifl. 

(3) Ibidem. 



— GO — 

avait essayé de restreindre le nombre des capitaine- 
ries et de conserver seulement celles qui avoisinaient 
les résidences royales. Trente ans après, cette mesure 
était encore sans exécution, les capitaines ayant tou- 
jours continué d'exercer leurs fonctions sans s'in- 
quiéter des prescriptions de l'ordonnance (1). Enfin, 
en 1699, le Roi, remarquant avec peine que le grand 
nombre des capitaineries établies dans son royaume prive 
les seigneurs de fiefs ou hauts justiciers de la liberté de 
chasser qui leur est acquise par les ordonnances, 
dépouille leurs terres d'un de leurs principaux droits, 
en diminue la valeur, les expose tous les jours à 
plusieurs vexations et leur ôte enfin un des plus hon- 
nêtes plaisirs que la noblesse puisse avoir, supprime 
toutes les capitaineries du royaume, à l'exception de 
celles des maisons royales, de la capitainerie générale 
de Bourgogne, dont était pourvu le duc de Bourbon, 
et des capitaineries d'Orléans, qui faisaient partie de 
l'apanage de Monsieur (2). 



(1) (I Lundi, 30 iicconhre IG97, à Versailles. — Le malin, au conseil 
des dépèches, on jugea une affaire qui regarde les capitaineries qui 
ne sont 2'X'S tout à fait royales. Le maréchal de Villeroy, capitaine des 
chasses de Corbeil, M. le chevalier de Lorraine et M. de Marsan, qui 
sont ses lieutenants dans les capitaineries, prétendoient que les sei- 
gneurs hauts justiciers ne pouvoient pas chasser sur leurs terres et 
qu'à plus forte raison, ils n'y pouvoient mener aucun de leurs amis. 
Cette affaire-là avoit commencé par un démêlé qu'avoit eu M. de Mau- 
giron, maître des requêtes, avec un garde de cette capitainerie. Le 
Roi a réglé que les Seigneurs hauts justiciers pourroient chasser sur 
leurs terres avec deux ou trois de leurs amis pourvu qu'ils n'en abu- 
sassent ims : bien entendu qu'ils ne jjourront chasser avec aucun valet. " 
(Dangeau.) 

(2) Quel(|U('> capilniiics ihiut I oilicc était supprimé in conservèrent 
)i<''aninoins liMir vio duranl. ■< On laisso à M. île Noaiiics colle de Se- 



— GI — 

('es capitaineries des maisons royales, conservées 
par la déclaration de 1<)69, et communément dési- 
gnées sous le nom de plaisirs du Roi, étaient depuis 
longtemps soumises à des règles encore plus rigou- 
reuses que les autres. L'autorité des capitaines s'é- 
tendait sur toutes les propriétés comprises dans leur 
circonscription, hautes et basses justices, terres en 
roture, etc., avec une puissance illimitée. « Le droit 
de chasse, même des hauts justiciers, devient si inu- 
tile dans l'étendue de ces capitaineries, dit la Juris- 
prudence, qu'ils ne peuvent chasser sans une permis- 
sion expresse du Roi et ne peuvent avoir de gardes ni 
officiers des chasses. » 

Ces capitaineries étaient, en 1602, les forêts de 
Fontainebleau, Compiègne, Yillers-Cotterets, Montfort- 
l'Amaury, Crécy, Orléans, Blois, Amboise, Chinon, 
Livry, Saint-Germain, l'Eschelle, Sénart, Rougeau, les 
bois de Notre-Dame, le bois du Parcq, qui dépend du 
domaine de Brie, et la Varenne du Louvre (1). 

On entendait par varenne du Louvre une circon- 
scription qui comprenait toutes les terres cultivées 
dans un rayon assez étendu autour de Paris, le bois 
de Boulogne qui forma plus tard une capitainerie spé- 
ciale, et quelques autres buissons [f). En 1624, l'é- 



quigny durant sa vie, au marquis d'Effiat celle de Chilly, à M. le pré- 
sident de Maisons celle de Pierrelay aussi durant leurs vies. » Dangeau, 
l. VIL 

(1) Ordonnance de 1602. 

(2) La plaine Saint-Denis, qui faisait partie de la capitainerie du 
bois de Boulogne, en fut distraite en 1705 et forma la capitainerie de 
la Varenne des Tuileries. 



— 62 — 

tendue de la varenne du Louvre fui restreinte à 
6 lieues autour de Paris. 

Les capitaines des varennes du Louvre et des Tui- 
leries portaient le titre de baillis-capitaines , et leurs 
premiers lieutenants, celui de lieutenants généraux. 
En 1763, messire Pierre-Augustin Caron était pourvu 
d'une de ces charges (1 ). 

On ne s'attendait guère 

A voir Uhjssp en cette affaire. 

L'article xx de l'ordonnance de 1669 énumére ainsi 
les capitaineries consacrées aux plaisirs du Roi sous 
Louis XIV : Saint-Germain-en-Laye, Fontainebleau, 
Chambord, Vincennes, Livry, Compiégne, le bois de 
Boulogne et la varenne du Louvre. L'ordonnance y 
joint la capitainerie de Blois, et le commentateur 
ajoute : « 11 y a encore d'autres capitaineries qui équi- 
polenth celles-ci, desquelles on prétend qu'est la ca- 
pitainerie de Montfort-l'Amaury. » 

Hien n'égale la rigueur des règlements auxquels 



(1) i< On aimera i)eut-ètre à pouvoir considérer sous l'aspect peu 
connu d'un Bridoison sérieux le personnage multiple que nous étu- 
dions, » dit M. de Loménie dans son intéressante étude sur Beaumar- 
chais. Suit le dispositif d'une sentence qui condamne le nommé Ra- 
gondet, fermier, en 100 livres d'amende pour ne s'être point conformé 
h l'article xxiv de l'ordonnance du Roi de 1669 et à jeter en basl'/io/i- 
gar et les murs de clôture mentionnés au rapport du 24 du préseu 
mois de juillet; il se termine ainsi: « Fait et donné par messire Pierre- 
Augustin Caron de Beaumarchais, écuyer, conseiller du Roi, lieute- 
nant général aux bailliage et capitainerie de la varenne du Louvre et 
grande vénerie de France, y tenant le siège en la chambre d'audience 
d'icelle, sise au château du T-ouvre, le jeudi 31 juillet 1766. » 



— (i;5 — 

élaient assujetties les propriétés enclavées dans les li- 
mites des plaisirs du Roi ou même dans ime zone 
qui s'étendait, en certains cas, jusqu'à 3 lieues au 
delà. 

il était interdit à toutes personnes, de quelque qua- 
lité ou condition qu'elles fussent, de chasser à l'ar- 
quebuse ou avec chiens dans l'étendue de ces capi- 
taineries , même aux seigneurs hauts justiciers ou 
tous autres, quoique fondés en titre ou permissions gé- 
nérales ou particulières , déclarations, édits ou arrêts qui 
sont formellement révoqués à cet égard par l'ordonnance 
de 1669. 

Les seigneurs, gentilshommes et nobles ne pou- 
vaient chasser noblement à force de chiens et d'oiseaux 
sur leurs propres terres qu'à la distance d'une lieue 
des plaisirs du Roi et aux chevreuils et bêtes noires 
qu'à 3 lieues. 

Ils ne pouvaient tirer de l'arquebuse sur les oiseaux 
de passage et le gibier (1) qu'à une lieue, ni tirer en 
volant qu'à 3 lieues des plaisirs de Sa Majesté, sous 
peine de 200 livres d'amende (2) pour la première 
fois, du double pour la seconde, et du triple pour la 
troisième, outre le bannissement à perpétuité hors l'é- 
tendue de la maîtrise. 

Défense était faite à tous les habitants domiciliés en 
l'étendue desdites capitaineries d'avoir en leur mai- 
son ou ailleurs fusils ou arquebuses simples ni bri- 



(1) Il s'agit évidemiuinent ici (\u f/ilji'rr de pnil. 

(2) 'i94 fr., monnaio actiiollo. 



— Gi — 

sées, mousquetons ni pistolets, de s'exercer à tirer au 
blanc ou d'aller tirer aux prix, sans permission spé- 
ciale (1). 

Tous les propriétaires et fermiers des terres situées 
dans les chasses et plaisirs du Roi étaient obligés de 
mettre et ficher en terre des épines au nombre de 
cinq par arpent, savoir une au milieu et les quatre 
aux coins pour empêcher les chasseurs de nuit d'y 
traîner leurs filets (t). 

Les particuliers possédant parcs et jardins, vergers 
et autres héritages clos, ne pouvaient faire en leurs 
murs aucuns trous, coulisses ni autre passage suscep- 
tible de donner entrée au gibier à peine de 10 livres 
d'amende. 

Les îles, prés ou bourgognes (sainfoins) , sans clô- 
ture, ne pouvaient être fauchés avant la Saint- Jean- 
Baptiste, à peine de confiscation et d'amende arbi- 
traire. Il était interdit de creuser des fossés et de 
construire à l'avenir aucuns parcs et clôtures en ma- 
çonnerie sans permission expresse du Roi (3). 



(1) L'ordonnance d'avril 1669 leur permet seulement d'avoir chez eux 
des fusils à mèche pour la garde de leurs maisons. 

(2) Une ordonnance du 20 août 1710 défend aux laquais d'entrer 
dans le bois de "Vincennes, tant que les épines sont fleuries et aux 
joueurs de boule de se livrer à leur innocent divertissement sous ces 
mêmes épines, parce qu'ils commettent divers délits, coupent des 
branches, enli'venl des aires el des nids et effarouche ni le gibier qui 
l'ail l'ornement dudil parc. 

(3) Par une faible compensation à toutes ces défenses vexatoires, les 
habitants des villages compris dans la circonscription de la varenne du 
Louvre étaient exempts du logement des gens de guerre, même appar- 
tenant aux gardes françaises et écossaises. — Voir les déclarations du 
15 mai 1597 et du 20 janvier 1598. [Code îles chasses, t. I.) 



— Go — 

Cependant Sa MajestJfc voulait bien permettre a ses 
sujets d'enclore, sans autorisation, les héritages situés 
derrière leurs maisons, dans les bourgs, villages et 
hameaux hors des plaines. 

Outre les gardes à cheval et à pied attachés à chaque 
capitainerie qui étaient fort nombreux (1), il y avait 
une compagnie de gardes à cheval des chasses et plaisirs 
du Roi en la vénerie pour la conservation des bêtes fauves 
et gibiers des plaines, bois et buissons des environs et 
10 lieues à la ronde de la ville de Paris, sous la charge 
du grand veneur. 

Cette compagnie était composée d'un lieutenant, 
d'un sous-lieutenant et de six gardes ; ils exerçaient 
leurs fonctions dans toutes les capitaineries royales et 
dans les forêts ou domaines du Roi où il n'y avait 
point de siège de capitainerie. En ce dernier cas, ils 
faisaient leurs rapports et procès-verbaux au siège des 
chasses de la varenne du Louvre, comme premier 
siège des chasses du royaume. 

Les fonctions d'officiers des capitaineries étaient 
fort recherchées, surtout dans l'étendue des plaisirs 
du Roi, où les seigneurs de fiefs n'avaient plus d'autre 
moyen de chasser sur leurs domaines que d'obtenir 
des places de capitaines et de lieutenants. Aussi trou- 
vons-nous, en 1596, le seigneur d'AMfem'/ capitaine 



(1) A la varenne du Louvre, 12 gardes à pied et G à cheval ; au bois 
de Boulogne, 30 à pied et à cheval; à Saint-Germain, 20 gardes à 
cheval et .28 à pied ; à Fontainebleau, 1 à cheval et 30 à pied, etc. Voir 
les Étais de la France de 1698 et 1730. 

Les gardes à cheval recevaient 300 liv. de gages et ceux à piod 
GO liv. 



— GG — 

de la varenne du Louvre, qui comprenait alors les 
alentours du bois de Boulogne. Pendant plusieurs 
générations, les Sanguin, marquis de Livry, possédè- 
rent la capitainerie de Livry et Bondy. En 1698, au 
nombre des lieutenants de la même capitainerie, 
figure, avec Anne Hervart, seigneur de Bois-le-Vi- 
comte, pour le canton de Bois-le-Vicomte, et M. Fey- 
deau, sieur de Brou, M. Feray, seigneur de Gagny, 
dont les domaines étaient situés dans les environs. 

Les Catelan, seigneurs de la Sablonnière (dans la 

plaioe des Sablons), furent, aux xvn^ et xvnf siècles, 

capitaines de la varenne du Louvre et du bois de 

Boulogne (1). 

Grands Lcs plus grauds seigneurs, et même les princes, 

seigneurs attachaient une grande importance à devenir titu- 

capitaines tles '-' ... 

chasses, kùrcs dcs principales capitaineries. Le duc de Saint- 
Simon se plaint, dans ses mémoires, d'un vrai tour de 
Scapin employé par M. le Prince (2) pour emhlerk son 
oncle, le marquis de Saint-Simon, les capitaineries 
d'Halatte et de Senlis, qu'il convoitait comme voi- 
sines de ses domaines de Chantilly. « Cet oncle, fort 
âgé, vivoit dans la retraite ; le prince de Condé va lui 
conter que le Roi, importuné des plaintes de ceux 
qui se trouvent enclavés dans les capitaineries royales, 
alloit rendre un édit pour les supprimer toutes, ex- 



(1) Etais (le la Franrr. —Do là les noms de Pré Calelan et de Croix 
lie Calelan. Voir aussi les Enirpuea des mes de l^aris, par M. Edouard 
Fournie!-. 

(2) Ilenri-.Tules de Bourbon, devenu [iriuce de Condé en 1686. En 
1684 la cn])itainerie apimrtenait enrore au niar(iuis de Saint-Simon. 
(Comptes (le la Yéuerie di' Louis XIY.) 



— 67 — 

ceplé celles des maisons qu'il occupoit et des environs 
de Paris; que les leurs alloient être suppriaiées, à 
moins qu'elles ne fussent entre les mains du Prince ; 
qu'eux-mêmes en demeureroient toujours les maîtres 
pour eux, leurs gens et leurs amis, qu'il donneroit 
volontiers deux ou trois cents pistoles. Les bonnes 
gens le crurent, pestèrent contre Tédit, donnèrent 
leur démission à M. le Prince, qui laissa 200 pis- 
toles en partant et se moqua d'eux. Tout le pays, 
qui vivoit en paix et sans inquiétude dans cette capi- 
tainerie, fut outré de douleur. Elle devint une tyran- 
nie entre les mains de M. le Prince, qui l'étendit 
encore tant qu'il put ; mais il est vrai qu'il laissa ceux 
qu'il avoit ainsi escamotés les maîtres pour eux et 
leurs domestiques le reste de leur vie (1). » Les princes 
deCondé conservèrent ces capitaineries jusqu'en 1790, 
époque oii elles furent toutes abolies. 

Sous Henri IV, nous trouvons, parmi les capitaines 
des chasses, le marquis de Vitry (à Fontainebleau) et 
le comte de Villeroy (à Sénart). 

Sous Louis XIV, le marquis de Louvois est capi- 
taine des chasses à Châlons et le maréchal de Senec- 
terre à Beaugency (1664). Le marquis d'Eifiat a la 
capitainerie de la plaine de Longboyau, le prince de 
Marsillac celles de Berry et de Clermont, le duc du 



(1) Saint-Simon, t. I. — Le marquis de Saint-Simon mourut en 1G90. 
— Du temps de la faveur de Gliamillart, le même prince de Condé 
faisait mi//e bassesses à son frère, évèque de Senlis. Chamillart dis- 
gracié, tout changea, « plus de présents de gibier et plus de liberté à ses 
gens de chasser, même chez leur maître. » (Saint-Simon, addit. à Dan- 
geau, t. XV.) 



— 68 — 

Lude celle de Saint-Germain, le maréchal d'Humières 
celle de Compiègne, le duc de Gesvres celle de Mon- 
ceaux, le chevalier de Lorraine celle de Chartres, 
M. de Rochechouart est lieutenant à Crécy (1679-1684). 
Les Villeroy conservent jusqu'au xvni' siècle la capi- 
tainerie de Sénart, le duc de Noailles a Sequigny, 
le marquis de Saint-Herem Fontainebleau, le duc 
d'Estrées Villers-Cotterets (1684-1698). 

Nous voyons, sous Louis XV, la capitainerie de 
Saint-Germain- en-Laye aux mains du duc de Noailles 
et de son fils, le comte d'Ayen, en survivance; celles 
de Monceaux et Meaux au comte d'Évreux, et en 
survivance, au duc de Gesvres, etc., etc. (1). 
caiMtaineries Lcs priuccs du saug avaicut aussi leurs capitaineries 
des princes. Qj-ganisées à l'instar de celles du Roi. Quelques grands 
seigneurs obtinrent même le privilège fort envié d'in- 
stituer des capitaineries sur leurs terres (2). Par lettres 
du 15 avril 1666, le duc de Bouillon, comte d'Au- 
vergne, nomme capitaine de ses chasses dans toute 
l'étendue de ses terres, forêts et bois du comté d'Au- 
vergne, messire Antoine du Regnauld, sieur du Cri- 
pel. La Nouvelle jurisprudence des chasses cite même 
une autorisation accordée à Jean Morel, abbé com- 
mendatairedela fameuse abbaye de Saint-Arnould de 
Metz, à l'effet d'établir sur ses domaines de l'abbaye 



(1) Voir les Etats de la France. 

(2) La déclaration du Roi du 12 octobre 1690 suyjprimc toutes les ca- 
l)itaineries que plusieurs seigneurs particuliers avaient obtenu sous 
les' règnes précédents d'établir dans leurs terres, ainsi que celles que 
d'autres seigneurs s'étaient arrogé de créer sans aucun fondement, et 
([ue des gouverneurs de provinces ou de villes avaient usurpées. 



— r.9 — 

un gruyer et capitaine des chasses , afin de pourvoir 
à la conservation des chasses et pêcheries, entreprises 
depuis plusieurs années à l'occasion des guerres et de 
prévenir les abus et délits qui s'y commettent, non- 
soulement au préjudice des droits de l'abbaye, mais 
au dommage des fermiers et vassaux, dont les terres, 
vignes et prés sont impunément gâtés par les gens, 
chevaux et chiens. 

La cour des eaux et forêts reçut, le 8 juillet 1679, 
le serment de M. Claude Fors, en qualité de capitaine 
des chasses de l'abbaye et l'intronisa dans ses fonc- 
tions (1). « Cela est d'autant plus considérable, ajoute 
la Nouvelle jurisprudence, que tous les seigneurs n'ont 
le pouvoir d'établir un gruyer ni un capitaine des 
chasses. » 

Il est facile de comprendre à quel point les capi- 
taineries royales et princières qui s'étendaient sur une 
portion notable du territoire devaient peser lourde- 
ment sur les habitants grands ou petits. 

Jean-Jacques Rousseau, qui résida de 1756 à 1758 
à l'Ermitage, près de Montmorency, au milieu des ca- 
pitaineries du comte de Charolais, ne pouvait man- 
quer de s'élever avec amertume contre les actes d'op- 
pression qu'exerçaient plus que partout ailleurs les 
officiers de ce prince brutal et tyrannique. 

« A l'Ermitage, à Montmorency, dit-il, j'avois vu 
de près et avec indignation les vexations qu'un soin 
jaloux des plaisirs des princes fait exercer sur les 



(1) Jurisprudence des chasses. 



— 70 — 
malheureux paysans forcés de subir le dégât que le 
gibier fait dans leurs champs , sans oser se défendre 
qu'à force de bruit, et forcés de passer la nuit dans 
leurs fèves et leurs pois avec des chaudrons, des tam- 
bours, des sonnettes pour écarter les sangliers. Té- 
moin de la dureté barbare avec laquelle le comte de 
Charolais faisoit traiter ces pauvres gens, j'avois fait, 
vers la fin de V Emile , une sortie sur cette 
cruauté (1). » 

Les capitaineries des princes de Condé étaient égale- 
ment gardées avec beaucoup de sévérité. Le marquis 
de Girardin , seigneur d'Ermenonville (2), dont les 
terres étaient situées dans l'enceinte de ces capitaine- 
ries, eut à soutenir un procès contre le prince de 
Condé qui voulait l'empêcher de clore ses bois et fai- 
sait abattre les palissades lorsqu'il venait lui-même y 
chasser. M. de Girardin, ayant gagné son procès, fit 
élever, dans son parc, une cabane sur la porte de la- 
quelle était cette inscription : « Charbonnier est maître 
chez lui. » Peu de temps après, le prince, visitant les 
jardins d'Ermenonville en compagnie de Stanislas de 
Girardin, fils du marquis, encore enfant, dit en re- 
marquant l'inscription : « C'est tout au plus ce qu'on 
pourrait se permettre de dire, si l'on n'était pas en 
capitainerie. » « La réflexion était juste, ajoute dans 
ses mémoires Stanislas de Girardin; mais, tout jeune 
(]ue j'étais, elle me parut extrêmement déplacée dans 



(I) Con/rssion.s. li\. \I. 

C?) Co ilnmjiiiii' (■■liiit rntn^ ses mains rlcimis 17G3. 



la bouche du prince de Condé el me lit prendre en 
haine les capitaineries (1). » 

Quelques années après, un vieillard de quatre- 
vingt-trois ans fut jeté en prison pour avoir pris un 
lapin au collet dans son jardin. Le bailli le fit mettre 
en liberté et fut appelé en duel par le capitaine des 
chasses du prince de Condé. Il répondit à cet officier 
qu'il ne voulait point se battre avec un précepteur de 
chiens. Le prince donna tort au capitaine et le répri- 
manda fortement (2). 

Arthur Young, qui parcourut la France de 1787 à 
1789, s'indigne, en traversant le domaine de Chantilly, 
du tort que la capitainerie du prince fait éprouver 
aux paysans. « On dit que la capitainerie a plus de 
100 milles en circonférence, c'est-à-direque, dans cette 
circonscription, les habitants sont ruinés par le gibier, 
sans avoir la permission de le détruire, afin de four- 
nir aux plaisirs d'un seul homme. Ne devrait-on pas 
en finir avec ces capitaineries (3)? » 

Arthur Young affirme que les capitaineries sont pour 
beaucoup dans l'état d'infériorité où il trouve notre 
agriculture ; aussi ne perd-il aucune occasion de les 
attaquer avec véhémence. Aux environs de la forêt de 
Sénart, à Montgeron, il remarque que les champs 
sont sans clôture, « produisant avec la récolte autant 
de perdrix qu'il faut pour la manger, car le nombre 



(1) Environs de Paris, par A. Jolianne. 

(2) Je donne cette anecdote d'après M. Jouanne, qui n indique pi 
son autorité. 

(3) Voyage en France, l. 1 






en est énorme ; on peut compter en moyenne une 
couvée pour 2 acres, outre certaines places favo- 
rites où elles abondent beaucoup plus. » La capitai- 
nerie de Villers-Cotlerets ne trouve pas davantage 
grâce à ses yeux, et le duc d'Orléans est accusé, comme 
les autres princes, de substituer les bétes fauves aux 
produits de l'agriculture. 

En 1790, après l'abolition des capitaineries, il les 
traite encore de fléau désastreux pour tous ceux qui 
occupaient une terre. « Lorsqu'il est question de la 
conservation du gibier, dit-il, il faut savoir que par 
gibier on entendait des bandes de sangliers, des trou- 
peaux de cerfs, non pas renfermés par des murs ou 
des palissades , mais errant à leur guise sur toute la 
surface du pays, cause de destruction pour les récoltes, 
de malheur pour le paysan, qui, pour avoir essayé 
de conserver la nourriture de sa famille, se voyait 
envoyé aux galères. Rien que dans les paroisses de la 
capitainerie de Monceau, les dégâts du gibier s'éle- 
vaient à 184,263 livres par an pour quatre paroisses 
seulement. S'étonnerait-on, après cela, d'entendre le 
peuple dire : Ps'ous demandons à grands cris la 
destruction des capitaineries et celle de toute espèce de 
gibier ( 1 ) ? 

« Que penserions-nous en voyant solliciter comme 
une faveur la permission de nettoyer ses grains, de 



(l) Cahiers du tiers état, généralité de Mantes et Menlan. — Dans 
l'approbation du vœu exprimé pour la dcsli'uclion de toulc espèce de 
gibier, on retrouve la liaine exagérée d'Arthur Young et de ses succes- 
seurs contre toute chasse en générai. 



_ 73 — 

faucher les prés artificiels et d'enlever ses chaumes 
sans égard pour la perdrix ou tout autre gibier? Disons 
maintenant au lecteur anglais, pour qu'il comprenne 
ceci, que de nombreux édits prohibaient le sarclage 
et le binage, de peur de troubler les perdrix ; la fu- 
mure avec des vidanges, de peur que le gibier, nourri 
par le grain qui en viendrait, ne prît un mauvais 
goût; la fenaison avant un certain temps (trop long 
souvent) et l'enlèvement des chaumes, pour qu'il ne 
restât pas sans abri. Cette tyrannie, qui s'étendait 
sur 400 lieues de terrain, était si grande, que bien 
des cahiers (1) s'accordaient à en demander l'abo- 
lition (2). » 

Les abus des capitaineries contribuèrent beaucoup 
au déchaînement universel contre la chasse, qui mar- 
qua le commencement de la révolution; aussi, par 
l'article 3 des fameux décrets du A août 1789, toutes 
capitaineries , même royales , et toute réserve de 
chasse, sous quelque dénomination que ce soit, furent- 
elles abolies. 

Dans les provinces qui n'étaient pas soumises au cousemiems 
régime des capitaineries , on accordait assez libérale- llyZs^ 
ment aux gentilshommes du pays l'autorisation d'y 
chasser à courre^ même le cerf. Des propriétaires voi- 



(1) Cahiers présentés aux états généraux. 

(2) Voyages en France, t. II. — On voit, en effet, l'abolition totale 
ou partielle des capitaineries réclamée en 1789 par les trois ordres de 
Montfort-rAmaury, par le clergé de Provins, de Montereau, de Paris, 
de Mantes, deLaon-, parla noblesse de Nemours, de Paris et d'Arras, 
par la noblesse et le tiers état de Péronne ; par le tiers état do Meaux, 
de Mantes et Meulan. 



— 71 — 

sins, qui avaient les moyens d'entretenir un équipage 
de chasse, mais qui ne possédaient pas une étendue 
de bois assez considérable pour chasser souvent, se 
faisaient nommer conscr Dateurs d'une forêt royale ou 
princière et y exerçaient le droit de chasse dans toute 
son étendue (1). Leverrier de la Conterie se plaint 
assez vivement de ces conservateurs, récemment 
nommés en Normandie, qui ne faisaient que détruire 
à leur profit le gibier qu'ils étaient censés conserver 
et vexaient toute la noblesse en l'empêchant de courre 
le cerf, comme on le lui permettait depuis longtemps 
de le faire hors des capitaineries (2). 
Peines sévères | ^^ ordounanccs ont réservé leurs pénalités les plus 

prononcées ' •■ 

pour protéger cruellcs pour la protection du gibier qui s'accumu- 

les 

capiiaiueries. lait daus Ics capitaincrics et dans les domaines royaux 
en général (3). 

L'ordonnance de mars 1515, qui forme la base de 
notre vieille législation en madère de chasse , est 
presque tout entière dirigée contre ceux qui se per- 
mettent de chasser dans les forêts, buissons et ga- 
rennes du Roi et d'y prendre bêtes rousses, noires, 
lièvres, connins, phaisans, perdrix ou autres gibiers, à 



(1) Goury de Ghampgrand. 

(2) École de la chasse aux chic7u courants. 

(3) Dans les cantons conservés pour la chasse, on tue qiu^lqucfois 
/j ou 500 lièvres dans une battue. (Buiron, art. Lièvre.) 

Le duc de Luynes afiirme, dans ses Mcinoircs, ([u'en août 1739 on 
comptait, dans la plaine de Créteil, 1,200 compagnies de perdrix. Dans 
le petit i)arc de Versailles, le Roi tua de sa main 135 i)ièccs en nw 
heure et demie, et 318 pièces en trois heures. {Me moires du duc de 
Luynes.) 



— 75 — 

chiens, arbalètes, arcs, filets, cordes, toiles, collets, 
tonnelles, linières ou autre engin tel qu'il soit, s'ils 
n'en ont privilège ou permission spéciale, octroyés 
par lettres authentiques. 

Après que les défenses auront été publiées à son de 
trompe et cri public, ceux qui chasseront aux grosses 
bêtes dans lesdites forêts seront condamnés pour la 
première fois en une amende de 250 livres tour- 
nois (1] et les engins et bâtons seront confisqués. Ceux 
qui n'auront pas de quoi payer seront battus de 
verges sous la custode, jusqu'à effusion de sang. 

S'ils y retournent pour la seconde fois, ils seront 
battus de verges autour des forêts et garennes où ils 
auront délinqué et bannis à 15 lieues desdites forets 
sous peine de la hart. 

La troisième fois, ils seront mis aux galères par force, 
ou battus de verges, ou bannis perpétuellement du 
royaume, et leurs biens confisqués. 

S'ils étaient incorrigibles et obstinés, et récidivaient 
encore, enfreignant leur ban, ils seront punis du der- 
nier supplice. 

Ceux qui auraient échappé à la punition après 
avoir chassé par plusieurs fois à icelles grosses bêles 
seront punis de 500 livres d'amende avec confiscation 
des engins et bâtons; faute de payement, ils seront 
battus de verges et bannis à 30 lieues. 

Ceux qui prendront ou chasseront lièvres, con- 



(1) La livre tournois, ralciilpc suivant le prix du blé, valait sous 
François I'' environ 1 1 IV. 83 r. 



— 76 — 

7nns, perdrix, faisans et autre menu gibier payeront 
20 livres d'amende, et, faute de payement, demeu- 
reront un mois en prison au pain et à l'eau. 

La seconde fois, ils seront battus de verges sous la 
custode. 

La troisième fois, ils seront battus autour des fo- 
rêts, buissons ou garennes et bannis à 15 lieues. 

Les délinquants qui auraient échappé plusieurs 
fois au chàliment, après avoir pris ou chassé menues 
bêtes, payeront 40 livres d'amende ou demeureront 
deux mois en prison. 

Il est interdit aux officiers royaux et à tous autres, 
demeurant à 2 lieues à l'entour desdites forêts, de 
porter ou d'avoir dans leurs maisons arbalètes, arcs, 
échopetles, haquehutes, cordes, filets, collets, tonnelles 
ou autres engins pour prendre le gibier (l), sous peine 
de 100 sols d'amende (2), de confiscation des bâtons 
et engins, et, pour les officiers des forêts, de la perte 
de leurs offices. La seconde fois l'amende sera de 
30 livres, et, la troisième, les contrevenants seront 
bannis à 15 lieues. 

A la première et seconde punition, ceux qui n'au- 
ront pu payer les amendes demeureront en prison, 
au pain et à l'eau, à l'arbitrage du juge. 

En 1596, Henri IV, voyant que l'ordonnance de 
1515, inutilement confirmée à plusieurs reprises par 
les successeurs de François I", avait cessé d'être ob- 



(1) Ceux '\w\ ont châteaux ou maisons fortes et de défense sont au- 
torisés, toutefois, à conserver les armes nécessaires. 
(?) 5 livres tournois, ou environ 59 fr. 15 c. 



servée, renouvela toutes les défenses qui y sont con- 
tenues, en ajoutant aux peines précédemment pro- 
noncées 100 livres d'amende pour la première fois, 
avec la prison jusqu à plein payement; pour la deuxième 
fois, les délinquants seront frappés de punition corpo- 
relle et de trois années de bannissement. 

Pour la troisième fois, ils ne recevront aucune grâce. 

Les ordonnances de 1600 et de 1601 ne font que 
reproduire les dispositions de celle de 1515; le taux 
des amendes est le môme, quoique exprimé d'une fa- 
çon bizarre (1) dans la plupart des cas, il est seule- 
ment réduit de moitié pour sangliers et chevreuils 
tués. A la peine de la prison et du fouet prononcée 
faute de payement contre ceux qui ont tué des menues 
bêtes, ces ordonnances ajoutent celle de trois heures 
de carcan à jour et heure de marché. 

L'ordonnance de 1G07, spéciale pour les forêts, 
bois, buissons et garennes du Roi, confirme les dispo- 
sitions des précédentes, sans qu elles 'puissent être mo- 
dérées en aucune façon que ce soit. 

Il y est, de plus, particulièrement interdit à tous 
seigneurs, gentilshommes, hauts justiciers et autres de 
quelques qualité et condition qu'ils soient, de chasser 
ni faire chasser aux bêtes fauves et noires, perdrix, 
lièvres, faisans et autre gibier dans les bois et forêts 



(1) Ainsi, ces ordonnances, au lieu de prononcer une amende de 25011- 
vres contre ceux qui ont tué des cerfs, les condamnent à 83 écus 1/3, 
ce qui revient au même. Il faut, de plus, remarquer que la livre tour- 
nois ne valait plus, du temps de Henri IV, que le tiers de ce qu'elle 
valait sous François l^'. 



— 78 — 
dudomaine royal, avec chiens courants ou couchants, 
porter ou faire porter bricols, pans de rets et pièces, de 
tirer ou faire tirer de l'arquebuse en icelles, ni à une 
lieue à la ronde desdiles forêts, parcs, buissons et 
garennes, et spécialement dans celles réservées aux 
plaisirs du Roi, à peine auxdils seigneurs et gentils- 
hommes de désobéissance et d'encourir l'indignation de 
Sa Majesté, et, pour les roturiers, d'être menés et con- 
duits aux galères pour six ans. 

Ces pénalités furent maintenues par l'ordonnance 
de 1G69, à l'exception de la peine de mort. Cette or- 
donnance ajoute que, si quelques particuUers rive- 
rains des forêts royales ou autres troublent les offi- 
ciers des chasses dans l'exercice de leurs fonctions ou 
leur font quelque violence pour se maintenir dans le 
droit de chasse qu'ils pourraient avoir usurpé, ils 
seront condamnés , pour la première fois , en 
3,000 livres d'amende et, en cas de récidive, privés 
de tout droit de chasse sur leurs terres riveraines, 
sauf, néanmoins, une peine plus sévère, si la violence 
était qualifiée. 
Mesuresconiie L'ordonnauce de 1515 avait fait défense aux officiers 
'«fh'ens- ^^ Y\o\ ou autres quelconques de mener des chiens 
non attachés dans les forêts du domaine. La première 
fois, leurs chiens devaient avoir les jarrets coupés; la 
seconde fois, ils étaient mis à mort; la troisième fois, 
leurs maîtres étaient punis d'amende arbitraire. 

Même défense est portée dans les ordonnances de 
1596, 1600 et 1601; de plus, il est interdit à tous 
paysans et gens des villages de tenir et avoir des 



— 70 — 

chiens à une lieue près des forets royales, s'ils ne 
sont attachés ou n'ont une jambe rompue. 

Il est interdit à tous laboureurs ou charretiers d'en 
mener avec eux aux champs s'ils n'ont le jarret coupé. 
Les bergers devront, sous peine du fouet, tenir leurs 
chiens en laisse, sauf les cas nécessaires. 

Au \vf siècle, les officiers du Roi avaient trouvé un 
moyen sommaire d'empêcher les chiens des voisins 
de vaguer dans les forêts royales. Dans les comptes 
de Charles IX pour l'année 1572, on trouve l'article 
suivant : « A du Fay, lieutenant en la prévosté de 
l'Hostel, la somme de 50 livres pour luy donner 
moyen de supporter les frais et despenses qu'il a faict 
pour la nourriture de certains nombres de lévriers, 
levrettes, mastins et autres chiens de chasse qui se 
seroient trouvez en la ville de Meaux, appartenant aux 
habitans d'icelle, lesquels Sa Majesté leur a faict oster 
pour les frustrer du moyen du chasser sur ses terres 
et iceux faict amener à Paris (1). » 

Les dispositions, si hostiles à l'espèce canine, des 
ordonnances de François P' et de Henri IV furent re- 
nouvelées sous Louis XIV par les règlements de 1669 
et 1671 , relatifs aux capitaineries, sous peine de 80 li- 
vres d'amende pour les contrevenants. Il est même 
défendu à tous paysans de laisser sortir de chez 
eux aucuns chiens pour aller à la campagne , soit 
qu'ils soient éjarretés ou non, à peine de 10 livres 
d'amende. 



fl) Archives riirirusrs de Vliislnirr dr Frniirr, \" série, t. YITI. 



— 80 — 

Braconnage. Daiis lo préambulc de cette fameuse ordonnance de 
1515 à laquelle revient le triste honneur d'avoir la 
première introduit dans notre législation la peine de 
mort pour délits de chasse, au nombre des motifs in- 
voqués pour justifier cette sévérité barbare, figurent 
en première ligne les pilleries, larcins et abus commis 
non-seulement par des braconniers vulgaires, mais 
par les officiers des forets eux-mêmes. Le mal ne fit 
que s'accroître pendant le xvf siècle. 

Si quelque chose peut excuser la rigueur excessive 
des ordonnances de Henri lY, qui ne font guère, 
d'ailleurs, que reproduire les dispositions draco- 
niennes de celles de François P', c'est l'intolérable 
licence que les guerres civiles avaient propagée dans 
toutes les classes de la société et le braconnage efi'réné 
qui en était la conséquence (1). Dès l'an 1581, le 
préambule d'une ordonnance de Henri III nous trace 
le curieux tableau du désordre qui régnait partout. 
Le plaisir de lâchasse, dit ce préambule, est devenu 
quasi commun à tous par la licence que chacun s'en 



(I) Simon de Bullande, dans son poëme du Lièvre (1585), dit qu'au 
bon vieux temps 

le vilain, alléché d'avarice 

Ne cherchoit le coupis du levraut soucieux 
Pour frauder son seigneur de l'honneste exercice 
De la chasse, et tracer son travail ennuyeux. 

Allusion évidente à la manie de braconnage qui s'était emparée de 
SCS contemporains. Il ajoute que : 

Le souldat débordé, revenu de la guerre 
S'estudiant plustost à pratiquer des maux 
Qu'à vouloir cultiver l'usure de la terre 
Traistre, n'arquebusoit ces petits animaux. 



— 81 — 

allribue, « et osent, au mépris de nous et de nos 
ordonnances, aucunes personnes non nobles et rotu- 
riers, tant d'église que praticiens, marchands, artisans 
et gens mécaniques..., porter arquebuses, pistolles, 
pislollels et arbalestes, et entrer dans les bois, forêts, 
buissons et garennes, battre les plaines, chasser, tuer 
et ravager indifféremment tout ce qu'ils peuvent ren- 
contrer, soit bestes fauves, rousses ou noires, lièvres, 
connils, faisans, perdrix, oiseaux de rivières et autre 
gibier, avec lesdites arquebuses et arbalestes, furets, 
chiens couchans , gros mastins, tirasses, collets, pan- 
neaux, tonnelles, escoupettes, cordes, filets et autres 
engins... jusqu'à battre et faire un triquetrac pour 
aller et faire passer le gibier à l'endroit où ils l'at- 
tendent avec lesdites arquebuses... dont s'ensuit plu- 
sieurs débauches entre les habitans et artisans des 
villes et autres du plat pays qui, délaissant leur estât, 
mestier et labourage, s'accouslument à chasser, et, 
outre ce , gastent en la saison les vignes et les 
bleds (1). » 

Les résidences royales et princières n'étaient pas 
elles-mêmes à l'abri du plus insolent braconnage. 

« Mon compère, écrivait Henri IV au connétable 



(1) Code des chasses, t. I. 

Ces forcenés braconniers tiraient pareillement licencieitsemenl sur 
les étangs, ruisseaux et grandes rivières, et bien souvent sur les pi- 
geons, « de manière que d'heure en heure et de moment en moment , 
on n'entend que coups d'arquebuses faisant grand meurtre et dégât 
desdits pigeons, lesquelz estant frapez viennent mourir dans les colom- 
biers et fuies ; à cause de quoy il advient que les petits ne pouvant 
plus estre nourris meurent aussi et les colombiers cl fuies en demeu- 
rent infectez, » 

II. G 



aux gardi'S 
lir.ironniers 



— 82 — 

de Montmorency pendant un séjour qu'il fil en 1G07 
<"i Chantilly, je fais renouveller les deffenses de la 
chasse, parce que je trouve que ceux de Senlis ve- 
noient chasser jusque contre la maison et qu'il n'y 
avoit ny lièvres ny perdrix dans la plaine, n'y ayant 
pu courre que un Hèvre et pris fort peu de perdrix et 
de hérons, encore que je fusse tous les jours à la 
chasse (1). » 
Poiriau Les soldats mêmes qui formaient la garde du Roi 

ne se faisaient pas scrupule de tuer son gibier à Ici 
barbe des officiers de ses chasses et jusque sous le 
nez de ses chiens. Ponlis avoue, dans ses mémoires, 
qu'en 1599, étant cadet aux gardes françaises, un 
jour qu'il braconnait avec trois camarades dans la 
foret de Fontainebleau, ils aperçurent un grand cerf 
qui venait à eux. « L'ardeur de la chasse l'emporta 
à l'heure même, et sans me mettre beaucoup en peine 
si celte bêle étoit privilégiée, je lui déchargeai un 
coup de fusil (2) dont je l'abattis. Je rechargetii aus- 
sitôt mon fusil de peur de surprise, et, presque dans 
le moment, nous entendîmes les chiens qui le sui- 
voient et vîmes piquer à nous un cavalier qui étoit 
M. de Vitry (3), lequel commença à nous crier : 
« Allons, cadets, armes bas! » Sur ce qu'il vit que 



(1) Copies mamiscriU's. 

(2) Il est probable que rariiic de Pontis était une anjuebuse. Les 
mémoires qui portent son nom, écrits au moins soixante ans après 
cette aventure, ont pu facilement commettre une erreur. 

(3) Le marquis de Vitry était alors capitaine des chasses'de Fontaine- 
hloau. — Voir le? Pièces justificalives. 



— 83 — 
nous n'étions pas disposés ù le faire, il mit la main 
au pistolet, et moi, le couchant enjoué avec mon fusil 
en même temps, je lui criai de ne se pas approcher 
et de ne me pas obliger de tirer sur lui. Comme il y 
auroit eu de la témérité à s'avancer, il prit le plus 
sage parti, qui fut de tourner bride et d'aller s'en 
plaindre au Roi. » 

Les quatre cadets, fort effrayés des suites proba- 
bles de l'aventure, trouvèrent moyen, sous divers 
prétextes, de s'absenter de la compagnie, que le mar- 
quis de Vitry passa inutilement en revue pour les 
reconnaître; mais, au bout de deux ou trois mois, 
Pontis étant revenu au corps et se trouvant en faction 
devant la porte du Louvre, M. de Vitry le reconnut 
en passant : « Ho, ho, cadet, lui dit-il, c'est donc 
vous ? vous souvenez-vous du cerf de Fontainebleau ? » 
Pontis, très-inquiet, supplia le marquis de ne pas le 
perdre. Le brave Vitry lui répondit généreusement : 
« C'est assez que je vous connoisse, et, bien loin de 
vouloir vous perdre, je veux vous servir; venez me 
voir ; je vous donne ma parole, foi de gentilhomme, 
qu'il ne vous arrivera aucun mal. » En effet, Pontis 
s'étant décidé, non sans appréhension, à lui rendre 
visite quelques jours après, Vilry le reçut avec de 
grands témoignages d'affection, l'embrassa, et le força 
d'accepter quelques pistoles (1). 

Si les domaines royaux étaient ravagés avec cette "^aconna-e 

- . , n favorisé par 

audace , on peut aisément se figurer comment les ipsofnciprs 

du Piûi. 
(1) Mémoires de Ponti?, t. I. 



— 84. — 

cljoses se passaient chez les simples parliculiers. Les 
ordonnances, renouvelées presque tous l(3s ans (159G, 
10(10, IGOl, 1602, 1G03, 1607), ne purent supprimer 
entièrement ces habitudes de déprédation (1). Les 
officiers et gardes des chasses royales chargés de les 
réprimer y prêtaient eux-mêmes la main. L'ordon- 
nance de 1581 leur avait déjà interdit le port de l'ar- 
quebuse, parce que, sous prétexte de conserver le 
gibier, comme c'était leur devoir, le plus souvent 
c'étaient eux qui le tiroienl et en faisoient leur profit. Il 
en était de même sous le règne de Henri IV (f). 

Louis XIII, par une ordonnance du 18 septem- 
bre 1627, se vit obligé de sévir contre les officiers de 
sa vénerie et de sa fauconnerie qui assistaient les 
délinquants jmquà leur prêter leurs casaques des cou- 
leurs et livrées de Sa Majesté, afin qu'ils pussent chasser 
avec plus de liberté et d'assurance. A l'abri de ces 



(1) On lit dans le préambule de l'ordonnance de I59G : « Entre les 
licences que ces guerres ont introduites en notre royaume, il n'y en 
a point qui se soit étendue comme celle de chasser à toutes sortes de 
bestes...; il n'y a pas même les moindres et plus bas de condition qui 
n'en fassent deux fois autant ou plus de dégâts que les gentilshommes. » 
Et, dans ceux des ordonnances de IGOO et IGOl, « par la licence des 
guerres civiles, la liberté s'étant de nouveau coulée en ce roïaumc, 
elle y a apporté autant et plus de désordre qu'au précédent. » 

(2) « Mon compère, écrivait Henri IV au connétable de Montmorency, 
j'ai été ces jours passés à Verneuil et ai passé à Chantilly oii j'ai bien 
appris des nouvelles qui sont que tout le monde qui veut, tire de l'ar- 
quebuse dans nos bois aux bêtes fauves et que tous les pâtés et pré- 
sents qui se font aux présidents, conseillers et gens de justice do cette 
ville de venaison, viennent de nos forêts, mèmement que le Lual y fait 
tirer; de quoi je vous ai bien voulu avertir ; ce que, si je ne l'eusse 
fait, Frontenac, qui en crève de dépit, vouloit faire et s'en étoit chargé. » 
Lettres de Henri IV, pul>liê(>s à la suite de son Journal )iiililairc jnu' 
le comte de Valori. 



— 85 — 

casaques protectrices, de hardis braconniers parcou- 
raient journellement toutes les plaines es environs de 
Paris avec arquebuses, chiens et oiseaux, tirant et pre- 
nant toute sorte de gibier défendu par les ordonnimces, 
voire même les pigeons des bourgs et villages dépen- 
dant de la varenne du Louvre, sans que les gardes 
osassent leur dire aucune chose. Le Roi fait très-expresses 
et itératives inhibitions à toutes personnes de chasser 
dans lesdites plaines ni tirer sur les pigeons, et aux 
officiers de sa vénerie et fauconnerie de chasser 
ni assister les chasseurs, ni prêter leurs casaques de 
livrée. Il leur est, de plus, interdit de porter les cou- 
leurs étant hors de quartier (1), le tout à peine de 
500 livres d'amende (2). 

D'Arcussia se plaint que, vers la même époque, 
dans son pays de Provence, les gens du commun qui 
s'adonnaient à tirer en volant étaient supportés des 
officiers qui avaient la charge d'y prendre garde (3). 

En 1658, Louis XIV est encore obligé de renou- Règne 
vêler les défenses de ses prédécesseurs contre les Louis xiv. 
personnes de toutes conditions qui chassent impuné- 



(1) C'est-à-dire hors de leur temps de service. 

(2) Tl est encore défendu aux officiers de vendre leurs casaques, et 
aux fripiers d'en acheter. {Code des chasses, t. I.) 

' Il paraîtrait que cet abus se renouvela sous Louis XIV, car l'ordon- 
nance pour le règlement des chasses du mois d'avril 1669, art. ix, fait 
défense à loules personnes de quelque qualité el condition qu'ellessoienl, 
déporter ni faire porter casaques, juste au corps bleus, gallonnez ou 
non gallonnez, ni autres habillements des couleurs de Sa Majesté, s'ils 
ne sont officiers, à peine de confiscation desdites casaques et aut)rs 
vôtemenls (lesdites coutciirs et d'amende arbitraire. {Code des chasses, 
t. I.) 

(3) Conri/ des fouronnie/'s, (''ilil. do l(i':!l (?t lGi3. 



86 



SuMuls 
aux yanles 
acailéinisles 



Ofliciers 
lies chasser 



ment dans l'étendue des 6 lieues de son bailliage, 
capitainerie et varenne du Louvre, avec fusils, ailiers, 
filets, poches, tonnelles, collets, traîneaux, chiens 
courants et oiseaux, tirant incessamment sur les pi- 
geons, tant à la campagne que sur les colombiers. 
Ces défenses s'appliquent tout particulièrement aux 
soldatu et autres du régiment des gardes et aux gen- 
tilshommes des académies (1). Les écuyers desdites 
académies seront responsables des méfaits de leurs 
élèves. 

Il est également interdit aux capitaines et officiers 
des équipages de chasse de Sa Majesté de chasser avec 
lesdits équipages dans l'étendue de la varenne du 
Louvre en l'absence de Sadite Majesté (2). 

Il paraît que cette ordonnance fit peu d'effet, car 
il fallut en reproduire les dispositions en 1659 et 
1666. Une nouvelle ordonnance du 2-4 janvier 1695 
accuse encore les lieutenants, sous -lieutenants et 
gardes des capitaineries royales de négliger leur de- 
voir et d'abuser de l'autorité que leurs charges leur 
donnent pour détruire le gibier du Roi par les fré- 
quentes chasses qu'ils font dans l'étendue desdiles 
capitaineries (3). 



(1) Ecoles oii lii Jcuiio uublc^sc iippi'cuiiil réi|uiliilion, rpscrimo cl. 
la danse. 

(2) Code (les rliasscs, I. 1. — Un ,|iii;emenl île la Table de murbrr. 
reiulu le l(j lévrier 1(383 condamne à des amendes et dommages-inté- 
l'èts un snbstilnt de la maîtrise; des Eaux et Ibrèts de Cliinon , et un 
archer de la maréchaussée pour avoir chassé et laissé chasser sur les 
leri'es do la capilaiiicrie divers particuliers, parenls et amis du substi- 
liil. L'iirL;eiii des ilommiifies-intérèts dul iHre emiileyé en aclial de 
menu pibiri' pour repiMiplei' ladite rapitiiinenr 

(.T^ Ibul., I. I. 



— 87 — 
Le règlement du 4 janvier 17 IG pour la discipline onuiers 
des troupes en marche ou en garnison détend aux 
officiers desdiles troupes, soit en route, soit en gar- 
nison, de chasser dans les grains sous peine de dom- 
mages-intérêts et de prison, comme aussi de chasser 
sur les terres gardées des gentilshommes et dans les 
garennes. Il leur est enjoint de se retirer sur la pre- 
mière injonction des gardes-chasse sous peine de 
prison et d'une amende applicable à l'hospice du lieu 
le plus voisin (1). 

Naturellement, les lois et règlements sur la chasse macoimutje 

' • 1 11111 • ^^^'"' 

étaient encore pkis mal observés dans les provmces. v.oieuce. 

En 1666, des habitants de Langeais, en Touraine, 
chassant sur les terres du duc de Luynes, sans auto- 
risation, y tuent un cerf et un faon, gibier sévèrement 
réservé aux plaisirs de Sa Majesté. Le procureur du 
Roi, qui veut intervenir, est mis à mort par ces bra- 
conniers furieux, et, lorsque les officiers de la Table 
de marbre veulent arrêter les coupables , la popula- 
tion de la ville crie aux armes et se met en rébellion 
ouverte. L'affaire se termina par l'octroi de lettres de 
pardon pour le meurtre du procureur du Roi. Les 
braconniers payèrent 500 livres d'amende pour le 
cerf et le faon, 24 livres de dommages-intérêts au duc 
de Luynes et 400 livres pour le pain des prison- 
niers (2). 
L'année suivante, Charles de VillierS; sieur de 



(1) Code (Ica citasses. 

C2) Nouvelle Jurisprudenrr des chasses. 



Laubardière, chevalier de SainUJean-de- Jérusalem, 
aveugle d'un coup de fusil Laurent Busson , sergent 
garde de la foret de Baugé. Condamné à mort par 
contumace, il obtint, en 1679, des lettres de rémission 
pour cet attentat. Toutefois , restèrent acquises à 
qui de droit les sommes payées préalablement par 
Laubardière (1) à titre d'amende et de dommages-in- 
térêts. 

Comme nous venons de le voir, la grande ordon- 
nance de 1669, sur le règlement des chasses, maintint 
toutes les dispositions rigoureuses des ordonnances 
précédentes, sauf la peine de mort; elle dut être ap- 
pliquée avec vigueur sous le gouvernement de 
Louis XIV, alors dans toute la plénitude de sa puis- 
sance ; toutefois elle ne réussit pas entièrement à pré- 
venir les actes de braconnage avec violence [2) sur les 
terres du Roi et des particuliers, quoique les gardes et 
les officiers des chasses se montrassent assez prompts, en 
cas de rébellion, à faire usage de leurs armes. En 1677, 
le marquis de Dampierre fut menacé de mort par un 
sieur Lemaire de Lamothe qu'il avait surpris chassant 
sur ses domaines et à qui il avait voulu ôter son 



(1) 1,000 livres d'amende, au prolil des liùpitaux de Baugé et Tours 
et ]es Fcuillanls d'ici'llc ville, 1,000 liv. de dommages-iulérèts à Busson. 
plus 000 livres de provision précédemment adjugées et 24 livres d'au- 
ujone pour le pain des prisonniers de la conciergerie. (Nouvelle Ju- 
risprudence des chasses.) 

(2) En IG72, Nicolas de Bridicrs, sieur des Fourueau.x, est condamné 
en 15 livres d'amende et livres de restitution et donmiages-intér-èls 
tmvers le S' de Iri Faye jiour avoir chassé sur sou tief. Sa mère cl sa 
sœur ayant dil des iiijurr^ atmeis nu sieur i\i- la I'"a\i\ il Iciu- csl lait 
dép'iist (hphisrrvidirrr, avi'c dépens. {Iliid.' 



— 89 — 

fusil (l). En 1670, Antoine Baude, garde-bois en la 
justice de l'abbaye de Breteuil, obtint des lettres de 
rémission pour avoir, quatre ans auparavant, tué d'un 
coup de fusil un délinquant faisant rébellion. Jean 
Sevin, sieur de la Pesnage, sous-lieutenant des chasses 
et plaisirs de Sa Majesté en la capitainerie de Séqui- 
gny, eut le bras cassé d'un coup de feu dans un 
combat engagé avec des braconniers qu'il allait recon- 
naître. Le nommé Beauvais, qui avait tiré sur lui, fut 
aussi blessé (1680) (2). M. de Mus, mestre de camp du 
régiment colonel général, fut tué en 1688 par un 
paysan qu'il trouva chassant sur ses terres et qu'il 
voulut désarmer (3). 

Le parlement de Bretagne dut rendre encore, en 
1682, 1684 et 1687, une série d'arrêts pour faire res- 
pecter les dispositions de l'ordonnance de 1669 par 
les gentilshommes et personnes de condition commune 
qui n'en tenaient compte, particulièrement dans la 
baronnie de Vitré « où l'on ne trouvoit que païsans 
et autres personnes de condition commune armez de 
fusils par les campagnes, chassans et tirans sur tous 
gibiers, qu'ils portent et envoient vendre impunément 
aux marchez et autres jours clans la ville et fauxbourgs 
dudit Vitré (4). » 



(1) Le sieur Lemaire fut condamné en 50 livres d'amende pour le 
Roi et 50 livres de dommages-intérêts envers le marquis. {Nouvelle Ju- 
risprudence des chasses.) 

(2) Ibid. 

(3) Ibid. 

(4') Code des chasses, t. I. — Les paysans bretons voyaient d'un œil 
peu favorable les chasses de leurs seigneurs. Lors de l'insurrection de 
1675, quelques paroisses de busse Bretagne proclamèrcnl un coile 



dans Ut 
petit parc 

de 
Versailles. 



— 90 — 

Braconnage Lg pclit paFC féservé de Versailles n'était pas lui- 
même à l'abri des entreprises des maraudeurs. 
Louis XV racontait au duc de Luynes « que du 
temps du feu Roi il y avoit eu un homme assez hardi 
pour tirer des faisans dans le petit Parc sans que l'on 
put le reconnoître, et que les gardes n'avoient pu 
venir à bout de le prendre qu'après que le feu Roi 
eut permis de tirer, mais en recommandant qu'on ne 
le tirât qu'à plomb et aux jambes (1). » 

Braconnage ^ Ui fiu du règue dc Louis XIV, les soldats des 

des soldats aux 

gardes gardes françaises et suisses avaient conservé leurs 
habitudes de braconnage dans les capitaineries 
royales, et s'adonnaient à tirer au fusil les cerfs et 
autres animaux de la forêt de Sénart et du Buisson 
de Verrières. Le Roi fut obligé, pour arrêter ce dé- 
sordre d'enjoindre, par ordonnance du 6 juillet 1703, 
aux officiers desdites capitaineries de redoubler de 
surveillance, et au lieutenant de la compagnie du 
prévôt de l'Isle-de-France de faire perquisition aux 
portes et avenues de Paris des chairs de cerfs, daims, 
biches et sangliers qui pourraient y avoir été appor- 
tées par les délinquants. 
Bracomiat;e EnGu, il u'étalt pas jusqu'aux commis et gardes de 
fgabene/ ^^ gabcllc qul, sous prétexte de l'exercice de leurs 
fonctions, se permettaient de braconner sur les terres 
du voisin, se servant, pour cet usage, des armes qu'ils 



pai/.sd/i, porlaiit qu à l'aM'iiir la chasM' serait liélVinliic à Ions, ilii mois 
fie mars à la mi-septcnilno. i^Yoir la Revue '/f.v Dntx Mmulrs du 
15 août 1865.) 
(1) Mcmoirrs du dur de Luynos. 



— 91 — 
avaient droit de porter pour leur défense. Un arrêt 
de la Cour des aides, rendu, le 19 juillet 1716, à la 
requête du comte de Chàtillon, dont les gabelous 
avaient, à ce qu'il parait, saccagé les domaines, « fait 
inhibition et défense aux capitaines, lieutenans et ar- 
chers des gabelles de chasser et mener aucuns chiens 
avec eux, ni de porter sur eux du menu plomb sous 
quelque prétexte que ce soit, sous les peines portées 
par les ordonnances et de privation de leurs emplois. » 
Il leur est, de plus, ordonné de ne jamais porter les 
armes sans être revêtus de leurs bandolières fleurde- 
lisées (1). 

Sous les règnes qui suivirent celui de Louis XIV, uraconnage 
l'extension des capitaineries et la multiplication Louis"xv. 
énorme du gibier, qui en était la conséquence, accru- 
rent encore par l'appât d'une riche proie le nombre 
et l'audace des braconniers. Ces industriels étaient 
dès lors divisés en deux catégories : les cultivateurs 
qui trouvaient plus prompt et plus sûr de s'indemniser 
de leurs propres mains pour les dégâts causés à leurs 
récoltes par le gibier, et les braconniers de profes- 
sion, presque tous soldais déserteurs, faux sauniers et 
contrebandiers sans enqjloi, organisés en grandes 
bandes et associés avec les coquetiers, cabaretiers et 
marchands ambulants qui se chargeaient de la vente 
du butin. 

Labruyerre, qui avait été lui-même un des chefs les 
plus audacieux de ces flibustiers de terre ferme, nous 



(1) Code des chasses, 1. 1. 



— 92 — 
inilie, dans son livre des Ruses du braconnage mises à 
découvert, à tous les secrets de cette honorable corpo- 
ration. 
Braconnage Qtt y voit qiic Ics braconnlcrs avaient, dès ce temps, 

avec divers 

cBgins. porté les moyens de destruction à un degré de per- 
fection qui n'a pas été dépassé depuis. 

Ils prenaient les perdrix au traîneau (I), à la pan- 
tière, au hallier, à la culte, au collet, à la tonnelle. Le 
hallier servait aussi pour les faisans et les cailles, le 
traîneau pour les bécassines. 

Au moment du passage, ils tendaient de grands 
filets, des collets, des sauterelles aux bécasses, aux oi- 
sillons, aux alouettes ; ces dernières , attirées avec le 
miroir, étaient prises par milliers avec des gluaux et la 
rets saillaîite. Le collet était encore employé contre les 
lièvres et même contre les chevreuils, les bricoles, 
trappes et fosses contre les grands animaux. 

Les lapins, multipliés outre mesure dans les capi- 
taineries et dans les garennes seigneuriales, étaient 
l'objet d'une rude guerre. Les braconniers employaient 
contre eux les panneaux, les collets, les furets, la 
pioche , les fumigations et les plumasseaux étaient mis 
en œuvre pour leur faire déserter les terriers et les 
livrer aux hâtonneurs, qui les assommaient au gîte 
avec une adresse singulière. 

Les canards sauvages et tous les oiseaux aquatiques 
n'échappaient point aux collets ingénieusement tendus 



(1) On avait déjà, l'iisagc il'épiner les terres pour se garantir <lii trai- 
neau, mais l'épinape n'était souvent jias l'ail en temiis utile. (Voir La- 
hruyerre.) 



— 93 — 

SOUS l'eau, aux filels dans lesquels les atliraienl les 
appelauls, ou judas (i). 

Le faisan, ce gibier royal, était la proie la plus con- 
voitée des braconniers, comme il l'est encore. Dans 
les environs de Chantilly, de Versailles et autres lieux 
de capitaineries où ils n'osaient les tuer au fusil, ils 
abattaient la nuit avec de longues perches les oiseaux 
branchés, les perçaient avec des dards à longs man- 
ches, ou les tiraient avec des arbalètes faites exprès 
c\m lançaient le ip\omh presque aussivivemejit qu'un fusil. 
Les plus riches se servaient aussi de fusils à vent. Ils 
employaient encore des mèches ou des cartes soufrées 
pour étouffer les faisans lorsqu'ils dormaient perchés 
sur les arbres (2). 

Le braconnage au fusil se pratiquait sur une grande Braconnage 
échelle dans les capitaineries comme chez les particu- 
liers. Cerfs, chevreuils, sangliers (3), hèvres , lapins, 
faisans étaient abattus à l'affût, à la surprise , à l'ap- 
peau ; les braconniers employaient tantôt les armes or- 



(1) Sur tous ces engins do destruction, voir les Ruses du braconnage 
mises à découvert et le livre IX de cet ouvrage. 

(2) La possibilité de ce moyen de destruction est niée par Labruyerre 
qui dit en avoir tenté l'expérience. Magné de MaroUes dit, au contraire, 
qu'il a été employé avec succès, à sa connaissance personnelle, dans 
le parc de Richelieu en Poitou. On lit, dans les Mémoires du duc de 
Luynes, que, le « 10 janvier 1738, M. le comte de Noailles et le grand 
prévôt ont rendu compte au Roi de deux hommes qui ont été arrêtés 
par les gardes-chasse et par ceux de la prévôté en flagrant délit, pre- 
nant des faisans dans le petit Parc (de Versailles) avec des machines 
de fer-blanc faites comme des lanternes avec un bout pointu en haut 
et du soufre qu'ils brùloient au-dessous de cette lanterne et dont la 
fumée se communiquoit aux faisans perchés ijui tomboient enivrés de 
cette vapeur. J'ai vu apporter au Roi une de ces lanternes. » 

(3) Les braconniers savaient attirer le sanglier avec un a]ip;'it ou 
paie en terre. Voir Labruyerre et le livre VL 



au fusil. 



d'oicasion. 



— 94 — 

dinairos, tantôt ces armes brisées qu'interdisaient 
avec raison les ordonnances. Pour écarter les gardes 
des cantons où ils voulaient tirer, ils employaient des 
ruses ingénieuses, complaisamment racontées par La- 
bruyerre (1) ; d'autres se faisaient éclairer par des 
chiens bien dressés à éventer leurs ennemis. 
Kracormiers Outrc Ics braconuicrs de profession et les fermiers 
et cultivateurs, bon nombre de gens d'états divers 
s'adonnaient au braconnage par occasion. Les bergers 
assommaient les lièvres au gîte et les prenaient à 
l'aide de leurs moutons et de leurs chiens (2) ; les 
charretiers étaient aussi des fjaiUards habiles à tirer un 
lièvre au gîte. Ils les approchaient facilement sur leurs 
chevaux et les tuaient avec leurs curoirs ou avec des 
pistolets qu'ils tenaient cachés dans les colliers de 
leur attelage (3). Les voituriers qui venaient du pays 
de Luxembourg, et qu'on appelait tirachiens, et les 
habitants des forêts, sabotiers, charbonniers, /e/u/ew7\s, 
bûcherons cachaient des fusils dans les bois et profi- 
taient, pour tirer les grands animaux, de la confiance 
qu'inspiraient à ceux-ci l'habitude de les voir au travail 
et le voisinage de leurs chevaux. Les gardes eux-mêmes 



(1) Voir la curieuse histoire de celui qui semait de place en place 
de vieux pommeaux d'épée remplis de poudre et munis de mèches de 
différentes longueurs. Les explosions successives de ces machines at- 
tiraient et occupaient les gardes, pendant (ju'il faisait sa chasse dans 
un autre canton. (Labruyerre.) 

(2) Certains bergers de la Brie savent encore entourer avec leur 
troupeau un lièvre gîté et le faire prendre par leurs chiens dans le 
cercle formé par les moutons. 

(3) Labruyerre. 



— 95 — 

leur prêlaienl souvent des armes dans les pays où les 
seigneurs n'avaient pas l'autorisation de chasser le 
cerf (1), et partageaient avec eux le butin. 

La passion de la chasse entraînait même parfois des 
amateurs forcenés à courir les terribles dangers aux- 
quels s'exposaient les braconniers dans les capitaine- 
ries. Labruyerre raconte avoir rencontré à Caen un 
Anglais qui lui raconta comment lui et plusieurs au- 
tres seigneurs de sa nation s'y prenaient pour tuer des 
faisans à Saint-Germain et dans d'autres lieux (2). 

Parmi les gens de la campagne , il en était qui dé- 
truisaient le gibier uniquement par esprit de ven- 
geance et sans en tirer aucun profit. Vexés par leur 
seigneur, ou maltraités par les gardes, ils écrasaient 
les nids de perdrix, tuaient les couveuses, les levrauts, 
les lapereaux. Dans les endroits où les lapins, trop 
nombreux, dévoraient leurs récoltes, ils les faisaient 
périr en semant à leur portée une espèce de blé barbu 
nommé en certains lieux scoiirgeon. Labruyerre pré- 
tend que, lorsque les lapins ont mangé de ce blé, il 
s'engendre dans leur corps un ver ciselé et plat, un 
feu plus large qu'un lacet et long d'une douzaine 
d'aunes, qui ne manque pas de faire périr le lapin 
dans l'année. 

Si le profit était grand, le péril n'était pas moindre. 



(1) Labruyerre. 

(2) Labruyerre fait mystère des moyens employés par ce gentleman 
poacher, moyens qu'il n'aurait jamais employés, dit-il, mais auxquels 
il voyait néanmoins beaucoup de possibilité. Il semble insinuer que 
l'Anglais se servait du soufre. 



liraconniers. 



— 06 — 

A la vérité, la peine de mort était abolie et celle du 
fouet tombée à peu près en désuétude; mais on en- 
voyait les braconniers aux galères, on les jetait dans 
des mJs-de-hasse-fossc où on les laissait pourrir pen- 
dant des années, on les déportait aux colonies sans 
autre forme de procès. L'avocat Lebeau, partant pour 
s'embarquer à la Rochelle en 1729, rencontra près 
de celte ville dix-sept malheureux enchaînés par le 
col et conduits par la maréchaussée. Quelques-uns 
étaient des braconniers arrêtés sur les terres du comte 
de Toulouse, qu'on allait jeter sur des navires pour 
être transportés au Canada (l). 
Violences Lcs officicrs dcs chasses et les gardes soit des 
'''ctîe's'" princes, soit des particuliers ne ménageaient guère 
les braconniers, et n'attendaient pas toujours la pro- 
vocation pour faire usage de leurs armes. Ils tra- 
quaient les délinquants comme des bêtes fauves. 

Pour prendre un soldat déserteur qui chassait en 
plein jour sur la capitainerie de Fontainebleau et sur 
les terres de MM. de Trudaine et de Machault, plus 
de 60 hommes, gardes, cavaliers de maréchaussée 
et autres, le poursuivirent pendant quinze jours sans 
pouvoir le joindre. Enfin, à Machault, sur la brune, 
ils le virent se jeter dans une mare ; un garde à che- 
val, l'ayant aperçu, lui tira un coup de fusil et le vit 
aller au fond; son chapeau resta flottant sur l'eau. On 
chercha inutilement le corps (2). Gardes et cavaliers 



(1) Aventures du sieur Lebeau, avocat au parlement. — Mof/asin 
pittoresque, XVHP année. 

(2) (1 Voici, (lit rauleui- des Hiises du braconnaçie, les caractères 



étaient entrés dans un cabaret, et se réjouissaient 
d'en avoir fini avec cet insaisissable ennemi, lorsqu'il 
enfonça les vitres de la croisée, et leur apparut, te- 
nant son fusil en joue. Il leur cria qu'il allait les tuer 
tous, puis, après s'être amusé de leur frayeur, il tira 
ses deux coups en l'air et se relira sans leur faire de 
mal (1). 

Dans les forêts de Sénart et de Rougeau, « on a 
du plaisir, dit encore Labruyerre, à voir galoper les 
braconniers par les gardes; ceux-ci, lorsqu'ils en ont 
quelques-uns en vue, les chassent dans les règles, en 
enveloppant les enceintes où ils sont; ceux qui sont 
à pied fouillent le bois et les contreignent de dé- 
bûcher. 

« Cette chasse dure quelquefois cinq à six heures ; 
les gardes y prennent bien du plaisir, surtout quand 
ils ont affaire à quelques madrés; il n'y a point de 
ruses que les uns et les autres n'emploient pour 
tromper leur ennemi. » 

Lorsque les braconniers étaient pris, on les garrot- 
tait parfois de façon à empêcher la circulation du 
sang, et, quand ils tombaient en faiblesse, on les as- 
sommait à coups de crosse. 



(magiques) dont il s'étoit servi dans cette occasion. Il y avoit des né- 
nuphars ou nymphes d'eau, dont les feuilles sont larges comme un 
chapeau détroussé. Il s'étoit couvert la tête d'une de ces feuilles, 
après avoir caché son fusil et ses munitions dans des buissons impra- 
ticables. » 

(1) Ce braconnier fut ensuite trahi par son hôtesse, arrêté, reconduit 
il son bataillon et envoyé aux galères comme déserteur. — Voir La- 
bruyerre. 

II. 7 



— 98 — 

Ouehjuet'ois des fuyards fuignaieiit d'être alteinls 
par les coups de fusil que leur tiraient les gardes, et, 
lorsque ceux-ci s'approchaient pour voir l'effet de 
leur balle, les prétendus morts se relevaient et leur 
brûlaient la cervelle à bout portant (1). Un garde de 
M. de Chauvelin , seigneur de Grosbois, ayant aperçu 
un affûteur, fit feu sur lui à l'instant; l'autre jeta un 
grand cri, en disant : «Ah! malheureux, tu m'as 
tué, » et se laissa tomber en se débattant. Le garde, 
enchanté de son coup, rechargeait tranquillement son 
fusil , lorsque le braconnier, voyant la baguette dans 
le canon de l'arme, se releva, et, le couchant en joue : 
« Voilà, lui dit-il, comme on s'y prend quand on veut 
tuer son homme. » Le coup partit, le garde tomba 
mortellement atteint, et le meurtrier disparut sans 
qu'on ait jamais pu savoir son nom (2). 

La brutalité de la répression était proportionnée à 
l'audace des délinquants. Dans les récits de Labruyerre, 
qui cache mal une certaine partialité pour ses anciens 
camarades, on voit ceux-ci fort disposés en toute oc- 
casion à mettre l'épée à la main ou le fusil à l'é- 
paule ('3). 11 avoue qu'un braconnier charge rarement 



(1) Les seigneurs se mettaient quelquefois de la partie, et on leur 
attribue bien des actes de cruauté en ce genre dont la plupart n'ont 
rien d'authentique. C'est ainsi que vers 1790 le bruit se répandit dans 
le village de Goubert en Brie qu'un paysan, braconnier émérite, avait 
été tué dans le parc du château par le ci-devant seigneur et qu'on avait 
vu sur le mur des empreintes de sa main sanglante. Les paysans se 
ruèrent sur le château et le mirent à sac. Le propriétaire fut obligé de 
se cacher et de s'enfuir, quoi([ue rien ne fût venu confu-mor les soup- 
çons. 

(2) T>abruyerre. 

(3) Labcuyerre, soldat déserteur comme beaucoup de ses compa- 



% 



— 90 — 

son fusil à plomb seulement. « Il met presque tou- 
jours une balle par-dessus, pour se précautionner 
contre tout événement. Quelquefois il tient la balle 
dans la bouche, toute prête à la couler dans le fusil. 
Il y en a beaucoup qui font des cartouches, et comme 
ils ont bientôt chargé, les gardes croient qu'ils sont 
plusieurs tireurs. » 

« Il y a, dit-il plus loin, des braconniers qui, par 
la crainte d'être renfermés toute leur vie dans une 
infâme prison, même des gens mariés, s'exposeront 
plutôt pendant la nuit à tuer trois ou quatre hommes, 
que d'attendre le jour s'ils se voient cernés... » 

Tout l'échafaudage des ordonnances et du vieux 
droit de chasse s'est écroulé dans la nuit mémorable 
du A août 1789. Capitaineries, maîtrises des eaux et 
forêts, Table de marbre, ont disparu pour jamais dans 
les ténèbres du passé ; il ne nous est resté que les 
braconniers, race immortelle qui a survécu à toutes 
les révolutions, et qui continue sa malfaisante indus- 
trie à travers toutes les péripéties de la France nou- 
velle, avec plus de bénéfices et moins de dangers que 
jamais. 



gnons, braconnait volontiers l'épée au côté. — Voir les Mémoires d'un 
braconnier. 



LIVRE III. 



DES ANIMAUX CHASSES EN FRANCE. 



Nous allons maintenant passer en revue tous les 
animaux qui ont été chassés en France depuis les 
temps les plus reculés jusqu'à nos jours. Nous nous 
arrêterons plus longtemps aux espèces qui ont dis- 
paru ou qui sont sur le point de disparaître de nos 
contrées. Nous donnerons sur celles-ci et sur la ma- 
nière dont on les chassait tous les détails qu'il nous 
sera possible de recueillir. Quant aux autres, à l'ex- 
ception de quelques animaux qu'on ne chasse qu'ac- 
cidentellement ou dans des circonstances particulières, 
nous nous bornerons à signaler leurs variétés, les 
localités qu'ils habitaient et les propriétés naturelles 
que leur attribuaient nos ancêtres, leur chasse de- 
vant être exposée d'une foçon circonstanciée dans 
la suite de cet ouvrage. 



PREMIERE SECTION. 



MAMMIFÈRES. 



Parmi les espèces de mammifères qui ont habité dans 
les temps post-diluviens la contrée appelée autrefois la 
Gaule transalpine et que nous nommons la France, il en 
est qui ont entièrement disparu ou qui sont devenues 
excessivement rares. Les espèces éteintes sont le che- 
val sauvage (1), l'élan, l'urus et le bison. Le castor, le 
lynx et le bouquetin ne comptent plus dans nos con- 
trées que quelques individus clair-semés dont l'appa- 
rition est toujours signalée comme un événement 
(ligne de remarque. 

Les autres espèces ont continué d'habiter nos bois, 
nos plaines et nos montagnes, et d'offrir un but à 
l'adresse de nos chasseurs, des aliments recherchés à 



(l) Nous n'en dirons pas plus sur le cheval sauvage, qui paraît 
avoir cessé de bonne heure d'exister dans les Gaules et sur la chass(> 
duquel nous ne possédons p.as le moindre renseignement. Son existenei 
dans les Alpes est attestéi' par Polybe. (Ap. Strabon., lib. IV.) 

S'il faut en croire le livrr des lU'-iKulicliojiS d'Eckhard, il y avait en- 
'010 des chovaiix sauvages en llelvétio au xi* siècle. 



— 103 — 
nos tables ou des dépouilles utiles à notre industrie. 
De ces mammifères , les uns sont répandus sur 
toute la surface de notre territoire en plus ou moins 
grand nombre, les autres sont cantonnés dans des ré- 
gions particulières. Quelques espèces sont nom- 
breuses, d'autres sont réduites à très-peu d'indi- 
vidus, sans être aussi complètement rares que celles 
dont nous venons de parler. Ces individus sont tantôt 
dispersés au loin, tantôt réunis dans un espace étroit. 
Ainsi le lapin et le lièvre sont assez communs presque 
partout (s'il est un seul gibier qu'on puisse dire com- 
mun de nos jours). La loutre se rencontre dans tous 
les pays marécageux et n'est commune nulle part; les 
quelques ours qui existent en France ne vivent que 
dans les montagnes les plus élevées; les chamois 
n'habitent également que les montagnes, mais y sont 
encore assez nombreux. 



CHAPlTKi: PREMŒH. 



§ 1". ESPÈCES DISPABUES : l'ÉLAN, LE BISON' ET l'uBUS. 

!/tiaii. L'historien Polybe, le contemporain et l'ami des 

Scipions, raconte « qu'il naît dans les Alpes (1) un ani- 
mal d'une forme singulière ; il ressemble à un cerf, 
si ce n'est que par le col et le poil il tient du sanglier. 
Cet animal porte sous le menton une caroncule de la 
l'orme d'un cône, velue à l'extrémité, longue à peu 
près d'un empan et aussi grosse que la queue d'un 
cheval (2) . » 

Cette description , qui nous a été conservée par 



(1) M. Troyon a trouvé, en eiïet, des bois d'élan dans les débris des 
habitations lacustres de la Suisse. On rencontre aussi des ossements 
• l'élan dans les cavernes des environs de Binant (Belgique). (Revue bri- 
lannique, février 1865.) 

(2) La caroncule gutturale est un des caractères les plus remar- 
quables de l'élan. Linné, qui connaissait bien cet animal en sa qua- 
lité de Suédois, le qualilic de cervus cornibus acauUhus ptilnialis, ca- 
runculà gullurnii. Le màlo porte seul cette caroncule 



— \oi\ — 
Slrabon(l), est infiniment plus exacte que celle d(^ 
Valce de la forêt Hercynienne, donnée par César. Le 
vainqueur des Gaules fait de son alce un animal de la 
taille du chevreuil, à robe mouchetée comme celle 
d'un faon (2) et privé de cornes, tandis que l'élan est 
aussi grand qu'un cheval de carrosse, de poil unifor- 
mément noirâtre, et que les bois plats et dentelés, in- 
signe du mâle, sont les plus vastes de tout le genre 
cerf (3). 

Pausanias parle de Valké comme d'un animal qui 
tient du cerf et du chameau, et dont le mâle porte 
des cornes au-dessus des sourcils, tandis que la fe- 
melle en est dépourvue. Cet animal naît chez les 
Celtes (4). 

Nous avons déjà reproduit (t. I, p. 33) ce que dit 
Pausanias sur la manière dont les Gaulois chassaient 
Valké. Il en résulte que l'élan était déjà fort rare dans 
les Gaules au n' siècle (5). 

Depuis, on n'en rencontre plus aucune mention 
dans nos contrées ni dans les pays voisins, sauf l'élan 



(1) Géographie, liv. IV. 

(2) Les faons même de l'élan sont d'une couleur uniforme. 

(3) Il est fort singulier que ni Polybe ni Pline ne parlent de ces 
bois si remarquables, et que César en nie formellement l'existence. 

(4) Pausanias in jEliacis et Bcvolicis. — Buffon, art. de l'élan el du 
renne. — Les bois de l'élan sont, en effet, plantés beaucoup plus près 
des sourcils que ceux du cerf et du daim. Ses longues jambes, spn 
garrot très-élevé et sa lèvre supérieure avancée lui donnent une res- 
semblance vague avec le chameau. 

(5) Calpurnius, qui écrivait ses Eclogucs au iw siècle, dit de même 
que Valce était devenu rare dans les forêts dépendantes dp !'ciii|ùiv 
romain : Haram, silvis eliuin quilms cdiiur alcen. 



— lOfi — 

(juc le liéros Sigtrid tua dans l'Odenwald, selon le 
poème des Niebelungs (1). 

A une époque excessivement reculée, contempo- 
raine des premiers vestiges de l'homme , le renne 
habitait nos climats; ses ossements et ses bois, portant 
des marques évidentes du travail humain, ont été re- 
cueillis en abondance dans plusieurs cavernes (2). Il 
paraît avoir cessé d'exister en deçà du Rhin avant les 
temps historiques. 

Buffon, et plusieurs autres naturalistes après lui, 
ont prétendu que Gaston Phœbus chassait le renne ou 
rangier dans les Pyrénées au xiv*' siècle. Ils ont été 
induits en erreur par une mauvaise leçon de l'édition 
qu'Antoine Vérard a donnée du livre de cet illustre 
veneur (3). Il n'est pourtant pas impossible que le 



(1) On trouve dans la Chasse au chien d'arrêt d'E. Blaze une anec- 
dote assez amusante au sujet d'un élan chassé par le général Priant 
dans les environs d'Osterode, en Prusse, pendant la campagne de 
1806. Je tiens d'un témoin oculaire qu'un élan , probablement le 
même, fut apporté alors à la cuisine du quartier général de l'Empe- 
reur. 

Dans un de ces livrets où M. de Girardin enregistrait les chasses de 
Charles X, on trouve qu'un élan fut tué par le Roi le 3^1 août 1829, dans 
la forêt de Saint-Germain. Je n'ai pu découvrir par quel concours de 
circonstances les officiers des chasses avaient réussi à offrir au royal 
chasseur cette magnifique proie. 

(2) Voir les travaux si remarquables de MM. Lartet et Ghristy. — 
l.a Revue des Deux Mondes des 1" mai 1863 et 1'' avril 1867, et la Re- 
vue brilannique de février 1866. 

(3) Dans cette édition qui date de la lin ilu .\v« siècle, on fait dire à 
Gaston Phœbus parlant du rangier : « J'en ay veu en Moriennc et 
Puedene, oultre mer, mais en romain pays en ay je plus veu. » Les 
manuscrits portent : " J'en ay veuz en Nourvègue et en Xuedene et en 
li;i oultremer, mes (mi Romain pays (mi n\ Je pou veuz. " (Vuii- Ifi très- 
hoiiiii' édition di' la l'iidssr de P/kiIhis. imbliéc pur M. J. Lnvnlléc en 
I8;")''i.j De cftlo faute grossière il est encore résulli' qm' liu Foiiilldiix 
place les rangiers de Gaston en MaurilniiicH 



et l'urus. 



— 107 — 

renne, qui du teni[)s de César semble avoir étendu 
ses courses jusqu'à la l'urél Hercynienne (1), soit alors 
descendu dans nos forêts septentrionales pendant les 
grands hivers (2). 

La Gaule nourrissait dans ses forêts séculaires deux Lcinsou 
espèces au -moins de bœufs sauvages , Vurus et le 
bison (3). 

Ce dernier est l'animal que les Allemands modernes 
appellent auerochs (bœuf des landes) et auquel les na- 
turalistes ont par erreur attribué le nom d'unis. Les 
Germains le nommaient wyssent. C'était un bœuf de 
grande taille, remarquable surtout par son épaisse 
crinière et la barbe touffue qui pendait à son men- 
ton (4). Ses cornes étaient médiocres, son poil lai- 
neux et de couleur brune, ses jambes longues ; le 
garrot s'élevait en forme de bosse, surtout chez les 
vieux mâles qui exhalaient une forte odeur du 
musc (5); le bison ou aurochs avait quatorze paires 



(1) Le renne descend en hiver jusque sur les bords de la Kouma, 
bien au sud d'Astrakan. {Revue (les Deux Mondes, t. XXXII.) 

(2) On croit que le renne a vécu en Angleterre jusqu'à réi)0(iue 
saxonne. (Sharon Turner, Hist. of Ihe Anglo-Saxons, t. III.) 

(3) On a retrouvé les ossements de ces deux espèces bien distinctes, 
sur plusieurs points de notre territoire et dans les lacs de la Suisse, 
parmi les débris des habitations lacustres. (Voir Cuvier, Recherches 
sur les ossements fossiles, t. IV. — fd. Notes sur Pline, lib. VIII. — 
Troyon, hahilations lacustres.) — Une troisième espèce a été reconnue 
dans les lacs suisses et dans les marais tourbeux de la Somme. On la 
nomme bœuf des tourbières. Quelques naturalistes y voient l'ancêtre 
de l'espèce domestique, d'autres combattent cette hypothèse. Il est 
reconnu aujourd'hui que le breuf domestique ne descend ni de Vunis 
ni du bison. 

{'i) .luhatos Insonles. IMini', lib. VIII. t;iil])urnius, dans sn VII'' ïirln- 

que, nous a laissé une dnscriiition aussi exarti' rpic |ioéti(pu' du bison. 

(5) Du nom du hisnn, dérive, à ce qu'on croit, )o mot allemand ///- 



— 108 — 

de côtes tandis que le bœuf domestique n'en a que 
douze, et son front était convexe, au lieu d'être con- 
cave. 

L'unis était, d'après César et Pline, un animal 
d'une force et d'une vitesse prodigieuses; sa taille ne 
le cédait qu'à celle de l'éléphant, et ses cornes étaient 
d'une grandeur démesurée (l). Il était semblable au 
taureau commun pour la forme et la couleur. 

Dès le temps de Pline, le vulgaire ignorant donnait 
à Vurus le nom de hubalm, dont nous avons fait buf- 
fle (2). (Il appartenait légitimement à une espèce d'an- 
tilope [antilope bubalis) , à qui la science moderne 
l'a restitué.) 

César et Pline ont décrit les premiers Vurus de la 
forêt Hercynienne et le bison de la Germanie (3). 



sam, musc. Il ne faut pas confondre ce bison d'Europe avec le buffalo ou 
bison américain {hos aincricaaus). 

(1) Cifsar,de bello GaU.,\ih. VI. — Pline, Histoire naturelle, Vih.yill. 
Au dire de ces deux écrivains, les Germains aimaient à boire dans des 
cornes d'iirus garnies de métaux précieux. Selon Pline, deux cornes 
(l'unis pouvaient contenir une urne de liquide (environ 12 pintes, an- 
cienne mesure de Paris, 11', 60). 

Le naturaliste Gessner dit avoir mesuré une corne d'unis, suspen- 
due depuis des siècles dans la cathédrale de Strasbourg et lui avoir 
trouvé 4 coudées romaines de longueur. 

Un crâne trouvé près de Dirschau, en Prusse, portait des cornes 
d'un pied et demi de circonférence à la base, et la distance entre elles 
était d'un pied 4 pouces allemands. 

La grosseur des pivots osseux adhérents aux têtes d'urits trouvées en 
Suisse atteste la longueur et la grosseur énorme des cornes qu'ils 
supportaient autrefois. (Voir la llililiotlii'i/ur liislorique et eritii/ue et 
Troyon, habitations lacustres.) 

(2) (Juibus iinperituni vvlgiis bulxiluruin inunni iiuponil. 

(3) Les Romains se servaient de cornes d'iiiiis garnies diiigeul, 
eonnue iiislrunienl de musique uiililaire. 



— )()<) — 

Slrabon, d'après Polybc, parle des bœufs sauvages 
qui habilaieiil les vallées des Alpes sans en spécifier 
les caraclères dislinctifs (1). Servius, grammairien du 
v" siècle, à propos d'un vers des Géorgiqucs, où Vurm 
se trouve mentionné (2), nous apprend que de son 
temps cet animal existait dans les Pyrénées. « Les 
urus sont des bœufs sauvages qui naissent dans les 
monts Pyrénées, entre la Gaule et l'Espagne. Ils sont 
plus grands que tous les autres animaux, excepté l'é- 
léphanl. Leur nom vient, «Vo rm opav, c'est-à-dire des 
montagnes qu'ils habitent {}]). » 

Macrobe, ami et collaborateur de Servius, soutient 
avec plus de vraisemblance que le mot d'urus est d'o- 
rigine gauloise (4). 

Le buffle est déjà signalé comme rare au vi*' siècle 
dans les forêts du Maine, où nous avons vu Childe- 
berl V lui donner la chasse. 



(1) Selon le liber benediclionum écrit en vers latins au commence- 
ment du xi° siècle par Eckhard, moine de Saint-Gall en Helvétie, 
et cité [)ar M. de Tschudi dans son beau livre des Alpes, il existait 
au XI' siècle, dans les montagnes voisines du couvent de Saint-Gall, trois 
espèces de bœufs sauvages, Vuriis, le ivyssenl, et le bœuf des bois. 
M. de Tschudi croit que ce dernier est le bœuf ordinaire, vivant dans 
les bois à l'état sauvage. Ce pourrait être encore le bœuf des tour- 
bières. 

(2) Sylvestres uri assidue capreœque sequaces. (Georg., lib. II.) — 
Mauri Servii Honoraii commciilarii in Bucnlica, Georgica el ^neideni 

Virgilii. 

(3) Les ossements conservés au musée de Bagnères-de-Bigorre té- 
moignent de la vérité de cette assertion de Servius. 

(4) Macrob. Sakirnal., lib. VIL — On croit généralement que ce mot 
vient d'Ur-ochs, en allemand bœuf primilif, ou d'Auer-ochs, bœuf de 
landes. M. H. Martin, conformément à l'assertion de Macrobe, croit 
pouvoir en trouver l'étymologie dans le gaélique uraz, force, {llis- 
tnire de France, t. I.) 



— M — 

La fureur sanguinaire que soulève chez le bon Roi 
(Jontran le meurtre d'un de ses buffles semble prouver 
qu'il n'était pas non plus commun dans ses domaines. 

Forlunat, évêque de Poitiers, qui vivait sous le 
règne de Clotaire I", décrit dans ses vers le buffle ro- 
buste frappé au milieu du front par la lance d'un ve- 
neur franc (1). Vers la même époque Saint-Pol de 
Léon fait rentrer dans les forêts de la Domnonée un 
buffle qui avait renversé et mis en pièces, à coups de 
cornes, la cabane construite par un moine auprès de 
la fontaine où venait s'abreuver cette bête sauvage (2). 
Le légendaire, auteur de la Vie de saint Ferréol qui 
convertit, au ni^ siècle, les habitants de la Séquanie, 
prétend trouver l'étymologie du nom de Besançon 
(Vesuntio) dans celui d'un bison ou wyssent, rencontré 
sur la montagne déserte oii s'éleva plus tard celte 
ville (3). 

La loi salique, rédigée au \if siècle, punit de 
12 sols d'or d'amende le meurtre d'un bison ou d'un 
buffle apprivoisé. 

Les récits du moine de Saint-Gall et d'Ermold le 
Noir nous ont fait voir Charlemagne et Louis le Débon- 
naire chassant des urus et des bisons (4) aux environs 
d'Aix-la-Chapelle. 



(1) Seu validi Inifali feril inlcr cormia campuin. — Ducange, gloss., 
V" Hufalus. 
('2) Histoire des moines d'Occident, t. U. 

(3) Silvesler adhuc cum locus esset, Vison Un fera reperta est {Acta 
S. FerreoH cités par Ducange, gloss., v \'ison.) 

(4) « Varolus... ad venalionenh bisoniium vel nroruni in ncmus ire 
parai. » {Mon. S. Gall.) — Il i)araîlrait (|u'il n'y avait plus guère à cette 



C'est la dernière l'ois ([ue nous ayons connaissance 
(le ces animaux snr la rive gauche du Hliin (1). Il est 
même probable que dès celte époque il ne s'en trou- 
vait plus que dans les parcs et dans des forets réser- 
vées aux chasses du souverain. C'est dans cette con- 
dition que les aurochs existaient eu Allemagne au 
wni*" siècle et que les derniers survivants de cette 
antique espèce ont été conservés jusqu'à nos jours en 
Lithuanie, sous les futaies de la forêt de Bialowiecz j^). 

Autant qu'on en peut juger par les récits assez con- 
fus des chroniqueurs et des hagiographes, les Francs 
chassaient le buffle dans toutes les règles, à cheval, 
avec des meutes de chiens courants qui lançaient le 
terrible animal ; une fois sorti de son fort, on le fai- 
sait coiffer par des chiens de Germanie, aussi agiles 
que robustes. Les veneurs le frappaient alors de leurs 
lances et de leurs épées ou le perçaient de leurs 
flèches (3). 

Albert le Grand, évoque de Ratisbonne au xni" siè- 



époque dans les États de Gharlemagne , excepté dans les montagnes 
de l'Helvétie, que des bisons ou aurochs, que l'on confondait déjà avec 
Vurus des anciens. Cependant le poëme des Niebelimgs mentionne 
sous des noms différents le bison {wisenl), et ïuriis (iir) dans le Wa- 
skemwaU. 

(1) D'après la vie de Saint-Ottou, évoque de Bamberg, les buffles 
abondaient encore en Poméranie au xii"" siècle. (Voir Ducange, v" 
Ferina. 

(2) Voir un article des plus curieux sur l'aurochs ou bison d'Europe, 
iniblié par M. Viennot dans le Bulleli)} dr la Société (^acclimatation, 
octobre 1862. 

(3) Les peaux rouges du Far-West chassent aussi à cheval le bison des 
lirairies, cousin-germain du liison d'Europe, et lui lancent, à bout por- 
tant, des flèches courtes et aiguës. 



— 112 — 

cle (l), dans son commentaire sur V Histoire des ani- 
maux d'Arislole, parle du bison (wisent), qu'il con- 
fond, du reste, avec Yurus, en lui prêtant des cornes 
énormes. 11 dit qu'on ne le prend guère que dans des 
fosses {%. Quelquefois, cependant, un chasseur auda- 
cieux va seul attaquer le monstre l'épieu en main. Le 
bison le charge avec furie ; le chasseur évite sa pour- 
suite en tournant autour d'un gros arbre et le perce 
de son épieu à coups redoublés (3). 

§ 2. ESPÈCES DEVENUES TRÈS-RARES : CASTOR, BOUQUETIN, LYNX. 

Le castor. Le castor ou bièvre [i) a autrefois habité toute la 
partie de l'Europe située au nord du Danube et à 
l'occident des Alpes, y compris l'Espagne et les îles 
Britanniques (5). Quoique aucun auteur de l'antiquité 
n'ait parlé spécialement des castors de la Gaule, à 
défaut d'autre témoignage les noms de plusieurs de 
nos rivières et de diverses localités suffiraient pour 
attester leur présence. Nous citerons, entre autres, la 



(1) Né en 1193, mort eu 1280. 

(2) Comme les Germains du temps de César et les Péoniens de Pau- 
sfinias. 

(3) lliblwllicqiic historique et criiiejiir. — Au xvi" siècle, les Polo- 
nais chassaient de la même manière le zvl)r ou bison. (Voyof/c du 
baron de Herberstein, 1517-1526, cité par M. Yiennot.) 

(4) Dans le dialecte des Francs, bibar, en allemand moderne triher, 
en latin du moyen âge bever, beuvrum. 

(5) D'après les triades galloises, les castors {afanh) étaient au nom- 
bre des animaux qui peuplaient l'île de Bretagne avant l'arrivée des 
kymrys. Leur i)résence y est encore indiquée par les noms de localités 
nombreuses et par les traditions galloises où Va fa n k iowe un rôle fa- 
hideux. 11 en a aussi existé en Ecosse Jusqu'au moyeu Age. {Pennant's 
tuur in Wales, t. 11. — Id. Imir in Seotlatul. t. P'.) 



— 113 — 
rivière et le village de Bièvre dans les environs de 
Paris (1), une autre rivière de Bièvre da^ns le départe- 
mentde la Meurthe, Bièvre en Laonnais,lejBeMî;ro?2en 
Sologne et la Beuvronne en Brie, Beuvrou en Auge et 
Saint-James de Beuvron en Normiindie, Beuvr y dans le 
Nord et le Pas-de-Calais, Bevraij près d'Autun, etc. (2). 

De nombreux ossements de castors ont été trouvés 
dans les tourbières de la Somme, oij quelques indi- 
vidus de l'espèce se sont maintenus, dit-on, jusqu'à 
une époque assez récente; les dents tranchantes et 
dures de l'architecte aquatique étaient souvent em- 
ployées comme outils par les peuplades inconnues de 
l'âge de la pierre (3). 

Les Rois carlovingiens comptaient, parmi les offi- 
ciers de leur vénerie, des beverarii chargés probable- 
ment de prendre des castors dont la fourrure était 
fort recherchée (4). 

La queue écailleuse de ces amphibies était consi- 
dérée comme aliment maigre dès le xin" siècle, comme 



(1) M. Lequay a trouvé des ossements de castor près d'une allée cou- 
verte reconnue par lui non loin d'Argenteuil, et ce n'est pas la pre- 
mière fois qu'on a signalé des vestiges de cet animal dans les en- 
virons de Paris. (Moniteur du 25 avril 1867.) 

(2) Quelques auteurs croient que Bevray tire son nom de l'ancienne 
Bibracte. Mais pourquoi Bibracte et la ville de j5('tr«,î; (aujourd'hui 
Bièvre près de Laon) n'auraient-elles pas emprunté leur nom aux 
castors (en langue celto-bretonne befcr)1 

(3) Boucher de Perthes, Antiquités celtiques et antédiluviennes. — 
Boitard, Jardin des Plantes. — dictionnaire des sciences naturelles, 
publié par Levrault, Strasbourg, 1817. 

(4) Les termes employés par Ducange : « Beverarii quibus castorum 
cura et custodia incumbit » sembleraient indiquer qu'on gardait des 
castors en captivité. Mais on ne trouve ailleurs aucune trace de ce 
fait. — Gloss., V" Bever. 

II. 8 



— 114 — 

l'expose dans son Rational Guillaume Durand, éve- 
(jue de Mende en 1287. « Le bièvre, dil-il, peut être 
Jïiangé en temps de jeûne en prenant la partie par 
où il semble poisson (1). » Plusieurs de nos provinces 
avaient des castors du temps de Liébaut, et la Lorraine 
plus que toutes les autres (2). 

Au xvni' siècle, on en trouvait en petit nombre 
sur les bords du Rhône inférieur, du Gardon et de la 
Cèsc (3). Les habitants leur avaient déclaré une 
guerre acharnée à cause des dégâts commis par ces 
amphibies dans les saules et les osiers qui sont un 
des principaux revenus des riverains ; mais on avait 
perdu l'habitude de tircY parti de leur chair. En 1749, 
un chartreux s'avisa d'en servir un en étuvée à ses 
confrères comme ragoût maigre ; il fut trouvé excel- 
lent, et l'exemple gagna. « Depuis ce temps, dit Le- 
grand d'Aussy, tout le monde mange du bièvre dans 
nos provinces méridionales; on le met en ragoût, en 
pâté, on en conserve les cuisses dans de l'huile comme 
on le fait pour l'oie, et ces cuisses sont devenues, 
comme les cuisses d'oie, un objet de commerce ou 
de présent. Cependant il n'a point encore gagné dans 



(1) Diicange, Gloss., v Bever. 

{2} Maison nislicjue, 1570. 

{'.)) Magné de Marolles. — Legiand d'Aussy, t. II. — D'après Magné 
de Marolles; ils habitaient les rives du Rhône et les îles, surtout de- 
l)uis Beaucaire jusqu'au Pont-Saint-Esprit, la Cèse jusqu'à une demi- 
lieue de son embouchure en remontant, et le Gardon depuis son em- 
bouchure jusqu'à Alais. — Le P. Charlevoix {Journal hisloriqi(e d'un 
voi/ar/e de VAniériqxie , lettre V) dit qu'au commencement du 
xviit" siècle il y avait des castors en France sur le Rhône, l'Isère et 
l'Oise. Cette dernière rivière doit avoir été ajoutée par une erreur pro- 
venant de son nom latin (Isara), qui est le mémo que celui de l'Isère. 



— 115 — 
la capitale, et probablement, avant qu'il ait le temps 
d'y pénétrer, les castors, déjà si rares, auront été 
détruits en France (1). » 

« C'est ce qui est arrivé depuis la publication de 
cet ouvrage, ajoute en note M. de Roquefort ; pen- 
dant nos troubles politiques , on les a tellement 
recherchés, qu'il en existe à peine quelques-uns (2). » 

Le castor de France pèse d'ordinaire de 25 à 80 ki- 
logrammes. Sa fourrure, d'un brun roux uniforme, 
est moins belle que celle des castors d'Amérique, 
parce qu'il vit dans des terriers et que son dos est 
pelé par le frottement de la voûte souterraine. Cet 
terriers sont creusés avec une intelligence remar- 
quable. L'entrée en est ouverte sous l'eau dans une 
berge escarpée; le terrier va en montant, puis, à 
un pied ou deux au-dessus du niveau ordinaire de l'eau, 
est une chambre assez spacieuse où le castor se loge ; 
au-dessus s'élèvent plusieurs étages de chambres 
communiquant entre elles par des boyaux, oii le 
locataire ingénieux peut successivement se retirer pen- 
dant les grandes crues, avec un soupirail supérieur. 
Tous ces appartements sont jonchés de copeaux de 
bois minces qui servent de lit au castor. Nos bièvres 
vivent isolés dans leurs terriers. Rien n'indique qu'ils 
aient jamais construit ces cabanes, qui ont donné 
lieu à tant de récits merveilleux. Il n'en faudrait pas 



(1) Histoire de la vie privée des François, t. IL 

(2) Ibidem. — Cette note fut écrite en 1815. — En 1810, un castor 
envoyé au préfet des Bouclies-du-Rhône fut servi par erreur sur la 
table de ce fonctionnaire. 



— IIG — 

conclure, avec quelques naturalistes, que ces curieuses 
constructions sont restées inconnues jusqu'à la décou- 
verte de l'Amérique septentrionale. Jacques de Vitry, 
qui écrivait au commencement du xni' siècle, raconte 
que le castor, ne pouvant vivre longtemps sans avoir 
sa queue dans l'eau, construit sa maison sur les 
rivières et y fait plusieurs étages, de façon à pouvoir 
monter aux étages supérieurs lorsque les eaux s'élè- 
vent et descendre à l'étage le plus bas lorsqu'elles 
décroissent (1). 

« Le castor, dit Albert le Grand, a des dents très- 
fortes ; il sort souvent la nuit de son terrier sur le 
bord des rivières, coupe les branches des arbres qui 
avoisinent les eaux et s'en construit des cabanes (2). » 

Les Francs chassaient le bièvre avec des chiens ter- 
riers dressés exprès [bibar-kimt, chien i\ castor) qui 
allaient le relancer dans sa demeure souterraine et le 
forçaient à s'offrir aux coups de ses persécuteurs (3). 

Au xvni^ siècle, dans les temps de sécheresse, lors- 
que l'entrée inférieure du terrier se trouvait à sec, on 
introduisait de même des chiens dans l'orifice supé- 
rieur en l'élargissant avec la pioche. Le castor, forcé 
par les chiens de sortir du côlé de l'eau, était tué à 
coups de fusil ou assommé avec des bâtons ; s'il 
échappait à sa sortie, il allait se prendre dans un filet 
tendu sous l'eau [A]. 



(1) Histoire des croisades, liv. I, coll. Guizot. 

(2) Pline, édition Lemairo, notes du livre "VIII, cha]i. xi.vii. 

(3) Loi des Bavarois. — Conis hihar-lninl (jiii suh terra vototur. 
Diicange, v" Canis. 

(4) Ma^'ué de Marolles. 



— 117 — 

Quelquefois on défonçait le terrier à coups de pio- 
che et l'on obligeait l'animal à déguerpir sans l'aide 
de chiens (1). 

Pendant les inondations, les castors, contraints de 
déserter leurs terriers, se réfugiaient dans les endroits 
les plus élevés des îles ou sur les tas de bois ; les 
habitants les poursuivaient alors en bateau pour les 
tuer à coups de fusil. Cette chasse était pénible et 
réussissait rarement ; le bateau , entraîné par le cou- 
rant, ne pouvant suivre l'amphibie dans ses détours, 
et le castor, excellent nageur, se tenant entre deux 
eaux et ne se montrant que le moins possible. 

En général, on chassait peu les castors au fusil. En 
temps ordinaire, on leur tendait plutôt des pièges. 
Cependant, quelques chasseurs les guettaient la nuit 
à l'affût lorsqu'ils sortaient de l'eau pour ronger l'é- 
corce des saules. « Il y a eu autrefois à Valabrègues (2), 
dit Magné de MaroUes, un homme fort au fait de cette 
chasse et qui en tuait assez fréquemment tant sur les 
lieux où ils coupent le bois que sur les graviers oii ils 
viennent manger. » 

De nos jours, les castors ont disparu dans les îles 



(1) Les Allemands chassaient le castor de la même façon en 1761. 
Voir Ridinger : die von verschidenen arUien der IJunde behœzle jagt- 
hare Thiere. — Une chasse analogue est encore pratiquée par les Sa- 
moïèdes : « Pour prendre les castors, dit Sonnini, les Samoïèdes se 
servent de chiens dressés à cette chasse qu'ils font entrer dans les ter- 
riers qu'ils ont entourés auparavant avec des pieux plantés devant 
l'entrée qui est du côté de la mer (?); le chien saisit le castor avec ses 
dents et l'amène hors du terrier t-n le tirant par les jambes de derrière. » 
(Hist. >ial., art. Uaslor.) 

('2) Grande ilc du Rhône, près de Beaucairc. 



— 118 — 
Brilanniqucs et en Espagne; ils sont devenus rares en 
Allemagne (1) et très-rares en France. Les derniers 
survivants de l'espèce habitent le long du Rhône et 
du Gardon. On nourrissait encore, il y a peu d'années, 
au jardin des Plantes, un castor venu des bords de 
cette dernière rivière. En 1856, un castor, tué dans 
le département de Vaucluse, fut envoyé au Journal 
des chasseurs, qui en donna la figure. Au château de 
Caderousse, situé dans le même département sur les 
bords du Rhône, on conserve empaillés des castors 
tués assez récemment dans les environs. 
Le imuiiueiin. Lcs graudcs chaînes de montagnes qui bornent la 
France à l'est et au midi ont été autrefois l'asile de 
deux espèces de bouquetins (2) (capra ibex et capra 
jjyrenaica des naturalistes). Confondues jusqu'à nos 
jours, elles portaient toutes deux, dans notre vieux 



. (1) Ils étaient encore assez communs dans ce pays au xvin« siècle, 
surtout sur les liords de l'Oder et du Danube. (Magné de Marolles, 
d'après Schwenckfeld.— Eidinger, fte Thierreirh.) An commencement 
du siècle présent, la queue de castor était un objet de consommation 
recherché dans le pays de Saltzbourg. Aujourd'hui, selon M. Liebich 
(Compendîum dcr lagdkiindc), il n'existe plus en Autriche qu'une co- 
lonie de castors que le prince de Schwartzenberg fait conserver pré- 
cieusement dans son domaine de Frauenberg. 

En Bavière, un individu de cette espèce, du poids de 40 livres, fut 
encore tué à Unterhausen près de Neuburg sur le Danube, en 1853. 
Les derniers castors ont été pris en 18^5 et 18Î8, dans les royaumes 
de Hollande et de \Vurteml)erg. 

En Suisse on trouvait des castors au xvi'' siècle dans l'Aar, la Lim- 
mat et la Reuss. Quelques individus vivaient encore au siècle dernier 
sur les bords de ce dernier cours d'eau , de la Thicle et de la Byrse. 
(Troy on . — Tschud i . ) 

(2) Ces animaux, relégués depuis longtemps sur lessonuucls les plus 
inaccessibles, habitaient anciennement les régions inférieures dos mon- 
tagnes et descendaient on hiver dans les fonMs des vallées. (Voir 
Trovon, Habitadons Inruslrrs.) 



— 119 — 

langage, le nom de bouc muviKje, de bouc-eslam ou de 
staimboucq (1). 

Gaston Phœbus donne de l'espèce des Pyrénées une 
descriplion que Bulîon a trouvée assez bonne pour la 
citer textuellement. 

« Les boucs sauvaiges, dit le comte de Foix, sont 
bien aussi grands de corps comme un cerf (2) ; mes ils 
ne sont mie si longs ne si haut en jambe, mes ils ont 
bien autant de char..., et aucuns dient que autant 
d'ans comme ils ont, ils ont autant de grosses royes 
(raies) au travers de leurs cornes, mes je ne l'affirme 
mie : mes tout ainsi que un cerf met sa teste et ses 
cors tout einsi mettent-ilz leurs royes, toutes voyes 
ils ne portent fors que leurs perches, lesquelles sont 
grosses comme la jambe d'un homme et aucune fois 
comme la cuisse, selon ce qu'ils sont vieuls boucs. 
Ils ne giètent, ne muent point leurs têtes, ne n'ont 
point de meules, comme font cerfs ou autres bestes. 
Et on plus ha de royes en ses corns, et plus les cors 
sont longs et plus gros, plus vieil est le bouc. Ils ont 
grans barbes et sont bruns de poil de lou et bien 
veluz et ont une roye noire parmi l'eschine tout au 
long : et les fesses et le ventre fauves. Les jambes 



(1) Ces deux mots dérivent de l'allemand s/e/n-^ocA;, bouc des rochers. 
Sélincourt (1681) se sert encore de l'expression de slaimbouc. 

(2) Les bouquetins qu'on trouve aujourd'hui sont notablement plus 
petits que le cerf. « Le plus grand bouquetin que nous ayons mesuré, 
dit M. de Tschudi, avait, du bout du nez à la racine de la queue, 4 pieds 
9 pouces (allemands); ses cornes à 16 nœuds avaient 21 p. allemands 
en ligne droite et 27 pouces en suivant lem'S contours. » 11 parait, d'a- 
près les cornes que nous possédons encore des bouquetins du xvr et 
du xvn» siècle, qu'ils étaient alors beaucoup plus grands. 



— 120 — 

devant noires et derrière fauves. Leurs piez sont 
comme des autres boucs privés ou chièvres, et leurs 
Irasses grosses et grandes, et reondes plus que d'un 
cerf. Les os tout à l'avenant d'un bouc privé ou d'une 
chièvre, mes qu'ilz sont plus gros (1). » 

L'espèce des Alpes diffère de celle des Pyrénées 
par l'absence de la barbe et la forme des cornes. 
Celles-ci ont deux arêtes longitudinales, traversées de 
stries régulières, tandis que chez le bouquetin des Py- 
rénées la coupe transversale des cornes est en forme 
de poire et striée irrégulièrement (2). 

Dans les deux espèces les cornes du mâle sont très- 
grandes et mesurent souvent de 0",66 à 0'",88 (3). 

Elles ont quelquefois jusqu'à O^j^A de circonfé- 
rence à la base; celles de la femelle sont beaucoup 
plus petites (0'",16 environ) et moins noueuses (A). 

Les bouquetins parcouraient les Alpes en troupes 
nombreuses du temps des Romains, qui en prenaient 
souvent cent ou deux cents en vie pour les faire pa- 
raître dans les jeux du cirque (5). Au xvn' siècle ils 



(1) G. Phœbus, ch. iv : Du bouc ri de tautr .sa >inture. 

(2) Tschiidi. 

(3) Les cornes du houquotin des Alpes pèsent de ~ 1/2 à S kilog. 
(Tschudi.) 

(4) Magné de Marolles. 

(5) Si l'on peut s'en rapporter an poêle Venantins Fortunalus, il y 
avait des bouquetins au vi' siècle dans les Ardennes et dans les 
Vosges : 

Ardennn an Vofjasus, cervi, ropnr, ibiris. ursi 
C;rde sar/illifcrri si/lvn fragarc laïuil. 

On trouve, en effet, des o> dn liouqueluis dan? les cavernes du Dî- 
nant (lîelgique). 



— 121 — 

étaient encore assez communs dans les Alpes dauphi- 
noises, au dire de La Colorabière et de Chorier (1). A 
la fin du siècle suivant, ils étaient devenus extrême- 
ment rares dans ces montagnes ainsi que dans les Py- 
rénées, où, dès le temps de Phœbus.. ils n'étaient pas 
commune beste que chascun cognoisse (2). 

D'étranges préjugés se sont de tous temps attachés 
à l'espèce du bouquetin. Son sang passait pour un 
spécifique merveilleux contre la pleurésie et le vertige. 
Le bouquetin cerné par les chasseurs savait se sous- 
traire à leur pouvoir par une mort volontaire; il ap- 
puyait ses cornes contre un bloc de pierre, tournait 
autour jusqu'à ce qu'elles fussent usées entière- 
ment et tombait mort. 11 savait d'ailleurs s'échapper 
par les plus afl'reux précipices en se laissant tomber 
d'une hauteur prodigieuse sur ses cornes, qui proté- 



(1) « Un prestre du bourg d'Oisans en Dauphiné me donna la teste 
d'un de ces animaux qu'il avoit luy mesmc tué sur une des plus froides 
montagnes des Alpes. » (La science héroïque^ par Marc de Vulson, 
S'' de la Golombière. Paris, 1G44.) — Hisloire générale du Dauphiné, 
par N. Chorier. Grenoble, 1661. 

(2) Gaston Phœbus. 

Avant l'annexion de la Savoie à la Franco, le bouquetin pouvait être 
compté parmi les espèces éteintes dans notre pays. Il n'y en a plus 
dans les Alpes dauphinoises, et ceux qui se montrent de temps en temps 
dans nos Pyrénées viennent du versant espagnol. L'espèce alpine a 
disparu presque partout. En Suisse, il ne se rencontre guère que quel- 
ques individus clair-semés, venus des montagnes savoisiennes. Dans 
le Saltzbourg et le Tyrol, ils n'existent plus depuis des siècles, malgré 
les règlements conservateurs de l'empereur Maximilien et la protec- 
tion des archevêques. Les Karpathes ont également perdu leurs bou- 
quetins. L'espèce s'est maintenue jusqu'ici sur la chaîne qui s'étend 
du mont Blanc au mont Rose, entre la Savoie, le Valais et le Piémont, 
grâce à la défense rigoureuse de chasser les bouquetins, promulguée; 
en 1821 dans ce dernier pays à l'instigalion du professeur Zumstein. 
(Voir 1rs Alpes, par M. de Tschudi.) 



— 122 — 
geaienl loul le corps du choc(l). Quelques nalura- 
lisles modernes admettent la vérité de ce dernier dé- 
tail, déjà indiqué par Pline (2). 

Le bouquetin a toujours été chassé comme le cha- 
mois, avec lequel il partage les sommets glacés des 
Alpes et des Pyrénées. Nous renvoyons donc à l'ar- 
ticle des chasses de montagne. Il faut seulement ob- 
server que le bouquetin, plus robuste que le chamois 
et muni de cornes considérablement plus grosses et 
plus longues, est plus disposé que lui à charger le 
chasseur lorsqu'il ne trouve aucune issue pour s'é- 
chapper, et infiniment plus dangereux lorsqu'il prend 
ce parti désespéré. « Le bouc ne fet point de playe, 
dit Gaston Phœbus, mes il blesse du coup qu'il donne, 
non pas du bout de la teste, mais du milieu, tant que 
j'ay veu qu'il rompoit à un homme son bras et à un 
autre sa cuysse, et s'il tenoit un homme encontre un 
arbre ou encontre terre , il le tueroit ou romproit 
tout, sans ce qu'il ne li feroit jà playe. » 
Le ijnx Les premiers loups -cerviers qui aient été vus à 
loupcmier. Homc avalcut été apportés des Gaules pour les jeux 
offerts au peuple romain par le grand Pompée (3). 



(1; GessiiLM', Hislo)'. animal. Tir/uri , 1551. — La Colombièro. — 
Phœbus. 

(2) Voir Boitard. — Le capitaine Mayne Reid, dans ses amusants 
récits de chasse {Ihe Huniers feasl) affirme avoir vu le mouflon d'A- 
mérique s'élancer dans un précipice la tète entre les jambes et faire 
ainsi plusieurs culbutes sur ses cornes. 

(3) Une espèce très-voisine du loup-cervier, et souvent confondue avec 
lui, le lynx parde {fclis pardina), existe encore en Calabre et en Si- 
cile. On est étonné de voir que les Romains ont connu les lynx des 
Gaules avant ceux-ci, et avant ceux dont Xénophon signale la pré- 
sence dans les montagnes de la Tluaoc. 



— 123 — 

Ces animaux, que les Gaulois appelaient rap/mis ou 
rufinus, avaient, d'après Pline, la taille du loup et 
et les taches du léopard (1). 

Il faut descendre ensuite jusqu'au xiv* siècle pour 
trouver mention du lynx de France : Gaston Phœbus 
dit qu'il est assez commune beste et que pou de gens sont 
qui bien n'en axjent veuz, ce qui s'applique particuliè- 
rement aux Pyrénées. Il ajoute que les uns appellent 
ces animaux lous serviers et les autres chatz tous , ce 
qui est mal dit. « On les pourroit mieulx apeler chatz 
liépai's que autrement, quar ils trayent plus près à 
liépard (léopard) que à autre beste (2). » 

A Fontainebleau , dans la galerie de Henri II , on 
voit un tableau du xvi' siècle représentant un guer- 
rier cuirassé (3) qui combat un loup à robe mou- 
chetée, un loup-cervier, conformément à l'idée qu'on 
s'en faisait à cette époque. La tradition du château 
veut que ce soit un gentilhomme condamné à mort 
qui aurait obtenu sa grâce à la condition de tuer un 
loup-cervier redoutable. 

D'après un tableau de famille tout semblable que 
Millin vit, en 1804, au château de Rabutin, en Bour- 
gogne, ce loup-cervier aurait été abattu par un frère 



(1) Les loups-cerviers de la zone tempérée n'atteignent guère la 
taille du louj), les plus grands ont 2 p. 10 p. (O^JôS) de longueur sans 
la queue ; tandis que la longueiu' du corps d'un loup ordinaire est de 
3 p. 1/2 (l^jlGT). Le lynx chelason du Nord {f. cercaria) est, au con- 
traire, d'une taille égale à celle du loup. (Voir Boitard.) 

(2) G. Phœbus, Du rliaf ri de loitir sa nalurr. 

(3) Ce personnage, qui a l'épée à la main, i)orte une arbalète en 
sautoir. 



— 124 — 
Mlard de Hugues de Rabutin, chevalier de Malle el 
huissier de la chambre de Henri II (1). 

Au xvuf siècle, les lynx ne se montraient plus que 
rarement dans nos montagnes. Buffon dit qu'il n'y en a 
plus, si ce nest peut-être quelques-uns dans les Alpes et 
les Pyrénées. Magné de MaroUes a pris soin de noter 
quelques exemples de lynx tués en France de son 
temps. En 1777, M. de Carbonnières présenta au Roi 
un lynx de 7 ou 8 mois, pris tout petit dans les 
Pyrénées par un paysan qui avait manqué la mère 
d'un coup de fusil [2). En 1787, il en fut tué un autre 
dans une battue aux loups sur les montagnes qui en- 
vironnent Saint-Gaudens en Comminges. Les chas- 
seurs du pays ne surent pas d'abord quel était cet 
animal. Il fut enfin reconnu par de vieux montagnards 
qui affirmèrent en avoir vu autrefois deux autres. Ce 
lynx avait i pieds de haut et était de la grosseur 
d'un dogue. Il était fauve, moucheté de noir sur tout 
le corps avec le ventre gris bleu (3). Il en fut tué un 



(1) Jouanne, Environs de Paris. 

(2) Ce fait est aussi relaté par Sonnini, notes de l'article lynx dans 
Buffon. 

(3) Lettre de M. d'Agien écrite à Magné de Marelles le 17 décembre 
1787. 

Notre auteur remarque, ù ce propos, que les lynx de France ne sont 
mouchetés d'ordinaire que sur les cuisses, les jambes et l'extrémité de 
la queue, et ([ue le reste du corps est d'un fauve uniforme. Ridingei-, 
dans son Thierreich, dit également qu'en Allemagne il y a deux es])èces 
(le lynx : les uns, appelés bcn/ elslcin liicliseniWnxdc montagnes ou 
de rochers), sont mouchetés ; les autres, kalzen ou kùlbcriilchsen (lynx- 
(;hats, lynx-veaux), sont d'une couleur uniforme. On trouve les deux 
espèces liguréesdans la planche 10, il' partie de cet ouvrage. Des lynx 
mouchetés seulement sous le venti'e sont aussi représentés dans les 
chasses de Slradan. L'espèce non moui'ln'lée a disjiaru enlièremcnt en 



— 125 — 
en 1788, aux Adrets, à A lieues de Grenoble, el 
il ne se passe point d'année, ajoute Magné de Marol- 
les, qu'il ne s'en tue quelqu'un en Dauphiné, ce qu'il 
est aisé de savoir à Grenoble, attendu que les peaux y 
sont toujours apportées pour recevoir la prime ac- 
cordée par le gouvernement, qui est la môme que 
pour un loup. 

A cette époque il y avait encore quelques lynx dans 
les montagnes d'Auvergne. Le sieur Ferlut fils, de 
Sainl-Flour, en tua un en plaine, à une lieue de cette 
ville, et envoya sa dépouille au cabinet du Roi. Quel- 
ques années auparavant, il en avait tué deux aux en- 
virons de Mauriac, et le sieur Pierre Bayard, garde- 
chasse du duc de Bouillon, h Vic-le-Comte, assura 
Magné de Marolles qu'il en avait vu deux dans la 
foret d'Oliergues. Ou en a également signalé dans les 
montagnes du Vivarais. 

De nos jours l'espèce du lynx peut être considérée 
comme éteinte dans les Pyrénées françaises. Ceux qui 
s'y montrent de temps viennent du versant espa- 
gnol (1). Dans nos Alpes, les apparitions du lynx sont 



France et en Allemagne. Les Suédois connaissent encore sous le nom 
de kalt-lo (chat-lynx) une grande espèce dont le pelage gris est à peine 
moucheté en hiver. 

(1) Un lynx a encore été tué en 1854 ou 55, dans les environs de 
Luchon. (Voir le Journal des chasseurs, 1802.) — Je tiens de Jean La- 
lapy, fameux guide et chasseur à Cauteretz, qu'il a abattu, il y a une 
vingtaine d'années, sur le Mont-Né, le dernier lynx qu'on ait tué dans 
cette partie des Pyrénées. Il croit qu'il s'en tient encore un sur cette 
même montagne. Non loin de là, dans la forêt du Vignemale, on a en- 
tendu longtemps les hurlements d'un lynx que les chasseurs du pays 
n'ont pu joindre. {Vq\y\q Journal des chasseurs, 1858; — les souvenirs 
de chasse de M. le vicomte de Dax; — Boitard, Jardin des Plantes.) 



— 12G — 

plus communes. On en voit de temps en temps dans 
la forêt de Saou (Drôme) (1) et dans les montagnes 
voisines de Die (môme département). Un de ces ani- 
maux a été pris au piège dans les environs de Cha- 
mouny (Savoie), en 1819. En octobre 1856, s'il faut 
en croire les journaux du pays, un lynx serait venu 
se faire tuer aux portes d'Aix, en Provence, à 30 kilo- 
mètres au moins des derniers contre-forts des Basses- 
Alpes. Trois lynx ont été poursuivis, en février 1858, 
dans les bois de Téranne (Isère) par des chasseurs qui 
en ont tué deux, dont on peut voir les dépouilles au 
musée de Grenoble. Je tiens enfin d'un témoin ocu- 
laire qu'il a été tué un lynx, en 1859, non loin de 
Digne (Basses-Alpes) (2), et que l'apparition, dans ces 
contrées, de quelqu'un de ces animaux n'est pas con- 
sidérée comme chose fort extraordinaire. 

Dans les Alpes suisses il y a encore quelques lynx 
clair-semés (3). En Allemagne, l'espèce, autrefois assez 
commune, a été exterminée partout, excepté dans les 
cantons les plus sauvages du Hartz (entre la Prusse et 
le Hanovre) et du Bœhmerwald (Bavière et Bohême) (4) . 



(1) yo\rVIIh(Slration, 1852. 

(2) Selon le Journal de Nice, un lynx a été tué en décembre 1863 sur 
le plateau qui domine le pic de Saint-Jeannet. Ce lynx était jeune, les 
pinceaux des oreilles commençaient à pointer et l'on distinguait sur 
sa robe fauve dorée les rudiments des taches noires. A ce qu'il paraît, 
il existe quelques couples isolés de ces animaux dans les montagnes 
de Tende et de la Briga. 

(3) Voir les Alpes, par M. de Tscliudi, avec une très-bonne figure de 
l'animal. 

(4) Le relevé des chasses de l'électeur de Saxe, Jean-George I", con- 
state qu'en 44 ans (de 1611 à 1655) il avait tué 217 lynx de sa main. 
Son successeur, Jean-George II, en tua 191 de 1056 à 1680. Le chevalier 



— 127 — 
L'extrême nord (1) et l'extrême sud de l'Europe sont, 
de nos jours, avec la Pologne et la Hongrie (2), les 
seulef^ contrées où les lynx se soient maintenus en 
nombre assez considérable. Leur destruction n'est 
pas à déplorer, car leur chasse n'a jamais été une 
grande source de divertissement, et, si leur fourrure 
est belle et estimée, l'avantage qu'on en retire est loin 
de compenser les dégâts commis par ces animaux 
agiles et féroces. 

Le lynx n'a jamais été assez commun dans nos con- 
trées pour être l'objet de chasses spéciales. « On les 
chasse pou, se n'est d'aventure, » dit Gaston Phœbus. 
Quand le veneur en quérant renards, lièvres ou autres 
bêtes, ou sur l'indication de quelque paysan, rencontre 
un de ces chats qui semblent liépars, et que l'on 
nomme loups - cerviers , il doit découpler tous ses 
chiens courants et les faire suivre par des archers, des 
arbalétriers, des varlets armés de glaives (lances); 
alors il y a bonne chasse et bons abois, car le loup- 



de Fleming, dans son Parfait chasseur allemand (Leipzig, 1719), se 
félicite de voir cette espèce malfaisante devenir rare on Saxe. Il n'en 
était pas de même en Prusse, en Hanovre, en Wurtemberg, en Tyrol, 
en Styrie. (Voir Ridinger et Buffon.) Sauf les montagnes situées entre 
les deux premiers royaumes, ils ont disparu depuis. Dans toutes les 
provinces allemandes de l'empire d'Autriche, il n'a été payé que six 
primes pour lynx en 1845 et 1846. Le dernier lynx du Wurtemberg a 
été tué en 1846 au pied de l'Alpe Souabe. 

(1) En Norwége , en Suède et en Russie on trouve encore trois es- 
pèces de lynx : le lynx boréal (felis borealis), le chelason (/'. rervaria) 
et le loitp-cervier {f. lynx). 

(2) Le lynx parde {f. pardina) existe en Espagne, en Portugal, en 
Sicile, en Calabre, en Turquie. 



— 128 — 
<;ervier fuil imepiesse, et se fait ensuite aboyer comme 
un sanglier. 

Le comte de Foix termine en disant qu'après tout 
cette chasse n'est pas de grande mestrise(\). 

Tous les lynx dont parle Magné de Marolles avaient 
été tués par des paysans ou des gardes-chasse, soit 
par rencontre fortuite, soit en battue. 

« L'occasion de chasser le lynx se présente rare- 
ment, dit M. de Tschudi; toutefois, quand par ha- 
sard le chasseur arrive à l'improviste en face de lui, 
l'animal demeure immobile et peut être tiré avec fa- 
cilité. Il reste tapi sur sa branche, le regard fixé sur 
celui qui s'approche, absolument comme le chat sau- 
vage. Si l'on est sans armes , il suffit d'accrocher 
quelques vêtements à un bâton fiché en terre, et l'on 
a le temps d'aller chercher son fusil. Le lynx continue 
à regarder fixement le mannequin jusqu'au moment 
où il tombe frappé à mort. Mais il s'agit de bien vi- 
ser! S'il n'est que blessé, il s'élance contre son ennemi, 
lui enfonce ses griffes tranchantes dans la poitrine et 
le mord sans qu'on puisse lui faire lâcher prise (2). 
Quelquefois le lynx commence par fondre sur le chien, 
et le chasseur a le temps de lui envoyer un second 
coup de fusil. Le chien ne peut résister à l'attaque du 
lynx, qui est mieux armé et plus agile que lui; aussi 



(1) Ch. Lviii. — (I Ci devise comment on doit chassicr et prendre le 
chai. I) Au xviii" siècle, les Allemands chassaient le lynx de la même 
façon. (V. Ridinger, die von verschidenen arlhen, etc.) 

(2) Le lynx tué sur le Mont-Né par Jean Latapy reçut le coup de feu 
qui l'abattit au moment où, blessé d'un premier coup, il s'élançait sur 
le frère du chasseur. 



— 129 — 
le lynx ne le craiol pas. Quand il en rencontre un , il 
ne se hâte point de battre en retraite, et ne monte 
guère sur un arbre, mais s'enfonce dans quelque cre- 
vasse inabordable; il peut, à la rigueur, mettre hors 
de combat deux ou trois chiens de chasse (1). » 

Nous ne citerons que pour mémoire la genette, jo- La geneue. 
lie bete au corsage allongé, au pelage gris semé de 
mouchetures noires, qui exhale, comme la civette, une 
odeur pénétrante de musc. Elle est si rare en France, 
qu'elle n'a jamais pu être considérée comme béte de 
chasse. Quelques zoologistes modernes ont même nié 
son existence dans notre pays (2) ; mais ce fait, prouvé 
du temps de Buffon par plusieurs exemples, l'a encore 
été de nos jours. La genette se trouvait dans le Poitou 
et dans le Rouergue (3). 

Le passage suivant d'une lettre de l'abbé Barthé- 
lémy à la marquise du Deffand semble se rapporter 
à une genette, égarée dans les environs d'Amboise. 
« On a pris depuis trois jours au piège un animal qui 
est gros comme un chat, moucheté comme un tigre, 
la queue comme un maki, le corps et le museau 



(1) Les Alpes, II" partie. 

(2) V. Boitard, Jardin clés Plantes. 

(3) Buffon aTfirme, d'après les Affiches du Poitou, du 10 février 1774, 
que la genette se montre de temps en temps dans cette province. Lui- 
même en reçut une tuée à Livray en Poitou, au printemps de 1775. 
« Depuis trente ans que j'habite la province de Rouergue, lui écrivait 
le S'' Delpechc, j'ai toujours vu les paysans apporter des genettes 
mortes, surtout en hiver, chez un marchand qui m'a dit qu'il y en 
avoit peu , mais qu'elles habitoient aux environs de la ville de Ville- 
franche et qu'elles demeuroient pendant l'hiver dans des terriers à peu 
près comme des kipins. » {Histoire naturelle, art. Genette.) 

H. y 



— 130 — 

comme une fouine et qui n'est ni un ciiat, ni un 
tigre, ni une fouine, ni un maki. Qu'est-il donc? le 
diable lui-même. D'abord tous les paysans l'ont cru, 
et vous savez bien que la voix du peuple est celle 
de Dieu. Ensuite il ne mange point, il grince des 
dents, il regarde en dessous et quelquefois de travers, 
et pue à faire trembler (1). » 

Le Journal des chasseurs du 31 mars 1857 annonce 
la prise récente d'une genelte dans le département de 
l'Aveyron. En 1860, une belle genette tuée en France 
se voyait chez un empailleur du quai Malaquais. 



(1) Apparemment que l'abbé n'aimait pas l'odeur du musc. Voir 
Correspondance inédUe de M"" du DefFand, t. H. 



CHAPITRE II. 

Mammifères chassés en France jusqu'à nos jours. 



§ i". LES MAMMIFÈRES DES MONTAGNES : l'oURS, LE CHAMOIS, LE 
MODFLON, LA MARMOTTE, LE LIÈVRE BLANC. 

Les hautes chaînes de montagne qui couvrent une 
partie de notre territoire abritent quelques espèces de 
mammifères, que la nature a destinées à vivre exclu- 
sivement dans ces régions élevées ou qui ont été chas- 
sées du plat pays par les poursuites incessantes d'une 
population trop multipliée. Ces animaux peuvent tous 
être considérés comme relativement rares, en consé- 
quence de l'étendue limitée de leurs domaines , 
quoique certaines espèces comptent un assez grand 
nombre d'individus. Ils forment un groupe d'autant 
plus distinct que, à l'exception du lièvre blanc, tous 
sont, en France, les uniques représentants de leur 
genre. 

A tout seigneur tout honneur, en tête du groupe Lours. 
alpestre doit marcher l'ours, le véritable roi des mon- 
tagnes, roi dépouillé, à la vérité, d'une grande partie 
de ses domaines, qui s'étendaient autrefois, non-seu- 



— 132 — 

Icmeiit sur les furèls de la plaine gauloise, mais sur 
l'Europe entière, y compris l'île de Bretagne (1). En 
France, messire Brun, comme l'appellent les fabliaux, 
relégué aujourd'hui sur les cimes les plus inacces- 
sibles des Alpes et des Pyrénées, apparaissait fré- 
quemment dans les grands bois qui couvraient les 
plaines et les chaînes secondaires. 

Sans parler des ours légendaires de Sainte-Richarde 
d'Andlau et d'Ourscamp, ni des ossements trouvés 
dans les tourbières de la Somme et la plupart des 
cavernes à fossiles, nous avons des preuves de l'exis- 
tence de l'ours aux temps historiques dans des con- 
trées assez éloignées de ses résidences modernes. 

Les Mérovingiens chassaient des ours dans la forêt 
des Ardennes (2). Louis le Débonnaire en tuait dans 
les îles du Rhin (3). Saint Bernard, qui vivait au 



(1) Nuda Caledonio sic pectora prwbuit iirso. 

(Martial, De spectac, IX.) 

Les lois galloises du x" siècle comptent encore l'ours parmi les ani- 
maux (le chasse (voir PennanVs tour in Wales); le vaillant chef des 
Bretons armoricains, Alain Barbe-torte, qui vivait à la même époque, 
exilé pondant sa jeunesse dans l'île de Bretagne , y exerçait son cou- 
rage contre les ours et les sangliers {apros et ursos in silvâ, Citron. 
Brioc. D. Morice, Histoire de Bretagne, t. I. Preuves). 

En Italie, Ovide cite les ours lucaniens : 

Fœdus Ivcanis provoiritur ursus ali antris. 

{In frarjm. halicnt.) 

Ces animaux ont été entièrement détruits dans la péninsule italique, 
sauf sur les Hautes-Alpes, depuis le xviii» siècle. En 1720, il y avait 
encore à la ménagerie de Florence un ours pris sur le monte Orsojo, 
l)rès de Pontremoli en Toscane. (Voir Magné do Marolles.) 

(2) Fortunat. carm., lib. VIT. — Voir ri-dessus, jJ 2. 

(3) Voir ci-dessus, liv. I. 

II est possildo que ces oiu's fussout conservés l't iiiulli|ilié< artificit'l- 



— 133 — 

xii*^ siècle, se voit obligé de demander aux moines de 
Guignes un volume des lettres de saint Augustin, 
parce qu'un ours trop studieux, ayant pénétré dans 
une des cellules de l'abbaye de Cluny , s'est per- 
mis de dévorer l'exemplaire sur parchemin de cette 
abbaye (1). 

Dans les Vosges, les ours n'étaient point rares au 
xvn® siècle. 

D'après les règlements de la prévôté d'Arches (2), 
« toutes et quantes fois qu'aulcuns subjects de la 
dicte prévosté prennent quelques cerfs, sangliers, 
ours, ils sont tenus de payer au recebveur du chas- 
teau d'Arches pour et au nom de Son Altesse (le duc 
de Lorraine), sçavoir : d'ung ours, la teste et l'une 
des pattes de devant (3). » 

En 1607, les habitants de Gérardmer (4), voyant 
leurs troupeaux décimés par les loups, ours et autres 
bêtes sauvages, sollicitèrent du duc de Lorraine l'auto- 
risation de chasser ces déprédateurs sans payer la re- 
devance habituelle au prévôt d'Arches (5). Les ours se 
maintinrent longtemps dans le massif de montagnes 
boisées qui couvre une partie des arrondissements de 
Remiremont et de Saint-Dié. Le dernier de ces er- 



lemenl pour les plaisirs des Empereurs francs, comme au xviii" siècle 
on voit les princes allemands avoir des parcs à ours {Bxrengarlen) 
pour cet usage. (Voir Ridinger.) 

(1) DisserlaUons sur Vhisloire ecdésiasUqiie, ]iar l'abbé Lebn?uf, t. II. 
— La Franc(; au lemps des croisades, t. III. 

(2) A 10 kilomètres d'Épinal (Vosges). 

(3) lllustralion. t. XVIII. 

(4) PetiLCvilllo du déparlemeut des Vosges. 

(5) Lepagc et Ghnrtnn, Drpoj-lemen! des Vosges, t. II. 



— Ini- 
mités à l'épaisse fourrure fut tué dans les bois de Re- 
miremont en 1709 (1). La description topographique et 
médicinale de la Vosge (1777), citée par Magné de Ma- 
rolles, nous apprend qu'il en avait été tué récemment 
dans les forêts du Val-Saint-Dié et de Bussang, mais 
qu'il n'en existait plus dans ces cantons. 

A cette époque, l'ours ne se rencontrait plus que 
dans les plus hautes montagnes du Dauphiné et du 
Bugey, dans celles qui séparent la Franche-Comté 
de la Suisse, et dans les Pyrénées. 

Ces animaux étaient surtout assez communs en 
Dauphiné, dans les bois du Villar de Lans, de la 
Ferrière, de Palanfrey et de Saint-Barlhélemy, à peu 
de distance de Grenoble, et dans la forêt de la Grande- 
Chartreuse. Il s'en voyait aussi, mais moins fréquem- 
ment, dans le pays d'Oysans, à 5 ou G lieues de Gre- 
noble (2). 

Dans les Pyrénées, les cantons qu'ils fréquentaient 
le plus étaient les forêts montagneuses des environs 
de Bagnères-de-Bigorre et de Cauteretz, et celles qui 
avoisinent Bagnères-de-Luchon , dans le Com- 
rainges (3). 

Depuis la fin du xvnf siècle, la destruction des fo- 
rêts et la guerre acharnée qu'on leur fait ont rendu 



(1) Histoire des moines d'Occidenl, t. II. 

(2) Suivant une tradition rapportée ]hii' Cliorier ( Èlal politique dr 
in province de Dauphiné. Grenoble, 1G71), dmix bùcheroni. do la vallée 
de- Quint (Drôme) furent anolilis ou \'iM par Louis XI alors Dauphin, 
l)our lui avoir sauvé la \ie. eomme' il chassait l'ours dans la forêt de 
Malatra ]irès d'Ambel. 

(3) Magné de Marolles. 



— i;55 — 

les ours rares partout, principalement dans le Jura (1). 

Cependant il n'est guère d'hiver où l'on n'en lue 
quelques-uns dans les Alpes ou dans les Pyrénées (2). 

Les ours de France appartiennent tous à l'espèce de 
l'ours brun {iirsus ardos] ou i la variété de celte 
espèce que les naturalistes ont appelée l'ours des 
Pyrénées (ursus pyrenaiciis) (3). Ceux-ci, plus petits, 
ont le poil blond et les pattes noires (4). 

L'ours, c'est Buffon qui le dit, est non-seulement 
sauvage, mais solitaire. Il n'est féroce qu'à son corps 
défendant et carnassier que par nécessité. Il faut 
cependant avouer qu'une fois sorti de son régiuie 
frugal il se livre à de furieuses orgies carnivores (ô) , 
mais jamais il ne se jette sur l'homme qu'en cas de 
légitime défense. 

Il a couru quelquefois des bruits étranges sur la 
moralité de l'ours, malgré la gravité tant soit peu 



(1) En Allemagne ils ont aussi disparu de presque toutes les forêts 
de plaine et même d'une partie des montagnes. 

(2) Jean Latapy, de Cauteretz, en était, il y a quelques années, à son 
vingt-septième ours; il en avait tué treize à lui tout seul. L'auteur des 
AljJes et Pyrénées est garant de ce fait, que je tiens également de la 
bouche de Latapy. 

(3) Les deux variétés paraissent exister ou avoir existé dans les Py- 
rénées. Gaston Phœbus affirme que « ours sont de deux conditions, 
les uns grans de leur nature, et les autres petis de leur nature, pour 
quant qu'ils soient vieuls. » 

(4) Nos aïeux croyaient, comme les anciens, que les oursons naissent 
informes et sans vie, mais leur mère haleine si fort sur eux et les es- 
chaufe el lèche de sa langue qu'elle les fail revivre. ( G. Phœbus, De 
l'ours et de toute sa nature.) 

(5) Buffon croyait l'ours brun féroce et carnassier; il est reconnu au- 
jourd'hui qu'il vit habituellement de racines et de fruits sauvages, sur- 
tout de raisins d'ours (baies de myrtille) et de framboises sauvages 
dans la saison. Sur les ravages causés par les ours dans les troupeaux 
pendant l'hiver, voir les Alpes, par M. ilc Tschudi. 



— 13(1 — 

bourrue de son humeur. Un livre assez rare, imprimé 
à Lyon et à Paris en 1614, nous a conservé la singu- 
lière histoire d'un ours qui se serait rendu coupable, 
non-seulement d'anthropophagie, mais encore de dé- 
portements de la nature la plus extraordinaire (1). 
L'auteur pudibond de cet opuscule déclare que ses 
cheveux se dressent quand il y pense, et que sa voix 
attachée à son palais, lorsqu'il vient à penser de proférer 
des paroles si exécrables, demeure au dedans sans pouvoir 
former ses accents ejf rayez, tant il est révolté de la 
lubricité plus que monstrueuse de cette beste inhu- 
maine. 

Cet ours, probablement dépravé par l'esclavage (2), 
sut longtemps se soustraire aux poursuites des gen- 
tilshommes du Forez, où il exerçait ses ravages, et 
qui le traquèrent en vain avec cinq ou six cents 
paysans. Il fut enfin tué par le capitaine La Halle, de 
Saint-Élienne de Furens, homme duit à tel exercice et 
grand chasseur, qui l'abattit à coups d'arquebuse, non 
sans péril de sa vie (3). « Heureux et généreux athlète, 



(1) Ilisloire prodigieuse d'un ours numslruruscmcnl çirand et es- 
pouuoUable, iitanl et deuorani tout ce qu'il Ircuuoil deuanl Imj et vio- 
lant femmes et filles au pays de Foresls : qui fut tué par le capii- 
taine La Halle de Saincl Eslienne de FuranI, au bois de la Trappe, 
près Sainct Geny de Malle faut (sic). — A Paris, clicz Joseph Guerrcauet 
Joseph Boùcllerot, rue Bouchère, à l'Esloille couronnée, 1G14. —Jouxte 
hi coppie imprimée à Lyon. — Réimitrimée dans le Journal des chas- 
seurs, VHP année, 

(2) On \g croyait échappé d'une aiibayc ou di.' la maison d'un gen- 
tilhomme du l'ays. 

(:V) S'étant misaux trousses du monstre avec un abayeux (aboyeur), 
La Ualli' le hlessa plusieurs fois avec son arquebuse chargée de balles 
carrées sans iiouvoir l'arréior. La bêle vint tenir .-m firme dans les 



— i;37 — 
s'écrie l'auleur anonyme, d'avoir si généreusement 
triomphé d'un tel monstre et abattu ceste peste, af- 
francliissant le pays de ses ravages coustumiers et 
s'acquérant, par ce moyen, une gloire immortelle que 
la mémoire célébrera à jamais (1). » 

Les chamois, appelés isards dans les Pyrénées, Led.amois 
étaient encore très-abondants naguère dans ces mon- 
tagnes et dans les Alpes dauphinoises. Les princes 
Dauphins, au xiv'' siècle, en avaient laissé la chasse 
aux paysans de leurs Etats moyennant redevance. 
Gaston Phœbus les décrit sous le nom de houes ysarus, 
et le capitaine Dompjullien de Montélimart, ayant le 
premier gravi le sommet escarpé du mont Aiguille ou 
mont Inaccessible, ne manque pas d'annoncer au pré- 
sident du parlement de Grenoble qu'il y a trouvé 
belle garenne de chamois, lesquels ncn jwurront jamais 
sortir (f). Le Dauphinois Vu] son de la Colombière 
vante l'agiUlé des chamois de son pays natal et nous 



bois de la Trappe, près Saint-Genest-Malifaux, et attaqua avec une 
telle furie La Halle et un sieur Verney qui était venu à son aide, 
qu'il leur fallut monter sur des arbres. De là ils épuisèrent leurs mu- 
nitions sur l'ours sans l'achever; après avoir chargé leurs armes une 
dernière fais, l'un avec \q plomb de son boute feu, l'autre avec son tire- 
bourre, ils auraient été déchirés par la bête expirante sans l'arrivée do 
deux paysans qui l'assommèrent à coups de pioche et de hache. Il fallut 
encore que le greffier Corbon vint lui tirer un coup d'arquebuse à bout 
portant. Cet ours, peu délicat, avait huit pieds de long, quatre de hau- 
teur et pesait sept ou huit quintaux. 

(1) Quelques faits scabreux de même nature sont imputés à l'ours 
par Magné de MaroUes et M. le vicomte de Dax (Chasses et pêches du 
midi de la France.) 

(2) Lettre du 25 juin 1192. (Mar/asin pilloresque, septembre I8G0.) 
Dompjullien ajoute : « Ils ont des petits avec eux de cotte année, dont, 
jusqu'à ce que le Roy ail autrement ordonné, n'en veux point laisser 
prendre. » 



— 138 — 

apprend que son compatriote le connétable de Lesdi- 
guières, qui estait né en un païs où ces animaux sont 
fréquents et qui avait souvent vaincu les soldats du 
duc de Savoie dans les lieux les 'plus scabreux des 
Alpes, avait pris pour devise un chamois sautant d'un 
rocher sur une montagne avec ces mots : Juibet pro 
vallibus Alpes (1). 

Du temps de Chorier (xvn' siècle), la principale 
retraite des chamois en Dauphiné était la montagne 
de Donoluy, auprès de Rochecourbe, jusqu'à celle de 
Monlziou, dans le Gapençois. Il en passait souvent 
dans ces heux des troupes de cinquante et plus. « Ils 
marchent , dit l'historien du Dauphiné , sous la con- 
duite d'un d'entre eux qui est à leur teste. Les chas- 
seurs lui font toujours essuyer les premiers coups. 
Quand ils le tuent, les autres paroissent dans un si 
grand étonnement qu'il est aisé anx moins adroits 
d'en abattre plusieurs. » 

A la fin du siècle suivant, il se trouvait encore 
beaucoup de chamois dans les montagnes du Dau- 
phiné, principalement dans celles du val Gaudemar, 
de Malines, du Champsœur et du pays d'Oisans. Ils 
étaient moins nombreux dans le Trièves, le Diois, à 
laGresse, au Villar de Lans, à Allevard, à Prémol. 

Les isards étaient aussi très-communs dans les Py- 
rénées, depuis le Roussillon jusqu'au Béarn. Dans 
ces montagnes, où la chasse est moins difficile que 
dans les Alpes, parce qu'on n'y trouve presque pas 



(l) La Srii:/ici lirraïqui 



— 1H9 — 

de glaciers, les paysans en faisaient des destructions 
prodigieuses, près desquelles les exploits des chasseurs 
de notre temps sont bien peu de chose. Ainsi, Magné 
de MaroUes, très-bien renseigné sur toutes ces chasses 
exceptionnelles, affirme, sur le rapport de correspon- 
dants dignes de foi, qu'à Merens, près de la ville d'Ax, 
il y avait, en 1790, un homme appelé Lou Baron (Le 
Baron), qui avait tué plus de 700 isards, et à Auzats, 
village de la vallée de Vic-Dessoz (1), le fameux chas- 
seur d'ours Joseph Naudy, surnommé le Bavard, en 
avait tué plus de 1,500. Il y eut, pendant plus de 
trente ans, dans cette localité, une boucherie toujours 
abondamment fournie de la chair de ces animaux. 

« Le fait de 1,500 chamois tués par un seul homme, 
dit à ce propos Magné de MaroUes, pourroit paroître 
exagéré à mes lecteurs si je n'y ajoutois une explica- 
tion. Il y a quarante-deux ans que Joseph Naudy, dit 
le Bavard, fait le métier de chasseur de chamois, et il 
en a tué 37 à AO chaque année l'un portant l'autre. 
Cet homme, le plus adroit chasseur du pays, est 
âgé de 59 ans. Il eut le malheur de se préci- 
piter à la chasse au mois de septembre de l'année 
dernière (1790), se luxa le fémur, passa la nuit sur la 
place et ne fut secouru que le lendemain ; il resta 
estropié de cette chute. Notez qu'en ce pays tous les 
chasseurs de chamois ont un sobriquet, par lequel ils 
sont plus connus que par leur nom. » 

Il n'existe pas de différence bien sensible entre 



(I) Déiiartcmont de l'Ariégc. 



— MO — 

l'isard et le chamois des Alpes. Lcscliasseurs dauphi- 
nois prétendaient autrefois reconnaître deux races 
différentes de ces animaux : l'une, plus svelte, plus 
nerveuse, habitant les glaciers des grandes Alpes, 
l'autre plus chargée de chair, moins craintive, se te- 
nant de préférence dans les forets qui couvrent les 
pentes de la montagne (i). J'ignore si ces deux races 
sont encore distinguées aujourd'hui. Quant à la dif- 
férence qu'un correspondant de Magné de Marolles 
semble vouloir élabUr entre les chamois à poil roux ou 
grisâtre et ceux presque noirs, il ignorait probable- 
ment que tous les chamois ont le poil grisâtre au prin- 
temps, roux en été, et qu'il devient, en décembre, d'un 
gris-brun très -foncé, qui peut même passer au 
noir (2). 

C'est, du reste, un charmant animal qui tient di- 
gnement sa place dans le genre des antilopes dont 
il est le seul représentant dans l'Europe occiden- 
tale (3). Sa forme est élégante, ses yeux grands et vifs ; 
ses cornes, noires, luisantes et aiguës peuvent attein- 
dre 7 ou 8 pouces (0",18 à O'.^l) de longueur. Elles 
sont droites jusqu'auprès de l'extrémité et se recour- 
bent brusquement en arrière (4). 

Les chamois possédaient, au dire des anciens au- 
teurs, des propriétés naturelles fort extraordinaires. 
Leur sang avait les mêmes vertus que celui du bou- 



(1) Magné do Marollos. 

(2) Tschiuli. 

(3) L'antilope saïga se trouve dan? les steppes de la Russie méridio- 
nale et de la Moldavie. 

(■'0 Et non en avant, conimo le disent à Inrl rpn-lques auteurs, 



— 141 — 

quelin. On trouvait dans leur estomac des bézoards, 
qui guérissaient de tous les maux et garantissaient 
même des arquebusades (1). Ils savaient, dans l'oc- 
casion, se suspendre par les cornes et exécuter ainsi 
des bonds incroyables (2). 

Dans la réalité, ils n'ont guère besoin de cette 
gymnastique surnaturelle pour accomplir de véri- 
tables miracles d'agilité et de vigueur. C'est un jeu 
pour eux de franchir des crevasses de 5 à 6 mètres de 
large, d'atteindre d'un seul bond le sommet d'une 
muraille de rochers de l mèlres ou de descendre les 
parois à pic d'un précipice (3). Aussi leur chasse, 
comme celle du bouquetin, est-elle très-difficile, très- 
pénible, et exige-t-elle beaucoup d'adresse, de vigueur 
et de patience de la part du chasseur. 

Les moyens employés pour faire la guerre à ces 
deux espèces d'animaux, aussi lestes que défiants, ont 
toujours été les mêmes. Quoique déclarant que leur 
chasse n'est pas de trop grant mestrise, Gaston Phœbus 
nous apprend que de son temps on faisait aux boucs 
sauvages des Pyrénées l'honneur d'assez grands pré- 
paratifs. Huit jours à l'avance, on plantait des haies et 
l'on tendait des panneaux au devant des passages dan- 
gereux où les chiens auraient couru risque de se pré- 



Ci) Scheuchzer, cité par Tschudi. 

(2) Gaston Phœbus dit encore que, lorsque les ysarus veulent se 
gratter les cuisses avec leurs cornes, « aucunes fois ils boutent si 
fort qu'ils se les mêlent par les fesses et ne les peuvent rassachier (re- 
tirer) pource qu'elles sont revirées (recourbées) et picotées et einsi 
tombent et se rompent le col moult souvent. » 

(3) Tschudi ^ 



— 142 — 

cipiter; dans les endroits où il (';lait impossible de 
prendre ces précautions, étaient postés des hommes 
({ui devaient jeter des pierres d' arbalestcs pour les em- 
pocher de gagner les roches impraticables, ou les 
tuer avec leurs traits s'ils ne pouvaient les arrêter 
autrement. Ces dispositions faites, les boucs étaient 
quêtes et détournés avec le limier comme des cerfs. 
Il suffisait de découpler au laisser courre dix ou douze 
chiens de meute, et de placer quatre relais de quatre 
chiens chacun dans les défdés de la montagne. Les 
boucs, repoussés des sommets, finissaient par battre 
les eaux et par s'y laisser prendre. Cette chasse avait 
des charmes médiocres pour les véritables veneurs, 
parce qu'on ne pouvait suivre ses chiens ni à pied 
ni à cheval (I). 

Dans les planches du Tlieuerdanck (1517) et dans 
celles de Stradan (2), on voit représentée une chasse 
aux chamois assez extraordinaire. On traquait ces ani- 
maux et on les forçait de se réfugier sur une pointe 
de rocher oii ils étaient bloqués de façon à ne leur 
laisser aucune issue. Les chasseurs pouvaient alors 
les approcher assez pour les atteindre avec de très- 
longues lances et les faire tomber dans le précipice. 
Cette chasse, pratiquée fréquemment par l'empereur 
Maximilien , dans les montagnes du Tyrol , suppose 



(1) G. Phœbiis: Ci devise comment le venevr doil chassier el prendre 
le bouc sauvaige. 

(2) Venaliones ferarum, (nyiwn,inscium, elc, depicUv à Joanne Siro- 
dano, ediUr à Philippo (kill.ro, carminé iIluslral,T ù C. KHiano Duf- 

fl:r() (iiu ilu wi'" siècle). 



— 143 — 

que les chamois étaient alors bien moins défiants et 
moins farouches qu'aujourd'hui. On se servait, dès 
lors, de crampons pour gravir les rochers escarpés (1). 

Des pièges ou traquenards étaient aussi employés 
contre les chamois. On les tendait sur quelque cor- 
niche étroite de rochers longeant un précipice; le 
piège, attaché à une corde, s'amarrait à un pieu. Le 
chamois se prenait par le pied, essayait de s'enfuir 
avec le piège , culbutait dans le précipice et restait 
suspendu. Au siècle dernier, M. de Sanssure vit en- 
core, près de Chamouni , des pieux qui avaient servi 
à cet usage, mais on ne les employait plus depuis 
longtemps. Le nombre des chamois ayant considéra- 
blement diminué, les chasseurs, obHgés de venir de 
loin et de gravir à une grande hauteur pour visiter 
leur piège, avaient trouvé qu'ils n'étaient pas assez 
souvent récompensés de leurs fatigues ("2). 

De tout temps la méthode la plus usitée pour chas- 
ser bouquetins et chamois fut le tir à l'arbalète, à l'ar- 
quebuse et au fusil (3). 

L'île de Corse est le seul point du territoire français Lemounon. 
où se trouve le mouflon. Cet animal, dans lequel plu- 
sieurs naturalistes ont voulu trouver la souche de nos 



(1) Maximilien resta un jovir suspendu la tùlc en bas après les cram- 
pons d'un de ses souliers. Ces crampons sont aussi représentés par 
Stradan. 

(2) Magné de MaroUes. Ces pièges se nomment lalaux en patois sa- 
voyard. — Les braconniers en font encore quelque usage. Voir une 
série d'excellents articles sur les chasses de montagnes, intitulés Alpes 
el Pyrénées, signés GasHhelza et publiés par le Journal des elicisseurs, 
XXP année. 

(3) Voir le livre VIII, l 4. 



— 144 — 

moulons domestiques (1), était connu des anciens sous 
les noms à'ophioii et de musmon. Les Corses le nomment 
muU'olo et les Sardes mufione. Il existe encore des mou- 
flons dans l'île de Sardaigne, dans la Turquie d'Eu- 
rope, dans quelques îles de l'Archipel et dans les mon- 
tagnes du royaume de Murcie. Le vieux naturaliste 
Belon, qui avait vu un mouflon dans l'île de Crète, 
le décrit comme semblable en pelag e au bouc^estain, 
ayant les cornes entorses comme un bélier, le mu- 
seau, le devant du front et les oreilles de mouton, 
les fesses blanches et la queue noire. Les crins des 
épaules et du cou étaient longs et noirs, et formaient 
une espèce de barbe et de crinière (â) ; les narines 
étaient noires et le museau blanc. 

En 1 738 , peu de temps après le débarquement des 
troupes françaises en Corse, le duc de Luynes, ren- 
contrant (\ Versailles M. de Lussan qui arrivait de ce 
pays, l'interrogea sur les chasses de l'île. « Il n'y a 
point de chevreuils, lui répondit ce gentilhomme, 
mais un animal qui est plus petit que le chevreuil , le 
pied fait comme une chèvre, les cornes recourbées, 
de manière qu'ils ne peuvent faire de mal, et qui 
s'apprivoisent (sic) fort aisément. » 

Le duc, qui avait oublié le nom de cet animal , 
quoique M. de Lussan le lui eût appris, ajoute qu'au 



(1) C'était l'opinion de Buffon et do Cuvier. Quelques zoologistes mo- 
dernes croient ijuc le mouton est plutôt descendu de Vargali {ovis ar- 
f/ali) ou d'une autre espèce de mouton sauvage, encore peu connue, 
([ui habite les montagnes du Népaul. Ces deux espèces ont, du reste, 
la plus grande analogie avec le mouUon. 

(2) Le niuullon n'a ces longs poils ([n'i-n hivei'. 



— 1 45 — 

dire de celui-ci, il est bon à manger, qu'il a la chair 
plus noire que le chevreuil et un goût diffé- 
rent (1). 

Le mouflon a toutes les habitudes du bouquetin , 
quoique son intelligence soit très-inférieure. Comme 
lui, il habite le sommet des montagnes les plus escar- 
pées, et Pietro Cirneo, chroniqueur corse du xv^ siècle, 
lui attribue de même l'habilude de se lancer la tète la 
première dans un précipice, amortissant sa chute avec 
ses cornes dures et épaisses. Quoi qu'il en soit, c'est 
un animal très-agile et irès-défiant. 

Du temps de Cirneo on chassait quelquefois le mou- 
flon avec des chiens. A l'époque où écrivait Magné de 
Marolles, on avait à peu près renoncé à cette méthode 
de chasse, et les montagnards corses chassaient le 
mouflon au fusil , en se servant, pour l'approcher, 
des mêmes ruses qu'employaient contre les bouque- 
tins et les chamois les chasseurs du continent. 

Buffon croyait, en 1774, que cette espèce avait été 
détruite entièrement en Corse pendant les grands mou- 
vements de guerre qui s'étaient récemment passés dans 
celle île. 

Quelques années plus tard. Magné de Marolles dit 
qu'elle ne se trouve pas, à beaucoup près, dans toutes 
les hautes montagnes de la Corse et de la Sardaigne, 
et que le mouflon n'y est pas bien commun, puisque, 
dans cette dernière, il ne s'en tue au plus qu'une cen- 
taine par an. 



(1) Mémoires du duc do Luynes, l. II. 

II. 10 



— Uf) — 

Ils paraissent s'ôlre fort multipliés depuis. Le livret 
des chasses du Roi Charles X pour l'année 1826, qui 
donne l'élat du fauve existant dans les forêts de 
France, porte qu'ii existait alors en Corse 2,244 muf- 
foUs. J'ignore absolument comment l'administration 
avait pu arriver à fixer si exactement le chiffre de ces 
animaux défiants et farouches, qui n'habitent que les 
parties les plus inaccessibles de la montagne. 
i.a marmoue. La marmottc vit en petites troupes sur les mon- 
tagnes les plus élevées du continent européen. Elle est 
assez commune dans les Alpes dauphinoises et savoi- 
siennes. On assure qu'il s'en trouve aussi quelques- 
unes dans les Pyrénées. 

Cette bêle a, selon Buffon, la tête, le nez et les 
lèvres comme un lièvre, le poil et les ongles du blai- 
reau, les dents du castor, la moustache du chat, les 
yeux du loir, les pieds de l'ours, la queue courte et 
les oreilles tronquées. 

La marmotte est célèbre par ses talents chorégra- 
phiques et par son sommeil léthargique qui dure de- 
puis le mois de décembre jusqu'en avril. Elle sait 
creuser avec beaucoup d'industrie des terriers à deux 
issues en forme d'Y, et y amasse pendant la belle 
saison des provisions de foin et de mousse qui lui 
servent de lit pendant l'hiver. 

C'est dans cet asile que les montagnards des Alpes, 
qui sont très-friands de la chair des marmottes, mal- 
gré son odeur forte, vont les déterrer pendant l'hiver, 
en marchant sur la neige à l'aide de planches ajustées 
sous leurs souliers en guise de raquettes. 

L'été, on les tire au fusil ou on leur tend des 



(1) Magné de Marolles. 

(2) La chasse des marmottes en hivor est actuellement défenflue dans 
la plus grande partie de la Suisse. 

(3) Dcr Weiss Kunig. 

(4) Les montagnai-ds du Daupliiné le nomment lihnirlKui. 



blanc. 



— 147 — 

pièges (1). En somme, c'est une vilaine chasse, essen- 
tiellement cuisinière et de peu de maistrise, comme au- 
raient dit nos ancêtres (2). Cependant on voit, dans la 
vie de Maximilien (sous le nom du Roi Blanc), que cet 
impitoyable chasseur ne dédaignait pas de s'y livrer; 
il n'est pas dit de quelle manière (3). 

Le lièvre blanc, plus convenablement appelé lièvre Lpr.cvre 
changeant (lepus variabilis) (4) est une espèce distincte 
du lièvre ordinaire dont elle diffère par son genre de 
vie et quelques détails de conformation. 

Ce lièvre est plus agile et moins craintif que son 
congénère; sa tête est plus ronde, son front plus con- 
vexe, son museau plus court. Les oreilles sont aussi 
moins longues et les mâchoires plus larges. Il a les 
tarses postérieurs plus allongés, la plante des pieds 
plus velue, et ses doigts, plus séparés, sont munis 
d'ongles longs et aigus qui lui facilitent l'escalade 
des pentes abruptes de la montagne. Les yeux sont 
d'une nuance plus foncée et sa taille plus petite que 
celle du lièvre commun. 

Pendant l'été, le lièvre changeant est d'un gris brun 
olivâtre avec le ventre d'un blanc pur. Aux premiers 
froids, les poils gris tombent et sont remplacés par 
une fourrure d'une blancheur éclatante; la queue 
même est entièrement blanche, la pointe des oreilles 



— I.i8 — 

seule reste noire. Au printemps , les longs poils du 
col, (le la tête et du dos deviennent bruns, et tout le 
pelage, d'abord bigarré de gris et de blanc, finit par 
reprendre une teinte foncée uniforme (1). 

Cette espèce est répandue dans le nord de l'Europe, 
sur le versant septentrional des Alpes et sur les som- 
mités les plus élevées du Jura. Nous en avons quelques- 
uns en Savoie et en Dauphiné; les Pyrénées n'en pos- 
sèdent point. 

§ 2. LES BÊTES FAUVES : LE CERF, LE DAIM, LE CHEVREUIL. 

Le cerf. Parmi les hôtes de nos bois, la préséance appar- 
tient, sans conteste, au noble cerf (2), la béte royale 
par excellence, l'honneur de nos vieilles forêts, mena- 
cées de perdre bientôt leur monarque à la majestueuse 
ramure. 

Dans ces âges inconnus qui ont précédé les temps 
historiques, les cerfs étaient répandus en grande 
abondance sur tout notre territoire. Il existait alors 
plusieurs races ou variétés de l'espèce (3) ; les unes 
d'une taille énorme, les autres plus petites que nos 
cerfs communs (4). Des cerfs barbus, d'une grandeur 



(1) Tsclmdi. — Magné de MaroUes.— D'après ce dernier, la chair du 
lièvre variable est moins noire et moins savoureuse que celle du lièvre 
commun, « et cela est si connu en Dauphiné, qu'à Grenoble les rôtis- 
seurs estiment ce lièvre un tiers de moins. » 

(2) Edler llirsch des Allemands, royal Slag des Anglais. 

(3) Sans compter, bien entendu, les daims et les chevreuils. 

(4) Sans doute une variété analogue aux petits cerfs de Corse, dont 
la hauteur n'est guère que de la moitié de colle du cerf ordinaire, 
(Voir Huirou. art. Crrf.) 



— 149 — 

colossale, parcouraient encore les Ibrêls voisines du 
Hliin, du temps des Rois Francs. C'étaient de formi- 
dables animaux, elles cliefs germains n'étaient guère 
moins fiers d'en abattre un que de terrasser un élan 
ou un bison (1). 

11 est souvent question de cerfs blancs dans nos 
vieux romans de chevalerie. S'il faut les en croire, les 
veneurs assez heureux pour s'emparer d'un de ces 
nobles animaux avaient le privilège envié d'offrir sa tête 
à la plus belle et d'en requérir un baiser comme 
guerdon. 

De nos jours, on ne voit plus de cerfs blancs que 
dans quelques parcs d'Allemagne, oii l'on en conserve 
précieusement la race , comme objet de grande 
curiosité (2). 

Sous Louis XV, des cerfs à museau et à pieds 
blancs s'étaient multipliés dans les bois qui entourent 
Versailles, et cette race s'était étendue jusque dans la 



(1) Voir les Niebelimgs, XVP aventure. Les anciens Allemands don- 
naient à ces cerfs le nom de scheîch ou louches. Quelques naturalistes 
pensent que ces cerfs gigantesques, dont on a retrouvé les bois en plu- 
sieurs lieux, étaient les derniers survivants de l'espèce antédiluvienne 
du cervus megaceros. Ce pouvaient être aussi des animaux apparte- 
nant à la race au pelage très-foncé, ayant de longs poils sous la gorge 
et sur l'encolure qui se trouvait encore au siècle dernier dans le Bœli- 
merwald et dans les grandes forêts de la Belgique {Drandhvrsche ou 
cerfs brûlés des Allemands, cerfs des Ardennes des Français). Il exis- 
tait aussi dans les monts Altaï, en Sibérie, de très-grands cerfs que 
les Cosaques nommaient maralis. (Pallas, Voyages en Russie et en Si- 
hèrie.) 

(2) J'ai vu en 1850 sept ou huit cerfs et biches entièrement blancs 
dans le parc royal de Moritzburg, près de Dresde. Il est plusieurs fois 
question de cerfs blancs dans le Journal de Tuiulouze. Rien n'indique 
s'il a voulu parler de cerfs entièrement blancs ou de cerfs à tête et à 
pied r. blancs. (Voir aux Pièces justilicatives.) 



— loO — 

i'urèl de Fonluinobleau, grâce aux soins du Uoiv qui 
avait défendu qu'on eu chassât. Les cerfs ainsi marqués 
étaient moins vigoureux que les autres; ils avaient les 
pieds plus gros, la sole blanchâtre, le corsage épais. 
Dès le règne suivant, le nombre en avait beaucoup 
diminué. En 1788, il n'en restait plus que quelques 
animaux dégénérés (1). 

L'espèce du cerf était autrefois commune dans toute 
la France, jusque dans des contrées oii elle est aussi 
inconnue aujourd'hui que celle de l'élan ou de 
l'aurochs. 

Le fameux Jean Chandos perdit un œil en chassant 
le cerf dans les landes de Bordeaux (13G4). 

Gaston Phœbus parle du cerf comme d'une bête 
assez commune dans ses états de Foix et de Béarn. 
D'anciennes chartes du pays de Comminges nous 
apprennent que les habitants des vallées voisines de 



(l) D'Yauville, Du cerf, ch. iv : « On a vu, pendant neuf ou dix ans 
de suite, à Fosse-Repose, près Versailles, un cerf qui avoit la face et 
les quatre pieds blancs. Il venoit de la Haute-Forêt ou des bois de 
Boissy. On l'a vu plusieurs fois passer et repasser la rivièi-e près de 
la machine de Marl'y. On ignore quelle a été sa fin. On sait seulement 
(ju'il étoit boiteux la dernière fois qu'on l'a vu. Le Roi Louis XV n'a 
jamais voulu qu'on le chassât afin de conserver cette race. » 

Dans les registres des chasses de Louis XV, on trouve que la grande 
meute prit, à Rambouillet, le 4 août 1751, « un cerf à sa troisième 
teste, qui avoit le nez blanc et une jambe de moins. » Le 13 avril 
1750, à Fosse-Repose, des chiens séparés menèrent un cerf à sa seconde 
tète à nez blanc, dans le ijetit étang de ViUe-d'Avray où il se noya 
tout seul. — 11 est parlé plusieurs fois, dans le Journal des chasses île 
Chaniilhj, de cerfs et biches à tètes blanches, lâchés dans le parc d'A- 
picmout et les bois environnants. Quelques-uns de ces animaux se 
sont conservés jusqu'à nos jours dans ce parc. — En 1817, il existait 
des ceris à tète et pieds blancs dans le parc de Slains, près Saint- 
Dcnys. {Hiclionnairr (1rs environs de Paris.) 



— 151 — 
Bugnèrus- de- Ludion, et ceux de Bagnères même, 
pouvaient occire des cerfs, à condition de faire liora- 
mage au Comte « ès-parts qui lui compétent, à 
sçavoir la jambe gauche du cerf (l). » Ceux de la vallée 
d'Argelez devaient même hommage à l'abbé de Saint- 
Savin (2). 

Les cerfs abondaient tellement dans la grande forêt 
de Vaur en Lauragais, que les habitants de Revel et 
de la sénéchaussée de Toulouse sollicitèrent et obtin- 
rent, en 1357, la permission de leur donner la 
chasse (3). Au xvi^ siècle, il existait encore des cerfs 
dans les environs de Castres, mais ils commençaient à 
devenirrares dans toute la province de Languedoc (4). 

En Provence, dans ce pays oii les palombes et les 
grives passent aujourd'hui pour du gros gibier, les 
environs de Sisteron étaient dévastés, en 1377, par une 
multitude de cerfs et d'autres bêtes fauves (5). Les sta- 
tuts du ComtatVenaissin, cités plushaut, témoignent de 
l'existence de ces animaux dans le paysauxvi* siècle. 

Montaigne chassait le cerf en Périgord à la môme 
époque. 

Nos crédules aïeux attribuaient au cerf mille pro- 
priétés naturelles plus extraordinaires les unes que 
les autres. 



(1) D' Lambron. 

(2) Ducange, v» Singularis. Du temps de Buffon, il y avait plus du 
deux siècles que les cerfs avaient disparu des Pyrénées. 

(3) Histoire des grandes forêts, par M. Alfred Maury. — Il y en 
avait en Béarn l'an 1397. 

v4) Borel, Antiquités de Castres, 1649. 

(5) Laplano, Histoire de Sisteron, t. I. — A. Maury, ubi sup. 



— 152 — 

Tous les ans, le cerf se rajeunissait en dévorant des 
serpents, dont le venin agissait homéopalhiquement 
sur son organisme (1). Pour en contre-balancer les 
effets, il mangeait ensuite des écrevisses, et, grâce à ces 
procédés hygiéniques, on le voyait atteindre une vieil- 
lesse extraordinaire. Phœbus dit modestement qu'il 
peut bien vivre cent ans. Mais, lorsque les veneurs de 
Charles VI eurent pris, dans la forêt de Senlis, ce grand 
cerf qui portait un collier de métal doré, avec la 
fameuse inscription : « Hoc me Cœsar donavit (2), » 
personne ne mit en doute que cet animal n'eût été 
chassé quatorze cents ans auparavant par Jules César 
lui-même, et ne s'avisa de penser que les Empereurs 
allemands se donnaient en latin le même titre que 
les Césars de Rome (3). 

Toutes les parties du corps du cerf jouissaient de 
vertus merveilleuses, qu'on trouve longuement énu- 
mérées dans nos vieux auteurs (4). 



(1) Cette fable remonte jusqu'à Pline. {Lib. VIII.) 

(2) Cette histoire est racontée par tous les chroniqueurs. Fontaines 
Guérin la rapporte en ces termes : 

Et dit-on pour certain qu'on vit 
» Du temps trespassé un cerf pramln' 

Qui avoit, comme on donne entcnih'*^ 
A son col un collier doré 
Bien lettré et bien labouré. 
Et avoit desus en escript.... 
« Des cerfs Julius César sui. » 

(3) On montre, à la cathédrale de Lubeck, une peinture à fresque 
représentant un cerf lâché par Charlemagne avei' un collier portant hi 
date de sa mise en liberté, et repris 'i ou 500 ans plus tard à la place 
où s'élève aujourd'hui l'église. (Théoph. Gautii-r, Esquisses de voi/age.) 

(Ji) Voir tous les anciens traités, i>i-iii'ipaleni''nr Gaston Phœbus, le 



— 15;{ — 
La corne guérissait autant de maladies. 

Que do l'ois on la voit sur le haut de son front 
Renaistre tous les ans faisant un nouveau tronc (I). 

La corne gauche possédait surtout les vertus les plus 
efficaces, mais l'animal rancunier avait soin, quand il 
mettait bas sa tête, de cacher cette partie de son bois, 
pour en priver ses persécuteurs (2). 

Le cerf avait dans le cœur un os qui portait méde- 
cine (3). Cet os ou cartilage s'appelait la croix du cerf; 
il passait encore, au xvnie siècle, pour guérir les pal- 
pitations de cœur (4), particulièrement chez les femmes 
enceintes. 

La moelle et le suif du cerf étaient fort bons contre 
les gouttes venues de froides causes. 

Nous pourrions prolonger à l'infini cette énuméra- 
tion des propriétés médicinales du cerf, auxquelles le 
judicieux Leverrier de la Conterie croyait encore fer- 
mement en plein dix-huitième siècle. 

Nous regrettons d'être obligé de reléguer au rang 



Trésor de Vaneric , du Fouilloux, la Chasse royale , Salnove , d'Yaii- 
ville. 

(1) La complainte du cerf à Monsieur du Fouilloux , par Guillaume 
Bouchât. 

(2) La Chasse royale. — Ce conte était tiré d'Aristote et de Pline. 

(3) Gaston Phœbus. 

« Car chascun an ainsy avient 
Que l'os du cuer du cerf devient, 
Le jour de saincte Crois croisé. » 

(Trésor de Vanerie.) 

(4) D'Yauville. — Quelques bonn(.'s femmes de village croient l'urore 
à ses vertus. (Voir ks Chasses de Charles X. par M. E. Chapus.) 



— loi — 

des fables, avec loules ces vertus pharmaceutiques, les 
poétiques larmes du cerf aux abois. « C'est sans fon- 
dement, dild'Yauville, autorité irrécusable en pareille 
matière, que l'on prétend que le cerf pleure quand il 
est près d'être pris; il crie de la douleur que lui font 
les morsures des chiens, mais il ne pleure pas. » 

Nos plus anciens auteurs contiennent des observa- 
tions très-exactes sur les phénomènes qui signalent la 
chute et le renouvellement annuels des bois du cerf. 
Les noms appliqués aux différentes parties de ce bois 
étaient, dès le xiv® siècle, à peu près les mêmes qu'au- 
jourd'hui. « Le premier cor qui est auprès des 
meules (1), dit Phœbus , s'apelle antoiUier, et le 
second siir-antoillier, et les autres chevilleures ou cors. 
Et ceulx du bout de la teste s'apellent espois (2). Et 
quand il est de deux, il s'apelle fourchié; et, quand il 
est de trois ou de quatre, il s'apelle troncheure (3) ; 
et, quand il est de cinq ou de plus, il s'apelle pau- 
meure; et, quand il est tout autour dessus chevillé 
comme une couronne, il s'apelle coiirormée. » 

Les termes sont identiques dans du Fouilloux, sauf 
de légères différences d'orthographe. Le veneur Poi- 
tevin ajoute que ce qui porte les andoilUers, chevil- 
leures et espois, se doit nommer perche (4). Les petites 



(1) Meule, « la racine do la corne du cerf. » (Du Fouilloux.) 

(2) « Et tout corn de cerf se puet conter puis que (pourvu (juc) on y 
puet pendre un esperon et autrement non. » (G. Phœbus.) 

(3) Troucliures, Iroclmres, espois « plantés en la sommité, tous d'une 
hauteur, en la forme d'une trochée de poires ou de nouzilles (noisettes). » 
(Du Fouilloux.) 

(•i) Perche ou mcrrain. — Guillaume de Tuisy non? a conservé les 
tt'rnips un jmhi (lifférent> dont se servaient les veneurs aufrlo-nor- 



— \'6'ô — 
fenles qui sont le long de la perche se nomment gout- 
tières. <i Ce qui est sur la crouste de la perche se 
nomme perlure, mais ce qui est autour de la meule en 
forme de petite pierre, pierrure. » 

L'histoire de la vénerie a conservé le souvenir de 
quelques biches portant bois. Dans le pays de Galles, 
raconte l'archevêque Baudoin de Cantorbéry, un 
veneur perça d'une flèche une biche qui avait, contre 
la coutume, des bois de douze ans, d,e la grosseur de ceux 
du mâle. Ce phénomène fut considéré comme de mau- 
vais augure et le chasseur mourut dans l'année (1). 

Du temps de Gaffet de la BriiTardière, on montrait 
encore, au château de Malherbe , la figure d'une 
biche, portant huit andouillers, qui avait été prise 
pour cerf par la meute de Charles IX, au grand dépit 
de ce prince (2). 

Les habitants primitifs de la Gaule avaient fait grand 
usage de bois de cerf pour leurs armes et leurs 
outils. Le moyen âge et les siècles suivants le recher- 
chèrent pour en fabriquer des meubles ou des usten- 
siles élégants ou bizarres. Les princes et les grands 
seigneurs se plaisaient à réunir dans leurs châteaux 
les bois des cerfs qu'ils prenaient à lâchasse, ou ceux 
qui offraient quelques particularités remarquables, et 



mands : La porche, Vaunlilor, le, rcal, le souz real , la forchc et la 
troche. 

(1) Texte cité par E. Blaze, La chasse au chien courant, t. H. 

(2) Noxœeau Irailc de vénerie. — « Les veneurs l'ayant détournée 

l'un la vit pisser de si près, qu'il la jugea être une biche comme il n'en 
pouvoit douter. » Ce veneur fut cassé pour n'avoir jms fait part à son 
compagnon de quètc de cette observation. 



— 156 — 

en formaient des galeries (1). Louis XII fit apporter au 
château d'Amboise les belles lêles de cerfs qui étaient 
à Mehun-sur-Yèvre, et d'antres testes par-deça (2). Ce 
fut probablement aussi sous son règne que la chapelle 
de Saint-Hubert, dans le même château, fut décorée 
d'une tête de cerf gigantesque, admirablement 
sculptée en bois, dont on peut encore contempler les 
débris (3), et qui a eu l'honneur d'être chantée par La 
Fontaine : 

Quand bien ce cerf auroit été 

Plus ancien qu'un patriarche 

Tel animal en vérité 

N'eût jamais su tenir dans l'arche (i). 

François I" fit venir en bateau, du Louvre au port 
de Ballevin (Valvins), près Fontainebleau, et de là, 
par charroi, audit château, certaines testes et pieds de 
cerfs (5). 

Henri IV construisit, au même château de Fontai- 
nebleau, la fameuse galerie des cerfs, aujourd'hui 
détruite. Elle était ornée de ramures de cerfs placées 



(1) Il existe encore do ces cabinets en Allemagne, notamment à Mo- 
ritzburg et à Rastadt. 

(2) Invenlaire des armures du châleau d'Amboise (1499), publié par 
M. Leroux de Lincy. 

(3) Voir un article d'Élzéar Blazc dans hi Journcd des chasseurs, 
"VIP année. 

(4) Relation d'un voyarje de Paris en Limousin, letire à Mme de la 
Fontaine. — Louis XII lit aussi faire pour son château de Blois, par 
Antoine Juste, la figure d'une biche en cire, estoffée et peinte des cou- 
leurs nécessaires, d'après un cerf à 24 cors que le marquis de Bade 
avait pris; cette biche, qui subsista plus d'un siècle, avait coûté 42 1. t. 
{Histoire du XVI' siècle, par P. L. Jacol).) 

(5') Comptes de François P'. — Voir aux Pièces justilicalives. — Le 
grand veneur François de Guise faisait aussi recueillir les murs de cri-r 
et viassacrrs extiaordinaires trouvés dans ses fo^èl^. 



0/ 

sur des massacres ou simulacres en bois ou en plâtre de 
têtes de ces bêtes fauves, entourés de feuillages dorés (1). 
Ce monarque avait toujours été curieux de têtes 
bizarres. D'Aubigné raconte, dans ses mémoires, 
« qu'en l'an 1577, le Roi ayant pris entre la forêt de 
Thouvoie et le parc, un grand cerf qui, au lieu d'une 
des branches de sa teste, avait son endouillier retroussé 
en la meulle, en forme d'un vase, à l'autre ramure on 
pouvoit dire qu'il portoitdix-huict mal semé (2), il s'es- 
chauffa longtemps à louer cette teste, à la considérer 
bien brunie, bien perlée, et à délibérer de l'envoyer 
jusques en Gascongne. Et puis, en retournant au 
parc pour faire la curée, il me disoit que cette ren- 
contre devoit estre en son histoire ; et me conviant à 
l'escrire, je luy respondis trop fièrement, comme non 
content des actions passées : Sire, commencez de faire, 
et je commencerai d'escrire (3). » 

On trouve, dans Tallemant des Réaux, que le poëte 
Racan s'exposa un jour à une réphque malséante de 
son valet, pour avoir voulu lui faire porter à cheval 



(1) Environs de Paris illustrés. 

C'était probablement pour l'ornement de cette galerie que la du- 
chesse de Bar, sœur de Henri IV, voulait lui envoyer la tète d'un grand 
cerf chassé par son mari. (Voir plus haut.; 

Ci) On peut voir cités dans les auteurs divers exemples de ces tètes 
bizarres ou hizardes : « Ce que j'ay vu de plus singulier en ce genre, 
dit Gaffet de la Briffardière, est une tête qui n'avoit qu'une perche 
d'un côté et qui portoit huit endoûillers de l'autre, et une autre tête 
qui avoit trois perches. M. le duc de Montbazon, étant grand veneur 
de France, prit avec les petits chiens du Roy, dans la forêt de Dourdan, 
un cerf qui en portoit dix-hi^it ; il lui sortoit une grande dague au- 
dessous de la meule du côté droit, et il y avoit encore à cette dague une 
meule et des daguets qui portoient quatre branches. » 

(3) Mémoires de d'Aubigné. 



— 158 — 

un fort beau bois de cerf, qu'an de ses voisins lui avait 
donné (1). 

Nos pères employaient la peau des cerfs à divers 
usages. Elle servait de linceul aux princes et aux che- 
valiers, on en faisait des gants, des ceintures, des 
Jacques ou pourpoints de guerre, on en reliait les 
livres. « Leur pel est moult bonne pour fère moult de 
choses quant elle est bien conrée (corroyée), et prinse 
en bonne saison , » dit Gaston Phœbus. Nous savons 
déjà quel cas on faisait de leur chair. 

Le cerf joue un rôle important dans le monde 
légendaire et dans la littérature symbolique et allégo- 
rique du moyen âge. 

Un cerf miraculeux nourrit sainte Anne enfant, en 
lui faisant sucer des fleurs qui croissent sur ses an- 
douillers [2). Une biche vient offrir sa mamelle au fils 
de Geneviève de Brabant; tous deux amènent près de 
leurs nourrissons les pères barbares qui les ont 
exposés, et qui ont blessé de leurs flèches les fidèles 
animaux. 

Les deux saints patrons des chasseurs, Euslache et 
Hubert, sont convertis par l'apparition de cerfs mer- 
veilleux, portant un crucifix entre leurs bois. 

Dans une foule de légendes, des cerfs poursuivis 
par les chasseurs leur révèlent l'ermitage de quel- 
que pieux cénobite, ou la sépulture d'un saint per- 
sonnage. 



(1) llislorirllrs, t. IL 

(2) L'épopre drs an'nnaii.r, jmr M. VA\. Louiimlro. {lirviir des Deux 
Mondes, 1853.) 



— 159 — 

Le cerf doit le rôle considérable qu'il joue dans le 
symbolisme chrétien à ce verset du psalmiste : 
« Comme le cerf désire l'eau des fontaines, ainsi mon 
âme vous désire, ô Seigneur ! » Verset tant admiré de 
Lignivilie, qui déclare que : « jamais un veneur de 
conscience, d'art, de science, n'a parlé plus perti- 
nemment et sciemment de vénerie. » 

Le Roy Modus explique longuement comment les 
dix brances en la teste du cerf demonstrent les dix com- 
mandements de la loy . 

La littérature profane de la Renaissance a souvent 
aussi choisi le cerf pour objet de ses comparaisons 
amoureuses, témoin cette épigramme de Clément 
Marot (1) : 

Les cerfs eu rut pour les biches se battent 
Les amoureux pour les dames combattent 
Ung mesme effect engendre leurs discords 
Les cerfs en rut d'amour brament et cryent, 
Les amoureux gémissent, pleurent, pryent 
Eulx et les cerfz feroient de beaux accords, 
Amans sont cerfs à deux pieds soubz un corps. 
Ceulx cy à quatre, et pour venir aux testes 
Il ne s'en fault que ramures et cors. 
Que vous, amants, ne soyez aussi bestes. 



(1) Jean Passerat, qui naquit quarante ans après Marot, semble avoir 
imité cette épigramme dans un sonnet que terminent ces vers : 

cerfs à quatre pieds, nous sommes vos parents, 
Nous, les cerfs à deux pieds, qu'amour a rendu bestes 
Mais vous faites tomber vos cornes tous les ans. 
Nous n'avons pas ce bien, dont plus heureux vous estes, 
Car depuis qu'une fois sont cornus les amans 
Jamais ne font tomber les cornes de leur teste. 

Ce sonnet est cité en entier dans le Chasseur au chien courant 
d'E. Blaze, t. II, et par M. Chevreul dans son édition du Clden coxiranl 
de Jean Passerat (Paris, 1864). Le même auteur a écrit sur cette 
donnée un petit poème intitulé lo Cerf d'amour. (Ibid.) 



— 16U — 

Les légendes historiques font souvent intervenir le 
cerf. Un cerf ou une biche, de merveilleuse grandeur, 
enseigne à Clovis un gué pour traverser la Vienne (1). 
Un cerf, beaucoup plus vraisemblable, bondissant au 
milieu de l'armée anglaise en retraite à travers la 
Beauce après la levée du siège d'Orléans (1429), fait 
pousser une telle huée à ces insulaires, de tout temps 
sportsmen dans l'âme, qu'elle va frapper les oreilles 
des Français lancés à leur poursuite. Ceux-ci, accou- 
rant à toutes brides sous les ordres de Jeanne d'Arc, 
de Richemont, de Dunois et de Xaintrailles, mettent 
les Anglais en déroute, et, grâce à ce cerf opportun, 
inscrivent la victoire de Patay parmi nos gloires na- 
tionales (2). 

iNos ancêtres aimaient à avoir autour d'eux des cerfs 
privés. Les Francs les dressaient à la chasse. Plus 
tard on en éleva souvent dans les fossés des châteaux 
dont ils devenaient les gardiens fort respectables. En 
1579, le vicomte de Turenne voulut attaquer de nuit 
dans sa maison le seigneur de Rauzan, qu'il accusait 
d'avoir tenté de le faire assassiner. L'entreprise eût 
réussi, sans un grand cerf qui était dans le fossé et 
qui chargea si furieusement ceux qui y descendaient, 
qu'il donna l'alarme et les força de se retirer (3). 



(1) Ce cerf miraculeux est mentionné dans l'épitaphe inscrite au 
xii° siècle sur le tombeau de Clovis, à l'église de Sainte-Geneviève : 
fluic per Viennam fluvium cervus mi);r magnihidinis viom asirndit. 
{Monographie de l'église royale dr Sainl-Dniis, jmr le baron de Guil- 
bormy. Paris, IS/iS.) 

(2) Baraiite. 

(3) Brantôme, hisroiirs siii' 1rs duels. 



— IGI — 
Quelques années plus lard, un des (-apilaines hugue- 
nots qui avaient surpris le châleau d'Angers, ayant été 
blessé et jeté dans les fossés, fut achevé par un cerf 
privé qu'on y nourrissait, et qui lui passa sept ou huit 
fois ses andouillers à travers le corps (1). 

Les cerfs étaient parfois aussi dangereux à l'état 
libre, surtout durant l'époque du rut. Ils se li- 
vraient alors des combats terribles (2) qui servaient 
de spectacle aux Rois et à leur cour, placés sur des 
échafauds dressés exprès dans les forêts royales. 
François II prenait ce plaisir à Saint-Germain, en 
compagnie de ses plus familiers et de quelques 
grandes dames et filles de sa cour. Un gentilhomme 
s'élant permis de gloser sur l'inconvenance de ce di- 
vertissement pour des yeux féminins, le jeune Roi 
prit fort mal la chose, tellement que si le médisant 
n'eût aussitôt escampé, il eût esté très-mal. Il ne put 
reparaître à la cour qu'après la mort de François II (3). 

En octobre 1740, Louis XV se levait encore à six 
heures et demie du malin pour aller à la Haute-Plaine, 
dans la foret de Fontainebleau, voir le rut des cerfs, 
en compagnie de M""" de Mailly et de Vintimille (4). 



(1) D'Aubigné, Histoire universelle. 

(2) On a vu des cerfs qui, en se heurtant de la tête, avaient entrelacé 
leurs bois de façon à ce qu'il fût impossible de les désunir, même après, 
leur mort. « On en trouva un jour deux ainsi entrelacés; l'un des deux 
étoit mort, on sauva le vivant en lui sciant la tète, mais il est arrivé 
plusieurs fois qu'ils étoient morts tous les deux. » (D'Yauville.; 

J'ai vu de ces bois entrelacés dans la colli'ction du château do Moritz- 
burg. 

(3) Brantôme, Dames galantes. 

(4) Mémoires du duc de Luynes. — Le 21 septembre 177G, le piince 
et la jirincesse de Condé allèrent en nombreuse compagnie coucher 

11. il 



— 1G2 — 

Des promeneurs, qui ne cherchaient nullemenl ce 
spectacle, furent chargés au bois de Boulogne, on dé- 
cembre 1723, par un cerf de sixans. Un lieutenant aux 
gardes, nommé Razily, et un de ses amis, ayant mis 
l'épée à la main pour défendre des dames qu'ils ac- 
compagnaient, furent renversés et blessés griève- 
ment (l). 
Lciaim, Le daim est le seul animal de chasse quadrupède 

qui ait été acclimaté dans notre pays depuis dix-huit 
siècles. Les contrées de l'Europe où il paraît avoir 
existé de tous temps à l'état sauvage sont la Pologne 
et la Russie méridionales, les principautés Danu- 
biennes, la Grèce et l'Espagne (2). 

Les Romains importèrent le daim en Italie et dans 
les Gaules, oii sa présence nous est signalée au v' siècle 
par SidoineApoUinaire. Ils se sont répandus de là dans 
le reste de l'Europe (3). 



sous la tente dans la forêt de Chantilly, pour entendre le rut. (Voir lr3 
Journal de Toudouze et les Pièces justificatives.) 

(1) Journal de Barbier, t. T. — Voyant le cerf qui les suivait à petits 
pas, en léchant ses narines, marque qu'ils se mellenl en colère, ils 
placèrent les dames derrière des arbres et tirèrent leurs épres. Tous 
deux eurent successivement leurs éi)ées cassées , furent culbutés et 
percés de coups d'andouiUers. Ils eurent le courage de se cramponner 
aux bois du cerf, qu'un garde accouru à leurs cris tua dans cette pos- 
ture. 

(2) « L'Ibéric produit beaucoup de daims. » Sirab. Gcogr., iib. III. 
— Il y a encore des daims en Barbarie, en Palestine, en Asie Mi- 
neure, en Perse et jusqu'en Chine. Ils étaient autrefois connus en As- 
syrie, comme le prouvent les bas-reliefs de Ninive où on les voit repré- 
sentés de la manière la plus distincte (variété mouchetée). — (Voir 
Cuvier, Noies sur Pline. — flliislraled London Aeirs, 10 janv. 1857.) 

(3) Les savants ne sont pas d'accord sur le sens à donner à un pas- 
sage de Pline (liv. VIII), dans lequel il décrit le dama comme origi- 
uaiii' d'oulr(-vier et différant du chamois par ses coi'nes coin'brrs ru 



— 163 — 
Les daims do noire pays apparliennenl à deux va- 
riétés principales : la variété commune , d'un gris 
brun uniforme pendant l'hiver, porte pendant l'été 
une élégante livrée d'un fauve rougeâtre semé de 
taches blanches. La queue est noire en dessus , 
blanche en dessous, et les fesses sont marquées d'une 
large tache blanche bordée de noir. 

La variété brune est en toutes saisons d'une couleur 
noirâtre , sans aucune marque blanche. Celte variété 
paraît originaire d'Espagne. Bufïon dit que les daims 
de ce pays sont très-grands, de couleur obscure, 
avec la queue noirâtre, non blanche par-dessous. Les 
daims bruns qui existent en grand nombre en Angle- 
terre descendent de ceux que Jacques P' avait ra- 
menés du Danemark lorsqu'il était allé y épouser la 
princesse Anne (1). 

Outre ces deux variétés, il existe des daims blancs, 
des daims fauve paille ou bigarrés de brun et de 
blanc de diverses manières. 

Tous les daims ont des bois aplatis et dentelés, et 
leur taille est intermédiaire entre celle du cerf et 
celle du chevreuil. 

Le daim n'a jamais existé en France qu'en état de 



avant. BufTon, et plusieurs naturalistes après lui, en ont conclu que le 
dama était l'antilope nanguer, qui a, en effet, les cornes courbées en 
avant. Cuvier, dans ses notes sur Pline, penche à croire qu'il s'agit 
simplement de notre daim qui existe en Barbarie et en Asie et dont 
les bois peuvent être, jusqu'à un certain point, considérés comme cour- 
bés en avant. Il serait, en effet, difficile d'admettre que les daims des 
Gaules et d'Italie aient été des nangvrrs. 

(1) Voir un article de la Revtte brUanniqxir , reproduit par lo Journal 
drs chas.snos, XXIII" année. 



— 1G4 — 
iJeiiii-doniesficité, dans des parcs ou dans des foièls 
réservées. Phœbus dil que « le daim eslbesle diverse, 
et que, combien que moult de gens en aient veus, les 
tous n'en ont pas veus. » 

En 1017, le comte d'Anjou avait des daims dans ses 
forêts réservées (1). 11 résulte d'une cbarte de Tau 
1 199 que le sire de Moiéon ayant établi une garenne 
(le daims dans l'île de Ré qui lui appartenait, ils y 
multiplièrent de telle façon qu'ils détruisaient les ré- 
coltes et que les habitants, au désespoir, avaient résolu 
de quitter leur île. L'évêque intervint, et le seigneur, 
moyennant finances, consentit à détruire ses daims 
et se réserva seulement les lièvres et les lapins (2). 

Philippe-Auguste avait enfermé dans la nouvelle 
enceinte de son parc de Vincennes les daims que lui 
avait envoyés d'Angleterre ou de Normandie le jeune 
Henri Plantagenet (3). Leur race se propagea pendant 
longues années dans ce parc, qui devint la principale 
réserve de daims des Rois de France. En 1378, les 
fils de Charles V y menèrent le Roi des Romains 
Wenceslas courre (k mis eî con7iins{A]. En 1480, le fa- 
meuxbarbier Olivier leZ)am(5), ayant offert un banquet 
au légat du pape, « le mena au bois de Vincennes es- 
battre et chasser aux dains(6). )> Jusqu'au xvi" siècle, 



(1) Ducange, v" Fera. 

(2) Bibliollièque de l'École dis cliaiies, 'i' série,!. IV. 

(3) En 1220, il y avait des daims dons la forcM do Criiye on t\o M.irl 
(Ducange, v" Cuciare.) 

(•'i) Histoire de Charles F par l'aljbé de (llioisy. 
(5) Il (Hait alors prui/er df la forot do I^ouvray. 
(d) Chroriiipif (\o Monslroict. 



— IGi) — 
les luibilanls des villages voisins du bois de Vincennes 
étaient tenus de fournir des fourrages pour nourrir 
ces daims. Il y avait h Bry-sur-Marne un pré de 
10 arpenls et demi dont les foins étaient réservés 
pour cet usiige. Comme la récolte et le transport de 
ces foins contaient par an 10 livres, les habitants de 
Bry et de Noisy-le-Grand offrirent au Roi, en 1404 , 
de s'en charger moyennant l'exemption de certaines 
corvées. Le Roi y consentit, et cet échange fut con- 
firmé pour Bry par François F' en 1537 (1). 

Les ducs d'Orléans entretenaient des daims à 
Villers-Cotterets au xiv' siècle. Le capitaine concierge 
de ce château leur distribuait chaque année 4 muids 
d'avoine (2), et l'on avait soin de ne pas les laisser 
manquer de femelles (3). Ces princes en avaient aussi 
dans le parc de Folembray, près de Coucy, qui leur 
appartenait également. 



A Foulembroy puet grant sire manoir 
Dains a ou parc, qui moult vaut de linance 



dit le poète contemporain Eustache Deschamps (4). 

Sous le règne de François I", le vaste parc du 
château de Lusignan, en Poitou, était renommé pour 



(1) Legrand d'Aussy, t. I. 

(2) Louis cl Charles, ducs d'Orléans. 

(3) « Pour acheter des bestes pour les daims do mon dict seigneur 
estant à Villers-Costerest, xj fr. iiij s. (Comptes des archives de Blois 
dans Les ducs de Bourgogne, par M. le comte de Labordo, t. III.) 

(4) Ballade sur le clicîfeau de Courg. — Manuscrils firincnis de la 
bihliollicqui' du /?*//, ]iar A. Paulin Paris. [Sif), t Yll, 



— 1GG — 

la très-grande foison de daims qui y élaiunt ren- 
fermés (1). 

En 1581 , lorsque le duc d'Alençon réunissait ses 
partisans pour aller prendre possession des Pays-Bas, 
Rosny, ayant rassemblé avec la plus grande diligence 
ses amis et ses vassaux , les conduisit au duc , qui se 
tenait alors au château de Fère en Tardenois, « oii 
chacun estrilla bien les daims du parc (2). » 

Les daims blancs du parc de Chantilly ont été 
chantés par le poëte Théophile Viaud, qui voit en eux 
les amants rebutés par la belle duchesse de Montmo- 
rency (3) et métamorphosés par Diane. 

Sous Louis XIV et Louis XV, il y avait des daims 
au bois de Boulogne , où ils étaient fréquemment 
chassés par le Roi et les princes. Il s'en trouvait aussi 
dans la foret de 3Iarly (4) et à Chantilly. 

Le chevalier de Fleming dit que de son temps les 
daims étaient assez communs en France, en Angle- 
terre et en Suisse, et rares en Allemagne (5). 

La chair du daim, aujourd'hui préférée à bon droit 
à celle du cerf, n'était pas jugée supérieure pendant 



(1) Voir i>1uï; liaul. 

CJ) OEconomies royales rt poiilUjucs, t. I. 

(3) Marie-Fûlice Orsini, foinme de rinfortuiié nKiréchal, décaiùté en 
1632. — EUo mourut elle-môme en 16G6. 

(4) Voir les Mémoires de Dangeau, de Saint-Simon et do Luynes. — 
Louis XIV fit un Jour lâcher 150 daims dans la forêt de Marly. D'au- 
tres l'ois il en faisait retirer de la même forêt pour mettre au bois de 
Bouloj,'ne et ailleurs. (Dangeau.) Louis XV, en 1745, lit aussi sortir des 
cerfs et daims de Marly par une l)rèehi' pratiquée dans le mur jiour 
les faire passer dans les liois (pii entourent Versailles. (Luynes.) 

(5) Drr Tnilsrhr J.Tfin-. 17!!). 



— 167 — 
le moyen âge. Cependant on en laisail grand cas (1). 
Ses bois et sa pean étaient employés aux mêmes 
usages que les bois et la peau du cerf. Son sang, bu 
tout chaud , passait pour apaiser les vertiges, son fiel 
était détersif et propre à emporter les cataractes, et 
son foie élait considéré comme souverain pour arrêter 
le cours de ventre (2). 

Le plus gracieux animal du genre cerf, le chevreuil, lc chevreuil. 
se trouvait autrefois dans toutes les forêts de France, 
du Rhin aux Pyrénées (3). L'espèce a été détruite 
dans tout le midi de la France, excepté dans quelques 
forêts de la haute Auvergne et des Pyrénées (4). Elle 
est sans variété dans nos climats, sauf quelques indi- 
vidus atteints d'albinisme (5). En Allemagne, outre 
ces chevreuils blancs, il y en a, dit-on, de noirs et de 
mouchetés (6). 

Les nôtres ont tous le pelage d'un roux vif en été 
et d'un gris brun en hiver. La large tache blanche 
qu'on appelle le mouchoir ou la ivse n'apparaît sur 
leur croupe que dans cette dernière saison (7). Le 



(1) « On tient que sa chair est nourrissante, qu'elle fait un bon suc, 
qu'elle est propre pour la paralysie et pour appaiser les douleurs de la 
colique. » {Dictionnaire de Trévoux, v" Daim.) 

(2) Ibid. 

(3) On a trouvé des os de chevreuil parmi les débris de Idgc de la 
pierre dans les tourbières de la Somme, les lacs de Suisse, etc. 

(4) Et dans une des îles d'Hyères, l'île du Levant. 

(5) On conservait naguère au château de Voisin, près Rambouillet, 
un chevreuil empaillé tout hlanc, qui y avait été envoyé de Cham- 
pagne. 

(6) Buffon. 

(7) Presque tous les auteurs parlent de chevreuils bruns et de cho- 
Trcuils roux. ïons paraîtra so ilouter quo ros animaux fhanpenl tous 



— 108 — 

chevreuil n'a pas de queue apparente (I) ; les bois du 
mâle, sauf quelques cas exceptionnels, ne portent 
guère au delà de quatre andouillers. 

Le vieux chevreuil se dislingue seulement du jeune 
parce qu'il a les meules près du têt grosses et larges, 
la piernire grosse, les gouttières creuses, les perhires 
grosses et détachées, le merrain gros, et l'enipaumure 
renversée. 

La chair du chevreuil a de tout temps été très- 
recherchée, surtout celle du chevreuil de Bourgogne, 
qui a laissé son nom à une vieille fanfare. Leverrier 
de la Conterie dit qu'on appelle le chevreuil la perdrix 
des bois, parce que sa chair est bonne et délicate, sur- 
tout celle de la chevrette et des jeunes animaux de 
12 à 18 mois. Celle des faons est mollasse. 

§ 3. LES BÈTES NOIRES. 

u saii-iier. Lo classc des bêtes noires comprenait, sous les Rois 
Francs, le bison, Vurus et l'ours; depuis longtemps 
elle a pour unique représentant le sanglier, encore 
assez commun aujourd'hui dans nos grandes forêts 
du nord, de l'est et de l'ouest. Dans le midi de la 
France, il est devenu beaucoup plus rare (2). 



do pelage à l'automne. On a même ajouté, dans quelques ouvrages, 
que les chevreuils bruns avaient, comme signe distinclif, une marqur 
lildiif/ir (tu fJerrih'C'. Il est étonnant de trouver celte crreui' (laii> 
HiiUbu, qui possédait tant de clievreiiiis dans ses bois. 

(1) M. lecomle Le Coutculx a tué dans la Ibrél (!>' Lyoïis un riic\ leini 
dont la fjueue avait environ O^.IOde longueur. 

{'i) t< Il e.xiste des sangliers imi noiujin l'oit ron>id(''r;dilc clJ^ll^ toul 



— IG9 — 

. A pari quelques diiïérences individuelles de, 
nuance (l), l'espèce est partout la tneme, et sans va- 
riétés (2). Tonl le inonde connaît ses soies rudes et 
noirâtres, son boutoir formidable, et ses terribles 
défenses. « Le sanglier, dit un vieil adage de vénerie, 
est le seul des animaux qui, d'un coup, donne la 
mort. » Ses atteintes étaient cependant considérées 
comme moins dangereuses que celles des andouillers 
du cerf, témoin cet autre proverbe, connu dès le 
xiv" siècle : 

Pour le sanglier faut le micre (3) 
Mais pour le cerf convient la bière (4). 

Les Gaulois et les Germains faisaient un cas tout 



le noyau des montagnes de l'Esterel (Var); ils passent même quel- 
quefois à la nage les 4 lieues de mer qui les séparent de l'ile du Le- 
vant, fait dont j'ai pu m'assurer à Hyères. Au-dessus de l'abbaye de la 
Garde-Fresnet, on en tue souvent cinq ou six dans une traque. » (Note 
communiquée par M. le comte Le Gouteulx.) 

(1) Par exemple, des sangliers d'un gris fauve assez clair. — En 1787 
on tua, près de Cognac, un sanglier d'une grosseur extraordinaire. Sa 
hure était extrêmement longue, son groin très-pointu. Il avait les 
soies du corps blanches, celles de la tète d'une couleur fauve, le col 
marqué par une bande noire en forme de cravate. (Journal de Sain- 
tonge, avril 1787, cité par Buffon.) 

(2) On a retrouvé dans les tourbières les ossements tl'une très-petite 
espèce de sanglier. Peut-être appartenaient-ils aux porcs domesti(iues 
amenés dans les Gaules par les tribus primitives. Un article très-cu- 
rieux du Magasin piUoresque (18G1) tend à prouver qu'il a existé en 
Grèce une espèce distincte du sanglier ordinaire, à la([uelle aurait ap- 
partenu le fameux sanglier d'Erymanthe. 

(3) Mire, chirurgien. 

(4) Trésor de Vaiierie. — « C'est une orgueilleuse et fière beste cl 
])érilleuse; quar j'en ay veu aucune fois moult de maulx advenir. Et 
l'ay veu férir homme dès le genoill justiue aupiz (poitrine) tout fendre 
et ruer tout mort à un cop sans parler à homme cl moy UKMsmes a 
il a porté moult de Ibis à tprre moy et mon coursier, et mort le cour- 
sier. " ^Gaston rhœbus.'i 



— 170 — 

parliculier du sanglier, dont ils mangeaient la cliair 
avec délices, et dont la chasse leur plaisait singulière- 
ment, à cause des périls dont elle est souvent en- 
tourée. Les premiers rendaient une sorte de culte à 
cet animal intrépide, et sa figure ornait leurs en- 
seignes de guerre. Les autres adoraient également 
le sanglier de Freya, et en portaient l'image sur le 
cimier de leurs casques jl). 

Le goût de la chasse au sanglier ne s'éteignit point 
pendant le moyen âge. On disait alors, pour louer un 
chef de guerre, qu'il avait défense de sanglier, pour- 
suite de lévrier, et fuite de loup, et l'on vit au 
xv* siècle le farouche Guillaume de la Mark se glori- 
fier du surnom de Sanglier des Aï'derines. 

§ 4. LES RONGEURS : LE LIÈVRE, LE LAPIN, l'ÉGUREUIL. 

Le lièvre. Lièvre suis, de petite stature, 

Donnant plaisir aux nobles et gentils 
D'estro léger et viste de nature, 
Sur toute beste on me donne le prix. 

C'est en ces termes que Jacques du Fouilloux fait 
parler ce rongeur intéressant, qui, depuis l'époque 
gauloise, est en effet, de tous nos animaux de chasse, 
celui qui a donné le plus de divertissement à nos 
chasseurs, gentils ou non. 

L'espèce du lièvre ne présente, en France, que de 
très-légères variétés, sauf h; lièvre blanc, dont nous 



(\] ]]o\\\\{, Amlriil iiiivs nnil urninur. I 



— I /l — 

avons parlé préccdemmenl, et (|ui esl (oui à lait dis- 
tincl. Les chasseurs savent reconnaître les lièvres de 
bois, plus gros et de couleur plus foncée, des lièvres 
de plaine, dont la chair est aussi réputée moins 
bonne, et des lièvres de marais, moins viles, moins 
velus, et reconnus à peine mangeables (l). 

On prend quelquefois des lièvres dont les dents, 
devenues excessivement longues, sortent de la bouche. 
Les anciens auteurs affirment qu'il en a été vu plu- 
sieurs fois portant des cornes (2) ; mais ce fait est 
nié par les naturalistes modernes. 

L'imagination féconde des anciens avait doué le 
lièvre de mille propriétés merveilleuses. 11 était her- 
maphrodite, et l'on peut encore lire, dans des traités 
écrits au wuf siècle, que le mâle engendre dans son 
propre corps {'^], et met au monde un levraut, mais 
jamais plus. 

« Les propriétés du lièvre se rencontrent beaucoup 
plus au goût qu'à la santé, » dit Salnove; cependant, 
cet auteur et du Fouilloux signalent sa cervelle, son 
sang, et la cendre de son poil, comme spécifiques en 
certaines maladies [i). Son pied de devant est 
propre pour ceux qui sont sujets à la coUque. Si c'est 



(1) Leverrier de-, ia Gonterie. — Magné de Marolles. 

(2) Un de ces lièvres cornus a été dessiné par Ridinger. 

(3) Gaffet de la Briffardière. 

(4) Simon de Bullandre, dans son singulier poinno du lièvre, tout l'ii 
déclarant n'approuver en rien celte erreur ancienne (jae le musle en- 
gendroit (en iui-mème) ne consacre pas moins df ~1 vers aux iw'r- 
vf'illeuses ]>rn])riété^ de l'aniniul pirii-fniirrr. 



— 172 — 
le pied droit, il faut le porter à droite, et à gauche, si 
c'est le pied gauche (1). 

Le lièvre jouait et joue encore un rôle considérable 
dans les contes de sorcellerie, autrefois si répandus 
dans nos campagnes. Les sorcières revêlaient sa 
forme (2) et, ainsi métamorphosées, s'amusaient à 
jouer mille tours aux chasseurs et à leurs chiens. Le 
père René Binet, dans son livre des Merveilles de 
nature, nous a raconté, d'une manière fort réjouis- 
sante, la gracieuse histoire d'un de ces lièvres 
charmés. 

Le plus brave chasseur de toute la noblesse de Lan- 
guedoc, monté comme un saint George, et bien assisté, 
est allé courre le lièvre avec demi douzaine de 
lévriers excellents. La béte est lancée, les chiens lui 
soufflent au poil; tout à coup, les rôles changent, le 
lièvre tourne tête, les lévriers s'enfuient devant lui., 
« Quel plaisir de voir six lévriers fuir de peur d'un 
lièvre 1 » Aux cris des piqueurs « Hare, lévriers, hare 
lévriers! » les chiens, se souvenant d'être chiens, font 
volte-face, et mon lièvre de rechef à grands coups de 
talon. Mais voilà l'animal endiablé qui s'arrête, et les 
chiens qui l'environnent sans pouvoir le prendre « le 
voici à la teste de tous six, le voilà à la queue, le voilà 
au milieu, il se glisse parmi les jambes, il vole pac- 



(1) « C'est ce ([lie j'ay veu expérimeiiler à un {^onlilliomiiie de con- 
dition et cela sans tirer à conséquence ny blesser nostn- ri'lii:ion ca- 
tholique, apostolique et romaine. » (Salnovc."! 

(2) Surtout celle des lièvres blancs. On croit encore, dans ([uelques 
départements de l'ouest, (pTou reconnaît ces iiévrrs charmés, parce 
ipii' hMii' chnit III' n'iid l'as de siint:- snus le coiitenii. 



— 17;^ — 
dessus leurs lestes. Les chiens, sautant et enrageant, 
se choquent leste contre leste, la gueule béante, au lieu 
de mordre le lièvre, ils s'entrelardent et s'entreluent 
les uns aux autres. Le valet de chiens se lue de crier, 
le gentilhomme meurt de rire, le lièvre meurt de 
peur, les chiens meurent de rage, tous y meurent de 
quelque chose. » Après avoir poursuivi quelque temps 
ces exercices, le lièvre disparaît tout d'un coup, 
comme si le diable l'emportait, et missi fait-il (I). 

Le lapin, connil, ou connin, originaire d'Espagne Leiapin. 
suivant quelques auteurs, s'est prodigieusement multi- 
plié en France à une époque inconnue (2). C'est le seul 
gibier qui, par sa fécondité et la facilité qu'il trouve à se 
nourrir partout, ait réussi à se maintenir en assez 
grand nombre sur tous les points de notre terri- 
toire (3) où la nécessité de protéger les cultures contre 
sa voracité n'oblige pas à le détruire. Aux temps 
passés, les seigneurs entretenaient des quantités im- 
menses de lapins dans leurs garennes, pour tirer 
parti de leur chair, alors plus estimée que celle du 
lièvre (4). 

Il n'y a qu'une seule espèce de lapins sauvages en 



(1) Essay des merveilles de nature el plus nobles artipees, jiar Reiiù 
François (Binet), prédicateur du Roy. Rouen, 16ÎG. 

(2) On trouve reproduite partout cette histoire merveilleuse des 
remparts de Tarragone minés par les lapins, et des habitants de l'île 
d'Iviça obligés d'appeler une légion romaine à leur secours contre 
les méfaits do Jeannot Lapin et de ses frères. 

(3) Il n'y a pas de lapins dans nos grandes chaînes de montagnes 
ni dans les forêts d'Alsace. 

(4) Quiqueran de Beaujeu rapporte qu'un gentilhomme provençal, 
avec quelques vassaux et trois chiens, juil, en un jour GOO lapins. Dans 



— 17i — 

France. I.es l;ipins domestiques de couleurs diverses, 
qu'on lâche dans les garennes, ne tardent pas à se 
confondre avec les autres, et leur progéniture devient 
toute semblable à ceux-ci (1). Au xvu' siècle, les 
lapins de la Roche-Cuyon et de Versines jouissaient 
chez les gastronomes d'une réputation parlicu- 
lière (2). 
Lvcureuii. Tous Ics bois qui produisent en abondance des 
noisettes, des faînes ou des pommes de pin servent 
d'asile à de nombreuses populations d'écureuils. Dans 
les Vosges, les Alpes et les Pyrénées, outre l'espèce 
rousse ordinaire, on trouve des écureuils presque 
noirs, et d'autres dont le pelage brun est piqueté de 
fauve (sciunis alpinus.) 

On n'a jamais fait de chasse sérieuse à l'écureuil, 
quoique sa chair soit mangeable, et que sa peau ait 
servi à faire des fourrures (3). Les enfants de la bour- 
geoisie de Saint-Omer avaient, au xi® siècle, le privi- 
lège de chasser l'écureuil avec des arcs et des flèches, 
et le Roy Modus enseigne la manière de le prendre au 
filet, pour le punir des petits dégâts qu'il commet 
dans les plantations. Les autres théreulicographes 



les îles voisines d'Arles, ajoute-t-il, un chasseur est mécontent s'il n'en 
prend une centaine dans sa journée. 

(1) Certains lapins blancs à oreilles et museau noirs, dits à tort 
lapins de garenne de Russie, ont produit des petits à pelage noir. La 
seconde génération a été grise. 

(2) Vie de Saml-Evremoni, par Desmaiseaux. 

(3) On donnait à l'écureuil ordinaire le nom de gris-rongc, pour le 
distinguer du pelil-gris. — « Escurieux soient escorchiés, effondrés, 
reffais comme connins, rostis ou en pasté, mcngiés à la cameline ou 
à lii sausse de liallelimus en i^asté, « {.Mnnif/icr dr Paris, t. II.) 



— 175 — 

n'uni pas daigné s'en occuper. Magné de Marolles se 
borne à décrire ses habiludes en quelqnes lignes. Il y 
ajoute deux ou trois mots sur le loir, qu'on mangeait 
avec délices en Italie, et qui n'a jamais été chassé en 
France. 

§ 5. GRANDS ET MOYENS CARNASSIERS : LE LOUP, LE RENARD, LE 
DLAIREAU, LE CHAT SAUVAGE. 

Le loup est le seul carnassier réellement dangereux Le i 
qui existe en France. Naturellement moins commun 
et moins malfaisant que dans les siècles passés, il ha- 
bile encore partout oii il Irouve des bois assez sauvages 
et assez épais pour lui donner un asile sûr. 

Les anciens chasseurs croyaient reconnaître deux 
races distinctes de loups: les loups mâtins, grands et 
épais, attaquant les plus gros bestiaux, chevaux, bœufs 
et vaches (1), et les loups lévriers, bien harpes et cstri- 
quéSy qui vivaient de bêtes fauves (2). Quelques-uns 
admettaient même une troisième race de loups plus 
petits, vivant uniquement de menu bélaii et de cha- 
rognes (3). 



(1) Les uns sont longs et grands, connint de violence 
Harpez comme leuriers, d'autres sont plus petits 
Et plus chargez de poil qui tiennent du mestis 

Et autres plus goussauts d'une alleure grossière. 
Comme d'autres ils n'ont la course si légère 
A lus semblent des mastins : ils sont tost attrapez, 
Par nos vistes leuriers aux accours pratiquez. 

{La chasse du loup, par Habert.) 

(2) Les paysans donnent à ces lou])S le nom de loups rhrvalins ou 
loîips à chevaux. 

(3) Salnovc, — Levenier de la Conlerie. 



011 p. 



— I7G — 

Il s(i rencontre aussi de temps en temps des loups 
dilïéranl de la race commune par les teintes de leur 
pelage. Il y en a de jaunâtres, de gris clair et même, 
fort rarement, de blancs, dont l'apparition ne manque 
pas de produire un étonnement constaté par le vieux 
proverbe : « connu comme le loup blanc (1). » La 
variété noire (canis lycaon), qui habite le nord de 
l'Europe, se montre accidentellement sur divers points 
de notre territoire, surtout dans les Pyrénées. Au 
xvnr siècle, une bande de loups noirs fit de grands 
ravages en Normandie, et fut enfin exterminée par le 
fameux louvetier d'Enneval (2). De Liste de Moncel 
tua des loups tout noirs près de Verdun en 1760 (3). 
Georges Cuvier dit en avoir vu quatre pris ou tués en 
France, et la ménagerie en a possédé quelques-uns, 
amenés le plus souvent des Pyrénées. Presque tou- 
jours on a reconnu que ceux-ci provenaient d'un 
ancien croisement avec le chien domestique, quoi- 
qu'ils passent pour plus sauvages et plus féroces que 
les loups ordinaires. 

Quant aux loups-garous (4), sur lesquels nos aïeux 



(1) Une louve blanche, prise vivante dans la l'orèt de Fontainebleau 
et envoyée à la ménagerie, a été dessinée dans Yllhislration du !«' fé- 
vrier 18-^5. — M. le comte de Le Coulteux a tué, il y a quelques an- 
nées, un loup d'un blanc jaunâtre, sauf une bande grisâtre le long de 
l'échiné. (Voir son Trailé de la chasse du loup.) 

(2) Leverrier de la Conterie. — Méthodes et projets pour parvenir à 
la destruction des loiqjs, par M. de Lisle de Moncel. Paris, 17G8. 

(3) Ibidem. — M. de Moncel tua, à la même époque, une louve presque 
blanche, avec douze ou quinze raies en lonp- sui- les deux flancs et les 
oreilles marquées de taches blanches. 

(4) Ce nom de loups ijarous ou warous, en Champagne warloitps, 
vient du mot germanique »v/ r, homme, w/rr-wolf, homme-loup. On a 



— 177 — 

ont fait lont île coules merveilleux, ce sont, comme le 
dit Gaston Phœbiis, des loups qui sont si encharnés 
aux hommes, qu'ils ne veulent plus manger d'autre 
chair. 

Les anciens n'ont pas manqué d'attribuer au loup 
toutes sortes de propriétés merveilleuses. Ils croyaient 
qu'un homme, vu par le loup avant de l'apercevoir lui- 
même, perdait aussitôt la voix (1). Dans les rognons 
des vieux loups s'engendraient des serpents qui, quel- 
quefois, causaient leur mort, et, s'échappant ensuite 
du corps, devenaient fort dangereux (2). 

Un accoutrement, fait avec la laine d'un mouton 
tué par le loup, conservait je ne sais quoi de ce veni- 
meux accident du loup, et était fort sujet à vermine (3). 

Il fallait bien se garder de garnir un luth de cordes 
faites de boyaux de loup, entremêlées de cordes en 
boyaux de mouton, ou de tendre sur un côté d'un 
tambour une peau de loup, et une peau de mouton 
sur l'autre, la dépouille du loup détruisait celle de sa 
défunte victime (4). 

Les méfaits du loup étaient, jusqu'à un certain 



cru, jusqu'au xvi' siècle , que ces loups étaient des sorciers qui pre- 
naient la forme de la bête féroce pour dévorer les passants. Marie de 
France, femme poëte du xii'= siècle, a raconté en vers l'histoire d'un 
loup-garou breton ou bisclavarel. Mais celui-là était un chevalier changé 
en loup bien malgré lui. 

(1) Cette fable remonte aux Romains; on la retrouve dans les Églo- 
f/nes de Virgile, dans Pline et dans Saint-Ambroise. (Voir Blaze, Chas- 
seur au chien courant, t. II.) 

(2) Habert. 

(3) La Chasse du loup, par Jean de Glamorgan, seigneur de Saane, 
premier capitaine de la marine du Ponant. Paris, 157G. 

(4) Glamorgan. — La Golombière. 

11. 12 



— 178 — 

point, contre-balancés par ses vertus médicinales. Son 
dextre pied de devant était salutaire pour le mal des 
mamelles et les bosses qui viennent aux pourceaux; sa 
tète, attachée aux portes des maisons, garantissait de 
tous charmes et empoisonnements. Ses excréments 
guérissaient le mal d'yeux, et son foie, la toux chro- 
nique. Si une femme en travail d'enfant mangeait 
de la chair de loup, cela lui donnait bien grand allé- 
(jement (1). 

. . . .J'en passe, et des meilleurs! 

Le sceptique xvnf siècle n'était pas, lui-même, 
exempt de ces croyances baroques (2). 

A part ces vertus fantastiques, le loup n'a guère 
d'autre utilité réelle que celle que peut otTrir sa four- 
rure, chaude, quoique grossière, et ses dents, qui 
servent aux doreurs, et dont on fait des hochets pour 
les enfants ; encore les peaux de loup ont-elles perdu, 
de nos jours, la propriété que Clamorgan attribue aux 
lùuvières (3), fort à la mode de son temps, savoir : de 
préserver de toute espèce d'insectes, qui fuyent le poil 
de loup comme le feu, et les dents de loup, liées sur 
l'enfant au maillot, ne l'aident plus à faire plus tôt 
venir ses dents, et avec moindre douleur. 
u rcnarii. L'cspècc du Tcuard, encore trop commune dans 
toute la France, présente diverses variétés, qui n'ont 
d'autre difterence entre elles que la teinte de leur 



(I) Clamorgan. — La Colonihièro. 
(5) Lovorrier de la Conteric 
(3) Pelisses de peau de loup 



— 170 — 

pelage. On appelle charbonniers des renards ayant 
beaucoup de poils noirs. Le renard noble des Suisses, 
dont la fourrure est presque entièrement composée 
de poils cendrés et noirâtres, existe dans nos Pyrénées; 
on trouve aussi, çà et là, quelques individus marqués 
d'une raie noire sur l'échiné, et d'une autre raie 
transversale sur les épaules. On les appelle renards 
croisés. 

L'instinct subtil du renard, très-exagéré par les 
anciens, en fait le héros de maintes fables, depuis 
Esope et Phèdre, jusqu'aux bestiaires du moyen- 
âge (1). 

En France, ces fables, réunies et groupées, ont 
donné naissance au Roman du Renard, dont les nom- 
breuses brandies ont fait, pendant deux siècles, les 
délices de nos ancêtres, et qui a été traduit dans 
toutes les langues de l'Europe. Dans ce cycle sati- 
rique, le héros à longue queue, représentant la finesse 
et l'astuce, lutte avec succès contre la force brutale 
de l'ours, messire Brun, et d'Isengrin le loup. C'est <\ 
ce roman que doit son nom actuel le vulpcs des Latins, 
que nos aïeux nommaient auparavant ivorpix ou 
çjoupil. Renard est son nom propre, comme Iscngrin 
est celui du loup, Thibert celui du chat, etc. 

N'en déplaise à nos bons voisins et alliés d'outre- 



(1) (' Rcgnard de sa nature et condicion est décfîvant, plein de ma- 
lices, engingneur, convoitcux, rapineux, parfait en toute? mauvaisetez ; 
Regnard a par tout le monde traisné sa queue. Ses condicions ont esté 
et sont si i)laisans au monde, ([ue le plus de gens usent de sa doc- 
trine. » (Le Ftoj/ Mudus.'j 



— 180 — 

Manche (1), le renard a toujours été rangé, chez 
nous, parmi ces mauvaises bêles dont on cherchait à 
se déljarrasser par tous les moyens possibles; car, dit 
BufTon, le loup nuit plus au paysan, le renard nuit 
plus au gentilhomme. Ses déprédations dans les ga- 
rennes , ses chasses nocturnes aux lièvres et aux 
lapins, la destruction qu'il fait des œufs de perdrix, 
de faisans et de cailles, rendent son voisinage des plus 
incommodes pour un chasseur. 

Aussi, M. le Prince joua-t-il un vilain tour à 
M. Rose, secrétaire du Cabinet, lorsque, pour se 
venger du refus qu'il faisait de lui vendre sa terre 
voisine de Chantilly, le fils du grand Condé fil jeler 
par-dessus le mur de son parc trois ou quatre dou- 
zaines de renards vivants. Rose, justement outré, alla 
demander à Louis XIV s il y avait, en France, un autre 
Roi que lui. Le Roi, s'élant fait expliquer l'affaire, se 
fâcha sérieusement, et ordonna à M. le Prince de faire 
reprendre tous ses renards, et de respecter désormais 
les propriétés de M. Rose (2). 
Le miircau, Nous éprouvcrious un certain scrupule à classer 
parmi les carnassiers l'animal que nous nommons 
blaireau et qu'on nommait autrefois taisson, bédouault 
et grisard, si le goût prononcé que lui attribue du Fouil- 
loux pour la chair du cochon de lait, et ses attentats 



(1) Eux-mêmes n'ont guère commencé ù en faire cas comme bète de 
chasse qu'au xviii° siècle. Tuisy, dans son Art de Vénerie , le traite 
sans façon de vermine. On voit, dans Vllisloire cVAnglelerre de Mac- 
Anlay, qu'en 1685 le renard n'était considéré que comme une béte 
nuisible, qu'on détruisait par tons les moyens. 

C?) Notes de Saint-Simon sur Dang'Nui, t. I. 



— 181 — 

journaliers, non-sciileraentcoiilre les rabouillères des 
lapins, mais contre les nids des perdrix el des poules 
faisanes, ne nous autorisaient suffisamment à lui ap- 
pliquer cette épilliète mal sonnante. La véritable place 
du blaireau serait plutôt avec l'ours dont il partage 
les habitudes solitaires et les goûts le plus souvent 
frugivores (l ). 

La chair du blaireau passe pour être mangeable (2), 
et la graisse dont elle est chargée a toujours été con- 
sidérée comme douée de propriétés admirables. 

Les Germains se faisaient des souliers avec la peau 
du blaireau. Au moyen âge on s'en servait encore 
pour le môme usage, et l'on disait qu'un enfant dont 
les premières chaussures avaient été de pcl de taisson 
guérissait, en les montant, les chevaux malades du 
farcin (3). 

On en faisait aussi des casques pour l'infonterie et 
des carcas ou carquois pour renfermer les traits d'ar- 
balète (4). 

Les anciens chasseurs croyaient à l'existence de 
deux variétés dans l'espèce du blaireau : les porcJiins 
et les chenms, ainsi nommés selon que leur museau 



(1) Dans la méthode linnéenne , le blaireau (ursiis. mêles) est classé 
parmi les ours. 

(2) Quiqueran de Beaujeu raconte qu'ayant fait mettre un blaireau 
en pâté, il fut trouvé, si exquis, que cet animal, auparavant dédaigné 
en Provence, y était devenu le gibier qu'on chassait avec le plus d'ar- 
deur. 

(3) Gaston Phœbus. — « .Je ne raffeime mie, « ajoute naïvement le 
comte de Foi.x. 

(i) Du Fouilloux. 



sauvage. 



— 182 — 

resseiiibluit davan(age à celui d'un chien ou au groin 
d'un pourceau. Buffon dit n'avoir jamais pu décou- 
vrir la différence. Magné de Marolles resle dans le 
doute sur les récits que lui avaient faits des paysans 
percherons, dont le métier était de chasser les blai- 
reaux pendant les longues nuits d'hiver avec des mâ- 
tins et des fourches de fer, et qui affirmaient con- 
naître des laissons à museau plus ou moins court, à 
poils plus ou moins blanchàlres (1). 
b- tiMi Le chat sauvage, anciennement dit chat harret, se 

distingue de nos chats domestiques, dont il est l'aïeul, 
par sa taille, la grosseur de sa queue, la couleur con- 
stamment noire de ses lèvres et de la plante de ses 
pieds (2). 

Infiniment plus nombreux au temps où les forêts 
couvraient la plus grande partie du territoire, les chats 
harrets étaient souvent chassés par les gens de moyen 
état y comme bourgeois et moines, à qui les sei- 
gneurs abandonnaient volontiers ce passe - temps. 
Cette chasse se faisait habituellement avec des lé- 



(1) Boitard admet deux espèces différentes, (luoiquc très-voisines : 
le blaireau et le taisson. M. Edmond Le Masson, autorité très-compé- 
tente en telle matière, n'admet qu'une seule espèce de blaireaux com- 
mune à toute l'Europe et offrant à peine quelques légères différences 
de pelage et de volume. (Voir son livre sur la Chasse du blaireau cl 
du renard.) 

(2) « On vient d'aitporter au cabinet d'histoire natiu-elle un très-beau 
chat sauvage tué dans les forêts des environs de Paris. Sa longueur, 
mesurée depuis le bout du museau .iusipi'à la naissance de la queue, 
est de 22 pouces, celle de la queue est de 10 jjouces. 11 en a 14 à 15 de 
hauteur. Son pelage est d'un gris-brun assez semblable à la couleur 
du lièvre. Une espèce de bande noire règne le long du dos, la ipieuc 
est très-velue et elle a quelques anneaux noirs. " Sonnini, noie insérée 
dan? Vllisloirr nalurell( do Buffon, nr(. Unit. 



— 183 — 

vi'iers (1) qui l'orçaicnl prompleuieiiL le preneur de 
souris (murilecjus) (2) ù grimper sur un arbre, d'où ou 
l'abattait avec l'arc ou l'arbalète (3). 

Plus tard, on se servit de l'arquebuse, puis du 
fusil. Lorsqu'il est suivi par les chiens, le cliat se fait 
battre et rebaltre dans les fourrés comme un renard. 
Serré de trop près, s'il ne trouve pas d'arbre à sa por- 
tée, il fait tète aux chiens, leur oppose une vigoureuse 
résistance et saute même sur le chasseur. S'il peut 
atteindre un arbre, il s'élance sur une grosse branche 
basse, s'y couche à plat et regarde fort tranquillement 
passer la meute sans autrement s'en mettre en peine (4). 

L'espèce du chat sauvage était devenue rare en France 
au xviu' siècle, et l'on ne le chassait plus que par ha- 
sard. « Dans certaines conirées, dit Magné de Marolles, 
an les connaît à peine. Il s'en trouve quelques-uns 
dans les forêts du Berry (5), de l'Auvergne et de la 
Bourgogne (G) ; mais les provinces qui en fournissent 



(1) Levrerii ad leporem, et vulpem et catum et texon. — Ducang., 
G.loss., v° Levrerii. 

(2) Miirilegits, caliis vcl cala, quia legil, id est colliijit mures. Ibid., 
v Murilegiis. 

(3) Il n'était pas toujours permis de se servir de ces armes de jet. 
On voit, dans un passage cité par Ducange, que les procureurs d'un 
certain couvent sont autorisés à chasser dans leurs bois le lièvre, le 
renard et le murilegus sans rets et sans arcs. (Ibid.) 

(4) Boilard, Jardin des Plantes. — Tschudi. — En Allemagne, au 
xviii* siècle, on lançait le chat sauvage avec des bassets et on le faisait 
coiffer par des chiens de force. (Voir Ridinger.) 

(5) J'ai vu tuer un chat sauvage devant les chiens courants, il y a 
une vingtaine d'années, dans les bois de Lamotte-Beuvron ( Loir-et- 
Cher). 

(6) Boitard dit en avoir tué autrefois plusieurs dans les montagnes 
qui séparent le cours de la Loire de celui du Rhône et de la Saône ; 
'< aujourd'hui, ajoute-t-il, il est devenu extrêmement rare, et dans 



— 184 — 

le plus sonl le Languedoc et la Guienne, dans les 
parties voisines des Pyrénées, le Béarn, la Bigorre et 
autres contrées limitrophes de l'Espagne, où ils sont 
beaucoup plus communs qu'en France. ». 



§ 6. LES MUSTÉLIENS : LA MARTE, LA FOUINE, LE PUTOIS, l'HERMINE, 
LA DELETTE. 



Les petits carnassiers que Linné a groupés dans son 
genre mustela présentent entre eux une parfaite res- 
semblance de formes extérieures et d'habitudes, et ne 
diffèrent que par la taille et le pelage. 

Tous ces animaux ont le corps long et souple, les 
pattes courtes, la tête petite et le museau effilé. 

Tous exhalent une odeur forte qui leur a valu le 
nom expressif de bêtes puantes. La marte et la fouine 
sentent le faux musc. Le putois, l'hermine et la be- 
lette sentent l'ail. 

Ils sont tous singulièrement malfaisants et sangui- 
naires, et font grand tort au gibier et aux volailles des 
basses-cours. 

Les dégâts qu'ils commettent ne sont que fort im- 
parfaitement compensés par la guerre incessante qu'ils 
font aux rats, aux souris et aux mulots. Les mus- 
léliens sont très-courageux et se battent jusqu'à la 
mort contre des animaux beaucoup plus forts qu'eux. 
On a vu souvent des belettes se laisser emporter par 



((uelques années on ne l'y trouvera plus. « On on lue enrorc abscz 
souvent en Bourbonnais. 



— 185 — 

un lièvre dix fois plus gros qu'elles et lui sucer le 
sang jusqu'à ce qu'il tombe, ou se défendre avec suc- 
cès contre un chien de chasse. 

La marte est la plus grande espèce du genre dans i > mane. 
notre pays(l); elle se distingue encore de la fouine 
et du putois par la finesse de son poil et par la marque 
jaune qu'elle a sous la gorge. 

Les martes n'ont jamais été très-abondantes en 
France (1). « Nous en avons quelques-unes dans nos 
bois de Bourgogne, dit Bufïon. Il s'en trouve aussi 
dans la forêt de Fontainebleau, mais, en général, elles 
sont aussi rares que la fouine y est commune (3). » 

« Elle diffère encore de la fouine, dit le grand écri- 
vain, par la manière dont elle se fait chasser. Dès que 
la fouine se sent poursuivie par un chien , elle se 
soustrait en gagnant promptement son grenier et son 
trou. La marte, au contraire, se fait suivre assez long- 
temps par les chiens avant de grimper sur un arbre. 
Elle ne se donne pas la peine de monter jusqu'au- 
dessus des branches; elle se tient sur la tige et les 
regarde passer (4). » 

Ces chasses n'ont lieu que par hasard, la marte 



(1) La longueur est de 0™,49 sans la queue. 

(2) Sauf en Nivernais, où il y en a encore beaucoup. 

(3) « J'en ai tué plusieurs dans les montagnps qui séparent la Saône 
et la Loire. » (Boitard, Jardin des Plaides. ) — 11 y en a aussi dans la 
forêt de Lyons (Eure). 

(4) Ces détails, qui sont probabliuiient lo résultat îles observations 
faites par Buffon lui-même pendant ses chasses, sont conlirmésdc tout 
point par Boitaid et Tschudi. 



— 186 — 

étant trop rare dans nos bois pour être l'objet de 
chasses régulières (1). 

La fouine s'approche des habitations beaucoup 
plus que la marte, qui ne se tient qu'au fond des 
grandes forets; elle ne craint même pas de fixer son 
domicile dans les granges et les greniers ; c'est un 
fort mauvais voisinage, et celte bête sanguinaire est 
capable de tuer en une nuit toutes les volailles d'une 
basse -cour. 

La fouine. La foulue cst uu peu plus petite que la marte (2). 
Sa gorge est blanche et son pelage moins fin et de cou- 
leur moins foncée. Ou rencontre cette bête nuisible à 
peu près partout. 

Leputois. Le putois, de même taille que la fouine , a le poil 
noir sur les membres, et des marques blanches au 
front et sur les côtés du museau. Il exhale une odeur 
infecte. Ses habitudes sont les mêmes que celles de 
la fouine. S'il pénètre dans un poulailler ou dans un 
pigeonnier, il ne le quitte pas avant d'avoir coupé la 
tête à tous les habitants, qu'il transporte ensuite dans 
sa tanière. 

La beicue. La belclte, le plus petit des mustélicns, hante aussi 
les greniers et les granges, et fait des dégâts dans les 
basses-cours, soit en tuant les jeunes poulets, soit en 
dérobant les œufs. Malgré l'exiguïté de sa taille, la 
belette montre une audace et une férocité singulières. 



(1) Récemment, un lieutenant de lonvelerie du département de la 
Nièvre entretenait un équipage de 20 chien? pour marti-. 
(1) I pii'd 'i pouce? (O™,'!?), ?an? la queue. 



— 187 — 

Sans parler de ses grandes batailles contre les rats, 
qui ont été chantées par La Fontaine, elle attaque 
toute espèce de menu gibier et ne succombe jamais 
sans se défendre à outrance sous le bâton du paysan 
ou sous la dent des géants de la race canine. 

Quelques belettes deviennent blanches en hiver, 
on les distingue de l'hermine en ce qu'elles n'ont pas 
l'extrémité de la queue noire comme celle-ci. 

On trouve des hermines, en France, dans presque Liicrmine 
tous les pays boisés, sans qu'elle soit commune nulle 
part. Cette élégante bête, qu'on nommait autrefois 
létisse, et que les paysans appellent roselet pendant 
qu'elle a sa livrée brune d'été, a les mêmes mœurs 
que la belette ; comme elle, l'hermine hante les 
alentours des maisons , dérobe les œufs , tue les 
poussins et fait une guerre acharnée aux lapins de 
clapier et de garenne. 

La belette et surtout l'hermine étaient l'objet de 
certaines croyances superstitieuses dont quelques- 
unes ne sont pas encore oubliées dans nos cam- 
pagnes (1). 

Le brave Henri de Campion, un des plus vaillants 
soldats de la Fronde, remarque dans ses mémoires 
(ju'il a toujours éprouvé quelque accident malheureux 



(1) On lit, dans les Grandes Cliroiiiq'iies de Saint-Denys, l'histoin' 
merveilleuse d'un soldat franc dont l'âme allait se promener sous forme 
d'hermine pendant son sommeil. Le Roi Contran, ayant vu cette her- 
mine sortir de la bouche du soldat et y rentrer après avoir couru sur 
la lame de son épée, interrogea cet homme à son réveil. Le soldat ra- 
conta qu'il avait fait un rêve où il passait sur un pont de fer. 



— 188 — 

quand une belette a traversé son chemin (l). Un de ses 
contemporains, nommé Cuile, au moment de se battre 
en duel, voit passer une espèce de petite hermine quon 
appelle bavole. Voilà un mauvais présage pour l'un 
de nous, dit Cuile à son adversaire. 11 fut tué en 
effet (2). 

Dans les contes fantastiques qui font les délices des 
veillées chez les paysans normands et vendéens , la 
létiche devient une bote merveilleuse, douée d'une 
force prodigieuse et de la propriété de grandir et de 
diminuer sa taille à volonté (3). Ces létiches fan- 
tastiques sont, dit-on, les âmes de châtelaines cou- 
pables qui portaient de leur vivant des fourrures 
d'hermine. 

Dès le xvn^ siècle , une classe particulière d'indus- 
triels s'était vouée à la destruction des mustéliens qui 
infestent les habitations rurales. Ces gens vont de 
ferme en ferme avec de petits chiens admirablement 
dressés à cette chasse et instruits à monter aux 
échelles, à courir sur les toits et sur les solives. Les 
chiens poursuivent les fouines , putois et belettes 
sous les toits des granges et des greniers, vont les re- 
lancer sous les sablières, dans les trous des murailles, 
dans les tas de fourrages ou de fagots où ils se réfu- 
gient, et les obligent à se montrer de temps en temps 
à leurs maîtres, qui les tirent au fusil, en ayant soin 



(1) Mémoires de Henri de Campion. 

(2) Tullemant des Réaux, t. VI. 

(3) Voi}- I.n Novmandir rowuncsquc ri inrrviil/cusr, jnir M""*" A. 
Bosiiiiel. 



— 189 — 

de charger leurs armes avec des bourres ([ui ue j3eu- 
venl s'enflammer (1). Dangeaii nous apprend que le 
grand Dauphin voulut se donner le plaisir de celle 
chasse dans les greniers de Versailles. Il fit plusieurs 
tentatives qui ne réussirent pas (2). Il chassa aussi des 
fouines à l'extérieur. Avant lui, Louis XIII avait déjà 
des chasseurs et des chiens qui poursuivaient partout 
ces bêtes malfaisantes (3). 



§ 7. LES AMPHIBIES : LA LOUTRE, LE RAT D'EAU. 

Les seuls animaux de chasse appartenant, en 
France, à la classe des amphibies sont, avec le castor, 
dont nous avons déjà donné l'histoire, la loutre et le 
rat d'eau. 

Au temps passé, lorsque les rives de la plupart de Laïc 
nos cours d'eau étaient ombragées d'arbres ou de 
broussailles , lorsque chaque manoir possédait sa 
garenne d'eau et que les nombreux monastères étaient 
obligés d'avoir des étangs bien empoissonnés pour 
être toujours fournis d'aliments maigres, les loutres 
étaient communes et signalaient leur présence par 
des dégâts très-sensibles, aussi nos pères s'adonnaient- 
ils passionnément à la chasse de ces voleurs de pois- 
sons, chasse qui se faisait dans toutes les règles, 



(1) Magné de MaroUes 

(2) Dangeau, t. I. 

(3) Sélincoiirt. 



— l'JO — 

romme nous le verrons plus loin, el qui fut en grande 
estime jusqu'à la fin du xvni' siècle. 

La loutre, par la forme de son corps, rappelle les 
mustéliens, dont elle diffère par sa tête arrondie et ses 
pattes palmées. Sa fourrure , épaisse et chaude , est 
recherchée depuis longtemps. Charlemagne portait un 
thorax ou gilet de peau de loutre quelque mille ans 
avant que cet amphibie eût l'honneur de fournir des 
couvre-chef à l'estimable classe des épiciers. 

La chair de la loutre , quoiqu'un peu huileuse , est 
mangeable (1). Les chartreux en faisaient cas comme 
aliment maigre (2). 
le raid-eau. C'est uniqucmcut par égard pour Magné de Marolles 
que nous mentionnons ici le rat d'eau. On n'a jamais 
fait l'honneur d'une chasse régulière à celte vilaine 
hôte, et c'est tout au plus si l'on daigne lui tirer un 
coup de fusil lorsqu'on la surprend sur les bords d'un 
ruisseau et qu'elle se jette à la nage pour gagner son 
trou de l'autre côté. « On le dit assez bon à manger, » 
ajoute notre auteur. 11 paraît qu'il ne s'était pas soucié 
d'en faire l'expérience, et nous ne sommes aucune- 
ment tenté de la faire à sa place. 

Le rat d'eau avait encore une autre utilité au point 
de vue cynégétique ; il servait à exercer les jeunes 
chiens qu'on destinait à chasser la loutre. A l'âge de 
7 ou 8 mois, on les menait promener le long des ri- 



(1) J'en ai fait l'exiiérience, il y n (iiii'ii|iiop aiiiiyes. dans un holol 
lio Cliambôry. 

(2) Magné de Maiulics. 



— 191 — 

vières, où ils s'amusaient à grallcr les Irons des rais 
d'eau. Ces rais se jelaient à l'eau, où les petils chiens 
les poursuivaient, prenant ainsi l'habitude de chasser 
à la nage(l). 



(1) Lcvcrrier de la Contcrie. 



tétras. 



IP SECTION 

OISEAUX. 



CHAPITRE PREMIER, 



Oiseaux terrestres. 



§ 1. OISE.VUX DES MONTAGNES : LES TÉTRAS, LE LAGOPÈDE, LA 
GELINOTTE, LA BARTAVELLE, LA PERDRIX DE MONTAGNE. 

Le grand Lgs moiitagnes du pays de Foix, du Couserans, du 
Comminges et du Bigorre , dans les Pyrénées; celles 
du Vercors, près Die, dans les Alpes dauphinoises, et 
quelques forêts des Vosges, étaient au xvnf siècle, 
comme elles le sont encore, les retraites du grand 
tétras, ou coq de bruyère à queue pleine (1), appelé 
en certains lieux faisan bruyant, et ailleurs jjaon sau- 
vage {''2). Ces oiseanx existaient à la même époque 



(1) Telvao iirngaUus. — Aiirr-halin des Allemands. 

(2) Il est encore nommé ainsi dans une partie des Pyrénées, oii il est 
resté plus commun que dans les Alpes. Du temps de Buffon, on ne 
trouvait ces oiseanx dans les Vosçres lorraines qnVnfre Kpinal et (ié- 
rardmer. 



— 193 — 

dans quelques forets des montagnes d'Auvergne , 
principalement dans celles de l'Hermilage , du mont 
Dore et d'Oliergues, ainsi que dans quelques bois du 
Forez el dans ceux de Menet, en Limousin (1). Ils ont 
dû jadis ê(re assez communs dans cette dernière pro- 
vince, et en avoir pris le nom de coqs-Umoges qu'on 
leur donnait au xv^ siècle (2). 

Le grand télras est, après l'outarde et le cygne, le 
plus grand et le plus beau des oiseaux chassés en 
France. Le mâle pèse 5 à 6 kilogr. et ses ailes ont 
l^jSO d'envergure. Son plumage, d'un gris foncé sur 
le dos, est, sur le col et la poitrine, d'un noir lustré à 
reflets verts, ses yeux sont bordés d'une membrane 
écarlate, ses pieds sont couverts de plumes jusqu'aux 
ongles, et sa queue carrée se relève en éventail comme 
celle du dindon. 

La femelle, plus petite, a un plumage entièrement 
difî'érent et assez semblable à celui d'une poule 
faisane. 

La chair du grand coq de bruyères est très-bonne 
quand il est jeune. Elle est noire comme celle du 
lièvre, excepté les filets, qui sont blancs (3). 



(1) Magné de MaroUes. — Buffon. — Bclon. 

(2) « Le suppliant et ledit Jehan Baudelot dirent qu'ils iroient veoir 
dedans le bois Dessars si l'on y trouveroit aucuns qui chassoient aux 
cocq-limoges autrement nommez faisans. » Lettres de Remission, 1451. 
Du temps de Buffon, ce nom de coq-limoges était encore employé pour 
désigner le grand tétras. 

(3) « Il y a trois chairs au coc de bois, car à luy auquel la poictrine 
est ronde et charnue, les trois muscles qui sont joincts à l'os de la 
poictrine semblent avoir trois divers gousts : l'on dit la première de 
bœuf, l'autre de perdris et la tierce de faisSn. » (Belon.) 

II. \'i 



— 194 — 

Lepetitwiras. Le pclit létras , coq de bruyère à queue fourchue, 
coq de bouleau ou faisan noir (1), ne se trouve en 
France que dans les montagnes du Bugey et dans les 
Alpes dauphinoises. Ses mœurs ont beaucoup d'ana- 
logie avec celles du grand coq de bruyère, dont il 
diffère par sa taille qui ne dépasse guère celle d'un 
faisan (2), par la forme de sa queue et par son plu- 
mage, presque entièrement noir chez le mâle. La fe- 
melle est à peu près semblable comme couleur à celle 
du grand tétras, et sa queue est à peine fourchue. Elle 
est une fois plus petite que le mâle , qui s'en dis- 
tingue encore par la bordure écarlate de ses yeux (3). 
Le maréchal de Saxe , lorsqu'il résidai t à Chambord , 
essaya inutilement d'y acclimater le petit coq de 
bruyère. Tous ceux qu'il avait fait venir de Suède y 
moururent en peu de temps sans se perpétuer (1). 

i.a géiinottr. Prcsquc tous les auteurs qui ont parlé de la geli- 
notte (5) empruntent au vieux naturaliste Belon la 
courte et vive description qu'il donne de cet oiseau : 
« Oui se feindra voir quelque espèce de perdrix mes- 
live entre la rouge et la grise, et tenir je ne sais quoi 
des plumes du faisan , aura la perspective de la geli- 
notte de bois (6). » Il faut seulement ajouter qu'elle a 



(1) Tetrao arygalhis. — Dirkhahn dos Allemands. — Moorfowl et 
blackgame dos Anglais. — Dans le Bugey on donne à cet oiseau le nom 
de cjrianoL 

{T) Son poids est de 1 k. 50 à 2 kilog. 

(3) Magné de MaroUos. — Buffon. — Tschiuli. 

(4) Buffon. 

(5) Tetrao bonasia. 

{G) Nature des oiseaux.— V.ct auteur ajoute que celles (pi'on apportait 
de Lorraine et des Ardonnes à Paris étaient plus estimées que les fai- 



— 195 — 
les tarses emplumés et que le mâle a pour signe dis- 
tinclif des sourcils membraneux d'un rouge vif. 

Quelques anciens naturalistes avancent sérieuse- 
ment que les gelinottes s'accouplent par le bec et que 
les coqs pondent des œufs, qui couvés par des crapauds, 
produisent des basilics (1). 

On voyait des gelinottes dans les Alpes dauphinoises 
vers la Grande-Chartreuse, dans les Pyrénées près 
de Luchon, dans les Vosges et dans les Ardennes. La 
chair de cet oiseau était justement estimée (2). 

L'histoire naturelle de Pline cite, parmi les oiseaux Le ingorwe. 
qui habitent les sommités des Alpes, le lagopède (3), 
ou attagen, communément appelé perdrix blanche, 
quoiqu'il ne soit pas du genre des perdrix (4). Cet oi- 
seau, que les montagnards dauphinois connaissent 
sous le nom de jalahre, se trouve aussi dans les Pyré- 
nées. 11 en existait au siècle dernier dans les mon- 
tagnes de l'Auvergne (5). Partout il se tient sur les 
cimes les plus élevées et descend rarement au-dessous 
d'une hauteur de 2,000 mètres. 

Son nom de lagopède (pied de lièvre) lui vient du 
duvet qui couvre entièrement ses pattes et les a fait 



sans et se vendaient 2 écus pièce. Les pourvoyeurs des princes se hâ- 
taient de les envoyer à la cour, ou les rôtisseurs les retenaient pour 
les nopces des grands seigneurs. 

(1) Gessner cité par Buffon. 

(2) Magné de MaroUes. 

(3) Tetrao lar/ojms. 

(4) Pline fait deux oiseaux différents de Yallcujas ou atlagen et du 
logopus. Buffon distingue deux atfagas, dont un blanc, du lagopède. 
Les changements fréquents que subit le plumage de cet oiseau ont 
donné lieu à ces erreurs. 

(ô) Buffon. —Magné de Marollos. 



— 196 — 
comparer à celles du lièvre ; sa grosseur est celle 
d'un pigeon domestique : pendant l'été son plumage 
est mêlé de brun, de noir et de blanc ; l'hiver il de- 
vient tout entier d'une blancheur éclatante , sauf les 
pennes noires de la queue et une marque rouge au- 
dessus de l'œil. 

La chair du lagopède est noire et très-délicate pen- 
dant l'été, lorsqu'il se nourrit de hluets ou baies de 
myrtille. Pendant l'arrière-saison , il est réduit à 
manger des pousses de sapin, et prend un goût de 
résine. 

Au XVI' siècle, le lagopède, connu sous le nom de 
francolin (1), était servi sur la table des grands. Les 
pourvoyeurs de François I" en faisaient venir des 
montagnes du pays de Foix, pour la bouche de Sa 
Majesté (2). 

Il semble que les perdrix blanches étaient ancienne- 
ment bien moins farouches qu'elles ne le sont deve- 
nues depuis le perfectionnement des armes à feu. 
Gessner (3) dit qu'elles se laissaient tuer à coups de 
bâton, et Chorier, qui écrivait un siècle après, affirme 
que, si on les tire à terre, elles ne s'enfuient point, 
et s'amusent à regarder d'oii le coup leur est 
venu (A). 
La bartavelle. Eu général, Ics chasseurs confondent avec la per- 



(1) Le nom de francolin appartient légitimement à une espèce de per- 
drix {perdix francolinus) qui n'a jamais existé en France. Gomme 
nous le verrons tout à l'heure , ce nom a aussi été donné au ganga. 

(2) Belon. — Legrand d'Aussy, t. II. 

(3) Gessner écrivait vers 1550. 

(4) Magné de Marolles. 



— 197 — 

drix rouge la bartavelle (1), ou perdrix grecque, qui 
en diffère par quelques détails de son plumage et sa 
taille un peu plus grande (2). Dès le xvm^ siècle , la 
bartavelle ne se montrait plus que sur les montagnes 
d'une partie du Dauphiné, au-dessus de la région 
boisée. Il s'en trouve aussi quelques-unes dans le 
Jura. 

On rencontre parfois, dans les Alpes et dans le Lapeniux 

1 • 1 1 1 • 1» de niontagiie. 

Jura, des perdrix dont le plumage est en entier d un 
roux marron ; les pieds et le bec sont rougeàlres. 
Buffon et plusieurs autres ornithologistes en ont fait 
une espèce particulière, sous le nom de perdrix de 
montagne. Ils la croyaient issue d'un croisement entre 
la perdrix rouge et la grise. Les naturalistes modernes 
n'y voient qu'une variété de la perdrix grise (3). 

§ 2. OISEAUX DES PLAINES ET DES PRAIRIES : LES OUTARDES, LES 
PERDRIX, LA CAILLE, LE GANGA, LE RALE DE GENÊT, LE VAN- 
NEAU, LES PLUVIERS. 

Le plus gros de nos oiseaux terrestres est la grande La grande 
outarde (4). Le mâle mesure jusqu'à 1",16 de lon- 
gueur, de l'extrémité du bec à celle de la queue, et pèse 
de 10 à 15 kilog. La femelle est d'un tiers plus petite. 



(1) Perdix grseca, P. saxulilis. — Le nom de bartavelle vient du cri 
de cette perdrix que les Provençaux ont comparé au barlavéou {ba- 
billard) d'un moulin. 

(2) Son caractère distinctif le plus apparent est son collier noir, qui 
n'est pas accompagné de mouchetures comme celui de la perdrix 
rouge. 

(3) M. le baron Dériot , dans le recueil périodi([uc intitulé la Vie à 
la campagne , raconte qu'il a tué une de ces perdrix à Vescles (Jura). 

(4) Oiis tarda. 



oularde. 



— 198 — 

Le plumage de la grande outarde esl fauve, mar- 
queté de noir en dessus, blanchâtre en dessous. La 
tête et le col sont d'un gris clair. Le mâle porte une 
sorte de barbe en plumes sous le bec. La chair de ce 
bel oiseau est bonne sans être délicate (1). 

Les outardes habitaient autrefois les vastes plaines 
de la Champagne pouilleuse (2), certains cantons du 
Poitou et de la Bresse, le désert pierreux de la Crau 
près d'Arles, les landes du Trentain dans le Comtat 
A^enaissin. Quelques-unes y nichaient, mais la plupart 
arrivaient avec l'hiver et partaient au printemps. 
Pendant les froids rigoureux, elles se montraient 
dans d'autres provinces, comme en Lorraine et en 
Picardie (3). 

Aux beaux jours de la fauconnerie, on volait l'ou- 
tarde avec des gerfauts, des sacres, des autours (à). 
Comme ces oiseaux, très-sauvages, se tiennent tou- 
jours dans des lieux découverts, on était obligé, pour 
les tirer avec les armes à feu, d'avoir recours aux 



(1) Belon dit que Vostarde est « un délicieux oyseau , lequel nous 
])référons maintenant ù tous autres es banquets privez. » 

(2) Principalement entre la Fère champenoise et Sainte -Mene- 
hould. 

(3) Magné de Marolles, — Buffon. — Aujourd'hui on en voit à peine 
quelques-unes pendant les grands froids en Champagne et en Pro- 
vence. Les outardes ont aussi presque entièrement disjiaru en Angle- 
terre , où, à la fin du xvn" siècle, on en voyait dans les dunes des 
troupes de cinquante ou soixante ([u'on chassait avec des lévriers. 
[Hisl. d'Anglelcrfe de Mac-Aulay.) 

(4) Voir Gacc de la Buigne et d'Arcussia. — LeMenagicr de Paris dif 
même qu'on les prenait avec l'épervier, ce qui est peu croyable. Du 
temps de d'Arcussia ce vol était tombé on désuétude. 11 s'efTorcc d'en 
démontrer hi possibiiili' nn affirmant nvoir vu des Taucons sauvage? 
l>rendre ilos ouUirdo. 



canepetière. 



— 199 — 

ruses employées contre les animaux les plus défiants, 
la hutte ambulante, la vache artificielle, la char- 
rette, etc. 

Au xvi' siècle, en Provence, on chassait l'outarde à 
cheval, dans les grandes plaines où elle se tenait 
d'habitude. Quiqueran de Beaujeu, qui en avait sou- 
vent pris lui-même à course de cheval, dans la Crau, 
dit que, tant qu'elles ne sont grosses que comme des 
chapons, on peut les forcer en deux ou trois vols. 
Lorsqu'elles sont devenues de la taille d'une oie, on 
en vient encore à bout avec beaucoup de peine, et 
l'on y crève des chevaux ; mais cette chasse est tout 
à fait impossible quand elles sont adultes. 

La petite outarde ou canepetière (1), anciennement La 
nommée olive, est d'une taille notablement inférieure 
à la grande. Elle ne surpasse guère, en effet, les 
dimensions et le poids d'un faisan. Son plumage est 
fauve, mêlé de gris et tacheté de brunâtre. Le mâle a 
le col noir avec un double collier blanc (2). 

Les canepetières étaient jadis assez communes en 
Beauce et en Berry ; il s'en trouvait aussi en Normandie 
et en Corse (3). 



(1) Ulis tetrax,—ca)ie pétrace, en Beauce-, cane pélrole, en Berry; 
poule de Pharaon, en Corse; poule de Carlhage, en Algérie. 

(2) « Qui voudra avoir la perspective d'une canepetière, s'imagine 
voir une caille beaucoup madrée aussi grande comme une moyenne 
faisande. » (Belon.) 

(3) Magné de Marolles,— Buffon. —L'espèce est devenue rare depuis. 
A ma connaissance, on en tue de temps en temps dans leVe.xin, la Brie 
champenoise et la Champagne. On a même remarqué que l'espèce avait 
considérablement multiplié depuis quelques année? dans cette dernière 
lirovince. (Bull, dr la Sor.d'arrl., 1855.) 



— 200 — 
Les perd.ix^ ]\u| olscau, parmi ceux qui peuplent notre sol, ne 
fournit a nos chasses un contingent plus considérable 
que la perdrix. C'est encore celui dont la poursuite a, 
de tout temps , donné aux chasseurs de toute classe 
les plaisirs les plus vifs et les plus variés. 

Outre la bartavelle, déjà mentionnée parmi les 
oiseaux des montagnes, nous possédons en France 
deux espèces de perdrix assez communes, la perdrix 
grise et la rouge (1). La roquette ou petite perdrix grise, 
variété mal déterminée, et qu'on croit de passage, ne 
se montre que de loin en loin (2). La perdrix de 
roche ou de Gambra, aux pieds rouges, au collier 
brunâtre, aux ailes marquetées d'orange et d'azur, se 
trouve quelquefois, par hasard, sur les côtes de la 
Méditerranée, et, plus souvent, en Corse (3). Elle se 
montre assez fréquemment dans les îles d'Hyères. 

Les perdrix grises et rouges, trop connues pour 
qu'il soit besoin de les décrire, se partagent le terri- 
toire français (4). 

Les grises en habilentseules la partie septentrionnale, 
et les rouges le midi. Dans une zone intermédiaire, 
qui comprend la Bretagne, l'Anjou (5), le Maine, la 



(1) Perdix cimrea, pcrdix rubva. 

(2) BufTon l'appelle perdrix de Damas, ou petite perdrix de passage. 

(3) La perdrix de Gambra (perdix pelrosa) est très-commune en 
Algérie, en Espagne, en Sardaigne, en Sicile et en Calabre. 

(4) « Une moitié de la France a des perdrix rouges, l'autre moitié eu 
a des grises, mais les cantons où se trouvent les grises ne l'ont aucun 
cas des rouges, et réciproquement. » (B, Cliampier.) 

(5) D'après Bourdigné (Hysloire agvégalivc des annales et evonieque 
d'Anjou, Paris, lôîD), les perdrix rouges auraient été importées dans 
relie province jiarlf Roi Uené. 



— 201 — 

Touraine, une partie de l'Orléanais (l), du Berry et 
de la Bourgogne, les deux espèces vivent côte à 
côte (2). Il en est de môme sur la cime des Pyrénées. 

Introduite artificiellement dans diverses chasses 
royales et princières, au delà de ses limites naturelles, 
la perdrix rouge y a toujours été conservée avec beau- 
coup de difficulté. 

Dans les deux espèces il y a des individus albinos. 
Les chasseurs prétendent connaître deux, ou même 
trois variétés de perdrix rouges, qui ne diffèrent que 
par leur grosseur. La plus forte, communément 
appelée perdrix de roche ou rochassière, égale la 
bartavelle, avec laquelle on la confond souvent (3j. 

Outre les cent manières dont on chassait autrefois 
les perdrix, au vol, à tir, aux filets, on les a encore 
chassées à force, dans les grandes plaines de la Pro- 
vence. Les rouges pouvaient se forcer pendant toute 
l'année, les grises de mars en septembre. Les chas- 
seurs, bien montés, parcouraient le plat pays en haye, 
précédés d'un guetteur à cheval qui menait les chiens. 
Les perdrix se laissaient prendre d'ordinaire après 
trois vols (4). 



(1) Principalement le Gàtinais, la Sologne et le Blaisois. 

(2) En Angleterre, on nomme les perdrix rouges perdrix de Guerne- 
scy; du fait de leur existence dans cette île, on peut conclure qu'il y 
en avait anciennement dans le Cotentin. Celles que le Roi d'Angleterre, 
Henri VEI, avait fait venir de France en immense quantité périrent 
toutes en peu de temps. (B. Ghampier, de re cibariâ.) 

(3) Les fameux gourmets de l'ordre des Coteaux ne voulaient manger 
que des perdrix d'Auvergne. {Vie de saint Évremond.) Sur les perdrix 
rouges d'Auvergne voyez la Vie à la campaffne, t. III. 

(4) D'Arcussia, IV° partie. — On jieut en conclure ([u'il y avait alors 
dos perdrix grises en Provence. 



— 202 — 

Li caille. Les merveilleuses migrations de la caille (1) ont tou- 
jours, à juste titre, préoccupé les naturalistes comme 
les théreuticograpbes, sans qu'on ait jamais pu bien 
expliquer comment cet oiseau, dont le vol est si 
court, peut franchir en quelques heures le trajet 
de mer qui sépare les côtes de l'Europe de celles de 
l'Afrique. 

Quelques individus, malades ou blessés, passent 
l'hiver dans nos climats; Magné de Marolles en cite 
des exemples. 

Les cailles arrivent en très-grand nombre sur nos 
côtes méditerranéennes, vers la mi-avril. Il en reste 
beaucoup plus dans nos provinces méridionales qu'il 
n'en pénètre dans le nord de la France (2). 

Leràiede II cst inutilc dc vautcr ici la délicatesse de leur 
chair, qui n'est surpassée que par celle du râle de 
genêts (3), compagnon de leurs migrations. 

Cet oiseau est souvent appelé roi des cailles , parce 
qu'il passait pour leur servir de guide et de chef. 

Les râles de genêts, comme leur nom l'indique, 
habitent volontiers les terrains en friche et les brous- 
sailles. Cependant les prés naturels ou artificiels sont 
leur séjour de prédilection, et ils ne les quittent guère 
que chassés par la fauchaison, pour y revenir à 
l'époque des regains. 



(I) Perdix colurnix. 

(-2) Les provinces situées sur le )>orcl de la M-anehe laisiiient, au 
xvi= siècle, un grand commerce de cailles avec l'Angleterre (Legrand 
d'Aussy, t. II). 

(3) Italhis rrc.r. 



geuèis. 



— 203 — 

L'espèce est distribuée d'une manière assez inégale 
dans nos contrées. On en trouve en quantité dans 
certaines localités, tandis que les cantons voisins en 
sont à peu près dégarnis, sans qu'on puisse bien s'ex- 
pliquer pourquoi. Magné de Marolles remarque que 
le pays où l'on en voyait le plus de son temps était un 
coin de la Normandie, comprenant sept ou huit 
paroisses aux environs de Carrouges (Orne). 

Il y a quelquefois aussi des passages extraordinaires 
de râles, en certains lieux où l'on n'en voit d'habi- 
tude qu'un petit nombre. 

Le ganga (1), nommé dans le midi de la France 
angel^ grandoule ou taragoule, est un oiseau de la gros- 
seur d'une perdrix grise. Sa queue est longue, étroite 
et fourchue. Le mâle a le dessus du corps mélangé 
de gris, de jaune et de roux , une tache noire sous la 
gorge, la poitrine jaune, le ventre gris et les pattes 
d'un rouge clair. La femelle n'a pas la gorge noire, 
son plumage est plus terne et ses pieds sont jaunâtres. 
Tous deux ont le devant des jambes emplumé jus- 
qu'au bout des doigts. Les gangas, quoique d'un 
genre distinct , semblent tenir à la fois des pigeons et 
des perdrix. 

Ils habitent, en France, les garigues ou landes du 
Roussillon et du Languedoc, au pied des montagnes, 



(1) PLerocles setcnius, —kata ou al-clmla des Arabes. Il n'est guère 
d'oiseau dont la nomenclature soit plus embrouillée que celle du 
ganga. Quiqueran de Beaujeu et Liébault le prennent pour le fran- 
coliu. BulTon le nomme r/élmotie des Purénêes. Magné de Marolles le 
décrit en trois endroits sous les noms de ganga ^ de francoiin et de 
grandoule, et allribue ci;- qui le concerne à trois oiseaux dilFérents. 



Le ganga. 



pluvier 
ou œdicnème. 



— 20i — 

et aux environs tie Montpellier, la Crau d'Arles et le 
Plan de Diou, grande plaine aride près d'Orange. Il 
s'en trouve aussi quelques-uns dans le Dauphiné. 

Cet oiseau, très-sauvage, vole en troupes et ne se 
laisse approcher que difficilement. Les chasseurs ne 
peuvent parvenir à les tirer qu'en se cachant der- 
rière une charrette ou en les attendant à l'affût dans 
des huttes, auprès des mares où ils viennent boire et 
se baigner soir et matin (1). 
Le granj « H cst pcu de chasscurs et d'habitants de la cam- 
pagne, dans nos provinces de Picardie, d'Orléanais, de 
Beauce, de Champagne (2) et de Bourgogne, qui, se 
trouvant sur le soir, dans les mois de septembre, d'oc- 
tobre ou de novembre, au milieu des champs, n'aient 
entendu les cris répétés, tûrrlui, tûrrlui, du grand plu- 
vier ou courlis de terre (3), » appelé par les natura- 
listes œdicnème ou jambes enflées, à cause de la gros- 
seur de ses genoux (i). En Beauce, il est connu sous 
le nom d'arpenteur et, en Picardie, sous celui de saint- 
germer. 

Ces courlis de terre paraissent en mars et partent 
en novembre. Ils habitent de préférence les terres 
pierreuses, sablonneuses et sèches, courent avec vi- 
tesse, parlent de loin devant le chasseur et volent en 
rasant la terre. 



(1) Magné de Marollos. 

(2) On en voyait aussi en Brie il y a quel(iucs années. 

(3) BufTon. 

(4) OEdiniemiis curojxcus. Belon, qui a inventé ce nom d'œilicnènie, le 
qualifie encore A'oslardcau à cause de sa ressemblance avec la jietite 
outarde. 



— 205 — 

Le poids de cet oiseau est d'environ 750 grammes. 
Son plumage est mêlé de gris-blanc et de brun. Il a 
de longues pattes verdàlres et de gros yeux saillants à 
iris jaune; son bec, long de deux doigts, est noir en 
dessus et jaune en dessous. 

La chair de l'œdicnème est noire et assez bonne. 
A Malte, oii cette espèce d'oiseaux abonde, on en fai- 
sait un tel cas, que la chasse en fut réservée au grand 
maître jusqu'à l'époque oîi l'on introduisit les perdrix 
rouges dans l'île, c'est-à-dire au milieu du xvn'sièclell). 

En France on chassait quelquefois ce courlis avec 
l'oiseau de proie. 

Les autres pluviers (pluvier doré, pluvier gris à col- lcs pluviers. 
lier, guignard) (2) sont de passage en France depuis le 
commencement de l'automne jusqu'au mois d'avril. 
A la différence du grand pluvier, ils fréquentent sur- 
tout les endroits humides, les prairies, les bords des 
eaux oii ils trouvent le plus aisément les vers qui 
forment leur nourriture (3). On prend beaucoup de 
pluviers dorés près de Pithivicrs, et de guignards près 
de Chartres, et ces oiseaux servent à la confection des 
pâtés qui font la gloire de ces deux villes (4). 

Les seigneurs du xvi^ siècle faisaient le plus 
grand cas des pluviers, moins pour leur chair que 



(1) Buffon. 

(2) Charadrius pluvialis , charadrius hialiciila , charadriiis mori- 
nellus. 

(3) Un grand nombre de ces oiseaux habitent les bords de la mer, 
ce qui les fait souvent classer parmi les oiseaux de rivage. 

(4) Les guignards, dont la chair est fort estimée, se vendaient 40 sols 
ou 3 livres pièce, du temjis de Magné de MaroUes. 



— 206 — 

pour le plaisir qu'ils prenaient à leur chasse. Aussi 
empêchaient-ils sous les peines les plus sévères de 
tuer des pluviers sur leurs domaines (1), ce qui n'em- 
pêchait point qu'il arrivait parfois aux marchés de 
Paris de pleines charretées de ces oiseaux. On les 
mangeait sans les vider, comme nous faisons aujour- 
d'hui des bécasses et bécassines (2). 

Le vanneau (3) a les mêmes habitudes que les plu- 
viers à peu de chose près; seulement il arrive à la 
fin des gelées et part au retour du froid. 

Facile à distinguer des pluviers par la beauté de 
son plumage, et surtout par l'aigrette élégante qui 
surmonte sa tête, le vanneau [A] jouit, au point de 
vue culinaire, d'une réputation contestée par quelques- 
uns (5). L'espèce abondait surtout du temps de Buffon 
en Brie et en Champagne. 

Pluviers et vanneaux sont très-craintifs et difficiles 
à approcher. On les lirait à l'appeau ou à la hutte, et 
on les prenait surtout avec des filets à nappe ou à 
miroir. Malgré leur défiance naturelle, ces oiseaux 
sont, à ce qu'il paraît, très-curieux, et l'on peut, dit- 
on, attirer les vanneaux en étendant à terre un linge 



(1) Cliampier, cité par Legrand rl'Aussy, t. II. 

(2) Belon, ibid. ■ 

(3) Tringa vaneïïus. 

(4) On rencontre parfois, en France, une autre espèce de vanneau 
sans aigrette et se rapprochant des pluviers. On le nomme vanneau- 
pluvier. 

(5) Qui n'a pas mangé vanneau 
Ne sait pas ce que gibier vaut, 

dit un vieil lulage. 



207 



blanc, autour duquel se promène un chien de la même 
couleur. Le guignard se laisserait de même assez ab- 
sorber par la contemplation de gens faisant certains 
gestes bizarres, pour se laisser prendre au fdet (1). 



§ 3. OISEAUX DES BOIS : LES FAISANS, LA BÉCASSE, LES PIGEONS 
SAUVAGES. 

Comme le daim , les premiers faisans, originaires i'^ f'i^ans 
de la Colchide, furent importés dans les Gaules par 
les Romains. 

Charlemagne en faisait élever dans ses villas et ne 
dédaigne pas de les recommander aux soins des in- 
tendants de ses domaines par des Capilulaires. 

Les faisans étaient en grand honneur à l'époque 
féodale. Les chevaliers prononçaient des vœux sur le 
faisan, comme sur le paon et le héron. Les Rois et les 
grands feudataires, en accordant le droit de chasse aux 
habitants de certaines localités, en exceptaient sou- 
vent le faisan ou ne permettaient de le chasser que 
noblement, sans engins ni filets (2). 

Outre les faisans dorés et argentés qui ne sont 
guère que des oiseaux de volière (3), et le faisan noir 
de l'Inde, encore excessivement rare, les principales 
variétés de faisans chassés en France sont les sui- 
vantes : 



(1) Buffon, — Deyeux, le Vieux chasseur. 

(2) Voir le Glossaire de Garpeniier, v° Fasanus. 

(3) Depuis quelques années, les faisans dorés se sont assez multi- 
pliés en liberté dans les bois de Sivry, près de Melun, pour y être de- 
venus l'objet de chasses régulières. 



— 208 — 

1" Le faisan commun (1); 

2" Le foisan à collier de l'Inde (2), plus petit, de 
nuances plus claires, avec des reflets verdâtres ; 

S** Le faisan à collier, dit de Bohême, qui paraît 
issu d'un croisement entre les deux précédents ; 

■4° Le faisan cendré , qui a les marques du faisan 
commun sur un fond de couleur grisâtre ; 

5** Le faisan blanc (3), qu'il ne faut pas confondre 
avec l'argenté et qui n'est qu'une variété albine du 
faisan commun ; 

6'' Le faisan panaché, né du faisan commun et du 
faisan blanc [A). 

Toutes ces variétés étaient connues dès le xvn' siè- 
cle; elles ont été décrites par Bufi"on et ses collabo- 
rateurs (5), et l'on peut les voir figurées dans les ta- 
bleaux de chasse de Desportes et d'Oudry. Le [faisan 
blanc passait pour venir de Flandre. Le faisan à col- 
lier de l'Inde, depuis longtemps multiplié en Angle- 
terre, avait été importé en France vers 1779 (6). 

Les faisans abondaient, à cette époque, dans les ca- 
pitaineries, où on en élevait un nombre prodigieux (7). 



(1) Phasianus colchiciis. 

(2) Phasiatnis lorquolus. Ce faisan a été élevé en grand nombre de- 
puis quelque temps. 

(3) Phusiamis albus. 

(4) PItasianus varius. 

(5) L'Histoire naturelle de BufFon ne dit rien du faisan cendré, mais 
on le voit représenté dans un tableau d'Oudry, au Louvre. Dans une 
lettre adressée à M. de Wœrden pour faire venir six cents œufs de 
faisan de Hollande, Louvois recommande qu'il n'y en ait point de fai- 
sans blancs. 

(6) Buffon, Legrand d'Aussy. 

(7) Bulfon croyait que les faisans ne pouvaient i^as se propager à 



— 209 — 

En dehors de ces régions privilégiées, il ne s'en trou- 
vait que dans les pays où ils avaient été propagés au- 
trefois par les Rois et les grands seigneurs, comme la 
Touraine, le Berry et l'Anjou (1). 

11 y avait aussi des faisans dans les îles du Rhin et 
les bois voisins de Strasbourg (2). 

Au xvi^ siècle, la Provence nourrissait une si grande 
quantité de faisans, que Pierre de Quiqueran compare 
cette province à la Colchide (3). Il paraît qu'ils y ha- 
bitaient des maqufs peu fourrés ou des landes décou- 
vertes, car on les forçait à cheval, comme les outardes 
et les perdrix (4). 

Les choses avaient bien changé dès le wiif siècle; 
il n'y avait plus alors de faisans que dans l'île de Por- 
querolles, la plus grande des îles d'Hyères (5). 



l'état sauvage dans nos provinces septentrionales. « Cela est si vrai, 
dit-il, qu'on ne voit pas qu'ils se soient multipliés dans la Brie, où il 
s'en échappe toujours quelques-uns des capitaineries voisines, et oîi, 
même, ils s'apparient quelquefois. » Buffon serait bien surpris de voir 
aujourd'hui le nombre considéi^able de faisans qui , sortis originaire- 
ment de quelques faisanderies, vivent et se multiplient en liberté dans 
ces mêmes bois. 

(1) Magné de MaroUes. 

(2) Ibid. Ils avaient été apportés en Alsace par les princes alle- 
mands , qui y avaient des domaines. Le préteur de Strasbourg , 
Kinglin, qui étalait un faste princier, avait beaucoup contribué à pro- 
pager l'espèce, en faisant clore en 1750 des forêts appartenant à la 
ville, qu'il avait peuplées de faisans pour ses plaisirs. 

(3) Ces faisans avaient été probablement introduits on Provence par 
le Roi René. Il n'en existe plus aujourd'hui. 

(4) De laudibiis Provinciœ. — Magné de MaroUes. 

(5) Un commandant de l'île voisine de Portecros était aussi parvenu 
à y élever une assez grande quantité de faisans; mais au bout de 
quelques années il les détruisit lui-même. Il s'en trouve encore 
quelques-uns dans les îles d'Hyères. 

II. u 



— 210 — 

En Languedoc, les abbés du riche monastère de 
Saint-Gilles avaient, à la fin du xvn" siècle, peuplé de 
faisans la forêt d'Espeyran, voisine de leur abbaye. 
Ces faisans furent détruits en 1755, pendant la ma- 
ladie et après la mort de l'abbé de Monclus, et son 
successeur essaya, sans succès, de repeupler sa forêt 
avec des œufs et des faisans venus de Paris et de 
Corse (l). 

Dans cette île, les faisans étaient répandus de tous 
côtés. Ils étaient surtout nombreux dans les plaines 
de Campoloro et d'Aleria (2). 
La wrassc. Quolqu'il soit fait mention de wîdecoqs ou bé- 
casses (3) dans le menu d'un banquet offert ù Fran- 
çois 1" par la ville de Honfleur au mois d'août 
1526 (4), on peut affirmer sans crainte qu'alors , 
comme aujourd'hui, cet oiseau n'arrivait pas en 
France avant les premiers jours d'octobre (5) et s'en 
retournait en mars. Il est fort rare que les bécasses 
nichent dans notre pays. Cependant on en voit toute 
l'année dans la forêt de Compiègne, sur les hautes 
montagnes des Alpes, du Jura et des Vosges, et dans 
quelques grands bois de la Bourgogne et de la Cham- 
pagne (6). 



(1) En ITiG, une chasse aux faisans fut offerte dans cette forêt à l'In- 
fant don Philippe, depuis duc de Parme, et au duc de Modène. (Magné 
de Marelles.) 

(2) Il y en a encore en Corse. 

(3j Scolopax riisticola. Ce nom de widecoqs vient de ividu, qui 
signifie bois en vieil allemand. La bécasse se nomme en anglais 
■woodcoch (coq des bois). 

(4) Ces uidecoqs étaient probablement des bécassines, ou des courlis 
([u'on ajipidle souvent bécasses de mer. 

(ô) Magné de Marolles. 

(0) Iliidrm. — Buffon. — Cos auteurs citent des cas isolés de nichées 



— 211 — 

Les chasseurs croient distinguer deux variélés de 
bécasse, la grosse et la petite, appelée martinet en Pi- 
cardie (1). Il se trouve, de temps en temps, des indivi- 
dus tout blancs ; d'autres sont panachés de blanc, isa- 
belles ou roux. Buffon raconte avec orgueil qu'une 
bécasse blanche et une bécasse rousse ayant été tuées 
à la chasse du Roi en décembre 1755, Sa Majesté lui 
fit l'honneur de les lui envoyer par le comte d'Angi- 
viller(2). 

La réputation de stupidité si libéralement octroyée 
à la bécasse, serait pleinement justifiée si l'on pouvait 
ajouter foi au moyen extraordinaire de la prendre 
qu'enseigne le Roy Modus, et qu'il nomme la folle- 
touère. 

Pour cette chasse, il faut s'aff'ubler d'un court man- 
tel de couleur feuille morte, de motifles ou gants de 
même nuance, et d'un chapeau de feutre qui couvre 
la figure. Armé de deux petits bâtons en forme de po- 
tences, couverts de drap feuille morte et garnis de 
rouge à leur extrémité, le chasseur s'avancera sur ses 
genoux et ses potences vers le widecoq. Quand il verra 
l'oiseau s'arrêter, il fera de même, et frappera douce- 
ment ses bâtons l'un contre l'autre; le ividecoq s'amu- 
sera et s affolera tellement à considérer cette figure 



de bécasses trouvées dans d'autres contrées; par exemple, dans les 
bois de Pont-de-Remy, en Picardie, et dans ceux de la Ferté-Vidame, 
en Perclie. 

(1) Magné de Marolles. 

(2) « M. de Buffon seul est digne de manger ces oiseaux , » avait 
dit le Roi. — Buffon remercia Louis XV et plaça les bécasses dans 
la collection du cabinet d'histoire naturelle. {Correspondance de 
Buffon.) 



~ 212 — 

baroque, qu'il se kiissera approcher par le chasseur 
masqué et passer au col un lacet de crin attaché au 
bout d'une verge. 

« El sachiez, conclut le Roy Modus, que widecoqs 
sont les plus soz oyseaulx du monde. » — Bien rai- 
sonné, sage Roy Modus ! 

Ce (ju'il y a de plus singulier, c'est que le véridique 
Belon raconte, presque dans les mêmes termes, cette 
chasse bizarre, qu'il appelle folâtrerie. 11 est probable 
que Belon, n'étant pas chasseur, aura cru sur parole 
le vieux traité du Roy Modus, qui jouissait encore 
d'une assez grande vogue (l). 
Les pigeons Nous avous, en France, trois espèces de pigeons 
sauvages. sJ^uyaggg • \q rauiicr, le biset et la tourterelle (2). Les 
chasseurs croient distinguer, dans ces espèces, des va- 
riétés qui ne diffèrent que par la taille. Quelques-uns 
y ajoutent une quatrième espèce, le pigeon de roche, 
qui paraît provenir d'un croisement entre des bisets 
et des pigeons fuyards (3). 

Tous ces oiseaux au col changeant, au cœur tendre et 
fidèle, comme dit La Fontaine, nous arrivent au prin- 
temps, nichent en France, et parlent à la fin de l'au- 
tomne. Il nous reste cependant un assez grand 
nombre de ramiers pendant l'hiver. 

Les pigeons sauvages se tiennent ordinairement 
dans les grands bois, qu'ils quittent fréquemment 



(1) Il a iiarn troi? on quatre (''ditions de ce livre iieiidanf, le 
XVI' siècle. 
(1) Cnlumha palumbus, cohimba livia, coUnnha lurlur. 
(,3) Magné de MuroUes. — Buiron. 



— 213 — 
pendant le jour pour aller picorer aux champs, mais 
où ils reviennent se percher chaque soir sur les 
arbres les plus élevés. 

On chassait, autrefois les ramiers d'une façon sin- 
gulière, dite chasse au tintamarre ou au charivari. 
Nous en reparlerons plus loin, ainsi que des grandes 
chasses qu'on leur fait dans les Pyrénées, avec un 
appareil de filets considérable. 

§ 4. LES OISILLONS : LES GRIVES, LES MERLES, LES ALODETTES, LES 
BECFIGUES, LES ORTOLANS. 

Les oisillons énumérés en tête de ce paragraphe 
sont les seuls dignes de l'attention du vrai chasseur. 
Cependant les habitants de l'est et du midi de la 
France font une guerre acharnée à tout ce qui vole 
dans les airs, sans épargner les rossignols, les rouges- 
gorges et les hirondelles, et la destruction de ces becs- 
fins a causé un tel préjudice à l'agriculture, en favori- 
sant la multiplication des insectes, que l'autorité se 
voit obligée de prendre des mesures pour y mettre un 
terme. 

Nous avons quatre espèces de grives : Les grives. 

1" La draine, ou grive de gui, la géante du genre, 
qui atteint la taille d'une pie (1) ; 

T La litorne, plus petite , que les Normands 
appellent claque, et les Briards kia-kia,k cause de son 
cri i% : 



(!) Turdus visrivorus. 
(■2) Turdus piUnis. 



— 214 — 

3" La grive de vignes ou towde ( I ) ; 

A.° Le mauvis, touret, rosette, calandrote (2). 

Ces deux dernières espèces, qui se gorgent de rai- 
sins pendant la saison des vendanges, ont une chair 
beaucoup plus savoureuse que les autres qui se nour- 
rissent de baies de gui et de genièvre (3). 

Toutes ces grives sont oiseaux de passage. Il en reste 
cependant beaucoup qui nichent en France, excepté 
dans l'espèce de la lilorne. 
Us merles. Lcs mcHes sout bcaucoup moins estimés que les 
grives (4), et on leur fait une chasse bien moins assi- 
due. Il faut excepter de ce jugement les merles de 
Corse (de l'espèce ordinaire) qui s'engraissent de baies 
de myrte et dont on prend, en hiver, des quantités 
immenses pour les expédier sur le continent (5). 

Le merle commun (6) est seul connu dans la plus 
grande partie de la France, où il est sédentaire. Dans 
les pays de montagnes, on voit passer, en mai et en 
octobre, le merle à plastron blanc (7). Le grand merle 
de montagne, qui paraît n'en être qu'une variété, se 



(1) Tiirdvs nnisicns. 

(2) Turdxis IHaciis. — Les mauvis des Ardennes jouissent d'une ré- 
jmtation méritée. 

(3) C'étaient la grive de vignes et le mauvis dont la chair était si 
recherchée des Romains, et qui ont été chantés par Horace et Martial. 
Voir, dans le journal la Vie à lacampagiïe, un ])laidoyor très-vil' en la- 
veur de la r/rive mi genièvre (31 janvier 1864). 

(4) Témoin le proverbe : « Faute de grives, on mange des merles. i> 

(5) (I Plusieurs provinces, et particulièrement la Normandie, nourris- 
sent beaucoup de merles. On les y prend h la glu. ou, la nuit, aux 
llambeaux avec des fdets. » (Chanipier.) 

(6) Tiirdus incrttla. 

(7) Turdiis iorqualus. 



— 215 — 

montre en Lorraine pendant tout l'automne (1). 
Nous n'avons pas à nous occuper ici du merle de 
roche, non plus que du merle bleu ou merle solitaire, 
dont François P"" admirait si fort le chant (2). Ces oi- 
seaux sont rares et ne peuvent pas être classés parmi 
nos oiseaux de chasse (3). Le loriot n'est pas oiseau i-ekiiu. 
de chasse non plus, quoiqu'il soit beaucoup plus com- 
mun et que sa chair ne soit pas mauvaise, lorsqu'il 

s'est engraissé de cerises (4). 

Plusieurs espèces d'alouettes sont passagères en Les aioucues 
France. Celles auxquelles on donne la chasse le plus 
fréquemment sont l'alouette commune (5) ou mau- 
viette, la calandre ou grosse alouette (6) qui se trouve 
surtout dans le Midi, et à laquelle le moyen âge attri- 
buait des propriétés surprenantes (7), et le cochevis 
ou alouette huppée (8). 

Ces alouettes, dont on fait des pâtés fort estimables, 
se prennent ou se tuent à l'aide du miroir, sorte de 
chasse particulière à ce genre d'oiseaux (9). 



(1) Ces merles y sont devenus rares. 

(2) Buffon. 

(3) Plus rare encore est le merle rose {lurdus roseus). 

(4) Les Romains taisaient cas de la chair du loriot (galbuîa) et le 
prenaient à la glu et au filet. Voir Martial, Epigr., lib. XIII. 

(5) Alauda arve7isis. 

(6) Alauda calandra, alouette des bruyères, coiilassade en pro- 
vençal. 

(7) On voit, dans le Desliaire de Richard de Fournival (xin« siècle), 
que la calandre , présentée à un malade, détourne la tète si la moi-t 
est prochaine. 

(8) Alauda crislala. 

(9) Les alouettes étaient un mets fort commun, à Paris au wi* siècle; 
on les y servait enfilées par douzaines sur des brochettes ou en pâté, 
accommodées à l'hypocras. (B. Champier.) 



— 216 — 
Les o.ioians Parmi la multitude innombrable d'oisillons auxquels 
bediis. les habitants du Midi ont déclaré une guerre inces- 
sante, les seuls vraiment dignes de l'attention du chas- 
seur sont les ortolans et les becfigues(l), si justement 
renommés pour la délicatesse de leur chair. On les 
chasse surtout aux filets. Ils paraissent au printemps, 
allant vers le Nord, et repassent en septembre dans la 
direction opposée. 11 en vient fort peu dans le nord de 
la France, excepté en Lorraine, où les oiseleurs 
prennent une assez grande quantité de becfigues et 
de ces ortolans auxquels on a donné le nom de la pro- 
vince. Du temps de Quiqueran de Beaujeu , les bec- 
figues étaient si estimés en Provence, qu'il y avait des 
lesfins où l'on ne servait pas autre chose (2). 



(1) Pour les méridionaux, tous les oisillons plus ou moins gras sont 
des mûriers ou des becfigues. Par contre, le véritable becfigue (motacilla 
ficedula) est un pinson des Ardennes pour les Lorrains, qui réservent 
le nom de becfigue à l'ortolan de Lorraine {embcriza Ludovicia). Les 
autres espèces d'ortolans sont l'ortolan ordinaire {emberisa hortula- 
nus); l'ortolan de roseaux ou chic {emberiza arundinacea) et le ga- 
voué {emberiza provincialis). Le proyer {emberiza miliaria) , espèce 
du même genre, est presque aussi estimé que les ortolans. 

(2) Legrand d'Aussy, t. IL 



CHAPITRE II. 

Oiseaux aquatiques. 



Où peut diviser en deux groupes la nombreuse fa- 
mille des oiseaux aquatiques, les oiseaux de rivage ou 
échassicrs, elles nageurs ou palmipèdes, dont ces noms 
indiquent, tout d'abord, la conforma lion et les habi- 
tudes. 

§ i. OISEAUX DE RIVAGE : LES GRANDS ET PETITS ÉCHASSIERS, LES 
BÉCASSINES, LES RALES. 

Les hérons constituent la haule aristocratie des oi- Grands 
seaux de rivage ; on en connaît, en France, quatre 
espèces principales : le grand héron gris (i), le petit 



(1) Ardeo major 



éclms>iers- 
Les hérons. 



— 218 — 

héron à manleau noir ou hiJiorcaa[[), le héron blanc 
ou aigrette (2), et le bulor (3). 

L'eslime que la noblesse faisait de la chair du hé- 
ron gris, et le plaisir tout particulier qu'elle prenait 
à sa chasse, lui avaient valu l'honneur d'être l'objet 
de lois et de règlements spéciaux. Il é(ait défendu de 
chasser le héron autrement qu'au vol avec des oiseaux 
gentils, et d'en vendre ailleurs qu'en plein marché [i) . 
Le grand fauconnier de France prétendait même in- 
terdire aux rôtisseurs de Paris de vendre et d'acheter 
des hérons sans son autorisation, et obtint un juge- 
ment qui lui confirma ce droit en 1611 (5). 

Les rois et les grands seigneurs élevaient près de 
leurs châteaux des héronnières disposées pour faci- 
liter la propagation des hérons. C'étaient des loges 
hautes élevées en l'air, au bord d'un ruisseau ou d'une 
pièce d'eau, et couvertes à claire-voie (6). Les deux 
héronnières que François P' fit construire à Fontai- 
nebleau étaient comptées parmi les choses notables de 



(1) Arclea nyclicorax. — On le nommait aussi roupeau au 
xvi° siècle. 

(2) Ou r/arzetle {ardca gorzctla). La garzette est de passage dans le 
midi de la France. — Quelques autres hérons, comme le crabier de 
Malien, le blongios, le héron pourpré, ne se montrent qu'accidentelle- 
ment dans notre pays. 

(3) Ardcn slellaris. 

(4) Quelques seigneurs avaient des hommes spécialement commis à 
riarder les hérons. V. le Glossaire de Garpentier, v" Hairo. 

(5) Nouvelle jurisprudence des chasses. — En Angleterre , il était 
défendu de tuer les hérons sous peine de mort. — Mus. Worm. et 
Johnslon, de avibus. 

(fi) Bclon, Hisloirc de la nalurc des nyseaulx. 



— 219 — 

cet incomparable dompteur de toutes substances ani- 
mées (1). 

Les héronnières des environs de Paris furent cassées 
sous le règne de Louis XIV, à l'époque où commen- 
çait le déclin de la fauconnerie, à cause de la dé- 
pense désormais inutile qu'elles occasionnaient (2). 

On donnait aussi le nom de héronnières à des 
bouquets de bois de haute futaie où les hérons con- 
struisaient leurs nids. Ces héronnières étaient com- 
munes en basse Bretagne du temps de Belon ; celle 
du château de Romanieu , en Dauphiné, existait 
encore au xvuf siècle, et celle du château d'Écury, 
en Champagne, a été conservée intacte depuis l'an 
1500 jusqu'à nos jours (3). 

Les aigrettes et les bihoreaux (4) étaient surtout 
recherchés pour leurs belles plumes (5). Le butor Té- 



(1) Belon. — « Aussy ce divin Roy, que Dieu absolve, avait rendu 
plusieurs hérons si aduits (apprivoisés) ([ue venant du sauvage , en- 
trants céans comme par un tuyau de cheminée, se rendirent si enclins 
à sa volonté qu'ils nourrissoient leurs petits. » {Ibid.) 

(2) Dangeau, t. I. — 11 y en avait, entre autres, une àNoisy qui fut 
cassée en 1G85. — Ces héronnières et les milanières ou aires de milans 
coûtaient au Roi 10,000 écus par an {ibiiL). 

(3) « Ne nulz ne vit plus l)elle héronnière 

« Qu'à Sainct-Aubain, ne d'oiseaux de rivière. » 

(Poésies mss. d'Eustache Deschamps dans le Dld. de 
Lillré, V" Héronnière.) 

(4) Au xiv^ siècle on chassait les botilionrecnix avec l'autour. 

(5) Les cujueties et hairons blancs, ainsi que les butors, sont men- 
tionnés par Gace de la Buigne, parmi les oiseaux qu'on prend avec 
l'autour.— Les hérons blancs étaient communs auxvi" siècle sur les 
côtes de Bretagne. D'après Belon, la chair de l'aigrette est délicate et 
tendre ; quant aux bihoreaux , « on ne les estime rien moins qu'un hé- 
ron, et estre de mesmc faveur et les fault habiller en la mesme ma- 
nière. » 



— 220 — 

liiil moins, quoique sa chair fùl assez estimée lorsqu'il 
était écorclié et cuit en ragoût avec des oignons (1). 
La grue. Lcs liérons demeurent pendant toute l'année sur 
nos marais et le bord de nos cours d'eau. La grue (2) 
ne fait que passer en France. Au mois d'octobre, on 
voit ses nombreuses bandes, bien alignées en forme 
de Y, traverser le ciel, se dirigeant vers le ]\lidi, et 
l'on entend retentir au loin leur cri mélancolique. 
Les grues retournent vers le Nord en mars et avril; 
elles ne nichent point dans nos climats (3). 

La grue ne s'arrête que fort peu chez nous, oii l'on 
n'en tue que rarement, à cause de son extrême vigi- 
lance (i). Du temps de la fauconnerie, on lançait à 
la poursuite des grues qui passaient dans les airs, des 
autours, des faucons et môme des aigles dressés (5). 
Au xvni'' siècle, la chasse de ces oiseaux était presque 
abandonnée; on en tuait quelques-uns par hasard 
en Bourgogne et dans la Camargue. 

Les Romains faisaient un cas particulier de la chair 
de la grue (6); on en mangeait aussi au moyen âge, 



(1) Legrand d'Au??y, t. II. 

(2) G7'us cinerea. 

(3) Elles ont aussi cessé de nicher en Angleterre, où il était autrefois 
défendu de détruire leurs œufs sous peine de 20 pence d'amende, et 
où leurs petits étaient souvent portés aux marchés. (British Zoology.) 

(4) Les anciens avaient choisi avec raison la grue pour sym- 
bole de cette vertu; mais, suivant leur habitude , ils avaient imaginé 
sur son compte des fables bizarres. C"cst ainsi qu'ils prétendaient qut* 
la grue, pliicée en sentinelle, tenait dans une de ses jiattes une pierre, 
dont la chute devait l'éveiller si elle se laissait aller au sommeil. 

(5) Les Turcs chassaient la grue avec quarante émcrillon5(Voir d'Ar- 
cussia, l"' partie.) 

(()) ïMine, liv. VII; Horace. 



— 221 — 

comme nous l'avons déjà iait remarquer. Belon dit 
qu'elle est réputée dcUcicme, contrairement à l'auto- 
rité de Galien, qui la déclare fibreuse et dure. 

11 en était de même de la cigogne (1); elle était uicigogre. 
tenue au xvi^ siècle pour viande royale, quoique des 
observateurs plus délicats l'eussent déjà dé( larée de 
mauvais suc et nourriture pestilente (2). 

En général, la cigogne était respectée comme un 
oiseau de bon augure et le symbole de toutes les 
vertus domestiques (3). 

Laspatule (4) doit à la conflguralion extraordinaire Laspaïuie. 
de son bec son nom scienlifique, ainsi que ses an- 
ciens noms de poche^ de truhle, de pale et de cuiller. 
Les spatules de France sont blanches; leur chair est 
assez bonne (5). On en voit souvent sur les côtes de 
Picardie, de Normandie, de Bretagne et de Poitou, et 
bien plus rarement sur les lacs et étangs, dans l'inté- 
rieur des terres (6). 

Les poches sont nommées par Gace de la Buigne 
parmi les oiseaux qu'on peut chasser avec l'autour. 
. Dans nos provinces du Nord et de l'Ouest, le long 



(Ij Ardea ciconia. — Cigognes, grues, butor « soient plumés à sec ou 
saignés comme le cigne. » {Ménagier de Paris, t. I!.) hes cicoignes et ci 
coigneaux sont cités par Rabelais parmi les mets des gnstroldtrrs. 

(2) Maison rustique de Charles Estienne, 1565. 

(,3) « Ce n'est pas l'usage de manger ne les cigognes, ne les cigo- 
gneaux » (Belon.) 

(4) Plalulea leurcorodia. 

(5) « On trouve les petits de goust assez délicat au manger à ceux qui 
aiment la saveur delà saulvagine. » (Belon.) 

(6) Salerne, contemporain de Buffon, dit que de son temps on tua 
une spatule ou cailler près de Chartres. On en trouve quelquefois sur 
le lac de Grandlieu près de Nantes. 



222 

de la mer et des fleuves qui viennent s'y jeter, ha- 
bilent les grands et petils courlis (1) au bec recourbé 
comme un sabre turc, les barges (2), les alouettes de 
mer (3), les maubèches (^i), les huitriers (5). Au prin- 
temps, on voit paraître, sur les côtes et dans les marais 
de Picardie, des bandes de combattants (6), qui re- 
vêtent pour leurs duels et pour leurs amours, une 
sorte d'armure de plumes, semblable à celle des an- 
ciens guerriers mexicains. Les chevaliers aux pieds 
rouges (7) et aux pieds verts (8) paraissent au mois 
d'août et s'en vont au printemps. Ils quittent, plus 
souvent que les autres écbassiers que nous venons 
d'énumérer, les bords de l'Océan, et se répandent, en 
suivant les cours d'eau, jusque dans l'intérieur des 
terres (9). 
Les Mcassincs. La trlbu dcs bécassines et celle des râles d'eau, 
quoique ayant les mêmes habitudes, difî'èrent par 
leur conformation des autres oiseaux de rivage, et 



(1) Numenius arcualiis, N. pliœopus; en vieux français on donnait h 
ces oiseaux le nom de corhigeaxi. 

(2) Barge commune ( limosa vnigaris j, B. aboyeuse {L. gloltis'), 
B. variée {L. varia), B. a-gocrpliale {L. .Tgoccphala), B. rousse {L. rufa). 

(3) Tringa cinclus et T. alpina. 

(4) Tringa grispa, — T. arcnaria. 

(5) Hœmalopus oslralegus. 

(6) Tringa piu/nax. 

(7) Scolopax gloltis. — Sif fleur sur les bords de la Seine, ancienne- 
ment lyranson. 

(8) Scolopax calidris. 

(9) Tous ces oiseaux sont plus ou moins mangeables. Les barge? 
étaient jadis es délices des Françoys. Le chevalier aux pieds rouges 
était considéré connue le plus délicieux d'entre tous les oiseaux de 
son ordre (Beion). 



223 

ne méritent qu'irapailailemenl le nom d'échassiers, 
leurs pattes étant d'une longueur médiocre. 

La bécassine commune (1) est justement considérée 
des chasseurs, à cause de la délicatesse de sa chair 
et de l'agrément que procure son tir, malgré ses dif- 
ficultés (2). La double bécassine ou bécasson (3), le 
bécot ou sourde (4) volent plus lourdement et sans 
crochet et présentent au tireur un but plus facile à 
atteindre. La guignette et le cul-blanc (5) tiennent le 
milieu entre les bécassines et les chevaliers. Ce der- 
nier fait retentir son sifflement aigu (G) sur le bord 
de nos rivières du mois de mai au mois de septembre. 

Quant aux râles d'eau, leurs habitudes et la cou- 
leur de leur plumage les distinguent seules du râle 
de genêts, dont ils ont toute l'apparence. Le râle 
d'eau, proprement dit (7), est un assez mauvais gibier, 
« qu'on rencontre sans le chercher et qu'à peine les 
chasseurs daignent tirer, » dit Magné de Marolles. 
Il habite, toute l'année, les queues d'étangs et les ma- 
rais remplis de joncs. 



(1) Scolopax (jallmarjo. 

(2) « Tous ceux qui ont le palais délicat et ne veulent manger sinon 
choses appétissantes, ne sont pas ignorants que les bécassines sont 
oyseaux entre tous autres les mieux fournis de haulto grosse.... quoy 
sçachant ceux qui sont bien rentez, les mangent pour leur faire bonne 
bouche. 11 (Belon.) 

(3) Scolopax gallinacea. 

(4) Scolopax gallimda. — Jaquet , Foucaiill, deux pour un on diffé- 
rentes localités. 

(5) Tringa hypoleucus et Iringa ochropus. — Le cul-blanc est aussi 
appelé bécasseau. 

(6) D'où lui vient le nom do sifflassun qu'on lui donne eu quelques 
endroits. 

(7) Ralhis oquaticiis. 



99i 



La maroiielle ou râle perlé (1) se trouve surloul eu 
iNormandie et en Picardie, où elle est de passage de- 
puis le mois de mars jusqu'aux froids (2). Sa chair est 
aussi délicate que celle du râle d'eau l'est peu. 

§ 2. OISEAUX NAGEURS OU PALMIPÈDES : LE FLAMMANT, LA FOULQUE, 
LA POULE d'eau, LE PÉLICAN, LE CORMORAN, LE CYGNE, LES OIES 
SAUVAGES, LES CANARDS, LES SARCELLES, LES GRÈBES. 

Le flammant, la foulque et la poule d'eau forment 
la transition des échassiers aux palmipèdes. Les flara- 
manls ont, en effet, les pieds palmés avec des jambes 
d'une longueur démesurée (']). La foulque et la poule 
d'eau, sans avoir les pieds palmés (4), savent très- 
bien nager et plonger et passent la plus grande partie 
de leur vie sur l'eau. 
Lefammani. Lc flamoiaut (5), l'oiseau de flammc, le phénicoptère 
ou aile rouge des anciens, était nommé bécharru en 
vieux français, à cause de la forme de son bec, assez 
semblable à un soc de charrue. 

Ce magnifique oiseau ((3) se montre en hiver sur 



(1) liallus porzcnui, — cocuau, çiirardinc, r/risfllr. 

(2) Il en passe en moins grand nombre dans beaucoup d'autres con- 
trées de France, notamment en Brie. 

(3) L'avocette {avocella eui'op.ra) au bec recourbé en haut est dans 
le même cas. C'est un oiseau peu commun en France, qu'on ne chasse 
point et dont nous n'avons pas à nous occuper. 

(4) Les doigts de la foulque sont bordés d'une mcmjjrane festonnée. 

(5) Plmnicoplerus riiber. 

(G) Buffon a fait justement remarquer que le mot de flammant de- 
vait venir de flamme et non du pays de Flandre où cet oiseau est in- 
connu. Comment se fait-il qi;e les Espagnols, qui ont dû connaître le 
I)hénicoplrri' do tout temps, puisqu'il y en a en Andalousio, lui donnent 



— 225 — 

les grandes lagunes salées qui s'étendent le long des 
côtes de Provence et de Languedoc, comme les étangs 
de Maguelone et de Thau, les salines de Peccais, près 
d'Aigues-Mortes, et l'étang de Valcarès, en Camar- 
gue (1). 

Nous n'avons aucun renseignement sur la manière 
dont on chassait autrefois le flammant. Aujourd'hui on 
emploie, pour le tirer, les mêmes moyens que pour les 
autres oiseaux de rivage. 

Les grands étangs salés dont nous avons parlé h La foulque. 
propos du flammant, ceux de Berre, d'Istres et de Mari- 
gnane, en Provence, sont couverts d'une multitude de 
foulques (2), qu'on y appelle macreuses. On leur faisait 
et l'on leur fait encore de grandes chasses avec des 
flottilles de bateaux , à certaines époques (3) , et l'on 
en tue des milliers. Des battues du même genre se 
faisaient autrefois en Lorraine , sur les étangs de 
Thiaucourt et d'Indre , et dans les environs de Paris, 
sur l'étang d'Enghien(4). Celle chasse était aussi en 
usage en Corse (5), et on la faisait, il y a quelques an- 
nées encore, sur le lac de Grandlieu, près Nantes, 
avec un bien moins grand appareil, il est vrai, que 
dans le Midi. 



le nom do flamenco, qui est le même que celui des habitants de 
Flandre? 

(1) Quelques individus emportés par les grands vents ont été tués 
dans l'intérieur de la France. Magné de Marolles en cite un tué à 
Sully-sur-Loire. 

(2) fulica (tira. — Morelle, judelle, josellc en Bretagne. 

(3) Cette chasse, dite à la rébalade, était autrefois seigneuriale. 

(4) Magné de Marolles, Buffon. 

(5) Magné de Marolles. 

II. 15 



— 22G — 

C'est un fort médiocre gibier qui n'a d'autre mé- 
rite culinaire que d'être mangé en maigre. 
i.a poule d'eau. La poulc d'eau(l) se mange également- en maigre, 
et sa chair est un peu meilleure. Elle ressemble beau- 
coup à la foulque et porte comme elle une plaque 
membraneuse sur le front , mais elle est de moitié 
plus petite. On la trouve partout oii il y a des eaux 
couvertes de joncs et d'herbes. 
Leiiéiican. Lc plus gros de nos palmipèdes est le pélican ('2), 
fameux autrefois par son dévouement à sa famille et 
remarquable sur toutes choses par l'énorme poche 
qu'il a sous le bec. 

Le pélican est rare en France, surtout dans nos 
provinces septentrionales. On en trouve de temps en 
temps quelques-uns sur les lagunes de la Méditer- 
ranée (3). Quiqueran de Beaujeu raconte que de son 
temps un oiseau inconnu fut tué sur l'étang d'Arles. 
« Les pieds, dit-il , étaient de la forme de ceux d'une 
oie, et le gosier si large, qu'on y avait fait entrer un 
pavois de navire de 1 pied et J/2 de large en tous 
sens [i). » 



(1) Gallimila clilorojnis. — La porzane ou grande poule d'eau (f/alli- 
nula major) et la poulette d'eau {(jallinula mitior), qui ne sont proba- 
blement que des variétés de l'espèce commune , sont fort rai-es en 
France. 

(2) Pelecamis onocrolaJus. 

(3) Quelques individus égarés apparaissent de loin en loin sur 
d'autres points du territoire français. Deux pélicans tués, l'un en Dau- 
phiné, l'autre sur la Saône, se voyaient autrefois au cabinet d'histoire 
naturelle. Buffon en cite un autre tué sur un étang entre Dicuzc et 
Sarrebourg en Lorraine. 

(4) Magné de Marolles, Biifl'ou. 



— 227 — 

Le cormoran (1), assez semblable au pélican, sauf Lecormoiau. 
la poche (2), se tient sur les bords de la mer, où il 
détruit énormément de poissons. Quelquefois ils se 
hasardent dans l'intérieur des terres et viennent s'éta- 
tablir près de quelque étang bien peuplé où ils font 
de terribles ravages. 

Ce cas se présentait beaucoup plus souvent au 
moyen âge, lorsque les étangs et les viviers étaient 
multipliés à l'infini. On chassait alors les cormarens 
avec l'autour, et on les mangeait rôtis, quoique leur- 
chair soit aujourd'hui considérée comme d'un goût 
détestable (3). 

Les Chinois se servent de cormorans dressés pour 
prendre les poissons. Ces oiseaux ont le bas du col 
serré par un anneau de métal qui les empêche d'a- 
valer complètement leur proie; on leur fait aussitôt 
rendre gorge et on les récompense en leur donnant 
un morceau de viande crue. 

Celte manière curieuse de pêcher fut introduite en 
Europe par les Hollandais, au xvn' siècle. Un Fla- 
mand vint à la cour de France, sous Louis XIII, avec 
deux cormorans dressés, et en donna le spectacle au 
Roi, qui voulut en avoir sur ses pièces d'eau, notam- 
ment à Fontainebleau (4). 

On voit, dans VËtat de la France de l'année 1698, 



(1) Pekcanus carho. 

(2) Son plumage noir lui a valu son nom français {corvus niarinus, 
rormaren au moyen âge) et celui de phalacrocorax ou corbeau chauve 
qu'il portait chez les Grecs. 

(3) Gace de la Buigne, — Ménagier de Paris. 

(4) D'Arcussia, Legrand d'Aussy, Magné de Marolles. 



— 228 — 

([u'il y avail alors à Fonlainebleau un garde des cor- 
morans qui était logé dans le parc. Ce fonctionnaire 
existait encore en 1736 (1). 

Le Mercure d'octobre 1713 nous donne une des- 
cription magnifique du spectacle que présentaient 
ces pèches au cormoran et les cortèges somptueux 
auxquels elles servaient de prétexte. « Il y a eu deux 
fois la semaine pèche du cormoran et promenade 
royale le long du canal (de Fontainebleau). Le Roi 
menoit lui-même sa calèche ainsi que M""' la duchesse 
de Berry la sienne, qui marchoit toujours à côté de 
celle du Roi , et qui étoit toute dorée , de môme que 

les harnois des chevaux Ces deux calèches étoient 

entourées de Mgr. le duc de Berry, de M. le duc d'Or- 
léans, de M. le comte de Charolois, deM^^la princesse 
de Conty, de M*"* de Charolois et de plusieurs autres 
dames superbement vêtues en habit de chasse, achevai, 
de même que la plupart des seigneurs de la cour. 
Immédiatement après, suivaient plus de cent carrosses 
à six et à huit chevaux (2). » 

En Espagne (3) et en Angleterre on s'est servi aiissi 
de cormorans pêcheurs. 11 y a môme eu, dans ce der- 
nier pays, des tentatives récentes pour remettre ce 
sport en usage (■4). 
Les cygnes. Lcs Mvcrs rigourcux nous amènent deux espèces 



(1) Élals (le la France. 

(1) Voir aussi Dangeau, t. XIV. 

(3) Espinar. 

(4) Biiiron. — Falconry, hy G. E. Frcenian and capt. Salvin.— M. le 
comte Le. Gouteulx a eu aussi dornièrenient des cormorans dressés 
dans son château de Saint-Martin (Eure). 



— 229 — 
de cygnes sauvages (l) qui ne diffèrent que par la 
couleur de leur bec. Ces cygnes sont d'une blancheur 
moins pure que celle des cygnes domestiques, et 
leur voix est un peu moins discordante, sans justifier 
toutefois les fables poétiques dont elle a été pendant 
si longtemps le thème gracieux (2). 

Au temps passé, lorsque les cygnes étaient oiseaux 
es délices françoises (3), on voyait en beaucoup de lieux 
des cygnes à demi sauvages qui se reproduisaient en 
liberté. On disait au xvi® siècle que la Charente était 
couverte de cygnes, pavée de truites et bordée d'écre- 
visses(4). Des troupes nombreuses de ces beaux oi- 
seaux ornaient les étangs de Chantilly et d'Enghien, 
et n'en ont disparu qu'à la révolution (5). Sur la 
Mare de Pirou, à trois lieues de Coutances, qui était 
un véritable lac de 1,400 mètres de longueur, une 
peuplade de cygnes se multipliait à l'état libre de- 
puis un temps immémorial. En 1783, les grandes 
gelées les chassèrent de cet asile et les disper- 
sèrent dans le bocage normand , où ils périrent 
tous (6). 

Sur la Seine, près de Passy, existait encore naguère 



(1) Le cygne à bec rouge {cygnus olor) et le cygne à bec noir {cy- 
fjnus meianorlujnchus). 

(2) Au moyen âge, on appelait ces oiseaux cygnes cornans (Gace de 
la Buigne). Sur le chant du cygne, Voir Bulfon et Magn-é de MaroUes. 

(3) Belon. 

(4) Théâtre d'agricullure d'Olivier de Serres. 

(5) 11 y a une quarantaine d'années , il existait encore quelques cygnes 
en liberté sur l'étang d'Enghien. 

(6) Magné de Maroiles. 



sauvages. 



— 230 — 

une île nommée Vîle des Cygnes, en souvenir de ceux 
auxquels elle avait jadis servi de retraite (1). Sous 
Louis XIV, il y en avait aussi beaucoup sur la Seine 
entre Pont-de-l'Arche et Rouen (2). 

Au moyen âge, on volait le cygne avec le faucon et 
Vautour (•']). Dans les temps modernes, ce magnifique 
gibier, devenu beaucoup plus rare, n'a jamais été 
chassé que fortuitement avec les autres oiseaux de 
passage. 

Les oies Ycrs la Saint-Martin , on voit passer dans les airs 
des troupes considérables d'oies sauvages (4t] volant en 
ordre régulier et annonçant au loin leur présence par 
ce cri métallique que les Romains exprimaient si bien 
par le mot de clangor. 

L'oie sauvage diffère de l'oie domestique par sa 
taille plus petite, ses pieds plus minces et couleur de 
chair, et son plumage constamment gris brunâtre. 

Ces oies, pendant leurs migrations, se reposent 
pendant le jour dans les champs ensemencés, où elles 
font de grands dégâts, et pendant la nuit sur les étangs 
et les rivières. 

Ce sont des oiseaux très-défiants, très-rusés, qu'on 



(1) Ces cygnes descendaient peut-être de ceux que Louis XIV avait 
fait mettre sur la Seine. « Étant sous la protection particulière de 
S. M., écrivait Colbert à l'intendant de Normandie, en 1G8G, Elle veut 
non-seulement qu'aucun n'y touche , mais même (pie chacun prenne 
l)laisir à avoir un ornement de cette qualité sur la rivière. » (Revue 
fies Deux-Mondes, 15 décembre 1861.) 

(2) Dans la lettre f[ue nous venons de citer, Colbert recommande 
re? cygnes aux soins de l'intendant. 

(3) Gace de la Buicne. 
(i) Anser ciiirniis. 



— 231 — 

ne peut approcher qu'en employant toutes sortes de 
stratagèmes. Au moyen âge, comme tous les autres 
oiseaux aquatiques, les oies sauvages qu'on nommait 
gentes(\], beaucoup moins tourmentées, et trouvant 
de tous côtés des marais et des étangs à leur conve- 
nance, étaient moins difficiles à joindre, et l'on les 
chassait souvent avec les faucons et les autours (2). 

Les oies sauvages s'en retournent au printemps 
dans les pays septentrionaux et ne nichent point en 
France. 

Il n'y a qu'une exception connue à ce fait , c'est 
l'existence, sur les fossés du fort château de Pirou, en 
Normandie, d'une peuplade d'oies sauvages qui y 
venaient pondre et couver dans des nids disposés ex- 
près , et parlaient au printemps avec leur progé- 
niture. 

Cette singularité ornithologique, considérée comme 
une des merveilles de la province, a été constatée par 
différents auteurs, dont le plus ancien est André 
Duchesne (3). 

Il en est encore fait mention au commencement du 
xvnf siècle , par Vigneul de Marville (i) ; à la fin de 
ce siècle, personne n'avait souvenance d'en avoir été 
témoin (5). 



(1) Du tudesque gans. 

(2) Gace de la Buigne. 

(3) Antiquilez el. recherches des villes, chdleaux, elc. Pat-is, 1637. 

(4) Mélanges d'Hîsloire el de Litlérature. Paris, 17'25. 

(5) Magné de Marolles. — Cet auteur suppose que la triple enceinte 
de fossés qui entourait le château offrait aux oies sauvages un asile 
d'autant jilus attrayant qu'on avait le plus grand soin de ne pas les 
troubler. On pi'ul croire aussi que ces oies descendaient d'oies dômes- 



— 232 — 

L'oie sauvage des moissons se montre assez fré- 
quemment en France ; l'oie rieuse est beaucoup plus 
rare (1). 
Les beinadies. Lcs froicls Ics plus rigourcux peuvent seuls diriger 
vers nos climats tempérés les bernaches et les cra- 
vanls, qu'on a souvent confondus avec elles (2). 

Ces oiseaux ne quittent guère les bords de la mer. 
Cependant, durant les grands hivers de 1740 et de 
1765, les cravants se répandirent de toutes parts dans 
les plaines de Picardie et firent des ravages considé- 
rables dans les terres ensemencées. Ils se laissaient 
alors approcher de très-près, et l'on en tua à coups de 
pierres et de bâtons. Il en reparut beaucoup en 
1776, mais ils ne quittèrent point la mer et se mon- 
trèrent plus farouches (3). 

La bernache , qui ne fait jamais son nid dans les 
climats tempérés, a été pendant plusieurs siècles le 
sujet des contes les plus ridicules. Jusqu'au xvn^ siècle, 
des savants ont soutenu que ces oiseaux s'engendraient 
dans certaines coquilles nommées anatifs et conques 
anaîifères, ou dans les bois pourris des vieux navires. 
Selon d'autres, les fruits qui poussaient sur certains 
arbres des îles Orcades et des côtes d'Ecosse tombaient 



tiques débauchées par des oies sauvages au moment du départ de ces 
palmipèdes, et qui seraient venues reprendre leurs habitudes fami- 
lières au retour, comme cela arrive assez souvent i)our des ca- 
nards, 
(t) Anser segclum., aiiscr albifrons. 

(2) Atiser leucnpsis. ansf'r lonjualus. 

(3) Buiîon. 



— 233 — 
dans la mer à leur maturité et se transformaient en 
bernaches(l). 

C'est par suite de ces idées baroques que la bernache 
est considérée comme gibier maigre. 

L'oie d'Égyple, ou bernache armée (2), aux pieds Loie 
rouges, au plumage roussâtre, portant au pli de l'aile 
un court éperon, s'égare parfois jusque dans nos con- 
trées. Celle que BufFon fit peindre dans ses planches 
enluminées avait été tuée près de Sentis (3). 

Parmi les palmipèdes, la nombreuse tribu des ca- 
nards est celle qui offre à nos chasseurs la plus abon- 
dante proie. 

Le canard sauvage ordinaire (i) est de passage chez Les canards 
nous comme tous les autres oiseaux aquatiques; tou- 
tefois, un grand nombre d'individus restent au prin- 
temps sur nos étangs et nos marais et y font leur 
ponte. Les petits éclosent d'ordinaire en mai et quit- 
tent nos climats au commencement d'août, quand 
leurs plumes sont assez fortes pour leur permettre 
d'entreprendre le long voyage qu'ils ont à faire pour 
rejoindre leurs congénères dans le Nord. On les 
nomme alors halbrans{^). 



(1) Buffon prend la peine de donner la liste de tous les auteurs 
qui ont attesté ces contes absurdes depuis "Vincent de Beauvais, qui 
écrivait au xiii= siècle, jusqu'à feu M. Graindorge, docteur de la faculté 
de médecine, de Montpellier, dont le traité sur la question fut publié 
en 1G80. 

(2) Ausei' varius. 

(3) En 1820, il en fut tué une sur la Seine, près de Saint-Germain- 
e n-Laye. — En 18G1 , un garde-chasse tua trois oies d'Egypte sur 
l'étang du Vivier, près de Fontenay-en-Brie. 

(4) Anas boschas. 

'5) En langue tudi^îque balber anot , deini-canurd. {llalbcr enler, on 
nllomand modornn.') 



— 234 — 

Les autres espèces de canards paraissent pour la 
plupart en novembre, et partent en février ou mars. 
Le souchet et le tadorne couvent on février et mars, 
quelques couples restent sur nos côtes et dans nos 
grands marais pour y faire leur ponte. 

Les plus connues de ces espèces sont : 

1° Le tadorne (1), remarquable par sa grande taille, 
la beauté de son plumage et son habitude de nicher 
dans des terriers (t) . 

"1° Le millouin (3), dont la chair est estimée comme 
gibier maigre. 

3° Le millouinan [A], presque semblable au précé- 
dent, mais beaucoup plus rare. 

4° Le siffleur ou vingeon (5). 

5° Le chipeau ou ridenne (6). 

(5° Le morillon (7). 

7" La macreuse [8). 

8** Le pilet, auquel les longues plumes pointues de 
sa queue ont fait donner le nom de p&iinard ou faisan 
de mer [^). 



(1) A7ïas ladorna. 

(2) D'où le nom de vhcnalopex, vulpunser, ou oie-renard. 

(3) A?ias ferina. En Brie, inoreton: en Bourgogne, rougeol: en 
d'autres provinces, molleton, (liijcon. 

(4) Anas marila. 

(5) Anaspenelope. Penni,on bas-brelon-, morclon, oignard, oigne. 
(0) Anas slrejjera. Rousseau en Bi-etagne. 

Ci) Anas fuligula, rolée, Jacobin. 

(8) Anas nigra. — On a attribué aux macreuses la même origine 
qu'aux bernaciics. 

(9) Ayias acula,— bonis en ))rovcnoal. Toutes ces espèces hantent les 
bords de In mei', qiU)iipi"on on li'uuve aussi sur les grands étangs et les 
marais. 



— 235 — 

0° Le soucliel ou rouge (1), reuoiiuné pour l'ex- 
cellence de sa chair, et reconnaissable à son large 
bec en forme de cuiller (2). 

10° Le garrot, vulgairement appelé quatre-:;-yeux à 
cause des taches blanches que le mâle porte aux 
coins du bec (3). 

Les sarcelles ne diffèrent des précédents que par 
l'exiguïté de leur taille (4). On en connaît deux es- 
pèces : la sarcelle commune, ou sarcelle d'hiver (5), 
qui nous arrive en novembre et nous quitte en avril; 
la sarcelle d'été , improprement appelée petite sar- 
celle (6), qui reste en France toute l'année et niche 
sur nos étangs. 

C'est n peine si l'on peut compter parmi notre gi- 
bier d'eau les harles au bec cylindrique, crochu à 
l'extrémité et dentelé comme une scie , au plumage 
éclatant et varié (7). Ces oiseaux ne paraissent que 
rarement dans nos contrées et seulement pendant des 
hivers exceptionnellement froids. On donnait autrefois 
au grand harle le nom de bièvre, et sa chair était consi- 



(1) Anas clypeala. 

(2) D'où son nom de roiige à la aiiller et de canard-ciiiUer ou ca- 
nard spatule. 

(3) Anasclancjula. En Lorraine, canard de Hongrie: en Alsace, ca- 
nurd-pie. Le souchet et le garrot se tiennent de préférence sur les 
eaux douces. 

(4) « Qui se figure un canard de petite corjiulence, dit Belon , aura 
image de la sarcelle. » 

(5) Anas querciuedula. Morelon, en Poitou; gar{/aiicy, en Picardie; 
arcunelle, racanellc, marcanelle, tiers, gursotte en divers lieux. 

(Cj Anas crecca. Criquet ou criquard en Picardie. 

(7) Le grand harle (mergus merganser) bec-scie; le harle huppé 
(mergus scrrutor) , très-rare en Franco; le harle jiii'tto {mrrgus al- 
bcllus). 



Les halles. 



— 236 — 

(Jérée comme si mauvaise, même en ces temps peu déli- 
cats, qu'on disait proverbialement que pour régaler 
le diable il fallait lui servir hièvre et cormoran (Ij. 
usgrèks. Les grèbes (2), très-recherchés pour leur plumage 
soyeux et argenté dont on fait de belles fourrures, 
ne sont pas véritablement palmipèdes, car la mem- 
brane qui garnit leurs pieds est découpée en larges 
palettes qui bordent les doigts. Aucun oiseau n'est 
cependant plus complètement aquatique. Ils volent 
mal, ne peuvent pas du tout marcher, plongent admi- 
rablement et nagent habituellement avec la tête seule 
hors de l'eau. 

Les grèbes fréquentent également la mer et les eaux 
douces. On en trouve sur les côtes de la Bretagne, de 
la Normandie et de la Picardie, sur le lac de Genève, 
sur ceux de Nantua et de la Savoie, sur le lac de 
Grandiieu , près de Nantes (3), et sur certains grands 
étangs de Lorraine et de Bourgogne. 

Quoique la chair des grèbes soit grasse et assez 
bonne, c'est surtout pour leur dépouille qu'on leur 
fait la chasse. Sur le lac de Genève, on les poursuit à 
outrance avec des barques légères, conduites par des 
rameurs vigoureux, et on les tire au moment où, après 



(l)Belon. 

(2) Les espèces qu'on rencontre en France sont : le grèbe huppé 
{podiccps crislaliis) et le grèbe cornu (podicips cumulus), plus rare 
que le ])récédent; le castagncux {podiccps minor) ne vaut jias la peine 
d'être chassé. 

(3) Les grèbes sont connu? en ce inivs sous le nom de luiiquois. 11 \- 
en a ([uelquefois sur l'étang appelé la Grctnd'mare , près de Quille- 
bœuf, où on les confond avec les plongeon? sous le nom de cal-marin. 



— 237 — 
avoir plongé, ils reparaissent à la surface de l'eau. Du 
temps des fusils à pierre, on avait grand'peine à les 
atteindre, leur prestesse à plonger étant telle, qu'ils 
avaient le temps de disparaître au moment où brûlait 
l'amorce, avant que le plomb put les frapper (1). 

La famille des palmipèdes compte encore dans ses 
rangs de nombreuses espèces de plongeons, de guille- 
mots, de goélands, de mouettes, de pétrels, d'hiron- 
delles de mer qui fréquentent nos côtes. Ces oiseaux, 
qui ne vivent que de poissons et dont la chair huileuse 
est d'un goût détestable, ne méritent pas le nom de 
gibier et n'obtiennent l'honneur d'un coup de fusil 
que de quelques touristes désœuvrés, ou de quelques 
chasseurs passionnés, qui veulent à tout prix faire 
parler la poudre. 



(1) Magné de Marolles. — Tl ajoute que cette chasse était fatigante 
et peu fructueuse, et que le chasseur s'estimait heureux de tuer deux 
ou trois grèbes dan^ sa journée. 



diurnes. 



Bocliirnes. 



CHAPITRE III. 

Oiseaux de proie. — Rapaces diurnes et nocturnes, 
corvidés. 



Nous comprenons dans la classe malfaisante des 
oiseaux de proie, avec les rapaces au bec crochu el 
aux griffes acérées, la grande tribu des corvidés^an bec 
droit, fort et tranchant. 

Rapaces Parmi les rapaces diurnes ou accipitres, quelques 
espèces étaient jadis employées par l'homme en qua- 
lité d'auxiliaires. Il en sera parlé plus loin, quand 
nous traiterons de la fauconnerie. D'autres espèces, 
comme le milan, la buse et le fau~perdrieu ou bu- 
sard (1), servaient de proie à leurs congénères, dressés 
par le fauconnier à les poursuivre, comme le veneur 
dressait ses chiens à chasser le loup et le renard. 

r.apaces Dc mémc, parmi les oiseaux de proie nocturnes, le 



(1) Le milan, inilriis riihjaris; lu hiisc, hulco nil/jnris: \i' )';iii-]m?i-- 
driou ou liusard, buleo .rnifjinoxus. 



— 230 — 

grand-duc (I) et la choiielte (2) étaient mis en œuvre 
pour attirer des oiseaux dans les pièges, sous le fusil 
du chasseur ou à la portée du faucon dressé, tandis 
que le chat-huant (3) était poursuivi par les oiseaux 
de fauconnerie. 

Les autres rapaces, considérés comme des concur- 
rents fort nuisibles par les chasseurs, sont mis à mort 
sans autre formalité, toutes les fois que l'occasion 
s'en présente. 

Il en est généralement de même des corvidés [i], Les corvidés 
oiseaux essentiellement voraces et destructeurs, qui 
font plus de tort au gibier que les rapaces eux-mêmes, 
enlevant avec une audace inouïe les œufs et les petits 
des perdrix et des faisans, les levrauts, les lapereaux, 
et tout animal trop faible pour leur résister. 

On chassait assez souvent la pie et la corneille 
avec le faucon. Le plus souvent on prenait toutes ces 
mauvaises bêtes à la pipée, en exploitant leur haine 
contre les oiseaux nocturnes. On les attirait aussi avec 
un duc pour les abattre à coups de fusil et en délivrer 
les environs des faisanderies (5). Quelquefois aussi, 



(1) Strix hubç. 

(2) Sous le nom de chouette, on comprend vulgairement plusieurs 
espèces différentes : le hibou brachyote {slrix bracln/olos), l'effraie 
{strix flammea) et la chevêche ou petite chouette (slrix passerina). 

(3) Slrix aluco. 

(4) Nous réunissons sous ce nom tous les oiseaux à Ijcc fort et droit, 
compris par Linné dans son ordre des corbeaux (corvus), savoir : le 
grand corbeau {corvus corax), — la corbine ou grande corneille {cor- 
vus corone), — le freux ou frayonne {C. friigilegiis)'., — le choucas 
{('. moneclula) , — la corneille mantelée {C. cornix), — la pie {corvîis 
pica), — le geai {corvus garrulus). 

(5) Buffon, art. Grand-duc. — Ridinger. 



— 240 — 

dans des bois de haute futaie, oii les corneilles, les 
freux et les choucas nichent en quantité prodigieuse, 
on s'amusait à tuer les cornilleaîix, au moment où ils 
commencent à se brancher (1). 

Nous ne dirons rien de la huppe, du torcol, du cra- 
paud volant, du guêpier, du rollier, du casse-noix, 
que Magné de Marolles a inscrits, l'on ne sait trop pour- 
quoi, sur sa liste d'oiseaux de chasse. Il en sera de 
même du coucou, quoique sa chair fut fort prisée au 
xvi" siècle (2), et du pivert ou bequebois, qui eut ce- 
pendant l'honneur d'être chassé par les faucons de 
Sa Majesté Louis XIII (3). 



(1) Cette chasse se faisait avec l'arbalète au xv siècle. (Voir le Ména- 
gier de Paris, t. H.) On se servit plus lard des armes à feu. — Magné de 
Marolles dit avoir pris plaisir à ces chasses dans le parc du château de 
Lonray, près d'Alençon. Elles duraient une quinzaine de jours, et l'on 
tuait un nombre incroyable de cornUleaux , dont les paysans des en- 
virons faisaient chère lie. En un jour, cinq tireurs en abattirent cent 
cinquante. 

(2) Selon Champier, le coucou pris au nid, lorsqu'il commence à 
voler, est un mets incomparable (Legrand d'Aussy, t. II). Les corneilles 
mantelées étaient alors assez estimées; lorsque le froid les avait en- 
graissées, on les accommodait aux choux. (Fbid.) 

(3) D'Arcussia. — Le guêpier (en provençal sercna) a aussi été 
ciiassé au faucon pendant le moyen âge. 



LIVRE IV. 

HISTOIRE DES CHIENS DE CHASSE fl] 



CHAPITRE PREMIER. 

De l'origine des chiens de chasse et de leur emploi 
chez les peuples de l'antiquité. 



§ 1. ORIGINES DU CHIEN. 

Depuis les temps les plus reculés, l'homme a su se 
faire des alliés de certains animaux, et les employer à 
faire la guerre aux autres. C'est ainsi qu'il a réduit à 
l'obéissance et dressé à son service, parmi les qua- 
drupèdes, le chien, le cheval, le guépard et le furet (2); 



(1) Un extrait de ce travail a fjaru en 1863 dans le Bullelin de la 
Société d'acclwialalion et dans le Journal des chasseurs. 

(2) Comme nous l'avons dit précédemment, les Égyptiens paraissent 
de plus avoir dressé des chats à leur rapporter le gibier. Il semble 
même qu'ils se servaient de lions apprivoisés comme auxiliaires à la 
chasse. (V. Wilkinson.) 

II. <6 



— 242 — 

parmi les oiseaux, les faucons et quelques autres 
espèces de proie, nocturnes et diurnes. 

L'instinct de ces divers animaux les rend propres 
chacun à un genre de chasse particulier : le cheval à 
la vénerie, les oiseaux de proie à la fauconnerie, le 
furet à la chasse des lapins ; le chien seul figure dans 
presque toutes les chasses, et, à vrai dire, il n'y a de 
chasses réellement dignes de ce nom que celles où il 
trouve son emploi, soit comme auxiliaire principal, 
soit comme accessoire. 

L'origine de nos chiens domestiques a, de tous 
temps, beaucoup préoccupé les naturalistes. Bufîon et 
son école voient dans le chien une espèce parfaitement 
distincte de toute autre et passée, presque en entier, 
à l'élat de domesticité. D'autres en font une variété 
apprivoisée du loup d'Europe (1). 

Cette question perdrait beaucoup de son impor- 
tance si, comme le veut un zoologiste, il était reconnu 
que le loup, le chacal, les chiens existant encore à 
l'état sauvage, et les chiens domestiques, ne sont que 
des variétés d'une même espèce, qui, par le croise- 
ment, donnent naissance à des individus susceptibles 
eux-mêmes de se reproduire (2). 



(1) Le loup a certainement contribué par des croisements à la forma- 
tion de plusieurs de nos races canines. Les lévriers gaulois {i-'crlrafji) 
passaient dans l'antiquité pour être issus d'un chien et d'une louve, et 
les Arabes du Sahara disent la même chose de leurs slougiiis. 

Les anciens croyaient aussi que les fameux chiens alopécides de 
Laconie descendaient du renard (alopex). Le croisement entre chiens 
et renard étant fort rare, sinon impossible, quoi qu'en disent les mon- 
tagnards suisses (voir Tschudi), il y aura eu confusion avec le chacal. 

(2) Boitard, le Jardin des Plantes. 



— 243 — 

L'opinion qui paraît, de nos jours, compter le plus 
de partisans dans la science, et qui présente, en effet, 
les caractères de la plus grande vraisemblance, est 
celle que mit au jour Geoffroy Saint-Hilaire, et que 
soutient avec beaucoup de constance et d'énergie le 
savant M. de Quatrefages, appuyé sur les recherches 
de naturalistes éminents, comme Guldenstœdt, Pallas, 
Empricht, Ehrenberg, Nordmann, etc. Ces zoologistes 
voient dans le chacal {canis aureus) l'espèce souche du 
chien et de ses mille races (1). 

« Sans être la première de nos conquêtes sur la 
création vivante, le chien est incontestablement un des 
animaux les plus anciennement domestiqués. Il est 
nommé dans les Védas, le Zend-Avesta, les King, 
c'est-à-dire dans les plus vieilles archives de l'huma- 
nité. Il figure sur les murs de Ninive et sur ceux qu'ont 
élevés les premières dynasties égyptiennes. Dans ces 
peintures, dans ces bas-reliefs, on le voit montrant 
parfois des oreilles tombantes, indices d'une sujétion 
déjà ancienne. 

« C'est donc au delà de ces monuments et dans la 
nuit des temps anléhistoriques qu'il faut, presque 
toujours, aller chercher la solution du problème que 
je viens de poser. Ne soyez pas surpris si cette solution 
n'est encore ni générale ni bien précise (2). » 



(t) Voir les deux discours prononcés par M de Quatrefages en 1862 
et 1865, dans les Bulktina de la Sociélc d'acclimatation. Suivant les 
anciens, les metagont.es, chiens courants renommés, descendaient du 
thos ou chacal. 

(2) Discours prononcé à l'occasion des récompenses distribuées à 
l'exposition des races canines en 1865, par M. de Quatrefages. 



— 244 — 

Comme la grande majorité de nos animaux domes- 
tiques, les chiens de notre Europe sont très-probable- 
ment originaires de l'Asie centrale, région où les cha- 
cals sont très-nombreux (Ij. Le chien ne paraît pas 
avoir été connu de ces premiers habitants de nos con- 
trées, dont on trouve les haches de silex grossièrement 
taillées avec les os des rennes, alors fort communs en 
France, des hyènes et des ours des cavernes (2). Les 
restes du chien domestique n'ont pas encore été dé- 
couverts dans les premiers ossuaires humains de l'Eu- 
rope occidentale, et on n'a pas constaté l'empreinte 
de ses dents sur les débris de repas dont il n'eût pas 
manqué de s'adjuger sa part. Deux races de chiens 
sont, au contraire , arrivées d'Orient, sans doute 
avec la race humaine qui savait déjà polir ses armes 
et ses outils de pierre, et qui a fondé les villages la- 
custres de la Suisse, de la France et de l'Italie (3). 

De ces chiens primitifs sont descendues les races 
canines de l'ancienne Gaule, dont quelques-unes se 
sont propagées jusqu'à nos jours. Avant de procédera 
leur examen, nous allons jeter un rapide coup dœil 
sur celles dont se servaient, pour leurs chasses, les 
grands peuples de l'antiquité. 



(I) Quelques races ont pu être importées postérieurement d'Afrique, 
comme les lévriers, connus de l'antique Egypte et descendus, suivant 
toute apparence, du chacal d'Abysslnie {canis siineiisis). 

(?) Voir les intéressants travaux de M. Lartct. 

(3) Troyon, Habitaiio7is lacvshrs. — Quatrefages. 



— 215 



§ 2. DES CHIENS DE ClfASSE PENDANT l'aNTIQUITÉ. 



Les monuments de l'antique Egypte nous ont con- 
servé les portraits parfaitement reconnaissables des 
diverses races de chiens dont on faisait usage à la 
chasse sur les bords du Nil, dès une époque très- 
éloignée. On distingue aisément parmi ces chiens des 
lévriers à poil ras, de couleur fauve ou ardoisée, des 
chiens courants blancs et orangés, ou noirs marqués 
de feu ; des terriers ou bassets à pattes courtes et à 
oreilles droites (1). En certains lieux on rendait aux 
chiens des honneurs divins, et l'on conservait religieu- 
sement les cadavres embaumés de la race canine (2). 

Les Assyriens et les Perses possédaient également 
des meutes extrêmement nombreuses, auxquelles ils 
attachaient le plus grand prix. Après la conquête de la 
Babylonie par des Perses, le revenu de quatre villes 
fut affecté à Tentrelien des chiens de chasse du Roi. 
Ces chiens étaient de race indienne (3). 

Les Grecs tenaient leurs chiens en singulière estime 
el leur attribuaient une origine presque divine (4). 



Chiens de 

cluisse chez les 

l-'.^'ypliens. 



C.hn les 

Assyriens 

elles 

Perses . 



Chiens 

de liiasse chi;'. 

les Grecs. 



(1) Wilkinson. — Peintures du musée égyptien de Berlin. (Voir la 
note A à la lin de ce volume.) 
('2) Pcir e.xemple, dans la ville de Cynopolis : 

Oppida Iota caneiii vencranlur, nemo Dianam. 

(Juvénal.) 

(3) Hérodote. — Voir aussi Vlllnstralcd London news, janvier 1857. 
I^s chiens représentés dans les has-reliel's assyriens sont des animaux 
d'un aspect leroco et d'une taille énorme. Ces chiens combattent le 
lion, le taureau et l'onagre. 

(4) Le chien, dit Xénoplion, est une invention des dieux. 



— 246 — 

Dans leurs traditions mytliologiques, c'était le Dios- 
cure Castor qui, le premier, avait chassé avec des 
chiens courants. Homère, qui a chanté la fidélité d'Ar- 
gos(l), le chien d'Ulysse, compare souvent les guer- 
riers grecs et troyens aux chiens courants qui pour- 
suivent un faon à la piste ou combattent un sanglier 
aux abois (2). Alexandre le Grand avait un chien de 
chasse nomméPérilos, qu'il aimait fort etdontil donna 
le nom à une des villes qu'il fit édifier dans l'Inde. 

Xénophon a consacré plusieurs pages de son livre 
aux chiens courants laconiens (3) et crétois , ainsi 
qu'aux chiens de force qu'on tirait de l'Inde et de la 
Locrie. Le portrait qu'il trace du chien courant est 
resté un modèle achevé [A). L'éducation et l'hygiène 
d'une meute grecque sont aussi traitées de main de 
maître dans la Cynégétique. 

Outre les chiens mentionnés par Xénophon, les* 
Grecs faisaient grand usage, dès cette époque, de 



(1) <i Jadis les jeunes chasseurs conduisaient Argos ( le blanc) à la 
poursuite des chèvres sauvages, des cerfs et des lièvres... Nulle proie 
n'échappait à sa vitesse, lorsqu'il la poursuivait dans les profondeurs 
des épaisses forets, car ce chien excellait à connaître les traces du gi- 
bier. » (Odyssée, liv. XVII.) 

(1) "Voir divers passages de VIliadr. Dans VOdi/ssre il est parlé d'un 
riche manteau dont la broderie représente un chien tenant un faon 
sous ses pattes de devant. (Liv. XIX.) 

(3) Il y avait deux races de chiens de Laconie, les castorides et les 
alopécidcs. 

(4) Le chien type de Xénophon était léger, bien proportionné, alerte, 
bien gorgé et collé à la voie; il avait la tête courte et nerveuse, le front 
haut, large et ridé, les yeux noirs et brillants, le col long et souple, 
la poitrine large, les omoplates séparées, les reins charnus, les hanches 
arrondies, la queue droite, longue et tine. les cuisses fermes et les 
pieds ronds. 



— 247 — 
chiens de force noumiés molosses, parce qu'ils élaieiit 
originaires d'un canlon de l'Épire nommé Molos- 
sie(l). 

Sous la domination romaine, les Grecs avaient con- 
servé leur goût pour l'espèce canine. Arrien donne 
dans son traité des préceptes judicieux sur le choix 
des chiens, leur éducation et les soins qu'il convient 
de leur donner. Il conseille à ses compatriotes 
l'importation des chiens gaulois. Oppien décrit aussi 
un chien modèle qui ressemble, trait pour trait, à 
celui de Xénophon. 

Aux chiens nés en Grèce et dans les contrées voi- 
sines , laconiens (2) crétois (3) , cariens , thraces , 
péoniens, chiens d'Argos, d'Arcadie et de Locrie, 
éléens, molosses, magnésiens, les Grecs associaient 
alors dans leurs meutes des races qu'ils faisaient venir 



(1) On n'a pas conservé de description exacte de ces chiens fameux 
dans toute l'antiquité ; mais on croit retrouver leur figure dans plu- 
sieurs monuments. C'étaient des animaux de très-grande taille, assez 
semblables à ces alans et à ces vaiUres employés au moyen âge à coiffer 
le sanglier. Us avaient l'oreille droite et de longs poils sur les épaules 
et l'encolure, comme la crinière des lions. 

(2) La race fameuse des chiens de Laconie avait subi de grandes 
modifications depuis Xénophon. probablement par suite de croisements 
.avec des lévriers gaulois et égyptiens. Virgile, Horace et Glaudien dé- 
peignent le laconien comme un chien très-vite, levrette, de couleur 
fauve, très-mordant et assez robuste pour combattre le loup : 

Veloces Spcn'ts calulos. (Virg., Geovg.) 
Fulvus laco)i, arnica vis pastoribus. (Horace.) 
Tenues lacœna;. (Glaudien.) 

(3) Les crétois étaient des chiens courants à poil rude, très-mor- 
dants, ayant du nez, de la vitesse, et très-adroits dans les pays difficiles. 
On en connaissait deux races, les indusiricux , {S'id-rovoi) et les ra- 
pides {nccy-ui). — Arrien, cop. Ul. 



— 248 — 

(Je Ibrl loin, comme d'Égyple, de Pannonie, de Sar- 
matie, des Gaules, de l'île de Bretagne et de l'Inde (1). 
Ils croisaient aussi toutes ces races entre elles (2). 

Les soins qu'il convient de donner à la meute, en 
état de santé comme en cas de maladie, sont exposés 
d'une manière très-complète par Arrien ; on voit dans 
son livre qu'il était déjà d'usage de faire coucher un 
valet de chiens dans le chenil, et de promener tous 
les jours les meutes. 
Chiens En fait de chiens, comme pour tout ce qui concer- 

(Ic chasse chez. 

les Romains, naît la chassc, les Romains ne firent guère que marcher 
sur les traces des Grecs. Ils employèrent les mêmes 
races canines, en leur adjoignant seulement les races 
italiennes, assez peu nombreuses, et surtout des races 
étrangères, que la vaste étendue de leur empire leur 
permettait de se procurer avec facilité (3). 

Comme chiens de force, ils se servaient d'acarna- 
niens(4),dedoguesgaulois et bretons, d'hyrcaniens (5), 



(1) Oppien. 

(2) Que le pannonien au crétois soit conjoint 
L'arcade et l'éléan, le caricn au thrace 
Et au tyrrhéuien la laconique race 

Et la lice ibérique au sarmatic, ainsi 
Le meslinge est fort bon. 
'Vénerie d'Oppien, trad. de Florent Chrestien, 1575.) 

(3) La vigilance fidèle du chien, dit Cicéron, son amour et sa llatterie 
pour ses maîtres, l'incroyable linesse de son odorat, son aptitude à la 
chasse prouvent qu'il a été créé pour être utile à l'homme. {De nuiurâ 
Deorum, lih. IL) 

(4) Canis illa suos lacilurua supervenil liosifs. (Gralius.) 

(5) Les hyrcaniens passaient pour être issus d'un tigre et d'une 
chienne, probablement à caus^ dp leur grande taUle et de leur robe 
tigrée. 



— 249 — 
(i'ibériens(l), de molosses, de pannoniens, de mèdes, 
indociles et courageux, de lycaoniens, de chiens énor- 
mes et féroces qu'ils liraient de la Sérique (2); ils 
faisaient encore venir des chiens de combat de Phères 
en Thessalie, d'Acyrus et d'Athamanie (contrée de 
l'Epire) (3). 

Leurs chiens courants les plus recherchés étaient 
des gelons, peu courageux, mais doués d'un odorat 
exquis (i); des perses, aussi braves que fins de nez (5); 
des étoliensclabaudeurs,mais très-coIlés à la voie; des 
laconiens; enfin des pélrouiens, des ombriens, des 
mélagontes et des gaulois. 

On ne connaît pas bien l'origine des chiens pétro- 
niens, le commentateur Vlit les croit de la Gaule- 
Belgique; on leur reprochait de ne pouvoir garder 
le silence avant l'attaque et de mettre sur pied les 
bêles par leurs cris intempestifs (6), Les chiens cou- 
rants d'Ombrie étaient peu courageux, quoique de 
grande taille, mais ils étaient renommés pour la fi- 



(1) On ne sait pas si ces chiens venaient d'Espagne un de l'Ibérie 
caucasienne. 

{2) La Sérique était le Thibet actuel. Ce pays produit encore des 
dogues d'une taille et d'une force prodigieuses (voir Richardson) dont 
la férocité répond complètement au vers de Gratins : 

Sunt qui Seras aluni, (/e7iusi>ilractabilis ira'. 

(3) Sur toutes ces races, voir le poème di^ Gratius et Ylit, Venalio 
novonliqua. Elzévir, 1645. 

(4) Les Gelons étaient un peuple sarmale, 

(5) ... Mnrlpuiqup oderr çielnni 

Sed natura sor/ax, prrsrs in ulroque parolus. 

(Gratius.) 
(G) Gratius. 



— 250 — 

nesse de leur odorat (l). On croisait les lices om- 
briennes avec des chiens gaulois (2). 

Les métagontes, dont la patrie est inconnue, four- 
nissaient d'excellents limiers. Gratius fait le plus 
grand éloge de cette race, qu'il choisit pour type du 
chien courant (3). Ce chien, dit-il, doit avoir la tête 
haute, les oreilles velues, la gueule grande, le flanc 
bien évidé, la poitrine profonde et la queue courte. 
Son poil rude doit former sur le col une sorte de cri- 
nière. Ses épaules sont robustes, ses pieds larges et 
fermes, ses cuisses et ses jambes de devant sèches et 
nerveuses [A]. 

Comme chiens de vitesse, les Romains avaient des 
lévriers gaulois, bretons et sicambres. 

Le poète Claudien, qui écrivait du temps d'Hono- 
rius, nous a laissé le tableau d'une meute romaine 
au V' siècle. Il s'agit de la déesse Diane, qui s'avance 
accompagnée de ses chiens, différents de forme, d'in- 
stinct et de race, les uns terribles parleurs morsures; 



(1) Scd fiigit advcrsos idem quos repperil hostes. 

(Gratius.) 

(2) Les Romains croisaient volontiers les races-, ainsi ils unissaient 
le chien d'IIyrcanie à une lice gélone et une lice de Calydon à un mo- 
losse. (Gratius.) 

(3) Nous avons vu qu'on les croyait issus du chacal ; ce qui concor- 
derait assez avec l'opinion des commentateurs qui leur donnent Me- 
tafçonium en Afrique pour patrie. 

(4) Outre ces diverses races, on trouve encore mentionné dans Né- 
mésianus un chien toscan dont la nature et l'emploi ne sont pas bien 
délinis. C'est un chien à longs jjoils, lent d'allures, ayant beaucoup 
de nez, très-utile pour quêter dans les prairies et indiquer le gîte du 
lièvre. Le colonel Smith, dans son ouvrage sur les chiens, croit que ce 
ranis txiscus était un épagneul de marais {tcater spatiirl). 



— 251 — 

les autres, chiens de grand pied et de haut nez (1) : 
ici frémissent les crétois au poil rude et les sveltes 
laconiens; là, les brelons, prêts à briser la puissante 
encolure des taureaux (2). 

Les auteurs théreu tiques latins entrent dans de 
grands détails sur la manière de nourrir et de dresser 
les chiens de chasse et de les guérir de leurs mala- 
dies (3). 

Les Romains couplaient leurs chiens comme nous. 
Ils les armaient, contre les sangliers et les loups, de 
colliers à pointes de fer. nommés milli ; pour des 
chasses moins périlleuses, ces colliers étaient ornés 
de franges en poil de blaireau, de coquillages et de 
corail. On y suspendait des amulettes, qui devaient 
préserver les chiens qui les portaient de la rage (4). 
Les soins des Romains pour leurs chiens allaient 
jusqu'à les conduire aux bains de mer, pour les guérir 
de la gale et à leur faire faire, en cas de certaines ma- 
ladies, des pèlerinages à un temple de Vulcain, situé 
dans une grotte du mont Etna, où des bains pris dans 



(1) C'est la traduction exacte des termes employés par Claiidien : 

. . . Variœ fomnis et çienlc scqwiuhir 
Ingemoque canes : illœ gravioribus aplœ 
Morsibiis, hœ pedibus celcrcs, hoe nare sagaces, 
Hirsulœque fremunt cressœ, lenueque lacœnœ 
Magnaque laiirorum fvacUirœ colla brilannœ. 

(2) C'est déjrà le buU-dog des Anglais. 

(3) "Voir Gratins. — Némésianus. 

(4) Ibidem. —On voit dans Gratins que In préjugi'' relatif à un ver 
qu'on arrarhe de la langue des jeunes rhiens pour les préserver de la 
rage existait déjà chez les Romains. 



— 252 — 
une fontaine de naplite complétaient l'effet des pra- 
tiques religieuses (1). 



(1) Voir Gratius. 



CHAPITHE II. 

Des chiens de chasse chez les Gaulois et les Francs. 



§ 1. DES CHIENS DE CHASSE CHEZ LES GAULOIS. 

Longtemps avant la conquête de leur pays par les 
Romains, les habitants de la Gaule transalpine se 
plaisaient à entretenir de nombreuses meutes de 
chiens, indigènes ou importés de l'île de Bretagne (1). 
Lorsque Biteuth, Roi desArvernes, 122 ans avant J.C, 
envoya au consul Domilius une ambassade solen- 
nelle, les Romains virent avec étonnement, au milieu 
des cavaliers éclatants d'or et de pourpre et des 
bardes qui chantaient les louanges de leur Roi, de 
l'ambassadeur et de leur nation, s'avancer la meute 
royale composée de chiens superbes, tirés à grands 
frais de la Bretagne et de la Gaule-Belgique. Ces 



(1) Dans les fouilles ex('?cutées près rie Dieppe, sur l'emplacement rie 
la cité gauloise de Limes, on a trouvé les ossements rl'un chien d'une 
variété très-voisine du loup ; sans doute un de ces métis dont parle 
Pline. (Mag. pillor., 1849.) 



— 254 — 

chiens servaient non-seulement à chasser l'ours et 
le bison, mais encore à combattre aux côtés de leurs 
maîtres (1). Lorsque le même Biteuth livra ba- 
taille aux Romains, sa meule prit place à l'extrémité 
de sa ligne de combat, et le Roi Arverne, jetant un 
regard de dédain sur les faibles bataillons de l'en- 
nemi, s'écria, dit-on, qu'il n'y avait pas de quoi faire 
curée à ses chiens (2). 

Après la conquête, les chiens gaulois devinrent à la 
mode chez les veneurs romains. Dès le règne d'Au- 
guste , Ovide compare Apollon poursuivant Daphné 
à un chien gaulois qui chasse un lièvre et qui, prêt à 
le saisir, précipite sa course, le museau allongé (3). 
Gratins fait également l'éloge des chiens gaulois; « la 
renommée célèbre les diverses races des chiens 
celtes. » (4). Pline parle de chiens gaulois issus d'un 
croisement avec le loup ; c'est parmi ces métis qu'on 
choisit dans chaque meute un chef que les autres 
suivent à la chasse et auquel ils obéissent, « car il 
règne, même parmi ces animaux, une sorte de disci- 
pline (5). » 



(1) Les chiens dos Cimbres, peuple que beaucoup d'historiens croient 
de race celtique, défondirent le camp de leurs maîtres après la défaite 
et le massacre de ceux-ci. 

(2) Florus, lib. III. — Paul. Oros., lib.Y. — Amédéc Thierry, llis- 
loire (les Gaulois, t. II. 

(3) [Jl canis in vaciio leporem cum Gallicits arvo 
Viclil, inhœsuro similis, jamjamquc Icnere 
Speral, et cxlenlo slrinyil vcsiiijia roslro. 

{MiHamorph., lib. I.) 

(4) Magnaque diversos exiollil oloria relias. 
Gratins les qualifie ailleurs f\'inco7isulli. 

(h) Nal. Histor., lih. VIII 



— 9 .'in — 



Le grammairien Pollux qualifie les chiens celles de 
généreux. Oppien les nomme parmi ceux « qui, par 
leur vigueur, l'emportent sur les autres, et que les 
chasseurs recherchent avec le plus de soin. » 

Arrien, qui déclare avoir écrit son traité de chasse 
tout exprès pour rendre justice aux chiens gaulois, 
inconnus de Xénophon et fort estimés des Grecs d*e son 
temps, en décrit avec soin deux races principales, les 
ségusiens ei]es vertragi. 

Les ségusiens tiraient leur nom du pays dont ils 
étaient originaires [Segusii , Segmiavi , peuples du 
Lyonnais et de la Bresse); c'étaient des chiens cou- 
rants égaux aux cariens et aux crétois pour la finesse 
de l'odorat, mais plus lents, et d'une mine triste et 
sauvage. Ils avaient le poil rude et hérissé, et ceux 
que les Grecs trouvaient les plus hideux étaient, au 
contraire, considérés en Gaule comme les meilleurs. 
En chassant ils criaient beaucoup, tant sur le gîte que 
sur les voies, mais d'un ton si lamentable, que les Gau- 
lois les comparaient à des mendiants implorant la cha- 
rité publique. 

Les vertragij « ainsi nommés, dit Arrien, à cause 
de leur vitesse (1), » étaient beaux de forme et de pe- 



(1) Ce nom de verlragus a mis à l'épreuve la science des étymologistes. 
Les uns l'ont dérivé du verbe latin verlere, tourner-, les autres ont été 
demander son interprétation à l'allemand verlragen, transporter, 
ou à deux mots de l'ancien tudesque, vell-rahke , chien de plaine. 
Comme, selon Arrien, le mot verlrurjus était celtique, c'est-à-dire 
qu'il n'était ni teuton ni latin, on doit s'en tenir à l'étymologie donnée 
par M. Roger de Belloguet dans son docte Glossaire gaulois. Ver, 
grand, est un des rares vocables gaulois dont le sens s'est conservé 
jusqu'à nous, et Iraith signifie pas, course, en gaélique. 



— 256 — 
lage. 11 y en avait de couleur uniforme et de bigarrés. 
Plus légers que les chiens décrits par Xénophon, ils 
prenaient les lièvres à la cours(>, après qu'ils avaient 
été lancés par les ségusiens, et ne les manquaient que 
s'ils étaient retardés par les difficultés du terrain. 

Gratins avait parlé déjà à peu près dans les mêmes 
termes de ces chiens qu'il appelle vertrahœ. « Ils 
courent, dit-il, plus vite que la pensée ou que la plume 
au vent, mais ils ne font que saisir les bêles déjà lan- 
cées, ne sachant pas eux-mêmes les découvrir lors- 
qu'elles sont cachées (1). » 

Nous apprenons par Martial que les vertragi étaient 
dressés, comme quelques lévriers, à rapporter leur 
proie (2). 

De ce qui précède il résulte que les ségusiens sont 
le type primitif de nos vieilles races françaises à poil 
rude, chiens de haut nez, lents d'allure, hurleurs et 
rapprocheurs (3). Les vertragi sont les mêmes chiens 
que les lois des barbares et le moine de Saint-Gall 
appellent veltrai et veltres leporarii, c'est-à-dire des 
lévriers (4). 



(1) Sed premil invcnias, non invcnliira latentes 
Illa feras .... 

(2) Non sitn, scd domino venalnr ve.rlragus acer 
lllœsum leporem qui iiln dente referl. 

Le vers de Gratins : 

Et piclam macula vertraham drligc falsâ 
semble indiquer que les Gaulois ornaient leurs chiens de bigarrures 
factices, comme le font encore qnelqnes sauvages de IWmériijnc mé- 
ridionale. 

(3) Le Couteulx. 

(4) Plusieurs commcnLatcurs ont vu dans les tcrlragi des chiens 



— 257 — 

Silius Italiens mentionne de plus une race de 
chiens belges, excellents limiers pour sanglier. « Tel, 
un chien belge poursuit les sangliers cachés et dé- 
brouille adroitement les voies de la bête, le nez en 
terre, collant sur leur trace un museau silen- 
cieux (1). » 

Un monument gallo-romain, découvert dans les 
Vosges, semble avoir été élevé en l'honneur d'un chien 
fameux nommé Bellicus. Ce chien y est représenté 
affrontant un sanglier. Malheureusement la sculpture 
est trop fruste pour qu'on puisse bien distinguer ses 
formes (2). 

L'Arverne Sidoine Apollinaire, dans une épUre 
adressée à un de ses amis, décrit d'une façon plai- 
sante la manière dont chasse la meute de celui-ci : 
« Que tes chiens redoutent d'approcher des betes for- 
midables et de grande taille, passe encore, mais com- 
ment les excuseras-tu de chasser les chevreuils au 
museau camard (3) et les daims prompts à la fuite, 



courants ; il me paraît impossible, en présence des vers de Gratins cités 
plus haut, d'y voir autre chose que des lévriers qui chassent à vue, et 
non par l'odorat. La loi des Bavarois dit de même » de canibus veJlri- 
cibiis imum qui Icporem non persequilxir, sed sud velocilate compre- 
liendil. 

(1) Ul canis occullos agitai cum Bclgicus apros 
Errores qui ferœ solers per dévia, mersâ 
Nare legil, laciloque premens vesligia rnsiro. 

(Achilleid. lib. X.) 

(2) Au-dessous du chien , qui est d'une taille formidable , on lit lo 
mot Belliccus, au-dessous du sanglier surbur, ou plutôt suehur (saue- 
ber, sanglier en allemand). — Voir VHisloire de France de MM. Bor- 
dier et Charton, t. I. 

(3) Pecus simum. C'est l'épilhôte constamment appliquée aux chèvres 
par les poètes latins. 

II. M 



— 258 — 

avec un courage si aballu ? Pourquoi ce poitrail re- 
levé , celte course lente , ces aboiements si fré- 
quents (J) ? » 

Les chiens pétroniens étaient en usage dans les 
Gaules à la même époque, soit qu'ils fussent origi- 
naires du pays, soit qu'ils eussent été importés par les 
Romains. 
ciiiens Du temps de Strabon, c'est-à-dire sous le règne 

l'reinpiie^ d'Augustc, Ics Gaulois achetaient aux Bretons insu- 
laires des chiens de chasse et de combat, c'était 
même un des principaux articles du commerce de 
celte île. Ainsi, voilà près de dix-neuf siècles que ce 
pays est en possession de fournir au nôtre une partie 
notable de ses meutes. 

Gratins, contemporain de Strabon, fait l'éloge des 
chiens bretons, fort appréciés déjà par les Romains; 
il leur reproche seulement leur laideur. 

INémésianus dit que la Bretagne isolée envoie à 
Rome des chiem très-viles, aptes mix chasses du con- 
tinent. 

Dans le poëmc d'Oppien, on trouve la description 
d'une race de chiens nommés agasses, élevés par les 
peuples sauvages de la Bretagne qui se peignent le corps 
de couleurs variées, « Cette race par sa grosseur est 
assez semblable à ces chiens méprisés et gourmands 
condamnés à travailler pour les plaisirs de la table (2). 



(I) [llud içinoro qiinmodo f.rrusea quod caprras. . . jarmlibns ani- 
iiiis, pecloribus e7^cclis,passihvs rff?'/5, crchris lalratibus proseqiiuiitur. 
{Kpist. Vl ad Nwnmalium.) 

(1) Ainsi les tournpbrocheç étaient connus des le second siècle de 
noire ère. 



— 259 — 
La taille de ces afjasses est cambrée, ils sont maigres 
et revêtus d'un poil épais; ils ont peu de vivacité dans 
les yeux, mais leurs pattes sont armées d'ongles re- 
doutables et leur gueule est hérissée d'un rempart de 
dents serrées dont la morsure est venimeuse; c'est 
surtout par la délicatesse de son odorat que Vagasse 
l'emporte sur les autres chiens, il excelle à aller en 
quête et n'a pas moins de talent pour connaître par 
le flair la route que le rapide oiseau suit dans les 
airs, que pour trouver la piste des animaux qui cou- 
rent sur la terre (1). » 

On peut conclure de ces textes que les Gaulois et 
les Romains liraient de la Grande-Bretagne diverses 
races de chiens, d'abord des chiens de force redou- 
tables par leur taille et leur courage, et ancêtres du 
grand dogue anglais (british mastifj). 

Puis, des chiens de chasse de grand pied, sur les- 
quels on n'a pas d'autres détails. 

Enfin des agasses, qui paraissent avoir été analo- 
gues aux terriers à poil rude d'Ecosse ou de l'île de 
Skye (2). 

On a conservé une lettre de Symmachus, préfet de 
Rome en 364, par laquelle ce dignitaire remercie son 



(1) Chapitre I. 

(2) Le traducteur d'Oppien voit dans les agasses des bassets et le 
D' Richardson des beaçiles. Leur petite taille et leur poil épais con- 
viennent encore mieux aux terriers d'Ecosse, la puissance extraordi- 
naire attribuée h leurs ongles et à leurs dents n'est qu'une exagéra- 
tion de la vigueur de mâchoires qui caractérise les terriers et de 
l'ardeur qu'ils mettent à creuser la terre; enfin le?, peuples sauvages 'de 
la Brelaçine qui se prignenl le corps de couleurs variées ne pouvaient 
ùlve, du temps d'Oppien, que les Picles habitant la Calédonie. 



— 260 — 

frère Flavianus de lui avoir envoyé des chiens de Scotie 
(canes scotici), qui ont été montrés dans les jeux du 
Cirque, au grand étonnement du populaire. On 
ne pouvait croire, dans le public, que ces chiens 
eussent été amenés autrement que dans des cages 
de fer. 

Comme le mot de Scotia était souvent employé au 
IV* siècle pour désigner l'Irlande, on pense que ces 
chiens étaient des lévriers irlandais, animaux gigan- 
tesques, dont la race renommée paraît aujourd'hui 
entièrement éteinte (1). 

§ 2. DES CHIENS DE CHASSE CHEZ LES FRANCS. 

Lorsque les Germains s'emparèrent de la Gaule, 
ils y amenèrent avec eux leurs chiens de chasse, qui 
jouissaient depuis longtemps d'une certaine renom- 
mée C^j. Après leur établissement sur noire territoire, 
ils adoptèrent avec empressement les races dont se 
servaient les Gallo-Romairis, chiens courants pétro- 
niens, ségusiens et lévriers vertrciges. i.'excessive im- 
portance que les conquérants accordaient à l'espèce 
canine est prouvée par la place considérable qu'elle 
occupe dans leurs codes. 

L'échelle des pénalités qui atteignent le meurtre ou 
le vol des chiens de chasse est graduée suivant la race 



(H Richanlson. 

('2) Gratins parle de chiens sicambres d'une vitesse remarquable, vo- 
liicres sicambros. 



— 261 — 

el le mérite parliciilier de ces animaux, de manière 
à donner les détails les plus minutieux sur les meutes 
des Francs et des peuples germains leurs vassaux. 

Ainsi la loi salique, qui régissait une grande partie 
des premiers, et les lois particulières des autres, nous 
apprennent que tous ces Germains se servaient de 
chiens de force, dogues, mâtins et grands lévriers, 
pour coiffer le buffle, le sanglier et l'ours (1) et, pour 
chasser le lièvre, de veltres ou lévriers, qui ne suivaient 
pas les voies de l'animal, mais le prenaient de vi- 
tesse (^2). 

Dans leurs meutes de chiens courants (segusii, 
seusii, seuces), ils distinguaient soigneusement les 
chiens de tête (3) des chiens de meute ordinaires (4); 
l'amende payée pour les premiers était de 1,800 de- 
niers ou 45 sols d'or et, pour les seconds, de 600 de- 
niers seulement (4,500 francs ou 1,500 francs de notre 
monnaie). 

Le limier, canis ductor, en langue teutonique spuri- 
kunl, laitihunt[h], est payé comme le chien de meute. 

Pour la chasse à tir, les Germains se servaient de 



(1) Vellris porcarius (L. salie), canis ursarUius, — bonuin canem 
porcaritium qui vaccam et laurum p rendit. . . (Lex alam.) qui iirsos 
vel bubalos ici est majores feras quocl Swarlzuivild diciinus prose- 
quunlur. {Ibid.) 

('2) La loi salique punit de 15 sols d'or d'amende (environ 1,500 fr. 
de notre monnaie) le vol ou le meurtre d'un vellris porcarius. L'a- 
mende est la même pour un vellris leporarius. 

(31 Canem seusiiim qui mai/isler sil. (L. salie.) Canem seusium pri- 
inum cursalcm qui primus curril. (Lex alam.) 

(4) Seusium reliquum. 

(5) Canem qui liriamen noverit. (L. sal.) En allemand moderne, spUr- 
hund (ciiien de trace), Icilhund (chien conducteur). 



— 262 — 

bracotis nu brachels (bnicconcs) , (.biens courants d'un 
ordre inférieur qu'on employait quelquefois à pour- 
suivre les criminels, et dont les plus petits portaient 
le nom de barmbracco ou brachels de giron. 

Ils avaient encore des terriers employés surtout à 
la chasse du castor dans sa tanière souterraine (1), et 
des chiens couchants pour la chasse à l'oiseau (hapi- 
fmhunt) (2). 

Les Burgondes ne se bornaient pas à prononcer de 
grosses amendes contre les voleurs de chiens. Oui- 
conque avait osé voler un chien veltre, ségusien ou 
pétronien, était forcé de lui donner un baiser sous la 
queue devant l'assemblée générale du peuple ()3). 

Les Francs conduisaient leurs chevaux et leurs 
chiens en pèlerinage à la chapelle de Saint-Martin de 
Tours et faisaient des vœux pour eux (4). Leur usage 
était de coupler les chiens courants deux à deux pour 
les conduire à la chasse comme nous le faisons encore 
aujourd'hui (5). 

Un Capitulaire de Charlemagne (803) porte que, si 
quelqu'un trouve un chien tondu sur l'épaule droite , 
il devra le ramener au palais du Roi (6). C'était sans 
doute la marque de la vénerie royale. 



(t) Quem bibar-hutit (en allemand moderne birber-lmnd. chien à 
castors) vocanl qui sub tcrrâ venalur. [L. Bajuwar.) 

{T) En allemand moderne habiclil-hiind, chien d'antonr. 

{'?>) Si qui caneni vcllraum aul srgulium vcl prirunruluiii pr.rsuDip- 
seritinvolare, jubcmus ul convidus coràni amni jmpulo puslrriora <jus 
nsculclur. (Lex hurgund.) 

(i) Gregor. Turon. de Miraculis S. Mniiini. 

(5) Duccbtil raplivos morr mnum binns ri binos insimul mpulatos. 
( Vila S. Eurici.) 

(6) De Cajiihtis qui in dr.riro a)'>uo toiifii sunt. 



— 263 — 

Cliarlemagiie et son successeur Louis avaient des 
meutes innombrables, au premier rang desquelles figu- 
raient ces chiens de Germanie, si remarquables par 
leur agilité et leur courage, que leur réputation était 
parvenue jusqu'à la cour des califes (1), à Bagdad. 

Lorsque l'Empereur d'Occident envoya une ambas- 
sade vers le Commandeur des croyants, en reconnais- 
sance de celle qui était venue à Aix-la-Chapelle lui 
présenter, avec l'éléphant Aboul-Abbas, des singes, 
des parfums et des épices , Haronn-al-Raschid ne 
prêta d'aliord attention qu'à ces chiens que les ambas- 
sadeurs francs avaient amenés sur sa demande for- 
melle. Ayant appris d'eux que ces vaillants animaux 
attaqueraient tout ce qu'ils trouveraient devant eux , 
le calife, dès le lendemain, conduisit les Francs et 
leurs chiens à la chasse d'un lion. Les chiens de Ger- 
manie se jetèrent intrépidement sur le monstre, le 
coiffèrent, et les envoyés de Charlemagne, accourant 
à toutes brides, purent l'égorger avec leurs épées d'un 
acier du Nord , trempées dans le sang des Saxons. A 
celte vue, Haroun s'écria : « Je reconnais maintenant 
combien est vrai tout ce que j'entends raconter de 
mon frère Charles; je le vois par son assiduité à la 
chasse et son soin infatigable d'exercer sans cesse sou 
corps et son esprit, il s'est accoutumé à tout vaincre 
sous le ciel {'!). » 

On croit pouvoir faire remonter jusqu'au siècle de 
Charlemagne un petit poème latin qui contient l'éloge, 



(1) fnncs firrmnnin ar/ilUrilr el frroria sinr/uiares. (Mon. S- GnU.) 
(T) Moinn rto Saint-Gall 



— 264 — 

la généalogie et l'épitaplie d'un fameux chien de loup 
de l'époque (1). 

Son père était un chien de race noble, à manteau 
noir, avec les oreilles mouchetées, la tête et les extré- 
mités blanches, de taille et de force à coiffer et à 
arrêter seul un cerf ou un sanglier (2). Ce superbe 
animal, blessé d'un coup d'andouiller, avait été confié 
à un paysan, qui lui fit ligner une louve captive. 
Le métis issu de cette alliance possédait les qualités 
des deux espèces paternelle et maternelle. Il avait les 
reins robustes, le poitrail large, la queue courte, 
épaisse et épiée, et montrait le plus grand courage. 
Son maître l'employa à pourchasser les loups qui in- 
festaient ses troupeaux, et en fil, grâce à lui, un grand 
carnage. A sa mort, il le pleura et lui fit faire cette 
épilaphe par quelque clerc : 

Te vivente lupi perierunt, te perewite 
Vivent, armentis et nobis ocia (sic) toUent. 

Nous avons déjà cité le document du ix' siècle, par 
lequel Heccard, comte d'Autun, distribue à ses pa- 
rents et à ses amis ce qu'il possède de plus précieux, 
et où ses chiens occupent une place si considé- 
rable (3). C'est ici le lieu de faire remarquer que les 
chiens sont désignés sous le nom de ségusiens, ortho- 
graphié de diverses manières plus ou moins barbares 



(I) Voir cet opuscule dans Vlit, Vénal lo nnvondqua, notos. 
(i) Proliablomcnt un des vcllres dont iKulent les lois germaniques 
citées précédemmeiil. 
(3) Voir livre 1, ih. ii, jJ?. 



— 265 — 
[segusii, sugii, siguli, seugii). Il faut en conclure que la 
vieille race des chiens courants ségusiens, décrite par 
Arrien au n* siècle de notre ère et mentionnée dans les 
codes barbares du vi'^ et du vn« siècle , était encore 
en honneur du temps de Louis le Débonnaire. 



CHAPITRE 111. 



Des chiens de chasse en France pendant l'époque 
féodale du Xe au XVe siècle. 



Dans le roman de Garin le Lohérain, lorsque les 
forestiers qui ont tué sans le connaître le duc Bégon 
de Belin, apportent son corps au manoir de Fromont 
le vieil, ses chiens qui le suivent huleut et braient et 
mènent grand tempier. « C'était un gentilhomme , s'é- 
crient les assistants, car ses chiens l'aimaient fort I » 

Cette affection des chiens de chasse pour leurs no- 
bles maîtres était largement payée de retour, et les 
louanges du chien tiennent une grande place dans 
tous les ouvrages Ihéreuliques du moyen âge. 

Chien est loyal ù son seigneur, dit Gace de la 
Bu igné : 

C.liiiMi osl (le liDiinr viiiyo amour 
(ihien fsl de Imn ontcndoincnl 
Cliiori safTf a liien vrny jiipcmeni 



— 267 — 

Cliien u l'orcc, clucn a boulé 
(>hii!n a hardiesse cl beauté 
Chien est beste moult amiable 
Chien saige est beste véritable, 
Chien a souveraine mémoire 
Dont je vous parleray encore. . . . 

. . .Chien a dilligence et puissance 
Et subtillité et vaillance. 

Gaston Phœbus, qui écrivait quelques années après 
le chapelain du Roi Jean, fait le panégyrique des 
chiens en termes tellement identiques, qu'on ne peut 
s'empêcher de croire qu'il n'a fait que traduire en 
prose les vers de Gace de la Buigne ( 1 ). 

Ces éloges mérités étaient dans toutes les bouches, 
et l'amour du merveilleux, si général à cette époque, 
y avait trouvé le thème de mille récits fantastiques. 
C'était la légende du chien de Montargis, qui terrassa 
en champ clos l'assassin de son maître (2) ; celle du 
lévrier qui vengea également sur un fils du Roi Clodo- 
veus de France le meurtre d'Apollo de Léouois, père 
du célèbre Tristan. On disait encore , avec un malin 
sourire, comment le brave Gauvain, ayant mis à l'é- 



(1) Ch. XV' : Des manières et condicions des chiens. Le comte de 
Foix ajoute dans son chapitre xlix', que ses chiens le connaissent et 
l'aiment tant, que, s'il est malade, " ils ne chasseront jù avi'c nul autre , 
ou, s'ils le font, ce sera pou (peu). » 

(2) Cette légende dont le fond est tiré de Pline {lib. VIII), apparaît 
d'abord dans un roman dont les plus anciennes versions, actuellement 
perdues, remontaient au xii= siècle. (Macaire, chanson de geste publiée 
d'a}irès le mss. uuiijue de Venise avec un essai de restitution en regard, 
par M. F. Guessard. Paris, 18G6.) C'est de là qu'elle a passé dans la 
Chronique d'Albéric de Trois-Fontaines, écrite au xni" siècle, qui 
donne l'an 780 connue date de celte aventure. Le roman la place éga- 
lement sous Charlemagne. La tradition vulgaire, qui veut que le combat 
du chien et de l'assassinait lieu sous Charles V, est donc inadmissible. 
Voir aussi sur cette léj^ende VUistovr pnélique dr (Vmrh'iiwf/Dr, pnr 
M. G. Pnris. 



— 268 — 

preuve l'attachement de sa dame et celui de son 
hrachet, ne trouva que chez ce dernier l'inébranlable 
fidélité qu'il avait le droit d'espérer de l'autre (1). 

Parfois , mais bien rarement , à ces récits venaient 
s'en mêler d'autres moins flatteurs. Les historiens de 
la Bretagne racontent que le matin de la bataille 
d'Auray, qui devait coûter à Charles de Blois la cou- 
ronne et la vie, son lévrier mignon, qui le suivait 
partout et se tenait à sa chambre, abandonna son 
maître et courut vers l'armée ennemie. Là, aperce- 
vant le rival de Charles, Jean de Montfort, qui portait 
comme lui les hermines bretonnes sur sa colle d'ar- 
mes, l'infidèle lévrier vint mettre ses pattes de devant 
sur l'arçon du futur vainqueur et lui fit mille ca- 
resses <( dont plusieurs prinrent présage de la fortune 
trespassante de l'un à l'autre. Il se list un pareil 
exemple des François devant Novare, aussi d'un Roi 
d'Angleterre {t). » 

Malgré la haute opinion qu'on avait des vertus du 
chien, il était véhémentement accusé d'accointances 
avec le diable lorsqu'il était de couleur noire (3). 
Nos paysans savent encore mille choses merveilleuses 
sur les chiens noirs qui gardent les trésors cachés. La 
meute du chasseur infernal, qu'on appelait d'ordi- 



(1) Fabliau du Chevalier à l'Espée. 

(2) D'Argentré, Hisloirr. de Bretagne, 1. V. — Ce Roi d'Angleterre 
est Richard II, que son chien quitta pour passer au duc de Lancastre, 
son coin]K'titcur. — Quant à l'autre exemple , il s'agit des chiens qui 
abandonneront l'armée française en 1513poursc donner aux ennemis. 

(3) Sur les esprit? familiers qui suivaient le fameux sorcier Corneille 
Agrippa sou? l'orme de rhiens noirs, voir Louandre, /(? sorcellerie. 



— 269 — 

riaire Hdleqxiin, et à Fontainebleau le (jrand veneur, 
élail composée de cliiens noirs (I). 

Les médecins de l'époque attribuaient aussi au 
chien les propriétés les plus extraordinaires. Toutes 
les parties de son corps étaient employées comme re- 
mèdes. La cendre de son crâne guérissait les ulc(>res, 
la jaunisse et les convulsions; la cervelle d'un chien 
était un antidote contre la folie, pourvu que ce chien 
fût d'une seule couleur, etc. (2). Le chien mange 
sans discernement, dit encore le Roij Modus, mais il 
a le sens de trouver sa médecine en mangeant une 
herbe. 

Les chiens étaient admis à écouter ces histoires, car 
de grandes privautés leur étaient accordées dans le 
manoir, et rarement leurs attentats contre le mobilier 
excitaient assez violemment la colère de la dame châ- 
telaine pour amener des catastrophes comme celle que 
raconte un roman du xni" siècle que nous avons déjà 
eu occasion de citer. 

La dame attend son noble époux dans la grand' salle. 
Le seigneur rentre de la chasse, entouré de ses chiens, 
qui accourent de toutes parts et montent sur les liis ; 
la lévrière favorite vient s'asseoir sur un feliçon d'écu- 
reuil tout frais dont la dame s'est parée. Celle-ci aper- 
çoit un bouvier, revenant de la charrue, qui porte un 
coutel à la ceinture. Elle s'élance, saisit le couteau et 
frappe mortellement la lévrière, dont le sang souille 



(t) La Normandie romanesque cl merveilleuse, par M'"" Amélie Bos- 
quet — Recils de la Muse populaire, par E. Souvestre. 
(2) Alberli Magni de aniniaiilus Traclalus, t. VI. 



— 270 — 

le peliçon el le foyer. « \À sires regarde celle merveille : 
Oii'esl-ce, dame? fail-il ; comment fustes vos si hardie 
que vososasles occire ma lévrière? — CommanI, Sire, 
donc ne véez vos, chacun jor, commant ils atornent 
vos liz? Il ne passera jà III jors qui ne vos conviengne 
fere buée por vos chiens, par la mort Dieu (1)1 » 

L'anecdote bien connue de saint Louis, donnant 
l'ordre aux huissiers de sa chambre de battre les 
chiens pour le prévenir de l'arrivée de sa mère. 
Blanche de Caslille, lorsqu'il est auprès de la jeune 
reine Marguerite, nous prouve que ces animaux étaient 
encore en grand nombre dans les palais royaux. 

Au xiv' siècle, les grands seigneurs, plus raffinés, 
avaient exclu de leurs appartements le gros de l'espèce 
canine, et n'y admettaient plus que les lévriers, qui 
conservèrent jusque chez les Rois le privilège de se 
coucher sur le lit somptueux du maître (^). Mais, chez 
les petits gentilshommes de campagne, comme chez 
les riches bourgeois, tous les chiens, sans distinction, 
continuèrent longtemps encore de jouir de leurs 



(I) Roman des sept Safjes. — La dame tue la lévrière pour éprouver 
la patience de son mari. 
. (2) On les maine sur les fumiers 

Non pas aux chambres, aux celliers (lisez so//î>rs, étages), 

dit Vavûcale des oiseaux dans le Roi/ Modits. Uavocote des chiens ré- 
pond : 

On voit couchci' sur le lict 

Du Roy de France les lévriers 

Pour ce qu'il les ayme et tient chiers. 

Dans le Ménagier de Paris on trouve une version l'njeunie de la 
scène que nous venons d'extraire du Roman des sept Sages : la lévrière 
y est seule ;;dmise dnns la salle. 



— 271 — 
grandes el peliles entrées dtUis la vaste salle (jui ser- 
vait à la fuis de salon el de salle à manger (1). 

Gace de la Buigne estime que, de son temps, il y 
avait en France vingt mille gentilshommes qui possé- 
daient des chiens courants en plus ou moins grand 
nombre. En ces temps-là les chiens étaient classés 
parmi les objets mobiliers les plus précieux. L'antique 
coutume de Normandie réserve au duc, en cas d'épave, 
avec les pierreries, le cristal el l'ivoire, les francs oi- 
seaux et les francs chiens (2). 

Les princes et les grands seigneurs s'envoyaient 
continuellement des chiens de chasse en présent; ces 
dons étaient toujours accueillis avec une vive recon- 
naissance, et ceux qui étaient chargés de les conduire 
en recevaient les marques les plus généreuses (3). 

Parmi les charges imposées aux vassaux par les 
usages de la féodalité, une de celles qu'on rencontre 
le plus fréquemment est l'obligation de nourrir les 
chiens du seigneur, soit d'une façon permanente, 
soit lorsqu'il vient chasser dans les environs. Celte 



(1) Isabeaii de Bavière, qui aimait les chiens, ne les tolérait pas in- 
distinctement dans son intérieur. Ses gens étaient armés de grans 
foiielz de nerfs de beuf garniz de grosses sonnelles pour les chasser 
des appartements. (Voir ses comptes cités par M. L do Lincy, Dames 
ilhislves de rancienne France.) 

(2) Gloss. Ducang., v Canis. 

(3) Vo'wles ducs de Bourgogne, par M. le comte de Labord. —Louis 
el Charles, ducs d'Orléans, par M. Champollion-Figeac. 

Le varlet qui amena an duc Louis d'Orléans deux lévriers de Bre- 
tagne de la part de Mathieu du Chastel, son chambellan, reçut pour son 
vin 4 livres tournois (environ 110 francs). 

Deux vai'lets qui avaient présenté au même prince quatre chiens 
courants de la part du comte d'Ostrenen eurent pour leur vin 10 livres 
tournois (273 francs). Celui de l'amiralde France, pour avoir amené un 
chien courant, reçut 2 écus. 



272 

charge était souvent raclietée par une redevance en 
argent ou en grains, applicable à l'entretien des 
meutes du suzerain. 

Les maisons religieuses étaient parfois assujetties 
à ce droit qu'on nommait brcnnage (du vieux mot 
bren, son), past de chiens, chicnnafjCj, chien d'avoine. 
D'autres fois on était tenu d'héberger les chiens, ce 
qui s'appelait giste de chiens (1). 

En 1140, Conan, duc de Bretagne, fit remise à 
l'église de Sainte-Croix de la redevance appelée past 
de chiens (2). 

En 1184, Robert, comte de Dreux, exigea que 
certains chanoines fournissent 20 setiers d'avoine à 
ses vavassors à titre de brenmtge. 

Dans la seigneurie de Souloire, en Anjou, lorsqu'un 
vassal se mariait, le sergent du sire devait être convié 
huit jours d'avance d'aller à la noce avec deux chiens 
courants couplés et un lévrier « et ce serjeant doibt 
seoir devant la mariée au dipner et les mariez doibvent 
donner à boyre et à manger aux chiens et lévrier (3). » 

« Le brennage vaut 15 muids d'avoine par an, » 
dit une charte de l'an 1313. 

Naturellement, les plus grands soins étaient donnes 
au bien-être de ces animaux chéris. Gaston Phœbus 
et les autres auteurs anciens exposent, de la façon la 



(1) Ducangc, v" Brrn. — Glossaire de Carpcntier, v'' Canum gislus, 
Canum jiasliis, citcnaria. — Merlin, rép. de jurispr.. v" Chicnnagc el 
chien d'avoine. 

(2) Histoire de Brclaqne de D. Lobinean, t II. 

(3) Michelet, Orif/incs du droit français. 



— 273 — 

pluscomplèle, comment doit être construit leur chenil 
et comment il doit être tenu. 

Ce chenil doit être grand et large, avec un beau prael 
(préau), en quoi le soleil se voye tout le jour. Il doit y 
avoir une grande cheminée pour réchauffer les chiens 
morfondus ou mouillés, et un solier (étage) pour loger 
un jeune garçon qui surveillera les chiens jour et nuit. 
Les maladies des chiens et les recettes pour les guérir 
sont aussi fort longuement expliquées dans le livre du 
comte de Foix (1). 

Les comptes de la vénerie de Charles VI et de celle 
de son frère Louis, duc d'Orléans, rendent également 
témoignage de la manière dont étaient soignés les chiens 
de ces princes. 

Les chiens malades et découragés qui ne voulaient 
pas manger de pain étaient nourris d'un potage aux 
fèves, assaisonné de sel et de saindoux ; on leur don- 
nait aussi des fressures de mouton ; des quantités assez 
considérables d'huile de chènevis, de soufre, de vif- 
argent, de couperose étaient employées à composer 
des oignements pour les chiens galeux et enfondus. Les 
pieds des chiens esgravés étaient lavés avec du sel et 
du vinaigre. Des peignes de bois pour nettoyer les 
chiens, des aiguilles pour recoudre ceux qui avaient 
été blessés par les sangliers; du lait de vache pour 



(1) Dans les comptes de Charles VI et du duc d'Orléans il est fait 
mention de parcs ch: bnis dos où les chiens peuvent s'csbaUre an. soleil 
et eux purger.. 

II. 18 



— 274 — 
nourrir les dieaalx, figurent aussi dans ces comptes de 
dépenses (1). 

Les chiens courants, limiers et lévriers pour doupte 
du mal de rage étaient conduits en pèlerinage au lieu 
de Saint-Mesmer (2), et l'on y faisait chanter à leur 
intention une messe avec offrande de cire et d'argent 
devant l'aulel du saint. 

Une sollicitude non moins louchante brille dans 
les comptes de dépense de Louis XI (3). Oujnements, 
poudres, emplâtres y sont prodigués aux chiens et 
lévriers que des blessures ou des maladies mettent 
dans le cas d'être habillés et médicinés. Ces intéressants 
malades sont ramenés en charrette à deux chevaux , 
en litière ou en bateau des lieux oii ils ont été envoyés 
en déplacement. L'instrument hydraulique, si redouté 
de M. de Pourceaugnac, est mis en œuvre pour laver 
les lévriers de la chambre, auxquels est offert un cou- 
cher moelleux sur des lits de plume garnis de trois 
tayes (4). 

On ne devait pas moins attendre de Louis XI , qui 
manifestait en toute occasion une véritable passion 
pour l'espèce canine. Nous avons déjà vu comment, 
en dépit de sa parcimonie habituelle, il faisait venir 



(1) Voir les comptes de Jean dcCourguilleroy, veneur de Charles VI, 
aux pièces .iustificativos, et Louis el Cliarlcs, ducs d'Orléans, jiar 
M. ChampoUion-Figeac. 

(2) Aujourd'hui Saint-Mamers, chapelle située à 1 kilomètre do Main- 
tenon, où l'on fait, le lundi de Pâiiues, des pèlerinages encore assez 
suivis aujourd'hui. 

(3) Voir Monleil, t. IV, et les Archives curieuses de l'hisloire de 
France, t. V\ 

n.\ fT«- 1 oteB t. 1°'. 

(4) voir la n , 



— 273 — 

à grands frais, de lointains pays, des chiens de di- 
verses races. Après la bataille de Guinegate (1479), le 
Roi était vivement sollicité de rendre la liberté à un 
jeune seigneur allemand , nommé Wolfgang de Pol- 
hein, favori du duc Maximilien d'Autriche, qui avait 
été fait prisonnier par ses hommes d'armes. Il n'y 
voulut jamais consentir à moins qu'on ne lui donnât 
des lévriers et levrières de la fameuse race du 
seigneur de Bossut. Celui-ci hésitait à se dessaisir de 
ses chiens. Il s'ensuivit de longues négociations di- 
plomatiques. « Mettez la plus grande peine à avoir de 
ces lévriers, écrivait le Roi au seigneur du Bouchage, 
et je vous donnerai la chose que vous aimez le mieux 
qui est argent (l). » 

Pour en revenir au simple veneur il prodigue à ses 
chiens pendant la chasse les caresses et les encoura- 
gements, ayant soin de leur parler le plus bel et le plus 
gracieux langage qiiilpeut pour les resbaudir et surtout 
de ne jamais leur dire fors que la pure vérité, afin 
qu'ils donnent plus grande foi à ses paroles (2). 

Quand les chiens de meute sont excédés de fatigue 
par un laborieux débucher, le bon veneur les prend 
tour à tour entre ses bras et les porte une grant pièce 



(1) Après s'être fait longtemps prier, M. de Bossut consentit à livrer 
ses chiens et l'on écrivit aux ambassadeurs du Roi de les envoyer 
prendre avec un sauf-conduit. (Lettres manusc. à la Bibl. imp. citées 
par M. de Barante, Ducs de Bourg., t. XII.) 

(2) « Et par ma foy, je parle à mes chiens tout einsi que je feroye 
à un homme, en disant : va avant; ou arrière; ou vien là où je suis; 
ou fere tieu (telle) chose et tout quant que je vueill qu'ilz fassent; et 
ilz m'entendent et font ce que je leur di, mieulz que homme qui soit 
en mou hostel. » (Gaston Phœbus.) 



— 276 — 
enveloppés dans les pans de son pelisson d'hermine, 
jusqu'à ce qu'ils soient resvigorés et moult bien re- 
fraischis (1). 

En faisant le bois, il donne à son limier les noms 
les plus affectueux : beau frère, mon ami! La quête 
terminée, il flatte de la main les flancs, le chef et les 
oreilles de son chien (2), po^ir le mieux encourager (3). 

Au retour, la meute lasse reçoit l'accueil le plus 
empressé, même dans Vhostel des simples bourgeois. 
« Aux chiens qui viennent des bois et de la chasse, 
dit le Ménagier de Paris, faict l'en lictière devant leur 
mestre, et luy mesmes leur faict lictière devant son 
feu, l'en leur oint de sain doulz leurs pies au feu, 
l'en leur faict soupes, et sont aisiés par pitié de leur 
travail. » 

Un bon veneur devait avoir par écrit la liste nomi- 
native de tous les chiens et lices du chenil et les con- 



(1) Garin le Lo/irrain. — Dans le poëmc allemand do Sryfrid le 
Corné, le héros poursuivant depuis quatre jours avec sa meute un 
dragon qui emporte la fille du roi Gybich, s'arrête exténué de fatigue, 
descend do cheval et prend ses chiens dans ses bras. {Histoire lérjen- 
daire des Francs et des Burgondes, par M. E. Beauvois.) 

(2) Li dus demande Brochart son liemier 
Par devant lui li amaine uns breniers 
Li dus le prent, et si l'a desloié 

Il li menoie les costes et le cief 

Et les oreilles, por mieus encoiu-agier. 

Ubid.) 

(3) Au xvi" siècle les valets de limier témoignaient leur satisfaction 
à leurs chiens d'une façon beaucoup plus grossière « et s'il voit que 
son chien se rabat en jouant de la queue, le doibt Ilatter en luy bâ- 
tant de la main sur le flanc puis luy cracher dans la guoulle, de 

façon qu'il puisse congnoisirc que vous avez ngréoble cr (|u'i! faict. » 
{Le livre dn Roy Charles.) 



— rn — 

iiailre tous de poil et de nom (Ij. Les traités spéciaux, 
les romans el les chroniques du moyen âge nous 
apprennent quels étaient ces noms. Nous avons déjà 
cité celui de Bliaud, que Fontainebleau doit, dit-on, 
reconnaître comme son parrain ; le brachet de Tristan 
de Léonois, qui joue un rôle fort important dans les 
romans de la Table ronde, s'appelait Husdetit ou Ho- 
dain. Le vavassor Constant de Granges, pourchassant 
à outrance maître Renard, excite à grands cris Tribole 
et Clarembaut, Rigaut et Plésence (2). Nous aurons 
bientôt occasion de citer Doucet, Briquet et Diamant, 
épagneuls favoris des ducs d'Orléans, Louis et Charles, 
et Carpet, lévrier d'Agnès Sorel. Le bon Souillard qui 
fut au Roij Loys, onzième de ce nom; Basque, chien 
d'Oisel du même Roi; la fameuse lice Baude à sa fille, 
Anne de Beaujeu, ont laissé des noms fameux dans 
l'histoire de la chasse (3). 

Au xv^ siècle, comme aujourd'hui, les chiens de 
meute portaient une marque sur le flanc; celle de la 



(1) Gaston Phœbus. 

(2) Roman du Renard, t. T. Quelques pages plus loin on trouve une 
interminable kyrielle de noms appartenant à des cliiens lancés à la 
poursuite du renard, mais ce sont des matins de paysans, et non des 
chiens de chasse. 

(3) Le grand sénéchal de Normandie nous a conservé, dans son 
poëme, une longue liste nominative des chiens de tète de l'illustre 
chasseresse. Il sera plus que suffisant d'en citer quelriues-uns : 

Lors fait mettre à part Baulde et Oyse, 
Souillart et Jombart et Claii'ault, 
Cleremont, le Goussault et Noyse, 
Fallaise, Foullaude et Myrault, 
"Voilant, Morralle et MarpauU ; 
Souillart, Legière et Fricaulde, 
BrifTault, Moricault et Clairaulde, 
Tous fermes et bons rachasseurs. 



— 278 — 

vénerie royale était dès lors une croix, inscrite dans 
un écusson triangulaire (1). 

Chez les grands seigneurs, alans, lévriers, chiens 
courants, épagneuls, étaient ornés de colliers somp- 
tueux aux armoiries de leurs propriétaires. Ces col- 
liers étaient souvent en or de touche ou en argent 
doré, et des bâtonnets d'ijhemis (ébène) garnis d'ar- 
gent leur tenaient lieu de couples (2). 

Les lévriers employés à coiffer le sanglier étaient 
défendus contre ses coups de boutoir par des Jacques 
d'étoffe piquée (3). 

La race canine a vu souvent ses hauts faits célébrés 
par la poésie. 

Le duc Charles d'Orléans adresse, à son vieux 
épagneul Briquet, un rondel affectueux (4). 

Près là, Briquet aux pendantes oreilles, 
Tu scès que c'est de déduit de gibier. 
Au darrenier tu auras ton loyer 
Et puis seras viande pour corneilles. 
Tu ne fais pas miracles, mais merveilles, 
Et as aide pour te bien enscicrner. 
Près là, etc. 



(1) C'est ainsi que j'explique le vers des dits du bon Souillai' l ; 

Le bel escu pour marque, à crois droite au costé. 

(2) « Un collier d'un lévrier, garni d'argent à cynes (cygnes) . » In- 
vent, de Charles V, cité par le comte de Laborde, Glossaire. 

« 15 estellins d'or do touche h faire un collier pour le petit chienncl 
du Roy. » Ibid. 

u Garnison d'un collier de chien d'argent doré, » Ducs de Bour- 
f/ogne, n" 3200. 

« Un petit bastonnet d'ybenus garni d'argent à faire une couiilc do 
chiens. » fnv. de Charles V. 

(3) « Pour la façon et estoffe de cinq Jacques pour cinq des Icvrii-r? 
de madame la duchesse. » Comptes des ducs d'Orléans, Archives de 
Biais, année 1455. 

0) Rondel, LU. 



— 279 — 

A toute liP.urc diliycinuient travailles, 
En cluisso vaulx autant qu'un limier, 
Tu amaiues au tiltrc de lévrier (1) 
Toutes bestes et noires et vermeilles. 
Près là, etc. 

Jacques de Brezé a chanlé les dits du bon Souil- 
lard et les exploits de ses compagnons, les chiens de 
madame de Beaujeu ; Basque , chien d'oisel de 
Louis XI, eut l'honneur d'une épitaphe en vers. 

Ces mêmes chiens, réformés après de longs et 
loyaux services, reçurent de leurs maîtres reconnais- 
sants ce qu'on appellerait aujourd'hui les Invalides. 
Basque, vieux et aveugle, fut pourvu de garde et 
d'une pension à vie de six-vingts livres par an au 
château de Montil-lès-Tours, et Souillard s'exprime 
ainsi dans le petit poëme composé en son honneur 
parle grand sénéchal, son dernier maître : 

Le maistre à qui je suis qui me garde si cher 
Si me fait pain et cher (chair) pour mon vivre trancher 
Coucher dedans sa chambre, près du feu chaudement 
Paille et belle litière acoustréc nettement. 

Enfin, quand le veneur était allé rejoindre ses an- 
cêtres, aux pieds de son effigie sépulcrale, on sculp- 
tait celle de son chien fidèle, emblème de loyale 
amour et d'inaltérable dévouement, 

Bien différent de la châtelaine, qui occit si cruelle- 
ment la levrière de son seigneur, les princesses et 
les dames nobles du moyen âge accordaient, en 



(1) C'est-à-dire, tu amènes au poste (litre) où les lévriers sont em- 
busqués. Sur ce mot titre, voir l'édition de G. Phœbus, par M. La- 
vallée. 



— 280 — 
général, aux chiens de chasse une faveur toute spé- 
ciale. 

Les comptes de dépenses d'Isabeau de Bavière 
contiennent divers articles relatifs à son goût pour les 
chiens (1). Valentine de Milan, après l'assassinat de 
son mari, prend soin de faire ramener près d'elle 
Doucet, chien favori de l'infortuné duc d'Orléans (2). 

Cette princesse possédait six petits chiens dont les 
colliers étaient ornés d'écussons en métal doré à ses 
armes (3). 

Agnès Sorel, dans une lettre adressée à la damoi- 
selle de Belleville, lui reconimande d'avoir les plus 
grands soins de son lévrier Carpet, qu'elle devra 
nourrir à ses côtés : « Et ne le lairré aller à la chasse 
avec nuz (nuls), cuar n'obéyt, il à sifletne apel, quy 
me fait cause de le renvéer, et seroilt autant dyre 
perdu, qui me seroit à grant poine. » 

Dans une autre lettre, elle donne à la même da- 
moiselle des nouvelles du petit chien Robin, confié 
à la favorite de Charles Vil par son amie : « Ac- 
tendant, avons faict chace hyer à un porc saugler, 
dont vostre petit Robin avoil Irové la traxe et s'est 
tornée mal la dicte chasse, au préjudice du dict 



(1) A Thomas Turrichon, variet de lévriers de la Royne, ]iour avoir 
sardé et gouverné tant de char comme de lait, depuis karème prenani 
jusques en mi-karème dernier passé, VII chiens de l'extraction des 
Martelés df^ Bourbon, etc., YII escus. — 10 mars 1415. — Les femmes 
crll'bres de rancienne France, par M. Leroux de Lincy, notes et ap- 
pendices. — En l'il'2, la même Reino avait envoyé au duc de Bour- 
gogne un chien blanc Marl/ielel, nhnil nn rollici' garni d'argent rsiiuiUlié. 

(2) Comptes de Blois, \r' mc^'i. 

(3) Chiiuiiuillioii-Fi-onf, IIl. 



— 281 — 

pelil Uobin, aiant été frappé d'un ralllon (1), que un 
(les veneurs cuidoit tirer au dict sangler en un buis- 
son et luy en est assez grave navreure, mais bien 
espère qu'en garira par prompte voie et le ferai bien 
governer(2). » 

En 1494, la duchesse de Bar reçoit du duc d'Or- 
léans un présent de cliiens courants et de lévriers (3). 
Madame de Beaujeu s'occupait, en personne, de sa 
meute, surveillant les croisements et connaissant 
chaque chien par son nom (4). Anne de Bretagne se 
plaisait à orner ses lévriers et les petits chiens de sa 
cliambre de colliers de velours noir. « garni chacun 
de iiij grandes hermines et iiij boulions et mordans 
de laton doré de fin or au feur de xij sols vi de- 
niers (5). » La comtesse d'Angouleme, mère de Fran- 
çois I, avait auprès d'elle huit lévriers décorés de 
même de colliers à ses armoiries (0). 



(1) Trait d'arbalète. 

(2) Revue de Paris, 15 octobre 1855. 
(3j Comptes de Blois. 

(4) Voir la Chasse du grand sénéchal. 

(5) Comptes de l'hostel de la Roijne Anne de lU'cUujiw. Ci's chiens 
étaient au nombre de 24. 

(6) « Pour huict escussons di- cuivre aux armes de Monseigneur et 
de Madame pour attacher es colliers dos lévriers de ma dicte dame. » 
(Monteil, t. IV.) 



CHAPITRE IV. 



Des chiens de chasse aux XVIe, XVIIe et 
XVIIIe siècles. 



Le xvi^ siècle s'ouvre en France sous le règne 
d'un Roi grand chasseur el grand amateur de chiens; 
Louis XII prit la peine d'écrire , de ses royales 
mains, la biographie du chien RcUvj, qui l'avait fidè- 
lement servi pendant treize ans (1). 

François I était parfaitement renseigné sur les 
(jnalités de chacun des chiens de sa m.eute et dési- 



(l) Tiint je plaisois à lous, encor plus à mon Roy, 

En luy plaisant aussi, ma fiance estoit telle 
Qu'il rendroit quelque jour ma louange immortelle, 
Ce que de vray a faict, et ne m'a point deceu 
Tesmoin le grand honneur que de luy j'ay receu 
('ar ma vie est par luy escrite et rédigée, 
Dont ma race à jamais luy demeure obligée. 

Voir VKpUaphe du bon lielaij, qui vient dr la rarr des ehicns gris, 
donl. la vénerie apparleiioil nu duc de /i()//r.(/(«///r. — Réimiirimée à la 
suite di' lu Chasse du (jrand senesclud de Xortnandie. 



— 283 — 
gnait noininalemcnl ceux qu'il voulait faire décou- 
pler un jour de chasse. Il fit construire, pour les loger 
à Fontainebleau, un superbe chenil. Lui et son fils 
Henri II s'occupaient, en personne, des croisements 
qui devaient améliorer les races (1). 

Le traité de chasse composé par Charles I\ suffi- 
rait à prouver à quel point il était occupé du bien- 
être de ses chiens et de leur éducation. 

Voulant conserver à la postérité la mémoire de 
Courte, chienne favorite, sans queue et sans aitreilles, 
à qui l'on permettait de tourmenter pour son plaisir 
les connins, d'éventer les perdrix et même de pour- 
chasser les cerfs des parcs royaux, Charles IX fit 
peindre son portrait, et Ronsard ne dédaigna pas 
d'écrire au bas l'épitaphe de la défunte : 

Après que la mort la ravit 
Encore le Roy s'en servit 
Faisant conroyer sa peau forte 
En gans que Sa Majesté porte. 

Beaumont, lévrier d'attache de Charles IX, eut 
aussi, après sa mort, l'honneur d'être chanté par 
Ronsard, qui le fait dialoguer avec Caron et Cerbère, 
émerveillés de sa taille forte et grande (2). 

Nous avons déjà signalé, en passant, l'amour désor- 
donné de Henri III pour les chiens. S'il fallait en 
croire un pamphlet conçu dans un esprit très-hos- 



(1) Voir pi. bas. 

(2) Voir VÊpiiaplic de Courte et le Dialor/ue de DeaumonI et de Ca- 
ron., dans les œuvres de Ronsard cl dans l'introduction du Livre du 
Roy Charles, \)ar M. H. Chevrcul. 



— 28i — 

llle au Valois, il en avait plus de duux mille partis 
(le six en six, et à chaque sixaine était ordonné un valet 
qui recevait au moins 200 écus de gages, « et à tel, 
400 escus sans le pain , et pour plus lesmoigner 
de sa plus que prodigue despence, leur avoit faict 
faire des licls couverts de velours verd (1). » Cette 
passion effrénée se portait presque exclusivement 
sur des chiens damerets; toutefois, on peut voir dans 
une lettre de Henri 111 à M. de Castelnau, son am- 
bassadeur en Angleterre, que le Roi y faisait chercher 
des diiens de sang [bloodhounds] , des lévriers, des 
dogues et des barbets. Ses agents allaient aussi en 
Flandre, « pour avoir de ce costé-là ce qui pourra 
s'y trouver d'excellant (2). » 

Henri IV professait pour les chiens un goût plus 
éclairé. Sa correspondance nous révèle, à chaque 
instant, l'intérêt qu'il portait à sa meute et le souci 
([u'il prenait des moindres détails la concernant. 

Ainsi, dans une lettre adressée à M. de la Salle 
des Barthes (1579), il demande à ce gentilhomme de 
lui envoyer quelques-uns de ses beaux lévriers 
pour ce qu'il n'a que des lévrières. « En quelque autre 
endroit, ajoute-t-il, feray autant pour vous, d'aussy 
bon cœur que je me recommande à vostres lionnes 
grâces (3). » 



(Ij Le niaiii/re des deux frh'es. — Airhices eurieiises de rilisloire de 
France, t. XU, 1"-" série. 

(î) Marie Sluaii, par M. Ghiiruel, lùèces Jnslilicativcs. — Li'Un^ du 
25 juin I5S'2. 

(3) En 1599, le lioi accordi un llOl■mi^ de rii;is?c à cr M. de in Salli". 
— Leilrts missives de Henri /!'. 



— 28.") — 

En 159(), le Roi érrit à son compère le connélable, 
pour le prévenir qu'un de ses griffons a suivi lui (1) 
ou quelqu'un des siens. « C'est le petit moucheté à 
deux nez. Je vous prie de le faire chercher et s'il se 
trouve, me le renvoyer (2). » 

Plus loin, il s'agit d'une belle chienne envoyée 
par le duc de Biron à mademoiselle d'Entragues de 
la part du connétable, laquelle a été reçue comme 
le mérite celui qui la donne et sa beauté, « et à 
l'instant elle a voulu faire les nopces avec son 
chien (3). » 

Henri IV a cependant été accusé, par le hargneux 
et susceptible d'Aubigné, d'avoir manqué de recon- 
naissance envers ses chiens, comme envers ses amis. 
Dans ses mémoires, d'Aubigné raconte qu'il ramassa 
dans la rue, abandonné de tous et mourant d'inani- 
tion, un grand épagneul nommé Citron, qui avait 
toujours accoiistiimé de coucher sur les pieds du Roi. 
Le rancunier Huguenot recueillit la pauvre bête et 
la mit en pension, après avoir attaché à son collier 
un sonnet qui se terminait par ces vers : 

Courtisants, qui jettez vos desdaigneuses velies 
Sur ce cliien délaissé, mort de faim par los rues 
Attendez ce loyer de la fidélité (4). 



(1) Le connétable. 

(2) Cette lettre, en date du 12 février, fut écrite au milieu des préoc- 
cupations de la guerre. Henri lY la termine en disant : « Je ne fau- 
dray à vous mander si tost que j'auray advis certain des ennemys. » 

(3) Lettre au connclahle, 14 octobre 1599. — Dans une autre lettre 
adressée au même, le Roi lui recommande de faire maigrir son lévrier, 
« car il ne peut bien courre. » 

(4) Mémoires de d'Aubigné. 



— 286 — 

Louis XIII couchait avec ses chiens (1). Le duc de 
Vendôme, le vainqueur de Villa- Viciosa, poussa plus 
loin encore la tolérance à leur égard. « Les chiens 
couchoient en foule dans son lit, ses chiennes y 
faisoient leurs petits, » dit Saint-Simon. Son frère le 
grand prieur avait les mêmes habitudes sur ce point, 
comme sur beaucoup d'autres (2). 

Louis XIV ne se laissa jamais aller à ces excès de 
cynisme, mais il aima beaucoup les chiens. Il affec- 
tionnait tout particulièrement les épagneuls , aux- 
quels il se plaisait à distribuer tous les jours de sa 
royale main les sept biscuits que le pâtissier de la 
cour était tenu de leur fournir, et dont il ût peindre 
les portraits par Desportes (3). Lorsque M. de Con- 
tades fut fait major du régiment des gardes, on pré- 
tendit qu'il devait son avancement à des présents 
de chiennes couchantes fort bien dressées que son 
père avait envoyées au Roi (4). 

Madame, duchesse d'Orléans (la Palatme), parta- 
geait les goûts de son royal beau-frère sur ce point; 
elle adorait les chiens. Un jour que son carrosse versa, 
elle y avait sept petits chiens avec elle. « J'ai dans 
mon cabinet, écrivait-elle en 1714, deux perroquets, 
un serin et huit petits chiens (5). » 



(1) Tallemant des Réaux, t. II. 

(2) Aildilion aux Mémoires de Dangeau, t. XII. 

(3) Élcils (Je la France. Saint-Simon, t. XIII. — Un cabinet voisin do 
la chambre du Roi à Versailles portait le nom de cabinet des chiens. 

(•'i) Mémoires do Saint-Simon, t. V. 

(5) rorr«po?K/o>?re de Madame, t. II. « Un joli petit chien peiitbicn 
cire un amusement, mais jamais une consolation ; je n'aime pas les bol- 
lonais (bichons de Bologne), je les trouve trop délicats, je leur pré- 



— 287 — 

Malgré sa nonchalance naturelle, Louis XV, dit le 
marquis d'Argenson , faisait un traixtilde ciden pour 
ses chiens. « Dès le commencement de l'année, il 
arrange tout ce que ces animaux feront jusqu'à la 
fm. Il a cinq ou six équipages de chiens. Il s'agit 
de combiner leur force de chasse, de repos et de 
marche. Je ne parle pas seulement du mélange et 
des ménagements des vieux et des jeunes chiens, 
de leurs noms et qualités que le Uoi possède comme 
jamais personne de ses équipages ne l'a su , mais 
l'arrangement de toute celte marche , suivant les 
voyages projetés et à projeter, se fait sur des caries 
avec un calendrier combiné, et on prétend que Sa 
Majesté meneroit les finances et l'ordre de la guerre 
avec bien moins de travail que tout ceci (1). » 

Tous les jours, au sortir du dîner, le premier Maître 
d'hôtel remettait au Roi deux cornets de gim- 
bleltes pour ses chiens. Quand le Grand 3Iaître était 
présent, c'était lui qui, en vertu des privilèges de sa 
charge, présentait les gimbleltes (2). 

Si les Rois dont nous venons de parler aimaient 
tendrement leurs chiens, ils traitaient fort durement 
ceux des autres. Ce fut, en elTet, pendant les règnes 
de François I, de Henri ÏV et de Louis XIV que 
furent promulguées ces ordonnances barbares qui 



fère de beaucoup les éiiagneuls français, j'en ai constamment quatre à 
mes trousses, et la nuit ils couchent auprès de moi. {Lciircs inàliles, 
LIX.) 

(1) Mémoires du marquis d'Argenson. 

(2) Mémoires du duc de Luynes. 



— 288 — 

presciivoiil la mort ou la miUilallon de lous les chiens 
demeuranl à une lieue des forêts royales (1). 

Jusqu'au xvii^ siècle , les gentilshommes campa- 
gnards conservèrent à leurs chiens non-seulement 
le privilège d'entrer librement dans leurs maisons, 
mais môme celui d'avoir leur domicile habituel dans 
la grande salle (2). Cette installation plaisait médiocre- 
ment aux dames châtelaines. « Je ne me fasche pas, 
disait la dame d'Esparron, de la despence que mon 
mary fait à la fauconnerie, mais bien des meubles que 
les chiens gastent à la maison, soit à se coucher sur 
les licts ou à pisser contre la tapisserie et ù mille 
saletez qu'ils font ordinairement, ne pouvant estre 
d'autre sorte, bien qu'on aye un chenil, parce que 
le maistre a tousjours quelques chiens favoris près 
de lui (3). » 

Racan, le gentilhomme poète, avait toujours auprès 
de lui une grande levrette qui mâchonnait parfois 
sans respect ses éclogues. Crébillon , autre poëte 
gentilhomme, avait la passion des chiens au plus haut 
degré, quoiqu'il ne paraisse pas avoir été chasseur 
comme Racan. Il en eut jusqu'à douze dans sa 
chambre. Il ramassait dans les rues tous les chiens 
malades ou abandonnés et se plaisait à les soigner. 

On trouverait â grand'peine, pendant la longue 
série d'années que nous venons de parcourir, quel- 
ques csprils singuliers, professant contre l'espèce ca- 



(1) Voir i)lus haut. 

(2) Voir les contes d'Eutrapel. 

(3) D'Arcussia, Convij (1rs faiicuitnirrs. 



< 



— 289 — 

nine une haine plus commune aujourd'hui. Tallemant 
desRéaux en cite cependant un exemple remarquable. 
Un sieur Bazin de Limeville, contrôleur de la cava- 
lerie légère, avait une si grande aversion pour les 
chiens, qu'elle lui avait brouillé le crâne. Il disait 
qu'ayant vu un de ses amis mourir enragé, il ne pou- 
vait plus voir un chien sans trembler. « Il ne se 
meltoit jamais que sur des escabeaux, à cause que 
les chiens ne s'y couchoient pas, et dans les hôtel- 
leries, il se faisoit un lit d'un drap avec des tirefonds 
qu'il attachoit au plancher : pour son manteau , il le 
mettoit toujours lui-même tout droit sur un esca- 
beau, l'appuyant contre la muraille, de peur qu'un 
chien ne couchât dessus (1). » 

Quoique traités avec moins de familiarité que chez 
les simples gentilshommes, les chiens des équipages 
royaux et princiers étaient l'objet d'une sollicitude qui 
s'étendait à tous les détails de leur nourriture, de 
leur santé (2) et de leur éducation physique et intel- 
lectuelle, si l'on peut s'exprimer ainsi en parlant de 
chiens. Du Fouilloux, Salnove, Gaffet de la Briffar- 
dière, d'Yauville traitent ce sujet avec des développe- 
ments qu'il nous est impossible de reproduire. Che- 
nils (3) aérés et spacieux arrosés de fontaines vives. 



(1) IJislorietles, t. VI. 

(2) A Jehan de Venus , maître cirurgien de la bande de monsei- 
gneur le mareschal de la Marche, 4 F. 2 S. pour son sallaire d'avoir 
pensé ung des chiens du dit seigneur nommé Brunehault. (Comptes 
de François I«'', 1529.) 

(3) Selon Charles IX, le nom de Chrnil n'ai)parHoat ([u'aulieu oîi il 

II. 19 



— 290 — 

promenoirs, chambres pour loger les valets qui doi- 
vent coucher avec les chiens, boulangeries pour faire 
le pain de la meute, tout était disposé à souhait pour 
le bien-être de ces précieux animaux. Leur nourriture 
consistait en pain d'orge et de son, sauf pour les 
chiens blancs du Roi qui jouissaient seuls du privilège 
d'être nourris de pain de froment (1). 

On conserva jusqu'au xvn^ siècle l'usage de cuiras- 
ser de Jacques en peau ou en étoffe matelassée les 
chiens employés à coiffer le sanglier. Les tapisseries 
dites de Guise, les poëmes de Claude Gauchet et de 
Noël Conti (2), les tableaux de Sneyders nous font voir 
ces chiens, dogues, mâtins, lévriers, chiens courants, 
protégés contre les terribles défenses de leur ennemi 
par celte espèce d'armure (3). 

là les chiens sont jacquez, dogues et lévriers 

. . .Les chiens courants sans peur 

L'attaquent des deux parts, mais des grands coups qu'il jette 

Contre le cuir durci de leur forte jaquette 

Il va s'ouvrant chemin. . . (4). 

Salnove décrit en détail la confection de ces Jacques 



y a meute royale, pouvant prendre le cerf en tous temps. Ailleurs il 
faut dire eslable. 

(1) « Il n'appartient qu'au Roy de faire manger du pain de froment 
à ses chiens. » (Gaffet de la BrifFardicre.) 

A la vénerie royale était attaché un cliâlrevr de chiens qui recevait 
40 écus par an sous Henri IV. (Voir les Pièces justificatives.) 

(2) Nalalis Cornes, de Venalionc, lih. IV. 

Fulmineum ut vilent dentem, morsnsque fcrarum 
Ilis face diploklcs quos molli vcllcre comple. 

(3) On trouve dans les comptes de la vénerie de Henri IV mention 
des Jacques de grands lévriers. 

{\) Claude Gauchel. 



— 291 — 
qui doivent être faites de toile de chanvre, piquées de 
crin et de coton, et qui peuvent durer douze ou quinze 
ans. Les Jacques couvraient le dos, le ventre, le poi- 
trail et le col, car les chiens sont sujets à avoir la gorge 
coupée (1). 

On avait aussi l'habitude, quand on chassait par la 
gelée, de garantir les pieds des chiens avec des es- 
pèces de bottines, s'il faut en croire Noël Conti(2). 

Un manuscrit cité précédemment (3) nous a con- 
servé les noms des chiens de tête de François I". On 
trouve une foule d'autres noms cités dans les auteurs 
cynégétiques du xvi^ et du xvn" siècle, notamment 
dans du Fouilloux, dans Ligniville et dans GafFet de 
la BrifTardière, qui donne une liste des noms les plus 
ordinaires et les plus convenables, soit aux limiers, soit 
aux chiens courants. Ces noms sont trop peu différents 
de ceux en usage aujourd'hui pour qu'il soit néces- 
saire de les transcrire. Le sieur de la Briffardière fait 
remarquer qu'il ne faut point donner aux chiens de 
noms trop longs ou trop difficiles à retenir, que les 
meilleurs sont ceux d'une ou deux syllabes, et qu'il 
faut surtout affecter les terminaisons les plus fami- 
lières aux chiens, comme celles en aut. 

L'usage de faire aux chiens de meute une marque 
distinclive remonte, comme nous venons de le voir, 
au temps de Charlemagne. Au xvni" siècle, tous les 



(1) Salnove, Chasse du sanglier, chap. xni. 

(2) Nalalis Cornes, de Vénal. 

(3) Commcnlaires de César. Mss. français, supiilément n" 1328. 



— 292 — 

chiens d'équipage étaient marqués, au côté droit, de la 
lettre initiale du nom de leur maître (1). 



(1) Leverrier de la Conterie. — Ces lettres étaient taillées dans le poil 
avec des ciseaux, comme aujourd'hui. 



CHAPITRE V. 



Des diverses races de chiens en usage, du Xe au 
XVIIIe siècle. 



Comme on peut le voir dans nos plus vieux romans, 
aux premiers siècles de la race capétienne on se ser- 
vait encore des mêmes chiens de chasse que sous les 
deux dynasties franques, veltres ou viautres, lévriers, 
chiens courants, bracons ou brachets, chiens cVoisel, etc. 

Au xiv'' siècle, Gaston Phœbus nous donne le pre- 
mier une liste à peu près complète des chiens em- 
ployés de son temps ; d'abord les dans ou chiens de 
force, secondement les lévriers, tiercement les chiens 
courants, quartement les chiens pour la perdrix et la 
caille ou chiens d'oisel, quintement toutes natures de 
chiens meslés comme sont de mastins et d'alans, de lévriers 
et de chiens courans et d'autres semblables. 

Il convient d'ajouter à ces races les chiens terriers 
ou taniers et les chiens de sang, brachets ou braquets 
mentionnés par le Roy Modus. 



— 294 — 

On disait proverbialement à celle époque : lévriers 
de Bretagne, alans et chiens d'oisel d'Espagne. 

On trouve, dans divers auteurs du xvr siècle, l'énu- 
méralion des races en usage à cette époque. 

Ce sont les chiens de force pour assaillir, mordre et 
retenir sangliers, ours ou loups ; les alans de Gaston 
Phœbus ont fait place à des vautres, dogues , mâtins 
et mestifs[\]. 

Puis les lévriers, qui sont vistes et hardis à prendre ce 
qu'on leur monstre, quelque bestc que ce soit ; grands lé- 
vriers d'attache, et autres moindres qu'on appelle de 
compaignon, avec de plus petits encore et plus viles 
pour le lièvre. 

Ensuite les chiens courants et limiers. 

Autres sont appeliez chiens couchants pour lever et 
trouver les perdrix et cailles, comme hracques et cspai- 
qneux, autres à gros poil pour aller à l'eau, comme 
barbetz. 

Enfin d'autres chiens vont combattre dans leurs ta- 
nières les renards elles blaireaux, comme les bassets, 
chiens d'Artois et de terre (1). 

Au XVII* et au xviif siècle, on trouve à peu près les 
mêmes chiens, sauf les chiens de force dont on ne se 
sert presque plus. 

Nous allons passer à l'examen de l'origine et des 
caractères physiques de ces diverses races. 



(1) Le nom d'akin est encore employé par Clamoijran ^H Blaisr ili- 
Yigenère, mais comme une tradition des vieux lemiis. 

(2) Lo chasse du loup, par Jean de Ciamorgan. Paris, 1570. — Biaise 
de Yigenère, Covinicnlfiircs svr Cholcondj/lr. Paris, \QVi. 



— 290 



§ 1. CHIENS DE FORCE. 



Lors de la formation de la langue française, le nom vauires. 
gallo-lalin de veltrahus ou vcltris passa des grands 
lévriers [veltres porcarii dans la loi salique) qui coiffaient 
l'ours et le sanglier, à une espèce dilférenle de chiens 
employés au même office. On appela mitres, puis 
viautres ei vautres ([) des chiens d'une taille et d'une 
force prodigieuses, levrettes, mais ayant la tête carrée 
et de puissantes mâchoires. 

Ces terribles animaux étaient aussi connus sous le AUms. 
nom d'akns(2), qui reporte leur origine à des temps 
et à des climats très-éloignés. 

Ce nom (en latin du moyen âge canis alanus] vient, 
en effet, des Alains, peuple du Caucase, qu'on croit 
être les mêmes que les Albaniens de l'antiquité. Or, 
les Albaniens possédaient des chiens d'une taille 
colossale et d'un courage à toute épreuve. Les anciens 
racontaient qu'un roi d'Albanie avait donné à Alexandre 
le Grand un chien gigantesque qui dédaignait d'atta- 
quer les ours et les sangliers, et terrassait les lions et 
les éléphants (3). 



(1) Dens de sale uns veltres avalât. 

(Chanson de Roland.) 
Mastins et gousses et grans viautres. 

(Mss. cité par Ducange, v° Maslinus.) 

(2) Et non alanls et allants comme l'écrivent plusieurs auteurs , 
croyant devoir dériver ce mot du verbe aller. 

(3) Pline, lib. VIII. — Strabon parle aussi de ces chiens al])aniens 
{lib. IV). — L'historiette racontée par Pline est attribuée par d'autres 
à un de ces chiens de l'Inde qu'on croyait issus d'un croisement entre 



— 296 — 

Au iv" siècle de noire ère, les Alains, entraînés dans 
ce tourbillon de peuples qui se déchaîna sur l'empire 
romain, envahirent la Gaule oii ils se cantonnèrent 
quelque temps, puis passèrent en Espagne. C'est de ce 
dernier pays, où les grands chiens de force portent 
encore le nom d'alanos, qu'on tirait au moyen âge les 
alans les plus estimés (1). 

Gaston Phœbus décrit trois espèces d'alans : Valan 
fjentiU Valan vautre et Valan de boucherie. 

h'alan gentil était fait et taillé droitement comme un 
lévrier, sauf la tête, qui devait être grosse et courte. 
La couleur la plus commune et la plus estimée était 
le blanc, avec aucune tache noire environ l'oreille, les 
yeux bien petits et blancs, les narines blanches, les 
oreilles droites et pointues (2). 

Ces chiens, naturellement mal gracieux et même fé- 
roces (3), étaient fort difficiles à dresser; une fois bien 
duit, l'alan gentil était le souverain de tous les chiens. 
Il prenait toute bete, courait aussi vite qu'un lévrier, 
et ne lâchait jamais quand il avait fait une prise (i). 



chien et tigre. — Dans Isidore, grammairien du vi" siècle, elle est mise 
sur le compte d'un atcm. Gace de la Buigne dit que ce fut le Roid'A- 
lanye qui envoya ce chien au Roy Alexandre le granl. 

(1) M. Lavallée, dans son estimable livre sur la chasse à courre, 
croit à tort que le nom d'alan est venu à ces chiens, non de leur ori- 
gine, mais de leur physionomie semblable à colle des Alains, dont il 
fait un peuple mongol. Au dire d'AmmienMarcellin, les Alains étaient 
blonds et d'une beauté remarquable. 

(2) « Et aussi les y a laite l'on, » c'est-à-dire qu'on leur eonijait les 
oreilles en pointe. 

(3) « J'ay vcu alant qui tuoit son maislre. » (Gaston Pluebus.) 

(4) « Un aUuil de sa nature tient plus fort de sa morsure, que ne 
l'eroienl ti'ois Im^riei-s, les mi'illeur? qu'on puisse trouver. ■! [Ibid.) 



Valan veaulre (ou vautre), plus corsé el moins vite, 
avait laide taille de lévrier, grosse tête, grosses lèvres 
et grandes oreilles. On employait ces chiens à chasser 
l'ours et le sanglier. 

Incapables d'atteindre de vitesse la bête qu'ils 
chassent, ils la coiffent hardiment et la tiennent tout 
quoy quand elle a été jointe par des lévriers. S'ils sont 
lues, ce n'est mie grande perte, car ils sont pesants et 
laids. 

L'alan de boucherie était un chien comme ceux 
qu'on voit es bombes villes, occupés à garder lliostel ou 
aidant les bouchers à conduire leurs bœufs. On s'en 
servait aussi pour chasser l'ours et le sanglier. 

L'alan gentil devait ressembler beaucoup au grand 
danois [Eberhund des Allemands) (1) employé jusqu'à 
nos jours en Allemagne, pour coiffer le sanglier (â). 

L'alan vautre doit être le môme chien que Valano 
décrit par Alonzo Martinez de Espinar , aïeul des 
dogues de Cuba et de ceux qu'on voit combattre les 
taureaux dans les amphithéâtres espagnols (3). 



(1) Le grand danois est un chien de très-haute taille (30 à 32 pouces 
anglais, O^jTô à O^jSO), ayant le corps élancé du lévrier, la grosseur du 
mâtin et la force du dogue. Son museau est assez long et carré, ses 
oreilles courtes et un peu pendantes, sa robe fauve ou d'un blanc 
bleuâtre, semé de taches noires {Dict. d'Hist. nat. de l'an XI. — Ri- 
chardson). Un chien qualifié de Boarhound, primé à l'exposition d'Is- 
lington en 1802, avait 34 pouces anglais (0™,85) de hauteur. 

(2) Voir le Jourmil des chasseurs, lY' année. — Une chasse au san- 
glier dans le Mecklenhourg . 

(3) « Jj'alatio, dit Espinar, est grand, il a les membres robustes, son 
museau est camard, son front large et droit, ses yeux sont ronds et 
sanglants, son regard «'st terrible, il a le col épais et court, sa force 
est telle qu'il parvient à réduiro un animal aussi vaillant et aussi fé- 



— 298 — 

Ces grands cliieiis étaient toujours tenus muselés 
hors les temps de chasse, à cause de leur caractère 
féroce qui les rendait dangereux. On les armait de forts 
colliers, souvent ornés avec magniGcence. Le vieux 
poëte anglais Chaucer décrit un Roi assis sur son 
trône, autour duquel sont des alans blancs, aussi 
grands que taureaux, portant des muselières bien atta- 
chées, des colliers d'or et des lourets de laisse bien 
travaillés (1). Dans les comptes de dépenses du roi 
Jean, Pierre des Livres, orfèvre, reçoit 19 écus pour 
i marcs, fi onces, 10 esteUms d'argent, « à faire la gar- 
nison de deux grands colliers garnis de grandes pièces 
d'argent dorées et faites d'orbevoyes et d'esmaux sar- 
liz à cerfs enlevés à manteaux esmaillés des armes du- 
dit seigneur pour deux grans chiens alans (2). » 

Les alans de Louis XI avaient aussi des colliers de 
cuir de Lombardie garnis de clous dorés de fin or et 
soudés d'argent (3). 



roce que le taureau. » La chasse à courre en France, par M. J. La- 
vallée. 
Sur les dogue? d'Esjjagnc et de Cuba. Voir Richardson. 

(1) Au XYiii"^ siècle, les grands danois et les dogues anglais, qui ser- 
vaient de gardes du corps aux princes allemands et couchaient dans 
leur chambre {Lcib itncJ kaininer Intnde), portaient aussi des colliers d'ar- 
gent et de vermeil, ornés de franges de soie et doublés de velours et de 
satin. (Voir les Traités allemands de Tanzer et de Fleming.) 

(2) Lal)orde, gloss., v° Esmail de plile. 

(3j ArcJtives curieuses de l'Histoire de France, t. I. On se servait quel- 
quel'ois d'alans ù la guerre. Dans un manuscrit italien du xiv° siècle, 
conservé à la Bibliothèque impériale, il est dit que les alans qu'on veut 
lancer sur la cavalei-ie doivent être rendus féroces et mordants par leurs 
maîtres. — Voir le Glossaire de Garpentier, v» Canis alanus et le Mag. 
put., ann. 1855, avec une ligure tirée du même manuscrit représeu- 
(ant un alan cuirassé, iioiimil \\n épii'u r[ uu l'ol à IV'U sur son dos. 



— 299 — 

Les vautres figuraieiil encore dans les meules de 
sanglier au xvi^ siècle, et Rabelais, parlant avec une 
tendre compassion de certains malades qu'il qualifie 
de trvs-précieux, dit que le gosier leur écume comme à 
un verrat que les vautres ont acculé aux toiles. 

Dans le Trésor des recherches et antiquitez gauloises et 
françoises de Borel (1665), le vautre est défini « gros 
chien entre allan et mastin, pour chasser les ours et 
sangliers (1). » 

Quoique portant encore le nom devatitrait, la meute 
royale pour sanglier, sous Henri IV, n'avait plus pour 
chiens de force que des mâtins et des dogues (qui 
n'étaient peut-être que les alans et les vautres du 
temps passé sous un nom difi'érent). Quelques dogues 
continuèrent jusqu'à la révolution de faire partie de 
l'équipage du vautrait. 

Les dogues commencent au xvi*' siècle à être con- oo-ues. 
nus sous ce nom dérivé de celui que porte en anglais 
l'espèce canine en général [dog). C'était, en efî'et, d'An- 
gleterre qu'à cette époque on tirait les dogues les plus 
esfimés. 

Le gendre du maréchal de Vieilleville, ayant fait 
prisonnier un millort anglais qu'il renvoya sans ran- 



(1) Dans le poëme de Claude Gauchet , il est encore question du 
vaullrc ou vaullret pour chasser le sanglier, mais une note explique 
ce mot ])ar chien jwiir aboyer le sanrjUev: en efFet, on lit dans le 
texte : 

Le vanltrel aboyeur, d'une ferme narine, 
Sur les pas du fuyant alègrement chemine, 
Et conduisant la meute, assure en aboyant , 
Que ilesjà pai- ii; bois la heste va fuyant. 



— 300 — 

çon, reçut en présenl de lord Dudiey, père de ce jeune 
seigneur, des giiilledines (haquenées) anglaises, six lé- 
vriers avec des colliers de velours brodé d'or et 6 dogues 
de la meilleure race (1550) (1). 

Charles IX donna, en 1572, à trois Anglais la 
somme considérable de sept vingt-six livres tournois, 
en considération de ce qu'ils avaient amené d'Angle- 
terre des dogues duditpays, dont la Reine Elisabeth lui 
faisait présent (2). 

Le grand dogue anglais, ou dogue de forte race 
[british mastlff), qui est devenu très-rare, était un des 
plus grands et des plus puissants animaux de l'espèce. 
Il avait jusqu'à 38 pouces anglais (0^,95) de hauteur 
à l'épaule. Sa couleur était généralement fauve brin- 
gée; son museau, constamment noir, était court et 
écrasé (moins, toutefois, que celui du hull-dog), sa 
mâchoire inférieure proéminente, sa tête très-grosse 
et ronde, son front aplati, ses lèvres tombantes ; ses 
oreilles, qu'on coupait ras d'habitude, étaient pen- 
dantes à demi, et ses membres épais et robustes. 

Ce chien, doué d'une force prodigieuse et très- 
courageux, était cependant plus docile et moins féroce 
que l'alan et le bull-dog (3). 



(1) Mémoires du maréchal de Vieilleville, t. I, coll. Potitot. 

Ils ont leurs chiens courants, leurs lévriers bretons, 
Leurs dogues d'Angleterre avecq leurs hoquetons. 
(Claude Gauchet, Chasse du grand vieil sanglier dans les tuiles.) 

(2) Comptes de Charles IX, Arcli. eur. deVHisl. de France, t. "VllI. 
— 14G liv. t. représentaient environ G57 fr. de notre monnaie. 

(3) Ce dogue est ligiu-é dans BufTon, dans le Traité des chiens de chasse 
])ublié par M"" V" Bouchard-Iluzard , dans le Sporlinan's rcposildri/ 
>'l dans le Manual of hrilisli rui-ol spnrls do Slonchent/c 



— 301 — 

« Les maslins, dit Gaston Phœbus, ont office et est MiUms. 
leur nature de garder les bestaills et l'ostel de leur 
seigneur, et est bonne nature de chiens, quar ils def- 
fendent et gardent à leur pouvoir tout quant qui est 
de leur seigneur ; mais vilains chiens et de vilaine 
taille sont. Toutes voyes y en a d'aucuns qui chassent 
toutes bestes, mais ils ne rechassent pas, car ils n'en 
sont pas de nature. » On tirait alors de bons chiens 
pour chasser ours, loups et sangliers d'un croisement 
entre mâtin et alan, ou entre mâtin et lévrier. 

Dès le règne de Charles VI, on trouve des mâtins 
parmi les chiens des équipages royaux et princiers. 
Ce Roi en empruntait parfois pour chasser le sanglier. 
Son frère Louis d'Orléans en avait pour la garde de sa 
personne, qui étaient qualifiés de mastins de la chambre 
de monseigneur (i). 

Sous Louis XIII et Louis XIV, les officiers du vau- 
trait royal allaient dans les fermes faire élection de 
jeunes, grands et beaux mâtins pour chasser le sanglier. 
On en prenait jusqu'à cinquante, à cause de la grande 
diminution qui s'en faisait lorsqu'on attaquait de vieux 
sangliers, et l'on leur adjoignait demi-douzaine de 
chiens bastards, engendrés de chiens courants et mâ- 
tines ; pour acharner tous ces mâfins on leur faisait 
courre et tuer un âne d'un an ou de dix-huit mois, et 
l'on leur en faisait curée (2). 

Le grand prieur de Champagne, du temps de 



(1) Comptes de Jehan de Courguilleroy. — Louis elGIiarIcs, ducs 
d'Orléans, par M. Champollion-Figeac. 

(2) Salnove. 



— 302 — 

Louis XIII, était curieux de ramasser les mâtins les 
plus furieux de la Romagnc où il demeurait, « ils 
alloient couplez comme nos chiens d'oyseau ; en fin 
ces chiens esloient pour le servir au sanglier, au loup 
et à toute grosse chasse. » 

Un jour, deux pauvres religieux passent dans un 
bois où il chassait. Un chien donne delà voix, les gens 
du grand prieur qui tenaient en laisse six de ces gros 
mastms, les découplent, croyant que c'était un loup 
ou un sanglier. Les chiens se jettent sur les malheu- 
reux moines ; le plus jeune grimpe sur un arbre, mais 
l'autre est terrassé par les mâtins qui le mettent en 
pièces, dont la plus grosse ne paroissoit pas le tiers d'un 
bras ( 1 ) . 

Il serait assez difficile de déterminer exactement les 
caractères physiques du mâtin, qui était de race très- 
mêlée. Il y en avait à poil ras et d'autres à poil rude. 
En général, c'étaient des chiens grands, vigoureux 
et assez légers, ayant la tête longue, le museau pointu, 
le front aplali et les oreilles â demi pendantes (2). 

Les mestifs, chiens croisés de lévrier et de vautre, 
ou de dogue, étaient aussi employés dans la chasse 
au sanglier (3). 
ciùeiis-ioiips Sous Louis XV, le chevalier Antoine, ce fameux 
louvetier qui tua la bête du Gévaudan, avait introduit 
dans l'équipage de la louveterie des chiens d'une su- 



(1) D'Arcussia, convy des fauconniers. 

(2) Trailè des chie?}S de chasse. 

(3) Claude Gauchet. — C'est tle ce mot de ;//c5/)/ qu'est iirobaldo- 
inent venu l'ani-dais masllff. 



des 
Abnizzes. 



— 3o;j — 

perbe espèce, qu'on peut voir admirablement peints 
clans un tableau d'Oudry, représentant la prise du 
grand loup de Versailles (1). Ces chiens, qui étaient 
venus du royaume de Naples, appartenaient à la fa- 
meuse race des chiens-loups des Abruzzes, mâtins 
énormes, au poil blanc et épais, marqué de fauve, 
aux oreilles demi-tombantes, à la queue en panache 
qu'ils portent recourbée sur le rein (2). Les chiens de 
berger des Pyrénées françaises et espagnoles ont le 
plus grand rapport avec ces chiens des Abruzzes, mais 
je ne sache pas qu'on les ait jamais dressés pour la 
chasse. 

On pourrait fort bien compter encore au nombre 
des chiens de force les grands lévriers d'attache, si 
leur conformation ne les rattachait trop étroitement 
au groupe dont nous allons nous occuper. 

§ 2. LÉVRIERS. 

Il n'est pas de race de chiens qui ait été employée 
à plus d'usages divers que celle des lévriers au moyen 
âge. On leur faisait chasser toute espèce d'animaux, 
depuis le cerf jusqu'au lapin; même dans les chasses 
au vol, quand les faucons avaient abattu de grands 
oiseaux comme la grue, le héron et l'outarde, deslé- 



(1) Musée du Louvre, ir 587. — {Livrcl du Musée du Louvre par 
M. Yillot.) — En 1765, cette race n'existait plus dans les équipages du 
Roi. 

(2) Livret de l'exposition de 1746. — Lettre écrite de Versailles à Fré- 
ron, le 18 juin 1765 (sur la bête du Gévaudan). — Richardson. D'après 
ce dernier, les chiens des Abbruzzes ont 29 à 30 pouces anglais de 
hauteur à l'épaule (72 à 75 c). 



d'attache. 



— 304 -— 

vriers élaient mis en réquisition « pour avoir secours 
au faucon (1). » 

Suivant leur taille et leur emploi, les lévriers étaient 
classés en lévriers d'attache ou d'attaque, lévriers pour 
lièvre et levrons. Ils étaient qualifiés de lévriers nobles, 
quand ils avaient la tête fine et allongée, l'encolure 
longue et déliée, le râble large et bien fait; de lévriers 
harpes quand ils avaient les devants et les côtés fort 
ovales, et peu de ventre ; de lévriers gigottés quand 
leurs gigots étaient courts et épais, et les os des hanches 
éloignés; de lévriers ouvrés quand ils avaient le palais 
marqué de grandes ondes noires, ce qui était considéré 
comme un signe de vigueur et de race (2). 
Lévriers Lcs lévricrs de forte taille, destinés à coiffer le san- 
glier, le loup et autres grands animaux, portaient le 
nom de lévriers d'attache. Dans les équipages de 
chasse, ils étaient divisés en lévriers d'estric, lévriers 
de flanc ou de compagnon, et lévriers de tête. 

Les premiers étaient découplés sur les talons de la 
bêle; dès qu'elle étaitentrée dans l'accourre, les lemm 
Je compc((/won l'attaquaient en flanc , et les lévriers de tête 
lui barraient le passage. Ces derniers étaient choisis 
parmi les plus grands et les plus robustes. 

On prenait, pour chasser le loup, les plus vites et les 
plus déchargés des lévriers d'attache. Les gros lévriers 
doguistes étaient réservés pour le sanglier (3). 

Les lévriers d'allachc étaient généralement à gros 



(1) Gacc de la Buif^ne. 

(2) Dictionnaire de Trcvnvx, v" Lcvriers. 

(3) Salnove. 



— 30o — 
poil, gris tisonnés, noirs ou rouges vifs. Considérés 
comme moins beaux que les lévriers à poil ras, ils 
étaient plus durs à la fatigue et moins sensibles aux 
intempéries des saisons. 

Ces lévriers devaient avoir la tête un peu plus longue 
que large, l'œil gros et plein de feu, le col long, signe 
de vitesse, les épaules déchargées, les reins hauts et 
larges, les hanches fortes et bien gigottécs, le jarret 
droit, la jambe sèche et nerveuse, le pied petit et les 
ongles gros (1). 

Les meilleurs lévriers d'attache venaient de Bre- 
tagne, d'Irlande, d'Ecosse (2) et du nord de l'Eu- 
rope (3). 

Salnove dit que les plus excellents pour loup qu'il 
ait vus dans la vénerie du Roi étaient venus de Bre- 
tagne, et donnés par monseigneur le duc de Montba- 
zon (4). 

Les lévriers d'Irlande passaient pour les plus beaux 
et les plus grands de toute l'Europe (5). Buffon dit en 
avoir vu un, tout blanc, qui lui parut avoir, étant 
assis, près de 5 pieds de hauteur (G) ; il ressemblait 



(1) Salnove. 

(2) Les lévriers d'attache de la meute royale entretenue dans les 
Pays-Bas venaient d'Angleterre (peut-être d'Irlande) (Galesloot). 

(3) « Je vous envoyé quelques bestes sauvages , comme deux eslams 
(élans), aussi des peaux de semblables eslams avec certains chiens lé- 
vriers, tant de Russie que de ce pays de Dace (Danemark). » Lettre de 
Christiern II à François I='', citée dans le Dictionnaire de Littré, v° 
Élan. 

(4) « Ghascun sçait et a veu que mes lévriers (pour loup) ne sont do ces 
grands que l'on voit à la cour en (lisez : de) Bretagne » (Clamorgan). 

(5) Sélincourt. 

(6) 2"', 92, probablement on le mesurant lo long de l'échiné. 

II. 20 



— ;{0G — 
pour la forme à un grand danois, mais en difiorait 
beaucoup par l'énormité de sa taille (1). 

Goldsmilh affirme qu'il en a vu plus d'une douzaine; 
le plus grand avait A pieds anglais de hauteur (1"', 22), 
et sa taille égalait celle d'un veau d'un an. 

Les lévriers de sir AY. Belham, à qui ce gentleman 
permettait l'entrée de sa salle à manger, passaient 
leur tête par-dessus les épaules des convives assis à 
table (2). 

A en juger d'après la grandeur proporlionnelle de 
certains crânes découverts en Irlande, les chiens aux- 
quels ils ont appartenu pouvaient avoir de 36 à 
AO pouces anglais (0"',91 à1"\01) de hauteur àl'épaule. 

En Irlande, oii les loups n'ont disparu qu'au milieu 
du xvni^ siècle, on donnait à ces chiens, employés ii les 
combattre, le nom de wolf-dogs. Ils avaient le poil 
rude, un peu frisé, et communément de couleur gris 
de fer (3). Cette superbe race, déjà très-rare au siècle 
dernier, a complètement cessé d'exister depuis plu- 
sieurs années (4). 

Les lévriers des highlands d'Ecosse ressemblaient 



(1) Hisloire nuiurcUe du chien. 

(2) Le D' Richardson suppose avec beaucoup de vraisemblance que 
le lévrier de Goldsmith avait 4 pieds de hauteur à la Iclc et que ceux 
de sir W. Betliam, pour passer leur tète par-dessus l'épaule des con- 
vives, posaient leurs pattes de devant sur le dossier des chaises. 

(3) Richardson. 

(4) On trouve le lévrier d'Irlande représenté dans l'œuvre de Ri- 
dinger, dans Richardson et dans le Sportsinan's repository. Le lévrier 
qui figure dans le tableau d'Oudry déjà cité (la chasse au loui)), est 
désigné par le livret de 1740 comme un lévrier d'Irlande. Mais il est 
loin d'atteindre les proportions gigantesques des chiens dont nous ve- 
nons de iiarlei'. 



pour licvie. 



— 307 — 

beaucoup à ceux d'Irlande. Seulement leur taille était 
moins élevée et leurs membres plus grêles (1). 

Les lévriers pour lièvre étaient considérés comme L.vn"^ 
les plus nobles de tous. Plus petits et plus sveltes que 
les précédents, ils étaient tous à poil ras et de cou- 
leurs diverses, comme noirs, fauves ou blancs. Ces der- 
niers étaient les plus estimés au moyen âge (2). 

Gace de la Buigne, dans son livre rfes Déduits, nous 
donne en ces termes la devise du bel lévrier : 



Museau de loup avoit sans faille (faute) 

Arpe (flanc) de lyon, col de cine (cygne) 

Encore y avoit autre signe, 

Car il avoit œil d'esparvier 

Et tout blanc estoit le lévrier, 

Oreille de serpent avoit 

Qui sur la teste luy gisoit, 

Espaule de chevreau sauvaige 

Coste de biche de boscaige. 

L'ongle de cerf, queue de rat 

Cuisse de lièvre et pied de chat. 



Gaston Phœbus, qui n'a guère fait que paraphraser 
en prose les vers de Gace, ajoute que le lévrier doit 
avoir longue tête et assez grosse^, en forme de luz (3), 
bons crocs et bonnes dents endroit l'une de l'autre, les 
jarrets droits et non pas courbes comme un bœuf, et les 



(1) Richardson. — Ces lévriers, autrelois en usage dans leur pays 
natal pour prendre et porter bas les cerfs, et nommés par cette raison 
deerfioimds, sont encore très-estimés dans la Grande-Bretagne ; on les 
voit représentés dans plusieurs des plus belles toiles de sir Edwin 
Landseer. 

(2) Voir Louis et Charles, ducs d'Orléans, et Gace de la Buigne. 

(3) Brochet, en latin lucius. 



— 308 — 

(l(3ux OS (le réchine derrière, larges de pîeine paume ou 
jdus (1). 

Ces élégants animaux étaient les favoris et les insé- 
parables compagnons des seigneurs et des nobles 
dames du moyen âge. Ornés de colliers somptueux et 
de caparaçons blasonnés, ils couchaient sur le lit des 
princes et les suivaient dans tous leurs voyages (2). 
Les gentilshommes du Barrois, voulant former une 
confrérie chevaleresque, dans le but de s'aimer et de 
se soutenir les uns les autres , prirent pour leur 
emblème un lévrier ayant un collier où étaient écrits 
les mots Tous î/n(3). 

On prisait sur tous, pour la chasse du lièvre, les lé- 
vriers de Bretagne, de Picardie et de Champagne ; 
ceux d'Angleterre, d'Espagne, de Portugal et du Le- 
vant. 

Gaston Phœbus, les comptes de dépense des ducs 
d'Orléans et Philippe de Commines témoignent de la 
grande réputation dont jouissaient, au xiv' et au 
XV' siècle, les lévriers bretons; ceux qui chassaient le 
lièvre, comme les lévriers d'attache. 



(1) Voir aussi La chasse du lihn^e ovecques les lévriers, par Ilabert, 
MDXGIX : 

Son corps soit grand et fort, le dos un peu voûté 
Longue teste et long col, l'œil vif, plain de clarté 
La gueule bien fondïio et largo la poictrine 
Bien râblé, bien ouvert des deux os de l'écliinc, etc. 

('2) i( Au varlet qui garde le lévrier de Monseigneur le duc pour les 
despences de lui et dudit lévrier, pour venir à l'aise du Pont-Saint- 
Esperit à Paris, X escus. » (Lotiis el Charles, ducs d'Orléans, H' P.) 

(3) Diclmmaire de Trrvovx, v" Lévrier. — Cet ordre du lévrier fui 
fondé on 144G. 



— 309 — 

La citasse du Itèore avec les léoriers, de Haberl 
(MDXCIX), loue les lévriers de Picardie et ceux de 
Champagne, qui vont comme le vent. 

Dans les comptes de la vénerie de Henri IV, les lé- 
vriers pour chasser le lièvre sont indiqués comme 
ayant été amenés de Champagne; depuis ce temps, 
c'est toujours sous le nom de lévriers de Champagne, 
qu'ils figurent dans les équipages royaux (1). 

« En France, dit Sélincourt, les provinces où sont 
les meilleurs lévriers sont en Champagne et en Picar- 
die, parce qu'en ces provinces ce sont toutes grandes 
campagnes, oii même en divers endroits les lièvres 
sont plus longs que tous les autres, en quelque endroit 
que ce soit, et qu'ils ont des vigueurs pour se défendre 
qui obligent de tenir des lévriers de plus grande race, 
d'une extrême vitesse et de très-grande haleine. » 

Les lévriers d'Angleterre étaient en renom dès le 
xiv" siècle. Dans Froissart, le duc de Lancastre en- 
voie en présent au roi de Portugal six lévriers d'An- 
gleterre, trl's-l)0?is pour toute bcste. Louis XI en rece- 
vait aussi en présent de lord Hastings, et le maréchal 
de Vieilleville de lord Dudley, en 1550. 

« Les Anglois, dit Sélincourt, surpassent tous les 
chasseurs en curiosités de races et nourritures de lé- 
vriers et de toutes sortes de chiens. » 

On faisait également grand cas des lévriers d'Es- 
pagne (2), et surtout de ceux de Portugal. Ces derniers 
étaient de deux sortes : les uns, destinés à chasser en 



(1) Pièces jusLilicalivcs, l. T". — Étuis de la France. 

C?) Espinar décrit ainsi le lévrier espagnol {fjalgo) ; tèle petite, oreilles 



— ;no — 

plaine, étaient estimés aussi vîtes qu'aucuns qui soient en 
Europe. 

Ceux qui chassaient dans les montagnes étaient des 
lévriers courts, râblés et gigollés, fort plain-saultiers et 
d'une vitesse extrême (1). 

Les Turcs avaient aussi des lévriers merveilleux éle- 
vés dans les grandes plaines de la Thrace (2). 

« Les marques qui plaisent le plus aux Turcs ès- 
lévriers, dit Biaise de Vigenère, sont une chère (figure, 
cara en espagnol) morne et mélancholique, tenans la 
quelle serrée entre les jambes, longue et déliée à guise 
d'un rat, ou plus tost d'un lion, bouquetée à l'extré- 
mité; la patte longuette, la crouppe large, l'entre deux 
du train de derrière fort bien ouvert, comme aussi la 
harpeure, venant à se retroissir par le flanc, le museau 
pointu et le poil raz et lisse, toutes lesquelles cognois- 
sances nous approuvons à peu près ès-nostres (3). » 

Sous Louis XIII et Louis XIV, ainsi que sous 
Louis XV, les lévriers étant devenus rares dans notre 
pays, on en lirait pour le Roi de Constantinople et des 
autres endroits du Levant (4). 

Dans une lettre écrite au Roi Charles IX, par Pierre 
Bon, consul de Marseille, on voit que le Roi d'Alger 
envoie à ce prince des chevaux et juments barbes, des 



minces, corps, col et museau louys, yeux grands, iioitrail large, reins 
charnus, liane harpe, jambes hautes et déliées, muscles ronds et durs, 
queue longue et line. 

On se sert encor(> lii-aucoup l'n Es]iagn'' de ces lévi-iers. 

(1) Sélincourl. 

Ci) lOid. 

(3) Coniiiiciildins sur (ludcondulc. Paris, 1012. 

(■i) Séiincourt, — 1) Arciissia. — lUiffon. 



— :]\\ — 
lions, des ours el des lévriers fauves (1). Ces lévriers 
étaient de ces fameux slouguis, dont les chefs aral)es 
ont conservé la race et qu'ils emploient à courre le 
chacal, la gazelle et l'antilope (2). 

« On appelle aussi lévriers, dit Sélincourl, des le- uuon-. 
vrons d'Angleterre qui chassent aux lapins. » 

Ces charmantes petites bêles, que nous nommons 
levrettes (-3], paraissent avoir été importées d'Italie en 
Angleterre. On ne les connaît encore dans ce pays que 
sous le nom de lévriers italiens , italian greyhounds. 
On avait aussi en France des levrons espagnols et por- 
tugais, mais les plus beaux étaient les anglais, que la 
nature semblait avoir faits autant pour le plaisir de la 
vue que pour la chasse (4). 

Dans le midi de la France et dans la Péninsule ci.aiMèi;i 
ibérique on se servait, de plus, de certains lévriers 
mestifs qu'on appelait charnègres ou charnaigres (5). 

Les charnègres qu'on trouvait en Provence, selon 
Ouiqueran de Beaujeu, mais qu'on méconnaissait 
dans le reste du royaume, quoiqu'ils existassent aussi 
en Espagne, avaient le poil d'un blanc sale, le corps 
effilé et médiocrement grand, les oreilles longues et 
droites et l'ouïe très-fine; mais ce qui les distin- 



(1) C'est ainsi , je suppose, qu'il faut lire les mots lévriers faulans. 
(Voii' le Livre du Roy Charles, introduction.) 

(2j Beheur el Hvuache, anlilope buhalis. — Voir les ouvrages de M. le 
général Daumas. 

(3) Au xvni' siècle, le mot levrcUe s'appliquait à tous les lévriers 
femelles, quelle que fût leur taille. La femelle du petit lévrier ou /ctvo» 
se nommait levriche. {UicUonnaire de Trévoux.) 

(4) Sélincourt. 

(5) Prohablemont dos mot^ espngnols 'vr/v/ jii'ijra , face noire. 



— 312 — 
guait des autres cliiens, c'est qu'ils chassaient très- 
bien la nuit; si on les employait à chasser le jour, ils 
perdaient bientôt leur nez (1). 

Sélincourt parle aussi des charnègres, mais sans leur 
attribuer cette propriété singulière. D'après lui, ils sont 
issus d'un croisement entre lévrier et chien courant; 
ces chiens sont très-vites, très-vigoureux et rident 
naturellement (2). « Or ces lévriers sont dispos, de telle 
sorte, qu'ils ne vont qu'en bondissant quand ils pour- 
suivent un gibier, et se secourent les uns les autres à 
droite et à gauche, de telle vigueur, qu'ils enveloppent 
le gibier qu'ils chassent, le prennent et le rapportent. » 
Ils étaient surtout excellents pour chasser dans des 
pays incultes et couverts de broussailles, comme il 
s'en trouve beaucoup en Provence et en Espagne (3). 

Il existe encore des charnègres dans la Camargue, 
où l'on s'en sert pour chasser le renard, le lièvre et 
même la perdrix rouge qu'ils forcent à la course. 

Quelques chasseurs du département de l'Hérault 
avaient, il y a peu d'années, des chiens, dits de Ma- 
jorqucy semblables à des lévriers, mais plus épais de 
membres, ayant les oreilles longues et droites, le poil 
ras, fauve sur le corps et blanc sur les jambes et le 
museau. Ces chiens, qui avaient du nez, prenaient le 
lapin de vitesse, le marquaient à l'entrée du terrier et 
chassaient de nuit, sont évidemment des charnègres (4). 



(1) Delaudibus Provincùr, cité par Logrand d'Aussy, t. 1. 
("2) « Rider, en tcrnios do chasse, se dit lorstiu'iui chien ^uil la piste 
d'une bète sans crii.'i-. » [hiciioiinaivc de Trrvou.v.) 
(3) Sélincourt. 
('i) Voir le Jiitd'/Nd dis r/Kts.si.iirs , 10'' année. — Lor;-quç la chasse 



— ;]|3 — 

§ 3. CHIENS COUnANTS. 

Nous comprenons sous le nom de chiens courants 
tous ceux qui chassent à voix sur une piste. On peut 
diviser cette nombreuse catégorie de chiens en deux 
classes : les chiens d'ordre qui servent à la grande 
vénerie (1), et les chiens employés dans les petites 
chasses, comme les bracJiets du moyen âge, les bri- 
quets des temps modernes, les bassets et les terriers. 

1" Chiens d'ordre. 

Nos aïeux ont commencé de bonne heure h intro- chkns .lonir 
duire des chiens étrangers dans leurs meutes (2). Ce- 
pendant les races françaises y ont dominé jusqu'au 
xvnf siècle. Sous ce nom, nous rangeons, outre les 
races réellement aborigènes celles dont l'imporlation 
est fort ancienne, et dont le sang s'est mêlé avec le sang 
indigène depuis de nombreuses générations (3). 



aux lévriers fut interdite par la loi du 3 mai 1844, un procès fut in- 
tenté devant le tribunal de Béziers aux propriétaires de chiens major- 
quins que le ministère public voulait assimiler à la race prohibée. 
Le tribunal prononça en faveur des majorquins. J'ignore si cette juris- 
prudence a été maintenue et si on chasse encore avec ces chiens. 

(1) En y comprenant, malgré leur mutisme obligé, les limiers qui 
sortent de la môme souche. 

(2) Selon Gace de la Buigne, les meutes du Roi Jean étaient compo- 
sées 

.... de ces sages chiens d'Allemagne 
Et de ces bons chiens de Brelagne. 

(3) Du Fouilloux veut <pie les ]tremicrs chiens courants aient été 
amenés dans les Gaules par Brutus, lils d'Ascagne et iietit-lîls d'^neas, 
qui i)asiait dans nos vieux romans j'our avoir donné son nom à la Bre- 
tagne. 



— 314 — 

Dans son consciencieux travail sur les cliiens fran- 
çais, M. Le Couleulx en compte douze races types et 
originelles, connues depuis des siècles et dont la plu- 
part ont existé jusqu'à la révolution (1). Ce sont : 

Les quatre races dites Roijales parce qu'elles compo- 
saient exclusivement les équipages de cerf de nos Rois : 
chiens de Saint-Hubert, chiens blancs du Roi, chiens 
fauves de Brelagne et chiens gris de Saint-Louis. 

Les chiens de Bresse, 

Les griffons vendéens, 

Les chiens de Gascogne, 

Les chiens normands. 

Les chiens de Saintonge, 

Les chiens du Poitou, 

Les chiens Céris, 

Les chiens d'Artois (2). 

11 est à peu près impossible de remonter aujour- 
d'hui à l'origine de ces races, origine qui, en géné- 
ral, se perd dans la nuit des temps. 

En décrivant chacune d'elles, nous exposerons les 
quelques conjectures que nous avons pu former sur 
ce sujet difficile (3). Nous nous bornerons, pour l'in- 



(1) Vénerie française. 

(2) M. Le Couteulx joint à ces douze races les cliions bleus, dils 
fondras, (jui ne datent que du xvni'^ siècle, et qui, issus d'un croise- 
ment bien connu, ne nous paraissent pas devoir figurer parmi les races 
primitives. 

(3) Le lloi/ Modus et Gaston Phœbus distinguent trois manières di- 
rlilens sages, les chiens hauds , les chiens frrbaulz ou haicds inuz, et 
li's chiens hauds reslifz. Ces épithètes indiquent, non pas des races 
dillerentes, mais les aptitudes et la manière de chasser des chiens, sans 
acception de leurs caractères physiques. Le terme de hauds man[Ui' 
ipie ces chiens (!'taii'nt hauds d lies, c'esl-à-din- L^ais ot l)i< n ipqui'- 



— 315 — 
slanl, à dire que les chiens de Sainl-Hubert et de 
Bresse semblent pouvoir dater leur généalogie de l'é- 
poque gauloise, que les chiens gris et une partie de 
ceux du Poitou étaient d'origine étrangère, enfin que 
les chiens gascons sont issus de croisements entre 
d'autres races primitives. 
Les chiens de Saint-Hubert, renommés dès le chiens 

lie 

xiif siècle sous le nom de chieiis de Flandre (1), saim-nuiien 
étaient divisés en deux sous-races, l'une blanche et 
l'autre noire. Ils paraissent descendus de ces fameux 
chiens belges dont nous avons parlé d'après Sihus 
Italiens. Ils étaient, en effet, originaires des mêmes 
contrées et fournissaient d'excellents limiers pour dé- 
tourner le sanglier comme les chiens belges du poète 
latin. 

Les plus estimés étaient les noirs. 

Ces chiens noirs anciens, dont les abbés de Saint- 
Hubert en Ardennes avaient toujours gardé la race en 
ïhoymeuret mémoire du saint qui estoit veneur avec saint 
Eustache (2), étaient de moyenne stature, longs de cor- 
sage et bas sur jambes; ceux de race pure étaient <y?/rt- 
truillés de rouge (3) avec les jambes de la môme cou- 



rants. Les ferhmdz étaient aussi nommés cerfs bauds mu: parce qu'ils 
ne chassaient que le cr7^f et restaient miuis quand la bote de meute 
était accompagnée du change. Les chicjis haulz rclifs, ou cerfs bauds 
restifz demeuraient cois lorsque le change était sur pied. 

(1) Proverbes du xni" siècle, publiés par Crapelet. — Sur les chiens 
courants flamands au xyii" siècle, voir Vlit, Venalio novanliqua. 

(2) A Germain le Veneur, la somme de GO liv. t. 10 sols pour ses peines 
et salaires d'avoir conduict et amené du lieu de Saint-Hul)ert à Paris cer- 
tains chiens courans dont il a i'aict présent audict seigneur de la part de 
l'abbé dudict Saint-Hubert. —Comptes de François P", '27 i'évrier 1528. 



(S") Ce mol écrit rnlnilUi': dan;- Plia'lius, '_•! ;uH('urs calrotdllr; o( 



Je trancoip 
-us, .'1 aiHc 



— 3IG — 

leur, sans avoir de poils blancs ailleurs qu'au poi- 
trail (1). 

Ils étaient lents, chassant de forlonge, et par le 
menu, de haut nez et très-collésà la voie. Leur man- 
que de vitesse leur faisait préférer la chasse des bctes 
puantes , comme sangliers, blaireaux eileurs semblables; 
ils ne craignaient mTeaii ni la froidure. 

Charles IX dit que cette race de chiens ne valait 
rien pour le cerf. Lorsque le change bondissait, ils 
restaient tout étonnés à la queue des chevaux et des 
piqueiirs, ne chassant plus ni le change ni le droit; en 
somme, ajoute-t-il, ils sont bons pour gens qui ont les 
gouttes et non pour ceux qui font métier d'abréger la 
vie du cerf (2). 

On en lirait de fort bons limiers principalement 
pour le noir (3), les chiens que les abbés de Saint-Hu- 
bert envoyaient tous les ans au Roi étaient ordinaire- 
ment affectés ù ce service et ont fourni de bons li- 
miers à la Vénerie royale jusqu'en 1789 (4). 

Des Ardennes, les chiens de. Saint-Hubert se répan- 
dirent en Hainaut, en Flandre, en Lorraine et en 



qiialniill('z,\iQnt do quatre œlls et veut dire qu'ils avaient des marques 
de feu au-d(;ssus des yeux. 

(1) Du temps de du Fouilloux la race était déjà mêlée et il y en 
avait de tout poil. 

(î) Charles IX et du Fouilloux. ne sont pas d'accord sur les carac- 
tères distinctifs des chiens noirs de Saint-Hubert , que ce dernier 
déci'it connue ptiissanls de corsage. Nous avons cru devoir préférer 
la description donnée yiw le Roi ipd les connaissait il'expériencc per- 
sonnelle. 

(3) Du Fouilloux.— Charles IX dit égalmnenl (ju'il les trouve i' nicil- 
If'urs à la nuiin i\w hors du cinqdc. » 

(i) D'Yauville. 



— 317 — 
Bourgogne , et de là jusque dans nos provinces 
méridionales. Le chien courant que décrit Gaston 
Phœbus, à en juger par son grand et gros corps, porté 
sur des jambes grosses et droites mais non pas trop 
hautes, et par son poil noir catruillé, paraît être des- 
cendu en ligne directe du chien noir de Saint-Hu- 
bert (1). 

A partir du xvi^ siècle, ces chiens ne tiennent plus 
qu'une place très-secondaire dans les équipages 
royaux ; mais il en existait encore des meules enlières 
du temps de Salnove chez quelques grands seigneurs. 
Il cite, entre autres, celles du cardinal de Guise et du 
marquis de Souvré (2). A la fin du règne de Louis XIV 
on n'envoyait plus que chez quelques gentilshommes 
du nord de la France, qui les préféraient à tous au- 
tres chiens parce qu'ils chassaient toute espèce de 
bêtes (3). 

La race des chiens de Saint-Hubert était devenue 
fort rare dans notre pays et avait beaucoup dégénéré 
dès l'époque où écrivait d'Yauville. Elle peut être 
considérée aujourd'hui comme éteinte sur le conti- 
nent, mais elle semble s'être conservée pure en An- 
gleterre dans les bloodliounds noirs dont nous reparle- 
rons plus loin (4). 



(1) Les chiens courants envoyés en présent au duc d'Orléans par le 
comte de Namur (1394) devaient être de cette race. (Voir Louis et 
Charles, ducs d'Orléans.) 

(2) La race des chiens noirs paraît avoir été profondément modiiiée 
à cette époque. Salnove leur attribue une grande vitesse et une ardeur 
excessive. 

(3) GalFet de la Briirardière. 

(4) Dans les Ardennes françaises et belges, il existe encore rpielques 



— 318 — 
Chiens Mmrs Au xv' sièclc, il cxislalt une race de chiens blancs 
eigrcfr'êis. de Saint-Hubert, moins estimés des gentilshommes 
que les noirs, parce qu'ils ne voulaient chasser que 
le cerf. Il advint un jour qu'un pauvre gentilhomme 
s'avisa d'offrir un de ces chiens nommé Souillard au 
Roi Louis XI, qui n'en tint compte, parce qu'il ne 
ne faisait cas que des chiens gris. Gaston du Lyon, sé- 
néchal de Toulouse, qui se trouvait près du Roi, lui 
demanda ce chien pour en faire présent à la plus sage 
dame de son royaume, Madame de Beaujeu (1); « Je 
vous reprends, répondit le Roi, sur ce point de l'avoir 
nommée la plus sage, mais dites moins folle que les 
autres , car de sage femme n'y en a point au 
monde. » 

A la suite de ce propos peu galant, Souillard fut 
donné au sénéchal Gaston, mais Jacques de Brézé, 
grand sénéchal de Normandie, qui était à la tête des 
équipages de chasse de Madame de Beaujeu , importuna 
si fort son collègue, qu'il réussit à en obtenir ce chien. 
C'était le fameux Souillard, le blanc et le beau chien 
courant. 

De soti temps, le meilleur et le mieux pourchassant 



dont le grand sénéchal de Normandie écrivit plus tard 
l'éloge (:2). 

L'année d'après, on fit couvrir à ce chien une bra- 



chiens ])lus ou moins dégénérés qui passent pour descendre de celte 

race. 
(1) La célèbre chasseresse, Anne de Bourbon, fdle de Louis XL 
(5) Lrs (iils (Iv bon chien Souillard qui fui au Rôy Loys de France, 

AI'' de ce nom. 



que d'Italie qui était à un secrétaire du Uui qiicn ce 
temps-là on nommait greffier (1). 

Le premier chien qui sortit de celte union était 
tout blanc, hormis une tache fauve qu'il avait sur l'é- 
paule. Ce chien fut nommé greffier à cause du maître 
de sa mère. Il était si excellent, quil se sauvait peu de 
cerfs devant lui, et des treize petits qu'il eut, aussi 
bons et excellents que lui, sortit l'illustre race des 
chiens greffiers qui était toute en estre à Favénement 
de François I" (2). 

Ce Roi, trouvant que les greffiers manquaient un 
peu de taille et d'étofle, \es renforça par un chien fauve 
nommé Miraud, qui lui avait été donné par l'amiral 
d'Ânnebault. Henri II modifia encore cette race en la 
croisant avec un chien blanc nommé Barraud, offert 
par la Reine d'Ecosse Marie de Guise (3). 

De tous ces croisements successifs résulta une race 
de chiens plus forts que les premiers greffiers , 



(1) Charles IX dit que cette union eut lieu sous Louis XII. Il faut 
évidemment lire Louis XI ou Charles VIII. — M. Pichon croit que ce 
greffier était Jehan Robertet, secrétaire du lioi, greffier de l'ordre de 
Saint-Michel et ami de Jacques de Brézé. 

(2) Il est fort difficile de débrouiller cette généalogie des chiens gref- 
fiers que Charles IX et du Fouilloux donnent d'une manière différente. 
Nous avons cherché de notre mieux à concilier ces deux versions en 
nous rapprochant, le plus possible, de celle du Roi, qui devait être le 
mieux informé ; la version de du Fouilloux est remplie d'erreurs graves 
qui ont été signalées par M. J. Lavallée dans sa Chasse à courre, et 
par M. le baron Pichon, dans l'excellente introduction qui précède son 
édition de la Chasse du grand sénéchal et des Dilz du bon Soidllard. 

(3} Brantôme dit également que Henri II avait mis au monde une 
nouvelle race de chiens blancs 'plvs rojides, mais moins asseurez que 
les gris (grands capitaines françois), c'étaient probablement les chiens 
de la Loue, dont il va être parlé. 



— 320 — 

bons par excellence el dont on ne pouvait dire assez de 
bien. 

Les chiens greffiers étaient, dit Charles IX, devrais 
chiens de Roi. On n'admettait dans les meules 
royales que ceux qui étaient tout blancs ou mar- 
quetés de fauve [1). Grands comme lévriers, ils avaient 
la tête aussi belle que les braques. Ils chassaient admira- 
blement le cerf qu'ils préféraient à toute autre bête ; 
on ne voyait guère de chiens de cette race, quelque 
jeunes qu'ils fussent, courre autre chose que le droit, el, 
quand le change venait à bondir, c'était alors qu'ils 
se glorifiaient en leur chasser (2). Ces chiens forcenans 
et requérans portaient toujours la queue sur le rein et 
ne laissaient de chasser jjowr" chaleur qui pût être. Leur 
docilité était merveilleuse (3). Ils battaient raisonna- 
blement les eaux en été, mais les craignaient en hi- 
ver à cause d'un trait debeauté qui les plaçait au-dessus 
des autres races, ayant le poil plus ras el la peau plus 
fine (4). 



(1) Il en naissait beaucoui) qui étaient marquetés de noir et de gris 
sale, tii^ant sur le bureau (couleur de bure), ceux-là étaient de peu de 
valeur (du Fouilloux). Il est permis de supposer que la belle race 
blanche et noire de Saintonge a pour aïeux quelques (jrefjïers rejetés 
des équipages royaux à cause de leur robe. 

(2) Salnove dit avoir vu ces chiens à Saint-Germain, à Fontainebleau 
et à Monceaux mainlenir leur cerf au milieu de cinq ou six cents 
autres. 

(3) « Pour donner une preuve entière de leur sagesse, je diray avec 
vérité que j'en ay veu plusieurs années jusques au nombre de trente, 
découplez au laissé courre, n'y ayant qu'un seul valet do chiens devant 
eux qui tcnoit deux houssines en ses mains... qui, pourtant, no pas- 
soient pas que le valet des chiens ne se fust détourné à droict et à 
gauche, et qu'il n'eust laissé tomber ses houssines à terre. » (Salnove.) 

(i) La Chasse royale, — Au Fouilloux, — Salnove — Nos lioy- on- 



— 321 — 

Pendant tout le xvi' et la plus grande partie du 
xvif siècle, les chiens greffiers composèrent exclusi- 
vement les meutes royales pour cerf, ainsi que celles 
des princes et des grands seigneurs (1). 

Mais, sur la fin du règne de Louis XIV, cette belle 
race, comme la plupart de nos races françaises, n'exis- 
tait plus à l'état de pureté, et l'on prenait, pour courre 
le cerf, les chiens blancs de la plus haute taille qu'on 
pût trouver dans les races mêlées (2). 

Des chiens greffiers plus ou moins croisés des- 
cendent les chiens vendéens, qui ont conservé une 
grande partie de leurs qualités, mais dont la race 
elle-même, modifiée par de nouveaux croisements, 
est devenue très-rare h l'état pur (3). 

Les chiens gris, qui passaient pour avoir été rame- 
nés d'Orient par saint Louis, ainsi que nous l'avons 
dit précédemment, composèrent les meules royales 
jusqu'à l'époque où se forma la race des greffiers. 
Louis XI en faisait un cas exclusif. Le bon chien Re- 
lay, qui eut l'honneur de voir l'histoire de ses hauts 
faits rédigée par Louis XII , appartenait à cette 
race (4). 



voyaient parfois en présent aux souverains étrangers des chiens de 
cette race si renommée. François I"", en 1538, donna une meute de 
chiens blancs à Marie de Hongrie, sœur de Charles V. 

(1) Gaffet de la Briffardière cite i)articulièrement les chiens blancs du 
duc de Vendôme et ceux du duc d'Elbeuf. 

(2) Sélincourt. 

(3) On peut supposer que les beaux chiens de bronze de Jean Gou- 
jon conservés au Louvre avec la statue de Diane de Poitiers sont des 
chiens greffiers. Les grands chiens blancs du /îoi sont représentés dans 
plusieurs tableaux de Desi)ortes. 

(4) EpUaphe du bon Helaij qui i-ieni de la race des cltiens r/ris dont 

II. 21 



Cliiens gris 

(le 
Saint -Louis. 



Abandonnés au xvi* siècle par nos Rois, qui n'en 
conservèrent plus qu'un petit nombre pour la chasse 
du lièvre, ils restèrent en estime chez les princes, et 
surtout chez les genlilshomraes qui leur faisaient faire 
plusieurs métiers. 

Les ducs de Bourgogne avaient eu des meutes de 
chiens gris au xv^ siècle; au xvi% les ducs d'Alençon 
et de Guise en possédaient encore. Le comte de Sois- 
sons (1), compagnon de guerre et de chasse de 
Henri IV, eut la dernière meule pour cerf composée 
de chiens gris ("2). Il est encore fait mention de ces 
chiens dans les livres de Jehan du Bec, de Salnove, 
de Sélincourt et de GafTet de la Briffardière. 

C'étaient de grands chiens, hauts sur jambes et d'o- 
reilles, ayant l'échiné large et forte, le jarret droit et 
le pied bien formé. Ceux qui étaient de pure race 
avaient le poil gris-noirâlre sur le dos et de couleur 
de lièvre sur le reste du corps, avec les jambes canne- 
lées et ondées de rouge et de noir-, ils étaient souvent 
quatrœillés de rouge ou de noir (3). Les gris argentés 

la vénerie apparUmoit au duc de Bourgogne. — (Dans l.i Muse chasse- 
resse, Paris, IGU,) 
Celte ])ièce commence ainsi : 

Les chiens gris, longtemps a, cest honneur ont acquis 
Entre les chiens courans d'estre bons et exquis, 
Et qui ont, après eux, laissez de race en race, 
Dignes successeurs d'eux, héritiers de leur grâce. 

(1) Charles de Bourbon, mort en 1012. 

(2) Salnove. — Les chiens gris paraissent s'être fondus avec la race 
normande. 

(3) Mon poil qui estoit gris tiroit fort sur le brun 
Qui de la vieille race est le poil plus commun 
J'avûis le dos râblé, jarret droict, jambes souples. 

(Èpil. de Bêla g.) 
Joli.'iu du Hec dit que- les ciiiens çi'is oui la queue grosse et le jioil 



— 323 — 

à jambes fauves étaient moins estimés que les 
autres. 

Ces chiens étaient extrêmement vites, très-ardents 
et de grand cœur, faciles à tenir en bon état, insen- 
sibles au froid, mais incapables de supporter la cha- 
leur, indociles, opiniâtres, sujets à prendre change et 
de mauvaise créance. Leur nez était moins bon que 
celui des noirs et des blancs. « Pour dire vray, ce sont 
des chiens enragez, car il se faut rompre le col et les 
jambes pour les tenir; si un cerf dresse, ils le pren- 
dront et bien viste, mais s'il ruse, on les peut bien 
coupler et ramener au chenil [i). » 

Cette race de chiens gris s'est confondue avec les cuicns rames 
autres et semble entièrement éteinte. je li.eiagne. 

Charles IX paraît avoir fait peu de cas des chiens 
fauves, dont il ne parle que pour dire que ce sont 
chiens hastards provenant d'un croisement entre les 
gris et les blancs. 

Du Fouilloux, au contraire, leur attribue une ori- 
gine antique et illustre. « Il est à présumer, dit-il, que 
les chiens fauves sont les anciens chiens des ducs et 
seigneurs de Bretaigne; desquels Monsieur l'admirai 
d'Annebauld et ses prédécesseurs ont tousjours gardé 
de la race, laquelle fut premièrement commune au 
temps du grand Roy François. » 

Dès le xiv*" siècle, un des veneurs du Roi Jean, 



gros. Il est douteux que ce détail soit applicable à ceux de la race de 
Saint-Louis, quoique les tapisseries dites de Guise figurent souvent 
des chiens gris brunâtre à gros poil. 
(1) La Chasse royale. — Du Fouilloux. — Salnove. 



— 324 — 

Huct des Ventes, avait une meute fameuse de chiens 
fauves (1). 

Une chronique bretonne de la ville de Lamballe, que 
du Fouilloux cite sans en donner la date, fait men- 
tion « qu'un seigneur dudit lieu, avec une meute de 
chiens fauves et rouges, lança un cerf en une forest en 
la comté de Poinctievre (Penthièvre), et le chassa et 
pourchassa l'espace de quatre jours, tellement que le 
dernier jour il l'alla prendre près la ville de Paris. » 

Madame de Beaujeu avait de ces chiens dans sa 
meute, entre autres la fameuse Baulde : 

La bonne lisse ronge qui tant de bien a scen. 

Le chien Miraud, qui servit à renforcer la race des 
greffiers, était aussi un chien fauve de Bretagne. 

Les chiens de la Hunaudaye (2), renommés du temps 
de Charles IX, et les chiens du Bois qu'un gen- 
tilhomme du Berry avait donnés aux Bois prédéces- 
seurs de ce Prince, étaient également des chiens de 
ce poil. 

Les plus estimés de ces chiens avaient le poil d'un 
rouge vif tirant sur le brun, avec une tache blanche 



(1) Iluet des Vcnles (non de Aanles, comme l'écrit du Fouilloux; est 
cité dans le livre de Gaston Phœbus et figure parmi les veneurs du 
Roi dans un des comptes de l'Argenterie du Roi Jean. Du Fouilloux dit 
avoir trouvé cet illustre veneur mentionné dans un viel livre escril 
à la main, lequel donnait tel blason aux chiens de la meule dudit 
Seigneur: 

Tes chiens fauves, Iluet, par les forests 
Prenent à force chevreulx, biches et cerfs. 
Toy par fustayes emporte sur tous pris 
De bien iiarler aux chiens en plai?ans cris. 

('2) L'auiii';il d'Anuobaul iMail baron de Rotz et de la Hunaudaye. 



— S2li — 

au front ou au col. Quelques-uns avaient la queue 
espiée (1). Ceux qui étaient jaunâtres, marquetés de 
gris et de noir, ne valaient guère (2). 

On faisait de bons limiers des chiens fauves retrous- 
sés et hérigottés (ergotes). 

Ces chiens fcuives étaient vigoureux, pleins de feu, 
de grand cœur, d'entreprise et de haut nez, extraordi- 
nairement vites, ne craignant ni l'eau ni le froid. On 
leur reprochait d'être étourdis, impatients, querel- 
leurs, pillards, difficiles à entretenir en bonne condi- 
tion. Ils n'aimaient pas à rapprocher les voies d'une 
bêle qui allait les hautes erres. 

Les gentilshommes en avaient rarement parce que 
ces chiens ne voulaient chasser que le cerf, faisaient 
peu de cas du lièvre et s'adonnaient à courir au bétail 
privé (3). 

Outre les quatre races royales, Charles I\ cite avec 
éloge de petits chiens de poil blanc, gentils et beaux, 
qu'on appelait chiens de la Loilc, du nom d'un gen- 
tilhomme berrychon, qui les avait élevés au temps de 
François 1". Le Roi donna une meute de ces petits 
chiens au Dauphin, son fils, depuis Henri II (4). 



(1) A longs poils-, — ceux-ci étaient probablement à doni-poil, comme 
quelques chiens fauves qu'on trouve encore en Bretagne et qui pas- 
sent pour leurs descendants. 

(2) J. du Bec vante cependant les chiens fauves eslavés. Mais ces 
chiens qui chassaient lièvre n'étaient probablement pas de la fière et 
dédaigneuse race des chiens fauves de Bretagne. 

(3) Du Fouilloux. — Salnove. 

(4) Dans les comptes de la vénerie pour l'année 1553, on trouve 
encore cette meute sous le nom de la bande des pelils chiens nommés 
les Bégens avec Messire Philippes de la Loe pour caïutaine. Voir les 
pièces justiiicatives, t. I". 



— 326 — 

Comme le livre du Roy Charles ne donne pas leurs 
caractères distiuctifs, on ne sait à quelle race les 
rattacher. 

Il en est de même de ces chiens renommés des 
ducs de Lorraine dont Ligniville a célébré les hauts 
faits (1). 

« Tous chiens courans d'autre poil ou race que 
des poils dont j'ay parlé, dit Charles IX, sont chiens 
bastars, de l'une et l'autre race (2). » 

Quant aux chiens à poil rude, que nous nommons 
griffons, et qu'on appelait autrefois barbets, Charles IX 
les traite dédaigneusement de chiens tenant du mâtin. 

M. de Maricourt trouve les chiens barbets et à gros 
poil 'peu agréables, bien qu'il s'en trouve de bons. 
Jehan du Bec, moins exclusif, veut que l'on fasse cas 
du gros poil en un chien, et Gaffet de la Briffardière 
dit que les chiens à gros poil percent mieux dans 
les joncs et battent mieux les eaux après un cerf. 



(1) Ces chiens descendaient du fameux Mciiant, qui vivait au com- 
mencement du xvi° siècle. 

« Et croy qu'il y a 100 ou 120 ans que la race de ces chiens est en 
Lorraine, depuis le temps que Jacques du Chastelet, seigneur de 
Sorcy et bailly de Saint-Mihiel, estoit grand veneur. Geste race do 
chiens estant exercée garde le change pour le cerf naturellement et 
les ducs qui ont esté n'ont jamais désiré que les grands veneurs laissent 
perdre ceste race de chiens. Il m'a esté commandé d'en fiiire estât, et 
l'ay appris de feu Monsieur de Gellenoncourt, mon devancier grand 
veneur, qui avoit de mesme appris de feu M. de Puligny, son i)ère. 
qui s'estoit tousjours servy de ceste race de chiens, laquelle est en telle 
estime que par i)lusieurs fois j'ay eu l'iionneur d'en présente)- de ceste 
race a S. M. Henry le Grand, de la part de Monseigneur le duc Fj-an- 
i;ois, lesquelz ont esté trouvez bons. » (Mcrillc et vénerie pour lierre.) 

(2) 11 r.-ni( iciuarqucr f[\\r Clinilcs IX no parle que des fliirns de 
ce ri. 



Cliicns 



— 327 — 

Malgré raiialhème prononcé par Charles IX contre 
les barbets el tous les chiens qui n'ont pas l'honneur 
d'appartenir aux quatre races royales , cette haute 
aristocratie de l'espèce, il est incontestable que la plu- 
part des races françaises, dont nous avons cité les 
noms, peuvent faire remonter très-haut leur généalo- 
gie, quoique les anciens auteurs restent muets sur 
beaucoup d'entre elles. Ainsi nos veneurs font depuis 
longtemps grand étal de certaines races à poil rude. 
Celle des chiens de Bresse ou griffons de l'Est, dont 
on trouve encore quelques échantillons dans les meutes 
de la Bourgogne, de la Franche-Comté et du Niver- 
nais, est, suivant toute apparence, issue en ligne di- 
recte des chiens ségusiens d'Arrien et de la loi sa- 
lique (1). Les chiens à poil rude de l'Ouest ou grif- 
fons de la Vendée et du Poitou jouissent aussi, depuis 
longues années, d'une haute réputation, surtout pour 
la chasse du loup (2). 

Les chiens de Gascogne, encore assez nombreux cinens 
dans le sud-ouest de la France, ainsi que ceux de 
l'Ariége, de Toulouse et de Bordeaux, sous-variétés de 
la même race, descendent des chiens de Saint-Hubert 
dont se servaient au xiv* siècle Gaston Phœbus et les 
autres seigneurs du Midi et qui se sont apparemment 
alliés à des races indigènes. 

Ces chiens ont, en effet, conservé beaucoup des qua- 
lités et des défauts qui caractérisaient les vieux arden- 



U) Le peuple celtique des Ségusiens habiUiit la Bresse. 
(î') Vénerie française. 



GrifToiis 
de l'Ouest. 



de Gascogne. 



— 328 — 

nais; comme eux, ils sont souvent d'une construc- 
tion massive, quoique longs de corsage et médiocrement 
râblés, avec de grosses têtes trop long coiffées. Comme 
à eux encore, on leur reproche d'être trop lents, trop 
collés à la voie, de manquer d'énergie et d'activité. 
Musards dans les défauts, ils sont parfois obligés, 
quand la bête fait un retour, de reprendre la voie 
pied à pied. Mais ils sont bien gorgés et doués généra- 
lement d'une grande finesse de nez (1). 

Les chiens de Gascogne avaient encore ce point 
commun avec les chiens de Saint-Hubert qu'ils chas- 
saient de préférence le loup et le sanglier (2). 

Le pelage de ces chiens rappelle encore leur ori- 
gine. Il présente d'ordinaire ce mélange de poils 
noirs et blancs, avec prédominance de la couleur 
noire, qu'on nomme bleu, et la peau est marquée de 
même sous le poil. Ils ont de plus de grandes taches 
noires et des marques de feu. Beaucoup de chiens en- 
tièrement noirs existaient autrefois dans les meules 
gasconnes, et quelques individus de celle robe ont 
subsisté jusqu'à nos jours parmi les chiens de l'A- 
riége (-J). 



(1) Vénerie française. 

(2) Grâce à des croisemenls intelligents, snrtout avec des chiens de 
Saintongc, la race gasconne s'est débarrassée de la idupartdes délauls 
de conformation et de caractère qu'on lui reprochait jadis, comme on 
a pu s'en assurera la vue des beaux chiens bleus exposés en l8G3par 
M. le baron de Rubles. Ces chiens, issus de la même souche que les 
raagniliqucs chiens blancs et noirs de Virelade, sont vigoureux, intel- 
ligents, ardents ctactil's dans les défauts. Ils chassent le loup lïninilic 
et le lièvre avec une perfection rare. (Note de M. h.' baion de (larayon- 
Latour dans le Sport et le Journal des chasseurs.) 

(^) Journal des chasseurs, février 180'j. — La li'adilion du jiays fait 
remonter celte noble race h Gaston Phu'bus. 



— 329 — 

Les toulousains se (lislinguaienl par des marques 
sang de bœuf. Les bordelais ont la robe blanche 
avec de grandes taches noires. 

Ces derniers sont considérés par M. de Carayon- 
Lalour dans son intéressante notice sur la race de Vi- 
relade comme les descendants de ces chiens blancs et 
noirs dont parle Charles IX et qu'il dit provenir des 
chiens blancs et des chiens noirs de 31. Saint-Hu- 
bert. Le Roi, qui n'aimait pas leurs ancêtres arden- 
nais, qualifie ceux-ci de gros chiens pesants qui ne sont 
à estimer (l). 

Selon M. le marquis de Fondras, la race bordelaise 
serait issue assez récemment d'une superbe lice de 
Gascogne nommée Sonnante, et d'ufi chien de Sain- 
tonge de l'équipage du fameux comte de Saint -Lé- 
gier (2). 

Les chiens des diverses races de Gascogne sont en 
général de grande taille (23 à 25 pouces — 0"\77 à 
O^.SS) et d'une conforjnalion assez robuste. 

On ne trouve aucun renseignement sur la race cinens 
normande avant le règne de Louis XIV (3). A cette 



(1) La race bordelaise aurait, en tous cas, été beaucoup améliorée 
depuis par des croisements avec les chiens de Saintonge, de la race 
jierfectionnée par M. de Saint-Légier. 

(2) La Vénerie co7itemporaine, t. III. En admettant cette origine, on 
devrait reporter les épithètes assez peu flatteuses du royal auteur sur 
l'ancien gros chic7i de Saintonge, dont parle un peu plus loin M. de 
Fondras. Il en résulterait de plus que toutes ces races du Sud-Ouest, 
de Gascogne, de Saintonge, de Bordeaux, de Virelade et du basPoitou, 
sont étroitement alliées ensemble. 

(3) n est plus que probable que les chiens composant la meule ad- 
mirable que le marquis de Bonilace avait en IGôl dans les environs 
de Fécaraj) , ainsi que ceux de MM. de la Ramée et de la Iloussaye, 
que M. de Bostaquet déclare les plus beaux qu'il eùl Jamais vus ei 



iionnands. 



— 330 — 

époque, elle fournissait de nombreux sujets à la Vé- 
nerie royale, ce qui continua pendant une partie du 
règne de Louis XV (1). 

Leverrier de la Conterie, qui, en bon Normand, 
voit dans le chien courant de sa province le véritable 
type de l'espèce, dit qu'il existe en Normandie deux 
races vraiment pures, l'une de chiens gris, fauves ou 
noirs, l'autre de chiens blancs. Il y avait, dans cha- 
cune de ces races, de grands et de petits chiens. 

Les plus beaux et les mieux faits de ces chiens 
avaient la tête longue, le front large et ridé, les na- 
seaux bien ouverts, les babines tombantes, l'oreille 
basse, mince, avalée et papillotée en dedans, l'œil 
gros, la paupière inférieure tombante, le fanon de 
bœuf, les épaules un peu chargées, le corps long, 
plus étriqué que goussaux, mais très-robuste, le rein 
large, haut et arqué, la queue grosse près des reins, se 
terminant comme celle d'un rat et tournée en demi- 
cercle, les jarrets bien placés, la cuisse troussée, 
gigottée et large, les jambes fortes et nerveuses, et 
les pieds secs et pointus (2). 

Les chiens normands étaient lents, très-collés à la 



dont ce gentilhomme voulait avoir de la race, étaient des chiens de 
pur sang normand. (Voir les Mémoires de Dumont de Bostaquet.) 

(1) Du temps où M. de la Rochefoucauld était grand veneur, la vé- 
nerie avait conclu un marché avec un gentilhomme de Normandie qui 
recevait 4,000 1. par an pour lui fournir des élèves. Vers 1737, le comte 
de Toulouse fit un arrangement à peu près semblable avec un gentil- 
homme du même pays, mais seulement pour douze jeunes chiens ou 
lices à choisir chaque année. L'éleveur recevait annuellement 1,500 1. 
(Mémoires du duc de Luynes, t. I.) 

yi) Leverrier d(; la Conterie. — Véiicric fi-ançaisr. — NouvrlU vi'- 
nerie normande, par M. Li'massori. 



— 331 — 

voie, avaient beaucoup de fond, belle gorge, el rap- 
prochaient admirablement. 

D'Yauville écrivait, vingt ans après l'auteur de la 
Vénerie normande, que ces chiens, plus étoffés que 
les chiens d'élève des meutes royales, chassaient, rap- 
prochaient et criaient bien. Il ajoute, parlant des 
limiers qu'on tirait de Normandie, qu'ils étaient 
noirs marqués de feu avec du blanc sur la poitrine ou 
d'un gris tirant sur le brun. « Comme les uns et les 
autres ressemblent beaucoup à ceux qu'on voit repré- 
sentés dans les anciens tableaux et sur les vieilles ta- 
pisseries, on pourrait croire, et il y a même appa- 
rence, que les deux races de chiens noirs et gris dont 
il a été parlé ci-devant ont été croisées, et que des deux 
il s'en est formé une qui s'est conservée jusqu'à présent. 
Ce que je puis certifier, c'est que la race existante est 
si ancienne que les plus vieux veneurs tant de Nor- 
mandie que de ce pays-ci, disent que leurs anciens 
même n'en connaissaient pas l'origine. » 

Il est, en effet, très- vraisemblable que les chiens nor- 
mands descendaient du mélange des chiens de Saint- 
Hubert, noirs ou blancs, avec les chiens gris et les 
chiens fauves. 

Les deux races normandes dont parle La Conterie 
avaient fini par se confondre. Les chiens normands 
tricolores qui en étaient issus, mélangés à leur tour 
avec des chiens anglais , ont fini par disparaître 
presque entièrement (1). 



(1) Vénene franr((isc. — iy\iMi\\\lt' dil 4110, de son tcmjis, les beaux 



— 332 — 

Les pelits chiens normands pour lièvre descen- 
daient de la race des chiens des Essars, dont Sélin- 
court fait un grand éloge. « Ce sont, dit-il, de petits 
chiens fort beaux qui chassent, le coyer haut, qui 
crient bien les matinées et vont fort bien requérir un 
lièvre par les menus, le rapprochant avec beaucoup 
de gayeté, chassant de très-bonne grâce, le balet 
haut (1). » 

Dès cette époque, la race de ces chiens était pres- 
que anéantie, et il n'y en avait plus que quelques-uns, 
par-ci par-là, chez des gentilshommes particuliers 
de Normandie. Les Français, qui sont changeans, les 
avaient partout ailleurs mêlés avec des harriers d'An- 
gleterre. Ceux qui existaient du temps de Leverrier 
de la Conterie étaient croisés, en outre, avec des bri- 
quets. 
Chiens Une note écrite de la main d'un gentilhomme sain- 

tongeois, le marquis de la Porte-aux-Loups, et con- 
servée dans les papiers de sa famille, constate qu'à 
l'époque de la révolution de 1789 les derniers re- 
présentants de l'antique race sainlongeoise étaient 



chiens normands étaient drjù fort rares , et ([ue la lionne et ancienne 
race était dégénérée par suite de croisements avec les chiens anglais, 
(l) Savary ne partage pas l'admiration de Sélincourt poiu' les chiens 
de lièvre normands qu'il accuse d'être emportés, clabaudeurs, indo- 
ciles et de mauvaise créance. Il loue seulement leur beauté, leurs 
longues oreilles qui battent la terre, leurs lèvres pendantes, leur 
queue longue et déliée, dont l'extrémité vient toucher les reins, leurs 
pieds compactes et resserrés ([ui ne laissent sur le sol qu'une étroite 
emiireinte. Il termine par ce conseil, adressé au.x chasseurs de lièvre: 
. . . calulo non ulcre r/allo 
Silvicolis rrrvis csl aplior, upliur ((pris. 

Album Diaiuc IcporirùLr, lih. I.) 



de Saiiilonge. 



(le rOiiesl. 



— 333 — 

une lice nommée Minerve, et deux chiens, Mélanthe 
et Fouillrtux. Ces nobles animaux, laissés au château 
de Beaumont près de Gémozac, lors de l'émigration 
du marquis, furent recueillis par un régisseur fidèle 
qui les ramena sains et saufs à leur maître quand il 
put revenir en France. M. de la Porte-aux-Loups, 
quelques années plus tard, donna ces trois chiens au 
comte de Saint-Légier, son neveu, qui en fit la sou- 
che d'une nouvelle race de Saintonge, encore perfec- 
tionnée par des croisements bien entendus (1). C'est 
là tout ce que nous savons sur l'histoire de ces su- 
perbes chiens de Saintonge (2), les nombreuses va- ciiiens 
riétés du Poitou (3) ; les chiens Céris, leurs alliés et 
leurs voisins (4), quoique indubitablement d'antique 
et noble origine, ne sont même pas nommés par les 
anciens théreulicographes. On trouve seulement dans 
Coury de Champgrand qu'il y a en Poitou, en Bre- 



(1) "Voir le Journal des chasseurs, jx" année, et la note insérée par 
M. Ch. Godde dans le numéro du 15 février 1864. 

(2) Voir la Vénerie française. —La.ra.ce do Sa'mlonge a certainement 
un degré de parenté assez proche avec les chiens blancs du Roi, dont 
elle a conservé plusieurs des caractères distinctifs. Hauts de taille, lé- 
gers de construction, avec la poitrine profonde, le flanc harpe, la tête 
sèche, les oreilles demi-longues et papillotées, les saintongeois ont 
la robe blanche avec des taches noires et quelques marques de feu 
pâles. 

(3) Les plus estimés étaient les cliiens de Larije; ils passaient pour 
descendre de chiens amenés d'Ecosse jDar la famille de ce nom, qui 
habitait les environs de l'Isle Jourdain. Le marquis de Larye, veneur 
l'ameux du temps de Louis XVI, avait employé quarante ans de sa vie 
H améliorer encore cette race qu'il soutenait être la première de 
France pour courre le loup. Les chiens de Larye avaient le pelage 
blanc et orangé. Voir le Journal des chasseurs, vni'= et ix'= années, la 
Notice sur J. du Fouilloux, par M. de P..., et la Vénerie française. 

(i) Ces chiens tirent leur nom d'une famille du pays. 



d'Arlois. 



— 334 — 

tagne et dans beaucoup d'autres provinces, des races 
de chiens courants très-bonnes, mais qui ne sont 
guère connues hors de leur pays. 
Chiens Lcs chieus courants que nous connaissons sous le 

nom de chiens d'Artois étaient désignés ancienne- 
ment par celui de chiens picards, le nom de chiens 
d'Artois jusqu'au xvn' siècle ayant été appliqué aux 
bassets à jambes torses (J). 

Ce sont les mêmes chiens [2) dont la race était de- 
meurée au XYU*^ siècle dans les maisons de Gamache 
et de Supplicourt, en Picardie, chiens plus grands 
que les petits normands, de poil gris et fauve, justes 
à la voie, requélant merveilleusement, ayant de belles 
gorges et des voix hautaines, qui se faisaient entendre 
d'extrêmement loin. 

Ils chassaient le loup comme le lièvre, et ne vou- 
laient point du renard. Doués de la gaillardise des 
chiens français et de la sagesse des chiens anglais, ils 
portaient le nez haut et donnaient plus de plaisir 
dans un rapprocher que tous les autres chiens dans 
une chasse entière (3). 
Chiens Meus Lcs chlcns blcus, dits Fondras, ont une origine rela- 
tivement moderne. Cette race était le résultat de plu- 
sieurs croisements où dominaient le sang de Saintonge 



(1) Savary. 

(2) On voit dans les comptes du duc d'Orléans (1394) que le comte 
d'Ostrevent (pays situé entre la Flandre et l'Artois) envoyait des chiens 
courants en présent à ce prince. Peut-être étaient-ce do nos chiens 
d'Artois. 

(3) Sélincourt. — Les chiens d'Arlois actuels sont presque tous 
croisés de normand et d'anglais. 



oits l'omlras. 



— 335 — 
et celui de Gascogne. Elle avait pris son origine à 
Dissay, maison de campagne des évoques de Poitiers, 
chez Monseigneur de Foudras-Châteaulhiers, qui oc- 
cupa le siège épiscopal de cette ville de 1720 à 1773. 

Ces chiens bleus, un peu bas sur jambes, légers de 
forme et nerveux, avaient les reins larges, le fouet 
effilé et les oreilles fines et bien tournées. Leur peau 
était de couleur ardoisée sous un poil blanc plus ou 
moins moucheté; ce qui les faisait paraître complète- 
ment bleus lorsqu'ils étaient mouillés. 

Bien gorgés, assez lents, collés à la voie et très-bons 
dans le change, ils chassaient parfaitement le lièvre, 
le cerf et le loup (1). 

La plupart de ces vieilles races françaises commen- 
çaient, dès la fin du xvn" siècle, à se confondre entre 
elles et à se mêler avec les chiens importés d'outre 
Manche. 

« Depuis que les races angloises se sont confon- 
diies avec les françoises, dit Sélincourt, l'on n'y con- 
noît plus rien, et ces belles races de chiens antiques se 
sont évanouies et, de ces mélanges de races, il n'en est 
que la curiosité du pelage. » 

La Révolution acheva de faire disparaître plusieurs 



(1) Quelques descendants en droite ligne des élèves de Mgr. de Pou- 
dras existaient encore sous la restauration. La race Poudras est éteinte, 
aujourd'hui, mais le mélange auquel elle devait son origine a con- 
tinué de donner de très-bons produits. C'est d'un croisement analogue, 
où domine le sang de Saintonge, qu'est sortie cette magnifique race de 
"Virelade qui a placé si haut nos vieux chiens français dans l'opinion 
publique lors de l'exposition de l'espèce canine, en 1863. — Sur les 
chiens bleus, voir la Vc7}e7'ie conleinporaine , par M. le marquis de 
Poudras, et la Vrncric française. 



_ 33G — 

(le ces types, et ceux qui existent encore ne comptent 
plus qu'un petit nombre d'individus. 
Chiens C'est du commencement du x\n^ siècle que date en 

*^angbis France l'importation habiiuelle des chiens courants 
et écossais. ^^ j^ Graude-Bretagnc. 

Dès 1602, le baron du Tour conduit de la part de 
Henri IV au Roi d'Ecosse Jacques VI, des chevaux et 
mulets de hlière en revanche de plusieurs meutes de 
chiens courants. 

En 1605, le même Roi écrit au prince de Galles, 
fils de Jacques : « Mon nepveu , quand mon fils 
pourra escrire, il vous remerciera de la meute de 
chiens que vous luy avés envoyée (t). » 

Ligniville, dans sa Meute et vénerie pour lièvre (2), 
parle avec éloge d'une meute de 80 chiens de lièvre 
envoyée par le Roi d'Angleterre au duc de Lor- 
raine Charles II (3). Il donne ensuite la biographie de 
25 de ses propres chiens avec le détail de leur origine, 
et de leurs façons et erres de chasse. Plusieurs de 
ces chiens, généralement noirs et blancs, sont an- 
glais de race ou de naissance, notamment la lice 
Jonelle (Jewel), donnée à Ligniville par Monsieur te 
milord de Hée (lord Hay) « de la mesme race des 
chiens de S. M. le Roy de la Grande-Bretagne, qui 



(1) Lellres missives, t. V et VI. 

(2) Publiée à Metz en 18G5, par M. Micliclant. 

(3) Le texte porte : Charles HI, confoi-iuément à la manière de compter 
(le quelques historiens qui mettent au rang des ducs do Lorraine 
Charles , Ois du Roi Louis d'Outre-mer, prince d'une partie du Bra- 
liant appelé alors Lohier ou basse Lorraine. — Le duc Charles dont il 
esl ici quf'sliou mourut eu K'OS. 



— 337 — 
ramena d'Escosse en Angleterre à son couronne- 
ment (1). » Et Tôlier, chien provenant de la meute 
du prince de Galles , que le grand veneur de 
Lorraine avait envoyé chercher en Angleterre par 
exprès. D'autres chiens avaient élé offerts à Ligniville 
par lord Howard et le comte de Lesley, capitaine des 
gardes de S. M. Britannique (2). 

Les chiens anglais sont, au dire de Ligniville, pré- 
férables à tous autres quand ils sont bien dressés et 
ajustés par les meilleurs veneurs. Pour la chasse du 
lièvre en particulier, ceux des contrées d'York et du 
Nord (3) « sont plus justes et durent d'advantage que 
les chiens de France, ils les font rendre et les desfont 
aux grandes plaines, » comme Ligniville dit en avoir 
fait lui-même l'expérience en chassant avec M. de 
Camp-Rémy le cadet, qui avait amené en Lorraine 
une meute de trente chiens des plus excellents pour 
faire la loy à ceux du veneur lorrain. 

M. de Maricourt, au contraire, fait un cas médiocre 
des chiens anglais pour la chasse du lièvre. Il les 
trouve peu questifs et si renardiers qu'ils ne sont nul- 
lement propres à chasser aux plaines, « joinct que les- 
dits chiens d'Angleterre et d'Escosse sont si laids, es- 
tans tout haults d'oreilles et de si mauvais poil qu'il 
n'y a nul plaisir à avoir des meutes composées de ces 
chiens-là. » 



(1) C'était sans doute la même race que les chiens d'Ecosse pour liè- 
vre, que Louis XIII fit venir un peu plus tard. 

(2) Monsieur le milord Haimarl et le conile de Lelley dans le texte. 

(3) Probablement les beugles du Nord ou cal-heagles, dont il sera 
parlé tout à l'heure. 

II. 22 



— 338 — 

Néanmoins Louis XIII avait dans ses équipages 
une meule de chiens d'Ecosse chassant le lihre, que 
ses successeurs conservèrent sur pied jusque sous 
Louis XVI (1). 

En 1(542, le prince de Marsillac, fils du duc de la 
Rochefoucauld, envoyait des vins de France en An- 
gleterre pour les échanger contre des chiens et des 
chevaux (2). 

Jacques Savary, qui publia en 1655 son poëme 
latin De la Chasse du lièvre, est grand partisan des 
chiens anglais pour cette chasse, comme l'avait été 
avant lui Ligniville. Il les préfère hautement aux 
chiens français , plus beaux , mais moins dociles , 
moins vaillants, plus sujets à courir après les mou- 
tons. L'anglais est laid, mais non criminel (3), il sup- 
porte mieux le froid; certains chiens anglais sont 
même mieux gorgés que les chiens français, ceux-ci 
crient, les anglais mugissent (4). 

Savary avoue cependant que les chiens français 
sont préférables pour chasser le cerf et le sanglier et 
qu'ils percent mieux au bois. 



(1) Voir les Etals de la Fr««re et les pièces justificatives, t. 1". 

(2) Btillclin de la Sociélé de illisloire de France. — Vers la même 
élioque, Tallcmant des Réaiix parle d'un certain Beaulieii Picard (mort 
on 1054) (pli fut s'installer chez son beau-père « avec une meute de 
chiens courants anglois qu'il avoit gaignée à un Anglois à qui auroit 
le cheval le plus viste. » 

(3) lurins sed crhninis cxpers 

Aufflus, forma placct galli, Icmeraria mens est. 

(4) lanlum lairalibus ora 

Pandiml galligenœ, lalrat, sed mvgil cl anglus. 
Ceci s'appliquait en particulier aux chiens anglais du Sud. — Sa- 
vary dit, au contraire, que les chiens du Nord ont la voix claire. 



— 330 — 

Avant tout, il faut éviter de réunir dans la même 
meute des individus des deux races. 

Salnove (1655), Sélincourt (1683), Gaffet de la 
Briffardière , qui avait servi pendant quarante ans 
dans la vénerie de Louis XIV et de Louis XV, rendent 
témoignage de la vogue toujours croissante des chiens 
anglais (1). Ce dernier nous apprend que, de son 
temps, les meutes royales n'étaient presque plus com- 
posées que d'anglais et de bâtards. Tous recon- 
naissent des qualités à ces chiens, comme d'avoir le 
nez bon, de la docilité et de chasser avec ensemble. 
Ils leur reprochent unanimement d'être chiches de 
voix, trop lents dans les pays fourrés, trop vites dans 
les gaulis et futaies, de ne pas bien battre les eaux et 
de ne chasser souvent qu'à vue. Les meutes anglaises 
du prince de Condé et du duc de Verneuil étaient en 
grand renom à cette époque. 

Dans sa jolie fable du Renard anglois, La Fontaine, 
parlant de nos voisins insulaires, dit que : 

Même les chiens de leur séjour 

Ont meilleur, nez que n'ont les nôtres. 

En 1764, sur 140 chiens dont la grande meule 



(1) Salnove ajoute que la faveur dont jouissent les chiens anglais 
tient surtout à ce qu'il n'est nécessaire, pour s'en servir, ni de connaître 
les termes de vénerie, ni de savoir sonner de la trompe. 11 n'est besoin 
que de quelques méchants mots anglais qui ne sont pas entendus des 
hommes ni des chiens. Gaffet de la Briffardière, dans son chapitre 
des termes dont on se sert à la chasse dii cerf et du chevreuil pour 
parler aux chiens anglois, nous donne de curieux exemples de cet an- 
glais de fantaisie, assez semblable à celui dont se servent [nos hommes 
d'écurie français : houpe boy, pour les appeler, saf me boy, pour les 
faire demeurer et attendre, cohal (quiel), lou oué {Uns way), corn aoy 
{corne away), etc., etc. 



— 340 — 

royale était composée, il y avait environ un quart 
d'anglais qui eussent été bons, s ils avaient été plus 
faciles à réduire et à rendre sages (1). C'est la pre- 
mière fois qu'on leur voit adresser ce reproche d'in- 
docilité, si souvent répété depuis. 

Leverrier de la C.onterie, admirateur exclusif de la 
belle race de sa province, ne fait cas ni des chiens 
anglais ni des bâtards (2). 

D'Yauville, au contraire, accorde aux premiers de 
grandes qualités. Ils sont fougueux et têtus dans leur 
jeunesse, « mais, quand ils sont dressés, on peut 
compter sur eux, tant pour la sagesse que pour les 
autres qualités nécessaires à un chien courant. » Le 
commandant de la vénerie de Louis XVI justifie les 
chiens anglais des accusations portées contre eux de 
n'avoir pas de nez ni de force, de ne pas crier, de ne 
point battre l'eau et de ne chasser qu'à vue. En 
avouant que sur cjuelques-uns de ces points ils sont 
inférieurs aux français, il affirme qu'ils sont plus lé- 
gers, plus vigoureux, qu'ils savent prendre leur parti 
et se servir eux-mêmes (3). 



(1) Voir un passage d'un auteur du temps cité par M. Lcmasson, Nov- 
velJe vénerie normande. 

(2) On raconte encore, en Normandie, les hauts faits, plus ou moins 
authentiques, d'un veneur célèbre, M. de Saint-Sauveur, contempo- 
rain de M. de la Conterie, et professant les mêmes sentiments à l'égard 
des chiens anglais. Ayant gagné, à la suite d'un pari de chasse, la 
meute et les huniers d'un veneur britannique, ce farouche Normand, 
si l'on en croit la tradition, aurait fait fusiller les chevaux dans sa cour 
et pendre les chiens aux arbres de son avenue. 

(3) D'Yauville reconnaît cependant que les chiens anglais n'ont pas 
tant de noblesse que les beaux chiens français. Il ajoute que, depuis 
(|uol(pics années, la race de ces chiens s'était un peu modiliée. jiroba- 



— 341 — 

Une conséquence naturelle de rintroduclion en 
France du sang anglais fut la création de races inter- 
médiaires (1). 

Ces bâtards , dont Sélincourt blâme l'admission 
dans nos meutes, comme étant cause de l'extinction 
de nos beaux chiens antiques, composaient, à la fin du 
règne de Louis XIV, une partie notable des meutes 
du Roi. Gaffet de la BrifTardière, qui constate ce fait, 
dit que les bâtards sont mieux construits, qu'ils ont 
la menée beaucoup plus belle et qu'ils chassent 
mieux que les anglais de pur sang (2). 

En 1722, le comte de Toulouse offrit au jeune Roi 
Louis XV une meute de bâtards anglais bien vigou- 
reux et bien chassants, dit d'Yauville, qui se montre 
grand partisan de cette race. Desgraviers, qui était 
officier des chasses du prince de Confi au commence- 
ment de la Révolution, déclare que les bâtards re- 
tiennent de la vitesse des chiens anglais et sont gorgés 
et collés à la voie comme les normands (3). 



blement par suite de croisements avec des chiens normands, et qu'ils 
étaient plus épais et plus traversés qu'autrefois. « On leur coupe, en 
Angleterre, le bout de la queue et des oreilles pour leur donner, dit-on, 
un air plus leste et plus éveillé, mais nous ne les recevrions pas moins, 
quand bien même ils n'auroient pas ce genre d'agrément. » 

(1) M. de Gamp-Rémy, à qui Ligniville avait donné de ses chiens an- 
glais pour en tirer race, lui dit « que les races ainsi meslées estoient 
excellentes. » {Meule et vénerie pour lièvre.) 

(2) Jacques Savary est le premier qui ait fait l'éloge des bâtards. Ils 
tiennent, dit-il, un juste milieu entre la sagesse troj) lente des anglais 
et l'impatience des français. 

(3) Les controverses sur le mérite respectif des chiens anglais et fran- 
çais s'étaient ranimées il y a quelques années. (Voir sur ce sujet 
plusieurs articles publiés dans le Journal des chasseurs.) Nous n'en- 
trerons pas dans cette discussion qui, malheureusement, va Unir faute 



Talijols. 



— 342 — 

Ces chiens anglais, que nous allions chercher outre- 
mer avec tant d'empressement, étaient tous originaires 
du continent, et leurs aïeux avaient été importés dans 
la Grande-Bretagne par les Normands de Guillaume 
le Conquérant. Il est même assez curieux que ce soit 
en Angleterre qu'on retrouve aujourd'hui les descen- 
dants les plus authentiques de nos races perdues. 

Les chiens courants les plus anciennement connus 
dans cette île sont les talhots (1). Ces chiens étaient de 
haute taille, épais de corsage et d'une constitution 
massive. Ils avaient la gueule très-large, les lèvres 
pendantes, la tête ronde et grosse, le nez court et re- 
troussé, les oreilles très-longues, très-minces, tombant 
bien au-dessous des mâchoires, le rein fort, haut et 
harpe, les hanches rondes, la cuisse gigoltée, les jar- 
rets droits, les jambes fortes et nerveuses, le pied 
sec et rond, la queue grosse à l'origine, mais effilée du 
fouet (2). 

Le talbot avait le poil ras, entièrement blanc (3), 
noir marqué de feu, fauve ou brun marron. Il était 



(le combattants. Nos chiens français de race pure sont devenus si rares, 
([u'ils suffisent à peine au recrutement de quelques meutes peu nom- 
breuses, et Saint-Simon, s'il revenait au monde, aurait, plus que jamais, 
ù déclamer contre le règne des bdlavds. 

(1) Ce nom leur venait probablement de la grande famille des lords 
Talbot, comme on disait en France les chiens d(> la Loiie ou de la Hu- 
naudaye. 

(2) Voir Murkham. — Drilish firUI Sports, by ]V. H. ScoU, London, 
1818. — The sporlsman's rcposUonj hi/ ,/. Scoll, London, 1845. — Manual 
of flrilish rural sports titj Stoiirhc/if/c. Londim. 185G. — Richordson. — 
Somervile. Ihr Chase. 

(3) Clommc en Fiance, les blancs élaienl les plus eslimés. Voir So- 
niervilic 



— 313 — 

admirablement gorgé, Irès-leiit et très -collé à la 
voie. 

A ces traits, il est facile de reconnaître que les tal- 
bots descendaient des trois races de chiens les plus 
estimées en France à l'époque de la conquête, les 
chiens noirs et les chiens blancs de Saint-Hubert, les 
chiens fauves de Bretagne. 

Du croisement des diverses variétés de talbots sorti- cu^h 
rent les vieux chiens du vSud, ou chiens lents (Southern ''" ^"''' 
hoimds, sloiv hounds), qui leur ressemblaient de tout 
point. Leur robe était parfois tricolore, le plus sou- 
vent blanche marquée de noir ou de fauve. Ayant la 
même origine que nos chiens normands, ils présen- 
taient avec eux la plus grande analogie (1). 

Ces chiens du Sud restèrent en honneur jusqu'au 
xvif siècle. lien existait une variété nommée en anglais 
boobies (nigauds), et en français baubis ou boubeZj, plus 
bas de torse et plus longs que les autres, de gorge effroyable, 
hurlant sur la voie. Ces baubis avaient le nez dur et le 
poil demi-barbet, on leur coupait presque toute la 
queue. Sur le continent, on les employait à chasser 
le sanglier ; dans leur pays natal ils chassaient le re- 
nard et le lièvre {%. 



(1) On croit que ce sont les chiens du Sud que Shalcespeare a décrit 
en Ijeaux vers sous le nom de chiens de Sparte dans le Sonçie d'une 
nuit d'été : « Mes chiens sont bien mouchetés, avec les lèvres pen- 
dantes, leurs oreilles balayent la rosée du matin, leurs genoux sont 
tournés en dedans, leurs fanons semblables à ceux des taureaux de 
Thessalie. Ils sont lents dans la poursuite, mais leurs voix se marient 
comme celles de cloches qui se dominent, etc. » 

(2) Markham. — Salnove. — Sélincourt. 



— 344 — 
Savary trace de ces boiibés un portrait qui n'a rien 
de flatteur : larges pieds, lèvres pendantes, museau 
camard, encolure épaisse, membres carrés, poitrail 
musculeux, fanon tombant jusqu'au genou, grandes 
oreilles, queue droite et basse ; ils surpassent les tau- 
reaux irrités par leurs beuglements et en ont tiré leur 
nom, (1). 

Les bouhés, ajoute le chasseur latiniste, peuvent 
chasser au bois, mais valent mieux en plaine. 
Biooiii.ouujs. Des lalbots sont issus également les limiers anglais 
ou. chiens de sang [bloodhounds], recherchés en France 
au xvi*" siècle et dont les rares descendants ont recon- 
quis depuis quelques années en Angleterre une valeur 
considérable. 

Choisis à cause de la nuance foncée de leur 
poil (2) parmi les talbots noirs ou fauves pour être 
mis à la botte ou employés à suivre par les rougeurs 
un animal blessé, ces chiens firent souche à part, et à 
cause de la finesse excessive de leur odorat furent 
souvent employés à trouver la piste des braconniers 
et des malfaiteurs, ce qui leur a valu une notoriété 
quelque peu effrayante (3). 

Le bloodhound présente au plus haut degré les ca- 
ractères de son antique origine. C'est un superbe ani- 



(1) Savary dérive assez i)éilantesqut,'meiit ce nom du grec Doubœos, 
qui a le mugissement du l)a'ur. 

(2) En France on prélérail aussi \c jioU l'oucé pour les limiers. 

(3) En 1803, une société l'omiée dans le Norlliamplonshire pour la 
suppression du bripandnjjo a\ ait l'ait diesser un bloodhound Jiour dé- 
couvrir les voleurs de moulons. Voir Richardson. 



— 345 — 
mal (1), de très-haute taille (2); son crâne est sur- 
monté d'une arête saillante, son front est sillonné de 
rides profondes ; ses yeux, grands et brillants, sont 
placés très-haut et enfoncés dans la tète. Les oreilles 
du bloodhound sont d'une longueur extraordinaire, 
très-souples et très-pendantes; il a les naseaux gros et 
toujours humides, les babines tombantes et le mu- 
seau épais (3). 

Ces chiens sont noirs marqués de feu ou entière- 
ment fauves, quelquefois marquetés de petites taches 
blanches, comme un daim. Naturellement hurleurs, 
ils sont devenus chiches de voix, par suite de l'édu- 
cation que leur race a reçue pendant des siècles (4). 

Probablement née d'un croisement entre les talbots cinens 
et des lévriers d'Ecosse à poil rude (5), la race des 
chiens du Nord ou chiens vîtes [Northern hounds, fleet 
hounds] était connue en France dès le xvn" siècle. 



(1) Tel n'est pas l'avis de Vlit. « Ils ont les yeux si chassieux et si 
louches, les lèvres si baveuses et si pendantes, qu'ils paraissent de 
vrais monstres aux étrangers. » ( Venatio novaniiqua.) 

(2) 26 à 28 pouces anglais (O^jGô à 0",70). — La ressemblance des 
bloodhoxmds avec les chiens de Gascogne de la vieille race a frappé 
immédiatement tous les connaisseurs anglais, lors de l'exposition de 
18G3. C'est un argument décisif en faveur de l'opinion que nous sou- 
tenons ici et qui fait descendre les deux races du chien de Saint-Hubert. 

(3) Richardson — .Spor/5/nffn's reposUory. — Stonehenge — et un ar- 
ticle intéressant do M. Gérusez dans la Revue la Vie à la campagne, 
31 août 18Gi. 

(4) Sir Edwin Landseer a plusieurs fois représenté le l)loodhound 
dans ses tableaux. — Voir, entre autres, celui intitulé Dignihj and 
impudence. 

(5) « Ils sonl mi'slés avec des lévriers qui iialurellemout rident. » 
(Sélincourt.) — SpiJiisma/i's rcposUonj. — Stonehenge. 



du Nord. 



— ;5/i() — 

Celait celle qu'on imporlait le plus souvent chez 
nous(l). 

Par de nouveaux croisements avec le lévrier et 
peut-être avec des terriers de grande taille, les chiens 
du Nord ont donné naissance au foxhound mo- 
derne (2). 

Ils avaient la tête plus longue et le museau plus fin 
que les chiens du Sud ; leurs oreilles étaient plus 
courtes et leur forme générale plus svelte (3). Ils 
étaient long-jointés, évidés du flanc, avec le fouet très- 
mince, leur taille était de 20 ù 23 pouces français 
(0™,5.4 à 0-,62) (4). 

Les chiens du Nord criaient peu, leur voix, suivant 
l'expression du vieux Markham, n'avait qu'une petite 
douceur claire^ mais manquait de profondeur et de mu- 
sique solennelle (5). 
siagiiomi.is. L'ancienne race des chiens de parc et de cerf 
(staghoimds) ou race royale anglaise paraît devoir 
son origine aux chiens du Nord alliés avec les chiens 
du Sud (G). Ils ressemblaient beaucoup à ceux-ci. 



(1) Balnovc. — Sélincourt. — D'Yauvillo. 

(2) Stonchengc. — Riclianlson. 

(:]) « Grêles, agiles, semblables a do j^rands lévriers, liane liariié, 
museau allongé, oreille pointue, jncd de chat, les chiens du Nord sont 
tout nerfs et très-vites. Ils ont la voix claire et chassent tout de meute 
à mort. )) (Savary.) 

(4) D'Yauville. 

(5) « Tliey havc only a liltle shrill sweetness, but no dei>tli of touc 
or solemn music. » 

(6) Ce sont probablement les slaghoumls (jue Savary décrit comme 
sortis d'un croisement entre botibrs et chiens du Noi'd. Ils sont, dit-il, 
bons pour toutes les chasses, bien gorgés, dr haut nez el très-viles, 
saul' dans les Iburrés, oîi ils jjercent mal. 



— 347 — 

quoique plus viles d'allure et plus légers de forme, 
et rappelaient aussi d'une manière frappante nos 
chiens blancs. Leur taille était de 24 à 25 pouces 
français (0™, 65 à 0'",G7) (1). 

Le poêle anglais Somerville nous a conservé un su- 
perbe porlrait du staghoimd (2). 

« Sa peau luisante, marquetée de jaune ou de 
bleu, réfléchit des teintes diverses d'ombre et de lu- 
mière tracées par le pinceau de la nature. Ses oreilles 
et ses pattes, mouchetées çà et là, rivalisent avec le 
poil de la panthère par leur éclat brillamment émaillé. 
Sa queue effllée à l'exlrémité se courbe en large demi- 
cercle sur son rein puissant ; il se tient droit et ferme 
sur ses épaules nettement dessinées son pied rond 
comme celui du chai, ses jarrets droits, ses cuisses sé- 
parées, sa poitrine profonde témoignent de sa vitesse, 
de sa force, de sa longueur d'haleine (3). » 

Tous les chiens courants de petite taille employés 
à courre le lièvre étaient autrefois compris en Angle- 
terre sous le nom de beagles (ou bigles, suivant l'ortho- ueagies. 
graphe française). 

Bloome, auteur anglais qui écrivait en 1650 (4), en 
décrit trois variétés : les beagles du Sud (Southern 
beagles), semblables aux grands chiens du Sud, mais 
plus petits et plus râblés ; les beagles du Nord [Nor- 



(1) Sélincourt. — D'Yauville. — Richardson. 

(2) The chose , a poem, byW. Somerville. London, 1796. Cet ouvrage 
ne fut publié que plus de quarante ans après la mort de l'auteur. 

(3) Ces chiens, déjà rares au xvui'^ siècle, comme le dit d'Yauville, 
n'existent plus aujourd'hui. 

(4) The genllemans mnijazinr. 



— 3^8 — 

thenibearjles), appelés aussi cat-beagles, plus viles et 
de moyenne taille, elles petits beagles. 

La première de ces variétés, connue au siècle der- 
nier sous le nom de harriers (1), était fort recherchée 
en France dès le commencement du xvii^ siècle. Ligni- 
ville, Sélincourt et Savary (2) en font grand éloge. 
Leur taille ne dépassait pas 18 pouces anglais (O^j-iô), 
leur robe était blanche et noire ; on faisait en An- 
gleterre un cas particulier de la mélodie délicieuse de 
leur voix et de la façon méthodique dont ils suivaient 
leur gibier (3). 

Les petits beagles atteignaient rarement une taille 
de 14 pouces anglais (O^.SS) ; l'estime qu'on profes- 
sait pour eux était en raison inverse de leur grandeur. 
Richardson dit en avoir vu qui n'avaient que 7 pouces 
(O",!?) de hauteur. La Reine Elisabeth possédait de 
ces pelils chiens qu'on nommait beagles chanteîirs 
(singiiig beagles] (4) à cause de leur voix mélodieuse. 
Ils étaient si petits, qu'on pouvait en mettre un clans 
un de ces grands gants que les hommes portaient 
alors. Il était, du reste, assez commun de renfermer 
toute une meute de beagles dans une paire de pa- 
niers. 

Vlit dit que les beagles sont si petits et si minces. 



(1) Les liarriers de l'époque actuelle, qui ont, en plus petit, lalbinno 
du l'oxliound, sont probablement descendus des beagles du Nord. 

(2) Les meilleurs chiens iiour chasser h; lièvre on plaine sont, d'a- 
près cet auteur, les pelils liinii'urs ([u'on apiielle en anglais Intigles, cl 
qui redoublenl, ddiis leur rlmil t/o.sicr, des sons f/rries. 

(3) Richardson. 

(4) Sélincourt pnilr di's plaisans Inu'leinents dis hif/les. 



— 349 — 

qu'il en a vu trois attaquer un lièvre au gîte, et le 
laisser échapper de leurs gueules malgré leurs efforts. 

« Les petits bigles anglois, selon Sélincourt, sont 
(le très-jolis chiens pour le lièvre, les Anglois leur 
coupent à tous la queue, leur ôtant tout ce qu'il y a 
de beau à un chien courant, qui est le mouvement 
de la queue, si bien que l'on diroit, en les voyant 
chasser, que c'est une meute de braques (1). » 

Il y a des beagles à poil ras et d'autres à poil rude. 
Leur apparence est tout à fait celle d'un chien du 
Sud ou d'un de nos vieux chiens français en minia- 
ture avec les caractères distinctifs encore exagérés, 
longues oreilles papillotées, lèvres pendantes, fanon 
tombant. Ils sont très-bien gorgés, très-collés à la 
voie et rapprochent admirablement (2). 

Les beagles ont été fréquemment importés en 
France pendant le xvn* et le xvni*' siècles. Quelques 
années avant la Révolution, le comte de Roncherolle 
avait introduit cette jolie petile race de chiens en 
basse Normandie, où elle a complètement cessé d'exis- 
ter pure depuis longtemps (3). 

Outre ces diverses races de chiens courants, les 
Anglais ont possédé autrefois des chiens destinés ex- 
clusivement à chasser la loutre (oUer-hounds) et pro- 
bablement issus d'un croisement entre le chien du 
Sud et un terrier à poil rude. Ces chiens étaient or- 



(1) Sélincourt ajoute qu'on en tirait de très-bons bâtards qui réu- 
nissaient à la gaj/eté des chiens français la sagesse et la justesse des 
bigles. 

(2) Richardson. — Slonehenge. 

(3) Lemaspon, Journal des ehassnirs, 3' année. 



Otler-liounds. 



— 350 — 
(linairemcnt d'un fauve-rougeâlre; leur poil, ras sur 
la têle et les oreilles, était long et dur sur le reste du 
corps. 

Il ne paraît pas qu'on ait jamais amené en France 
de ces otter-hounds, ni qu'on y ait jamais élevé de 
chiens spécialement consacrés à cette chasse, quoi- 
qu'elle ait été en grand honneur chez nous jusqu'au 
wni*" siècle. On y employait des chiens croisés de 
barbet et de basset, des briquets normands ou des 
bassets de Flandre, à gros poil (1). 
Chiens suisses. Quclques anuécs avant la Révolution, on faisait 
grand cas, dans l'est de la France, de certains chiens 
de lièvre qu'on faisait venir de Suisse. Ces chiens, de 
petite taille (18 à iO pouces — 0'",49 à 0^,5-i), à poil 
ras, blancs et orangés, ayant la tôle fine et les oreilles 
moyennement longues et bien tournées, criaient bien 
et savaient parfaitement se servir eux-mêmes et rele- 
ver les défauts sans être appuyés. Il en existe encore 
quelques-uns en Suisse et sur la frontière [î]. 
Limiers. Le Hmicr, comme chacun sait, est un chien cou- 
rant dressé k être secret, à porter le trait (3) et à dé- 
tourner les animaux qu'on veut laisser courre. 
Quoique Yauville prétende que, pour l'ordinaire. 



(\) G. de Champgrand. — L. de la Conterie. 

(2) Chasses en Franche-Comté avant et après la révolution de 1789, 
par M. le comte de Reculot, Journal des chasseurs, XXP année. — 
Vénerie française. — M. le mar([uis de Fondras, dans son article sur 
les chasses de la gendarmerie de Lunévillo {Journal des chasseurs, 
X" année), dit qu'un petit équipage de ces chiens amenés par lo 
comte de Choiseul avait élé surnommé tes chiens de porcelaine. 

(3) Longue corde attachée à un large collier de cuir ou bot I e serxant 
;ui valet do limier à suivre son chien dans sa quête. 



— 351 — 

on ne trouve les qualités requises que dans un chien 
(le vraie race de limiers^ rien n'indique qu'il y ait eu 
habituellement dans notre pays une race de chiens 
exclusivement employés à ce service. Les limiers 
étaient choisis parmi des chiens ardents, courageux, 
naturellement secrets, hauts du devant, larges du 
poitrail, bien reinlés et bien retapés. On prenait de 
préférence des animaux de moyenne taille et de cou- 
leur foncée, noirs, fauves ou bruns (1). 

Les chiens de Saint-Hubert étaient en possession 
dès les temps les plus reculés de fournir d'excel- 
lents limiers à la vénerie royale- Ceux qu'on voit re- 
présentés dans les manuscrits de Gaston Pliœbus 
appartiennent incontestablement à celte illustre 
race (2). 

Sous Charles IX, on se servait de chiens à deux 
nez, qui ne faisaient pas (Vautre métier. C'est le seul 
exemple que je connaisse d'une race de chiens uni- 
quement employée à fournir des limiers. Il n'en est 
plus question depuis le règne de ce prince. 

Sélincourt dit que des limiers les plus secrets sont 
des barbets demi-poil anglais. Au xvui^ siècle, il y avait, 



(1) Gaffet de la Briffardièro. — Leverrier do la Conterie. — Sélin- 
court veut que les limiers du haut du jour soient blancs, gadrouillez 
de taches noires, jaunes ou fauves. Ceux du malin peuvent être de 
tout pelage. 

(2) Dans ces peintures, le limier est généralement représenté comme 
un chien robuste , à poil ras noir et feu , avec une grosse tète, les lè- 
vres pendantes et de longues oreilles ; sa taille paraît être d'environ 
27 p. anglais (0'",G7). Son apparence générale est colle d'un bloodhound 
ou d'un chien du Sud. (Notes sur la Vénerie de G. Tivici, par M. Dry- 
den Daventry.) 



dans la vénerie royale, des limiers à poil rude (1), 
issus soit de ces barbets dont parle Sélincourt, soil 
des griffons de Bresse ou de Bretagne. 

A la môme époque, la vénerie en lirait beaucoup 
de Normandie, et les gentilshommes faisaient de 
même (2). D'Yauville parle aussi avec éloge de cer- 
Limiers taius Hmicrs envoyés au Roi, en 1760, par le duc de 
Deux-Ponts. Ces limiers, chien et chienne, sortaient 
d'une bonne et ancienne race que ce prince possédait 
depuis longtemps. Ils étaient de poils gris brun et 
moins grands que les normands. On croisa cette race 
allemande avec les limiers français et on en tira des 
chiens excellents pour porter la botte qui servaient en- 
core dans la vénerie en 1788. Dans le nombre de ces 
derniers, il s'en trouvait quelques noirs qui ne va- 
laient pas moins que les gris. La terrible épidémie 
qui décima de 1763 à 1770 les équipages de France 
avait fait périr une grande quantité de limiers nor- 
mands ainsi que de cette race allemande. 

2" Chiens courants de races secondaires. 

Bracheis. Ou trouve fréquemment, dans les écrits du moyen 
âge , des chiens appelés bracom, braquets ou bra- 
chets (3). Nul n'a donné la définition de ce terme qui 



(1) Voir, dans les anciennes éditions de BnfTon, le portrait d'un do 
ces limiers, sous le nom de chien courant bâtard. 

(2) Leverrier de la Conterie. — D'Yauville. — Desgraviers. 

(lî) En latin barbare l)racco, en langue germanique brache ; brache 
en allemand moderne et bracco en italien signilient encore un chien 
courant, un briquet. 



— 353 — 

remonte au temps de l'invasion germanique, peut-être 
même à l'époque gauloise (hreac, en gaélique, signiûe 
moucheté). 

Le mot de bracco se trouve dans la loi des Frisons 
et dans les formules de Marculfe. Il résulte de ces 
textes que les Germains employaient le bracco à pour- 
chasser les malfaiteurs (1), et que sa voix différait de 
celle du chien courant ordinaire (2). 

Au xiu" et au xiv'' siècle, les brachets étaient em- 
ployés à mettre sur pied les animaux qu'on dédaignait 
de détourner avec le limier, et ceux qu'on voulait 
faire coiffer par des alans ou des lévriers (3). 

Leur rôle principal était de coopérer aux chasses à 
tir (4). 

En pareil cas, ils mettaient les animaux sur pied 
ou les suivaient au sang quand ils étaient blessés. Les 
chiens qui remplissaient ce dernier office en prenaient 



(1) Non lalral bracco conlrà insonlcm. — Marciilf. ap. Ducange, v" 
Bracco. 

(2) Lalrat bracco, secl non ut canis. Ibid. 

(3) Plus tost s'en vait ke cers devant lévrier 
Quant li bracet l'ont geté del ramier. 

{La chevalerie Ogier de Danemarche, t. IL) 
Et li braquet ont démené grant hu 
Qui la flairour du porc orent sentu. 

(Aubery le Dourgoing.) 

(4) On ignore s'il s'agit d'une chasse aux lévriers ou d'une chasse à 
tir dans ces vers oii Rutebœuf, trouvère du xm'' siècle, a peint avec 
tant de vie et de relief une meute de brachets quêtant à la billebaude : 

Qui remirc la bêle chace 

Que fere soliiez (aviez coutume de faire) jadis 

Les vos brachès entrer en trace 

Ça cinq, ça sept, ça neuf, ça dix. 

{Dict. de Littré, v" Braque.) 
II. 23 



— 354 — 

11' nom de chiens de sang ou pour le sang (1). « S'il y a 
besle férue, dit le Jloij Modus, l'archer doit siévir 
(suivre) du braquet..., car il est nécessaire d'avoir 
toujours un chien bien alTaitié (dressé) pour siévir'du 
sang, lequel est nommé brnquel. » On leur donnait 
aussi, au xiii" siècle, celui de hrachets benerets (2), du 
mol herser, qui exprime l'action de tirer sur le gi- 
bier avec l'arc ou l'arbalèle (3). 

On pourrait conclure d'un vers de Marie de France, 
oii l'on voit un damoisel courant à cheval après une 
biche et suivi par un valet qui porte son arc et son 
herseret, que ces chiens étaient dressés à se tenir, au 
besoin, sur la croupe d'un cheval (A). Ce qui n'a rien 
d'invraisemblable. Sous Louis XIV et Louis XV, on 
dressait les chiens d'arrêt à aller en trousse derrière un 
homme à cheval (5). 



(1) C'est le Schirn'sslni7}<l des Allemands ef le Bloodlioiind des An- 
glais. 

(2) Parler m'orez d'un hiien brachet 
Qens (comte) ne roi n'ont tel herseret. 

(Tristan, 1. 1.) 

(3) Brachez avoit fait demander 
En bois voloit aler berser. 

(Roman de Rou, t. IL) 

On appelait de même spcIp bersercte la flèche qni servait à herser. En 
vieux français berseil signifiait une cible (en italien hersafjlin, d'où, 
bersaçiUere, tireur). Le verbe bilrschen ou hirschen en allemand a 
conservé le même sens que notre ancien verbe herser. Voir Ducange 
V" lier sa. 

(4) Lai de Gvgnner. 

(5) Aux chasses à tir du Roi, un page portait de cette manière le 
chien couchant de Sa Majesté (Élais de la France). Gaffet de la Brilîar- 
dière, qui enseigne la façon de dresser les chiens d'arrêt à se tenir à 
cheval, dit que, lorsqu'ils y sont bien accoutumés, ils viennent d'eux- 
im'niies sauter sur la botti' (hi chasseur )iour être remis en trousse. 



— 355 — 
Aucun de nos anciens Ihéreulicographes n'a donné 
la description du brachet, qu'ils ont à peine men- 
tionné. Des nombreux passages où ce chien est cité 
dans les romans de chevalerie (1) on peut induire que 
le brachet était un chien courant de moyenne ou de 
petite stature, très-lent, très-coUé à la voie, criant 
d'un ton bas et lamentable comme nos petits hurleurs 
et rapprochant à merveille. Le roman d'Aubery le 
Bourgoing parle de la petitesse de ses oreilles , qu'il 
compare à celles d'un cheval : 

Petite oreille comme gentil bracon. 

Il est probable qu'il était d'usage de couper en 
pointe les oreilles de ces chiens, comme on le faisait en 
Espagne au xvn' siècle pour tous les chiens courants. 

Lorsque l'Empereur d'Allemagne , Charles IV, vint 
rendre visite à notre Roi Charles V dans sa bonne 



Dans un joli recueil allemand, intitulé die Jagd in Biklcrn (lâchasse en 
images), on voit un chasseur, armé d'une carabine et portant son 
Schweisshuncl en croupe, approcher à cheval une harde de cerfs. 

(1) Dans le roman de Tristan, le brachet du héros, Hosdain ou Hus- 
rfenHift/anc, joue un rôle important qui jette quelque lumière sur l'em- 
ploi de ces chiens dans la chasse à tir. 

Tristan s'est réfugié avec sa mie Yseult dans le fond d'une forêt qui 
abrite les deux amants contre la poursuite du Roi Marc-, ils n'ont d'au- 
tres ressources pour subsister que le gibier abattu par Tristan, le meil- 
leur chasseur de son temps. Gomme les abois du brachet pourraient 
attirer les ennemis du couple amoureux, Tristan prend le parti de 
dresser son chien à chasser à la muette : il tire un daim, le brachet veut 
s'élancer en criant sur la voie de l'animal blessé, Tristan le fait taire en 
le frappant, le met sous lui, puis bal sa holle de son estorloire, signal 
ordinaire pour exciter les chiens. (Voir le Dit de la chace dou serf et Gas- 
ton Phœbus). Husdent en reveul crier, le chevalier le corrige de nou- 
veau. En le doclrinant ainsi, avant que le premier mois se passât, le 
chien fut si bien dressé, qu'il suivait une trace sans crier sur neige, sur 
herbe ou sur glace. 



— 35G — 

ville de Paris (1377), le Dauphin offrit en présent à 
cet hôte illustre deux très-beaux brachés à coliers d'or, 
et belles laisses (I). Ces chiens durent être bien venus 
du prince allemand, car on en faisait grand usage en 
son pays. Une vieille coutume, mise en écrit sous son 
règne même, veut que, lorsque l'Empereur va chasser 
dans le Biidinger-Wald, le maître forestier lui pré- 
sente au château de Gelnhausen un brachet (bracke) 
blanc, aux oreilles pendantes, ayant trait de soie et 
collier de vermeil (2). 
firifiMPU. A partir du xv' siècle, il n'est plus question de 
brachets (3), mais on voit paraître des braques qui 
sont une variété de brachets ou braquets dressés à 
l'arrêt et des briquets qui ont continué jusqu'à nos 
jours à s'acquitter du même office que les brachets 
d'autrefois, c'est-à-dire à poursuivre et à ramener 
vers le tireur les animaux qu'il veut abattre (4). 

Le plus ancien auteur où nous ayons trouvé le nom 
de briquet employé pour désigner un chien courant 
est la chasse du lièvre et du chevreuil par M . de Mari- 
court (1627), où il dit que le propre des briquets est 



(1) Christine de Pisan ; Livre (1rs fais du sage Roy Charles, 
cliap. xLiv. 

(2) Stisser-, Forsl und lar/d luslorie der Deuischen. 

(3) Sous Louis XTII, les chasseurs qui tiraient la grosse bête à l'ar- 
quebuse emmenaient avec eux un chien de sang. (D'Arcussia.) 

(i) Outre le bracke ou briquet, dont ils se servent fort peu, les Alle- 
mands ont encore des chiens de sang {schweisshunde) pour suivre les 
grands animaux blessés d'un couj) de carabine. Ces chiens sont de 
moyenne taille, près de terre, avec lèvres et oreilles pendantes, la 
([ueue médiocrement courbée. 11 y a des schweisshunde à poil rude et 
d'autres à poil ras. Leur jx^lagn est, en général, noir et feu, fauve, brun 
ou gris de louji. 



— 357 — 

(le courre le connil et qu'ils ne peuvenl s'assiijellir à 
suivre un lièvre pendant longtemps (1). 

Leverricr de la Conterie croit que les petits chiens 
normands viennent d'un croisement entre les cliiens 
d'ordre et les briquets. 

Les briquets de Normandie étaient assez estimés, 
surtout ceux à poil rude (2), mais en général toute 
cette catégorie de chiens courants est trop matinée 
pour qu'on puisse lui attribuer des caractères distinc- 
tifs. 

L'usage de faire poursuivre les renards et les blai- Bassets. 
reaux dans leurs asiles souterrains par des chiens 
bassets est fort ancien en France (3). Connus au 
xiv'' siècle sous le nom de chiens taniers ou ter- 
riers [i) , ils le furent plus tard sous ceux de chiens de 
terre, de chiens d'Artois et de bassets (5). 

Du Fouilloux, chez qui nous trouvons ce der- 
nier nom pour la première fois, explique celui de 



(1) On appelait aussi et on appelle encore coniiaux de méclianls 
briquets mâtinés. 

(2) On s'en servait pour chasser le renard et la loutre à force. (L. 
de la Conterie.) 

(3) Nous avons vu que les Francs avaient des chiens qui cliassaienl 
sous terre. 

(4) Le Roy Modus dit que, lorsque le renard se terre, on le fait saillir 
avec de petits chiens taniers. 

On le va quérir dedans terre 
Avec ses bons chiens terriers 
Que on mect dedans les terriers 

dit Gace de la Buigne. 

U7i petit chien terrier se trouve mentionné dans une lettre de ré- 
mission de l'an 1463. (Ducange, v° Ca>iis terrœ mis.) 

(5) Les ducs de Bourgogne avaient, dans leurs équipages, des cliiens 
û! Artois et des petits chiens anglais qui étaient probablement des ter- 
riers d'Angleterre. 



— 358 — 
chiens d'Artois en nous apprenant que c'est en eflel de 
cette province et du pays voisin de Flandre qu'est 
venue originairement la race des bassets (1). On en 
connaissait dès lors deux variétés: les bassets à jambes 
torses communément à court poil, mordaces et ayant 
double rangée de dents comme les loups; les bassets 
à jambes droites, volontiers à gros poil comme barbets^ 
de couleur noire, avec la queue en trompe. 

Leverrier de la Conterie dit que les bassets à jambes 
droites venaient de Flandre et ceux à jambes torses 
d'Artois. Il préférait beaucoup aux flamands plus 
vites, mais mauvais meurs et bricoleurs, les artésiens 
courageux, de grande entreprise en terre, longs de cor- 
sage et bien coiifés. Cependant il termine en disant, 
comme du Fouilloux, qu'il en est de bons et de mau- 
vais des deux espèces. 

Les bassets étaient les chiens les plus utiles aux 
simples gentilshommes, car ils servaient à tout (2), par- 
ticulièrement ceux à jambes droites qui se ruent à 
deux métiers, selon l'expression de du Fouilloux, parce 
qu'ils courent sur terre comme chiens courants et 
entrent dans les terriers de plus grande fureur et 
hardiesse que les autres, quoiqu'ils y restent moins 
longtemps. 

§ 4. CHFEiVS D'OISEL, CHIENS d'akRÉT. 



Dès l'origine de la fauconnerie on se servit de 



(I) Srliiii'iiiiil Iciii' allrihuc aussi celte orijiino. 
C?) yéliiicourl. 



— 359 — 
chiens pour trouver et lever le gibier que poursui- 
vaient les oiseaux de chasse (1) ; au moyen âge on 
donnait à ces chiens le nom de chieiu d'oisel. Au 
\iv^ siècle ils étaient déjà dressés à arrêter les cailles 
et les perdrix qu'on voulait prendre au filet et à rap- 
porter les oiseaux aquatiques blessés par le faucon 
lorsque ces palmipèdes cherchaient à s'échapper en 
plongeant (2). Leurarrêt était si ferme qu'on les cou- 
vrait de la tirasse qui enveloppait avec eux dans ses 
mailles les oiseaux rasés devant leur nez (3). Plus tard, 
on utilisa cette singulière faculté d'arrêter et de fasci- 
ner le gibier pour le tirer avec l'arbalète, puis avec 
l'arquebuse et le fusil. 

« Dès qu'un de ces chiens, dit Quiquerande Beaujeu, 
a trouvé en quêtant lièvre, perdrix, bécasse ou autre 
gibier, il s'arrête, et, le pied levé, la tête en avant, 
semble par cette altitude annoncer à son maître la 
présence de la bête. Quelques-uns se couchent sur le 
ventre, et pendant ce temps, le chasseur, bandant 
son arbalète ou son arquebuse, tourne autour de sa 
proie et la tue (4). » 



(1) Hapiliuhunl (cliiea d'aulour) dans la loi des Bavarois. Cette loi 
porte que celui qui tue ou vole un de ces chiens doit en restituer un 
semblable ou payer 3 sols d'amende. 

(2) Gaston Phœbus. — Les Grecs et les Romains ne paraissent pas 
avoir connu cet emploi de l'espèce canine. Richardson croit avoir trouvé 
dans des peintures égyptiennes un chien dans l'action d'arrêter. Ce 
chien, qui est près d'un archer, est plutôt un chie7i de sang. Il est atta- 
ché par un collier à la ceinture de son maître, lequel perce de ses 
tlèches des taureaux sauvages, des chacals et des antilopes, animaux 
qu'on n'a guère pu chasser au chien d'arrêt. 

(.3) On nommait ces chiens canes a rele en latin du temps. 

(4) Esjiinar, qui écrivait quelques années plus fard, mais qui avait 



— 360 — 

Simon de Bullandre, dans son singulier poëme du 
Lièvre{l), énumère en vers assez bizarres les qualités 
caractéristiques du chien couciiant évante -plaine : 

Diligent pourvoyeur, questeur de grande peine 
Songneux en ses desseins, fidèle cuisinier, 
Véritable en son nez, tire fort, guigne-motte, 
Constant en son arrest, plaisant en sa façon 
Bien batu, bien frotté, puny de telle sorte 
Qu'il reçoit mille coups s'il fault à sa leçon. 

Quand le perfectionnement des armes eut permis 
de tirer au vol et en courant, il ne fut plus besoin de 
tant de fermeté dans l'arrêt, et la plupart des chas- 
seurs se contentèrent de choupilles, qui quêtaient bien 
à commandement, marquaient le gibier et chassaient 
au bout du fusil. Cependant, on ne cessa jamais, d'une 
manière absolue, de se servir des chiens couchants 
pour chasser à la tirasse et au fusil (2). 

Lâchasse aux chiens couchants, devenue très-meur- 
Irière (3), avait fait prendre celte sorte de chiens en 



pu voir encore dans sa jeunesse des chasseurs h l'arbalète, décrit 
presque dans les mômes termes l'excellence de leurs chiens couchants. 
Ils obéissaient au moindre sifflement, au plus léger signe de main. 
Lorsqu'ils tombaient en arrêt, le chasseur s'efforçait do découvrir, 
d'après l'attitude de son chien , l'endroit précis où était tapi le gibier, 
ce qu'il faisait en toui^nant à l'entour, pas à pas et sans bruit. S'il ne 
parvenait pas à tirer les perdrix posées, il examinait avec soin la remise, 
s'éloignait pour leur donner le temps de se rassurer et revenait sur 
elles de façon à les mettre entre lui et son chien. {Arle de BaUeslcria 
y Monleriii. Madrid, 1044. Cité par Magné de Marolles.) 

d) Paris, imprimerie de Pierre Chcvillot, 1585. — Réimprimé en 
180G, à Lyon, par Louis Pcrrin, pour Victor Pineau, libraire à Amiens, 
in-4", IV et IG feuillets. 

(2) La vaccin coirairol/itf/io drl capiUmo Vila Donfadini. Bologne, 
IG72. 

(3) Siiuuii di' Uullaudiv, dans le passage auquel nous venons d'cm- 
lirunter quelciucs vers sur les chiens coucluinls, déplore le carnage de 
lièvres occasionné par ci'^ chii'ii.-;. 



— 361 — 
haine à nos Rois qui firent tous leurs efforts pour en 
détruire la race partout, excepté chez eux-mêmes et 
chez quelques privilégiés. 

En ce qui les concernait personnellement, ils affec- 
tionnaient, au contraire, les chiens couchants d'une 
façon toute particulière ([). Louis XIV surtout avait 
pour eux un goût constaté par quelques anecdotes 
({ue nous avons citées plus haut. Il dressait lui-même 
ses chiens couchants et daignait parfois chasser avec 
ceux de quelques seigneurs de sa cour (2). L'ex- 
cellent peintre Desportes a transmis à la postérité les 
figures et les noms de plusieurs de ces favoris du 
grand Roi, dans des tableaux qui sont un des orne- 
ments de la galerie française au Louvre. 

Les portraits de Diane et de Blonde, de Bonne, 
Nonne et Panne, de Folle et de Mite, de Tane et de 
Zette décoraient à Marly l'appartement de leur royal 
maître. 

Varmi les chiens d'oisel, les plus anciennement con- rpagneuis. 
nus sont les épagneuls : « Autre manière y a de 
chiens qu'on apelle chiens d'oysel et espaiuholz, dit 
Gaston Phœbus, pour ce que celle nature vient d'Es- 
painhe, combien qu'il y en ait en autre pays (3). » 



(1) En 1624, Louis XHI envoya en présent à Jacques P', Roi d'An- 
gleterre, des faucons, des chevaux et douze chiens d'arrêt. (Revue des 
Deux Mondes, octobre 18C2. 

(2) Notamment avec ceux du chevalier de Lorraine et de M. de Mar- 
san. (Dangeau.) « Au sortir de vêpres, le Roi s'alla promener en ca- 
lèche dans son parc... et fit chasser sa chienne. » {Ibid., 14 avril 168G.)— 
Le Roi alla tirer l'après-dînée et vit chasser une chienne nouvelle que 
lui a donnée l'abbé Courtin. {Ibid., 31 août 1701.) 

(3) Les auteurs anglais prétendent que ce fut John Dudley, duc de 
Norlhumberland, qui dressa le i»rcmier les épagneuls à arrêter pour la 



— 362 — 

Ces espainhoh avaient rjrosse tête et grand corps et bel, 
de poil blanc on tavelé. On préférait ceux qui n'étaient 
pas trop velus, mais qui avaient la ciueûe espesse. 
Ils aimaient leur maître et le suivaient fidèlement. A 
la chasse, ils couraient devant lui quérant et joiiant de 
la queue, et rencontrant de tous oysiels et de toutes bestes, 
mais on leur reprochait d'être rioteurs (querelleurs) et 
grands abayeurs[\]. 

Charles, duc d'Orléans, avait deux espavjnolz nom- 
més Briquet et Dyamant qu'il aimait fort. Louis XI 
lirait des espaigneux de Bretagne {2). 

Les épagneuls du xvi' siècle avaient encore généra- 
lement le poil moucheté et la queue espiée (3). Cepen- 
dant M. de Bourdeille, père du chroniqueur Bran- 
tôme, avait « des chiens tout noirs comme taupes, des 
plus grands et forts espagneuils que l'on eut sçu voir 
et des meilleurs et des plus beaux pour la perdrix et 
le lièvre (4). » 

D'Arcussia se servait aussi d'épagneuls noirs dont 
il fait grand éloge. 

Caïus^ dans son opuscule sur les chiens anglais (5), 



chasse au iilet (1335). Ce fait est plus ((uc douteux, au moius pour ce 
qui concerne la France. 

(1) Pliœbus, qui n'aimait pas la nation espagnole, dit que ces chiens 
tirent leurs défauts de la malvèse génération (roù ils viennenl. 

(2) On ignore si le bon chien d'oisel Basque (issu de Ilriquel, chien 
culot de Lombard ie), dont ce Roi lit écrire Tépitaphe, était un épa- 
gneul. Tout ce qu'on sait, c'est qu'il était fort rioteur comme les épa- 
gneuls de Gaston Phœbus. (Voir cette épitaithc à la suite do la Chasse 
du fjrand sénéchal.) 

(3) Monnet, cité dans IcsuoLosdu Rabeiaiï^ de M. E. .lohanneaii, I. 1. 

(4) Vie de M. de llounlriilr. 

(5) Dr Canilras hriluiuiicis. Iih. uinis. \'ûC\. 



— 3(53 — 

(lit que de son temps les épagneuls de la Grande- 
Bretagne étaient généralement blancs, quelquefois 
marqués de grandes lâches rousses. Les roux et les 
noirs étaient fort rares. Depuis peu, on en importait de 
France dont le pelage était marqueté de taches con- 
fuses sur un fond blanc : on donnait à ceux-ci le nom 
d'épagneuls français (1). 

De Thou, dans son poëme latin sur la fauconnerie, 
nous a donné la description des chiens d'oiseau que de 
son temps on tirait d'Angleterre et d'Ecosse. Ces 
chiens avaient le poil long, surtout sur le dos, et une 
barbe épaisse tombait sur leur poitrail velu (2). Cette 
description ne s'applique à aucune race d'épagneuls 
actuellement existante en Angleterre, mais BufFon te- 
nait d'un amateur d'histoire naturelle que Louis XIV 
avait donné au comie de Toulouse des chiens sembla- 
bles à des épagneuls de moyenne taille, portant une 
grande barbe au menton. Le comte de Lassay avait 
aussi possédé de ces chiens; du temps de Buffon, 
on ignorait ce que cette race singulière était de- 
venue (3). 

Sélincourt dit, sans plus ample description, que 
« les espagnols sont pour les oiseaux, chassent le nez 
bas et suivent par le pied. » 

Les épagneuls peints par Desporles sont de 
moyenne ou même de petite taille, et très-fins. Leur 



(1) Dans le baron de Fœnesle, un hobereau gascon veut faire graver 
sur un cachet l'image de son précieux individu suivi de quatre caynols 
(petits chiens) spagnous bigarrais de blanc et de nègre. 

(î) TImani Hieracosophion, Hb. II. 

(3) Iliiloirr naturdlr, art. C/urn. 



— 3Gi — 

robe, d'un blanc soyeux, est marquée de brun ou de 
fauve. Leur queue est ordinairement rasée, avec un 
bouquet de poils réservés à l'extrémité. 

Du temps de Buffon, on recherchait beaucoup en 
France les épagneuls noirs de petite taille originaires 
d'Angleterre, qu'on nommait alors gredins. C'étaient 
plutôt drs animaux de luxe et de fantaisie que des 
chiens de chasse. Il en était de même des petits épa- 
gneuls noirs, marqués de feu, qu'on appelait py- 
raines , et qui n'étaient autres que ces charmants 
King-Charles, si haut prisés aujourd'hui (1). 

Dès le xvi" siècle, on se servait, pour la chasse au 
marais, d' épagneuls d'eau, au poil soyeux, épais et frisé. 
Caïus nous apprend qu'en Angleterre, où l'on en éle- 
vait beaucoup, ces ivatcrspaniels étaient tondus en 
lion, comme nos caniches. Selon de Thou, la province 
de Namur et la Flandre fournissaient à la France des 
chiens de marais aux oreilles velues, au pelage crépu 
mais sans barbe, et sans poils hérissés sur les yeux. 

D'autres chiens semblables à ceux-ci, mais de plus 
petite taille servaient pour la chasse en plaine et bat- 
taient les buissons (2). 
Braques. Lcs braqucs, sortis, suivant toute apparence, d'une 
race de braquets dressés à arrêter le gibier (3), ne 



(l) Buiron. — Ces petits épagneuls chassaient quelquefois le lapin. 
Un tableau de Desportes, conservé au musée du Louvre, représente 
deux King-Charles poursuivant des lapins dans un parc. 

("2) Hirracosophion, lib. II. 

(3) C'est aussi rojiinion de ^I. W. Yoiiatt dans son livre intitulé 
The dog. Ridinger, admettant la communauté d'orifj;ine, ilit, au con- 
traire, (juc le chien (courant ou limier {fayd odcv Spulirlmnd) est un 
braque, dressé à ce métier dèslejeum' àj.'-e. {Dos T/iicrrcich.) 



— 365 — 

sont guère cités comme chiens couchants avant le 
xvi" siècle. 

La plus ancienne mention connue de ces chiens est 
celle de la braque blanche et fauve d'Ilalie qui donna 
\e jour aux chiens grefjlers. Reste à savoir si c'était une 
chienne d'arrêt, ou si elle chassait à la manière des 
anciens braquets. 

Le duc François de Guise écrivait en 1540 au con- 
nétable de Montmorency: «Afin que vostre tierceletne 
faille à trouver la perdrix, je vous envoyé un jeune 
braque pour l'y aider (1). » 

Parmi les chiens décrits par de Thou comme ser- 
vant à la fauconnerie, figure un chien à poil ras, 
dont la robe blanche est semée de mouchetures 
noires, aussi nombreuses que les étoiles qui brillent dans 
un ciel serein. Ces animaux, dit le magistrat chas- 
seur, viennent en grand nombre de l'Aquitaine (2). 

Les adjonctions à la vénerie de Jacques du Fouil- 
loux (3), nous prouvent l'estime qu'on faisait alors 
des braques mouchetés, en donnant une recelte pour 
savoir d'avance si les petits chiens d'une lice seront de 
ce poil. 

Dans les gravures de Galle et Stradan, qui sont de 
la fin du xvi' siècle, on voit un braque arrêtant des 
perdrix qu'on veut prendre au filet (4). 



(1) Histoire des ducs de Guise, par M. le comte de Bouille, t. II. 

(2) Hieracosophion, lib. IL 
(3") Édition de 1585. 

(4) Venationes, etc., depiclœ à J. Slradano cdilœ à Ph. GalLvo. — 
Biaise de Vigenère (mort im 159G) parle des bracqncs du grand Turc. — 



— 366 — 

Aldrovande, naturaliste italien, dans un ouvrage 
publié au commencement du siècle suivant, décrit 
les braques de son pays comme semblables à un lynx 
moucheté. «Cependant, ajoute-t-il, lesnoirs, les blancs 
et les fauves ne sont pas à mépriser. » Vila Bonfa- 
dini mentionne aussi ces braques mouchetés dans son 
traité sur la chasse à l'arquebuse et enseigne la ma- 
nière de les dresser. En France, on leur donnait, je 
ne sais pourquoi, le nom de braques du Bengale. 

On faisait cas, du temps de Sélincourt, des braques 
d'Espagne, qui arrêtaient tout et chassaient de haut 
nez. Ces braques, tout h fait semblables au vieux bra- 
que français, étaient de haute taille (1) et de formes ro- 
bustes, avec la tête grosse, les oreilles longues, le mu- 
seau carré, le nez gros, les lèvres pendantes, le cou 
épais, les pattes longues et fortes. Leur pelage était 
ras, ordinairement blanc avec de grandes taches 
brunes. Ceux qui étaient de race pure étaient à deux 
nez (2). Parmi les braques français, qui présentaient 
parfois celle particularité, on trouvait souvent des 
robes couvertes de taches grises confuses et serrées. 

Ces braques, français et espagnols, avaient un arrêt 
extrêmement ferme et supportaient bien la chaleur 
qui accablait promptement les épagneuls (3). 



D'Arcussia dit que les bracqs sont de même nature que les griffons et 
encoresplus goulus que tous. 

(1) Quelques-uns avaient jusqu'à 2 pieds 1/2 (0™, 80) de hauteur. Ces 
grands braques avaient conservé une physionomie de chiens courants 
(\u\ rapi)elait les hraqucls leurs ancêtres. 

(2) Traiic des chiens de chasse. — Richardson. 

(3) Cette race est devenue rare depuis ([ueliiucs années, ii cause de 
l'envahissement des pointers anglais. 



— 367 — 

Les braques dont Desportes et Oudry ont transmis 
e portrait à la postérité différaient de ceux que nous 
venons de décrire. Plus fins, plus élancés, avec de 
jolies têtes mutines, presque entièrement blancs de 
pelage, ils avaient avec les chiens blancs du Roi un air 
de parenté que ceux-ci devaient probablement à leur 
grand'mère la braque blanche et fauve d'Italie (I). 

Sous le nom de barbets, on confondait au xvi^ siècle 
tous les chiens à long poil, griffons courants, griffons 
d'arrêt et chiens couchants à poil frisé que nous ap- 
pelons aujourd'hui caniches. 

Ces derniers, employés à la chasse des oiseaux Barbets. 
aquatiques (2), étaient aussi désignés par le nom de 
chiens cane; celui de caniche s'appliquait spécialement 
à la femelle. 

Au siècle suivant, ils portaient le nom de barbets. 
« Les barbets frisez et à demi poil, dit Sélincourt, 
suivent tout par le pied, chassent le nez bas quand le 
gibier fuit, et, quand il demeure, chassent le nez haut 
et s'arrêtent. Ils chassent sur terre et dans l'eau; leur 
principale nature est de rapporter, ils sont rudes au 
gibier, les frisés phisque les autres; mais tous sont les 
plus fidèles chiens du monde et qui ne veulent con- 
noître qu'un maître et ne le jamais perdre de 
veûe. » 



(1) 11 existe encore chez quelques gardes des environs de Paris une 
race de braques blancs et fauves, d'origine anglaise, dite des braques 
de Charles X, qui a de l'analogie avec ces anciens braques des équi- 
pages royaux. 

(2) Henri IV aimait à chasser les canards avec des barbets. Voir plus 
haut. — Voir aussi les gravures de Jehan de Tournes , de Stradan et 
celles (le Josse Amman. 



— 368 — 

Il y avait de très-grands barbets dont le poil, quoi- 
que frisé, élait moins laineux que celui du caniche, et 
des barbets de taille moyenne, dont l'espèce, bien 
connue encore aujourd'hui, a cessé d'être employée à 
la chasse. Ces chiens sont d'origine française (1). 

Le petit barbet de Buffon n'était qu'un chien d'a- 
grément. 
Griffons. Lcs Vaudois qui habitaient le versant piémontais 
des Alpes étaient autrefois connus sous le nom de 
Barbets (2) et les montagnards du versant dauphinois 
sous celui de G ridons. Par une singulière coïncidence 
ce dernier nom a été appliqué à une espèce de chiens 
voisine des chiens barbets, probablement parce qu'ils 
venaient originairement de ces griffons des Alpes. Sé- 
lincourt nous apprend, en effet, que les meilleurs 
chiens griffons venaient d'Italie et de Piémont (3). 

Ce nom, donné aujourd'hui à tous les chiens à poil 
rude non frisé, était appliqué dès le temps de Henri IV 
à des chiens d'arrêt. Le Roi avait des griffons mouche- 
tés à deux nez, auxquels il tenait fort. 

D'Arcussia fait l'éloge des griffons pour la chasse 
aux perdreaux en été. Il prétend qu'en hiver ils crai- 
gnent le froid el l'humidité, ce qui est contraire à 



(1) Témoin le nom de French i~)00cUe qu'on leur donne en Angle- 
terre. 

(2) Ce nom, qu'ils devaient probablement, comme les caniches, ù leur 
barbe, a été donné jusqu'à la Révolution aux partisans piémontais qui 
se formaient en f]uérillas dans les Alpes, lorsque leiu- pays élait atta- 
qué par la France. 

(3) GalTet de la BrifTardière dit la même chose. 



— 3G9 — 

toutes les observations des chasseurs modernes (1). 

Les griffons d'arrêt, encore fort estimés aujour- 
d'hui, sont des chiens robustes, épais, d'une physio- 
nomie rude et sauvage. Leur poil, long et dur, est 
fauve ou mélangé de gris, de noir et de blanc sale. Ils 
sont très-courageux, très-intelligents, mais difficiles à 
dresser, surtout au rapport. « Les griffons chassent le 
nez haut, arrêtent tout et chassent aussi le nez bas en 
suivant par le pied (2). » 

Les Anglais qui ne veulent pas faire rapporter leurs 
chiens d'arrêt, setters ou pointers, se servent, pour 
aller chercher le gibier tué ou blessé, de chiens de 
races diverses qu'ils nomment retrievers (3). En 
France, nous ne voyons guère de chiens exclusive- 
ment affectés à cet usage au temps passé que certains 
doggues fort laids, mais fort courageux envoyés par le 
prince d'Orange à Louis XIII, et qui, sans marchander, 
se précipitaient d'une grande hauteur après un canard 
et ne sortaient pas de l'eau qu'ils ne l'eussent pris (4). 
En général, nos aïeux tenaient beaucoup à ce que tous 
leurs chiens d'arrêt fussent bien dressés au rapport, 
Gaston Phœbus recommande cette qualité dans le 
chien d'oisel, et tous les traités de chasse à tir donnent 



(1) Sélincourt dit seulement qu'ils suivent mieux que les autres par 
les chaleurs. 

(2) Sélincourt. — Les griffons bouffes, dont le poil est à demi frisé, 
sortent, selon Buffon, d'un croisement entre épagneul et barbet. 

(3) Ce sont des épagneuls d'eau, de petits terreneuves ou des chiens 
croisés de ces deux races. 

(4) Correspondance du baron de Gharnacé, envoyé de France à la 
Haye. — Journal des chasseurs, X" année. 

II. 24 



— 370 — 

les moyens à employer pour compléter sur ce point 
l'éducalion des chiens couchants, braques, épagneuls, 
barbets ou griffons (1). 



(1) Voir Gaffet de la Briffardière, — Goury de Champgrand, — Ma- 
gné de MaroUes, — Desgraviers. 



LIVRE V. 



LA VENERIE. 



CHAPITRE PREMIER. 
Origine et histoire de la vénerie. 



On entend par Vénerie l'art de prendre les animaux 
à force de chiens, sans employer aucune arme ou 
aucun engin pour arrêter leur fuite (1). 

Ce mot, appliqué uniquement aujourd'hui à la 
chasse aux chiens courants, appelée aussi chasse à 
courre, chasse à cor et à cris, chasse noble et chasse 
royale (2), comprenait au moyen âge la chasse aux 
lévriers ou levretterie; soit que cette chasse se fit avec 
des lévriers seuls, soit qu'ils n'y servissent que 
d'auxiliaires. 



(t) L'emploi des armes de jet et de main n'est permis que pour semr 
l'animal aux abois. 

(2) La plupart des chasses à courre n'appartenaient qu'aux Rois et 
aux princes. 



— 372 — 

L'art de la vénerie est né sur noire sol, il était in- 
connu de tous les peuples de l'antiquité, à l'exception 
des Gaulois nos ancêtres, qui seuls savaient chasser le 
lièvre à courre, sans engins ni fdels (1). 

Les Francs connurent aussi la chasse à courre, 
comme en rendent témoignage des textes très-précis. 

Par exemple, la loi salique défend, sous peine de 
15 sols (2) d'amende, de tuer ou de cacher la bête 
que les chiens d'autrui ont lancée ou forcée (3). 

Le jeune Clovis, fils de Childéric, poursuivi au son 
du cor par des paysans armés après une expédition 
malheureuse en Aquitaine, est comparé par Grégoire 
de Tours 5 un cerf sur le point d'être forcé (4). 

Les anecdotes relatives aux chasses des Rois Méro- 
vingiens nous les font voir sans cesse chassant à cheval, 
à cor et à cris, le cerf, le sanglier et le buffle. A propos 
d'une chasse que Childebert fait à ce dernier animal 
dans les forêts du Maine, Sainte-Palaye remarque 
judicieusement que le vieux Hagiographe, auteur 
de ce récit, a su parfaitement exprimer l'action de 
quêter une bête, de la détourner, ainsi qu'indiquer 
en termes précis le lancer, le laisser courre, etc. «C'est 
beaucoup, dit-il, qu'il nous reste sur une pareille ma- 
tière un passage si clair et si instructif (5). » 



(1) Voir ci-dessus, liv. I, cli. i. 

(2) Représentant approximativement 400 francs do notre monnaie. 

(3) Si quis cervum {vel aprum) quem alterins canes moverunt aut 
lassaverunl, occideril mil cclaverit 

(4) Qucin fugientem, ciim tuhis el buccinis, (/tiasi lobcnlcm ccrvuin 
fuf/ans inspquebalur, Greg. Tiir., Ub. IV. 

(5) Mémoires sur la chasse. 



_ 373 — 

Nous connaissons déjà l'organisation des meules à 
cette époque; les lois des barbares nous les ont mon- 
trées divisées en chiens de tête et chiens de meute et 
signalent l'emploi du limier, conduit à la botte (l) 
pour détourner les animaux. 

On ne trouve aucun document relatif à la vénerie 
dans les récits des poètes et des chroniqueurs sur les 
chasses de Charlemagne et de ses successeurs. Cepen- 
dant cet art n'était certainement pas tombé en déca- 
dence, car nous le voyons reparaître avec éclat dans 
nos plus anciens romans en langue française. La 
chanson de gestes de Garin le Loherain, écrite, à ce 
qu'on croit, au xn^ siècle, contient un magnifique 
épisode de vénerie, dont nous avons déjà cité quelques 
fragments et auquel nous aurons encore recours. On 
y voit un sanglier hncé à trait de limier, et forcé dans 
toutes les règles. 

Le Dit de la chace dou serf, qui remonte au moins à la 
moitié du xni^ siècle, nous prouve que dès lors on 
possédait parfaitement l'art de rembucher un cerf, 
qu'on avait connaissance du 'pied et des fumées, des 
portées et du frayoir (2), qu'on savait lancer l'animal 
à trait de limier, le suivre avec les chiens courants, 
faire la curée et le forhu après la prise, et corner six 
tons de chasse différents (3). 



(1) Large collier en cuir auquel s'attache le trait ou cordeau. 

(2) On trouvera plus loin l'explication de ces termes de vénerie. 

(3) On ne voit pas bien clairement dans le Dit de la chasse clou serf 
si l'on connaissait déjà l'usage des relais. M. Lavallée {Chasse à courre, 
introduction) se prononce pour la négative. M. Révoil, dan? un article 



— 374 — 

Dans ce petit poëme « l'art de la vénerie paroît 
porté à un degré qui étonne (1); » outre la chasse du 
cerf qui en forme le sujet, il y est fait allusion à la 
chasse par force du sanglier et à celle du lièvre. 

A partir de cette époque, les traités de vénerie se 
succèdent rapidement. Au xiv^ siècle, nous avons le 
Roy Modus, le poëme des Déduits de Gace de la 
Buigne et le livre de Gaston Phœbus qui enseignent 
les règles à suivre pour chasser noblement tous les 
animaux dignes de cet honneur, et rendent témoi- 
gnage du degré de perfection atteint dès lors par la 
science de vénerie. Le poëme de Hardouin de Fon- 
taines-Guérin, écrit peu de temps après la mort de 
Gaston Phœbus, traite exclusivement de la chasse du 
cerf, et spécialement de l'art de corner (2). 

Le siècle suivant est pauvre en livres de vénerie, 
et l'on ne doit pas s'en étonner en pensant à l'état de 
désordre et de misère effroyable qui pesa sur la 
France pendant sa première moitié. On n'y rencontre 
guère que le Livre du grand sénéchal de Normandie, 



(lu Journal des chasseurs {W" année), a cru ])o\ivoir traduire le vers : 
Et les trois menées feras 

Par : " vous placerez vos relais du mieux ([u'il vous sera possible. » 
Dans Garin le Lolierain, le duc Bégon, quittant son château de Belin 
avec ses équipages de chasse, emmène 

Quinze vallès por les relais tenir. 

(I) Sainte-Palaye. 

('2) Fontaines-Guénn donne assez succinctement les règles de la 
chasse du cerf. On voit, sans qu'il s'explique bien clairement sur ce 
sujet, qu'il se servait l)caucoup de défenses ou hommes postés i)Our 
empêcher le cerf de jn-eudre certains partis. 



— 37o — 

récit animé d'une chasse au cerf, conforme à toutes 
les lois de la vénerie. 

Ces lois furent fixées d'une manière définitive par 
Jacques du Fouilloux dans son fameux traité, com- 
posé sous le règne de Henri II et publié pour la pre- 
mière fois en 1560. On y trouve exposés, avec l'auto- 
rité d'un veneur émérite, les principes de la science; 
la manière de juger les animaux de chasse : les uns, 
comme les cerfs, par le pelage, la tète, le pied, les 
fumées, les portées, les foulées, les ahattures, le 
frayoir; les autres, comme les sangliers, parlepied,les 
boutis, le souil; le système d'éducation et l'hygiène 
des chiens, la façon de faire le bois, de servir un cerf 
ou un sanglier sur ses fins, les signes distinctifs du 
lièvre et de la hase, etc. (1). 

Le Livre du Roi Charles, resté malheureusement 
inachevé, est fort remarquable par l'esprit de saine 
critique qui y règne et les leçons instructives qu'il 
donne sur la chasse du cerf (2). 

Plus riche de détails et d'observations, sinon de 
préceptes, que du Fouilloux, Robert de Salnove in- 
dique le premier la distribution des relais et la divi- 



(H Quelques erreurs ont été signalées par M. Lavallée {Chasse à 
courre en France) et M. le baron J. Pichon {la Chasse du grand sénes- 
chal, introduction) dans ce livre si justement estimé des veneurs. 
M. Lavallée croit pouvoir en attribuer partiellement la vogue exces- 
sive aux gaillardises rabelaisiennes dont il est assaisonné. 

(2) Nous citons ici seulement les auteurs qui signalent un progrès ou 
un changement notable ; aussi laissons-nous de côté les ouvrages fort 
curieux d'ailleurs de Jehan du Bec, de Maricourt, de LigniviUe, de 
Sélincourt, ainsi que ceux de Galîet de la Briffardière et de Goury de 
Champgrand. 



— 376 — 

sion (le la meute en vieille meute, seconde meute et six 
chiens (1). 

Sous Louis XV, Leverrier de la Conterie publie sa 
Vénerie normande, véritable trésor d'observations re- 
cueillies par la sagacité unie à l'expérience. On y 
trouve pour la première fois, expliqués avec détails, 
les moyens de distinguer le pied du brocard de celui de 
la chevrette (2), et la connaissance encore plus délicate 
du pied du lièvre. Il enseigne encore à garder change 
par ce pied, chose jugée jusque-là impraticable (3). 

Le dernier de nos grands traités de vénerie est 
celui de d'Yauville, ouvrage où la science atteint ses 
dernières limites (A). 

Cet habile veneur nous y apprend que c'est lui qui 
fit abandonner l'ancienne méthode de lancer le cerf 
à trait de limier et lui substitua celle que l'on suit 
encore aujourd'hui. 

C'est ainsi que l'art de la vénerie atteignit en France 
un point de perfection qui n'a jamais été dépassé. 

Dès la fin du xvi^ siècle, Biaise de Vigenère pouvait 
dire à bon droit que, « pour courre à force les bestes 
faulves et les noires, n'y a-t-il guères de gens ou pas 
du tout qui facent ce mestier si exquisitement que font 
les François (5).» 

Maricourt a dit de même : « Pour ce qui est de la 



(1) Vénerie française de M. le comte Le Couteulx. 

(2) Gaffet de la BrilTardière n'a donné ijue quelques indications 
brèves sur ce point. 

(3) Vénerie française. 

(4) Ibidem. 

(h) Illiislraliona sur Chalcondi/le. Paris, 161'^. 



— 377 — 
chasse, en nulaultre lieu du monde elle n'est exercée 
avec tel plaisir ny avec telle despence et invention de 
courre à force de chiens courrants et de chevaulx, oii 
le seul plaisir est proposé et non le profit de la cui- 
sine. » 

Pendant que la vénerie marchait ainsi de progrès 
en progrès dans le pays où elle avait pris naissance, 
elle avait été négligée et oubliée partout ailleurs. 

La noble chasse à courre avait été importée en An- Lavénone 

.^ 1 /-. -1 euAngleleric. 

gleterre au xi" siècle par les compagnons de Guil- 
laume de Normandie (1). Un traité composé en langue 
française par Guillaume de Twici ou de Tuisy, veneur 
du Roi Edouard II (2), nous a conservé les règles ob- 
servées de son temps parmi les Anglo-Normands (3). 
On y voit quelques différences légères avec les usages 
et surtout avec le langage de la vénerie française con- 
temporaine. Le français, qu'on parlait encore à cette 
époque à la cour d'Angleterre, n'était plus, en effet, 
qu'un détestable patois (4). 

Au xvi^ siècle, les traditions normandes étaient déjà 
perdues en grande partie. Le maréchal de Vieille- 
ville, envoyé comme ambassadeur en Angleterre par 
Henri II, lors de l'avènement de ce prince, dit que 
les Anglais ne sont pas si propres à prendre le cerf à 



(1) La chasse à courre n'était pas inconnue des Anglo-Saxons, mais 
l'invasion normande substitua aux rudiments imparfaits de leur vé- 
nerie la science déjà perfectionnée et le langage des veneurs de 
France. 

(2) Le art de Vénerie de M. Guyllame de Twici, published bg IL JJrij- 
den Davcnlr!/, London, 1844. 

(3) Edouard II régna <l(^ 1307 à 1327. 

(4) Voir YIJistoire de la ronquèle de l'Angleterre, t. IV. 



— 378 — 
force comme à la boulinguc (1). « Ils menèrent le ma- 
reschal en un parc rempli de dains et de chevreulx et 
luy ayant fait amener un cheval sarde fort richement 
en ordre, accompagné de quarante ou cinquante que 
millorts que gentilshommes du païs, tuèrent quinze 
ou vingt bestes à course de cheval, et y avoit un ex- 
tresme plaisir à voir les Anglois courir à toutes brides 
en cesle chasse, l'espée au poing, car s'ils eussent 
suyvi la victoire de quelque bataille gagnée, ils n'eus- 
sent pas plus cryé (2). » 

Lorsque Jacques Stuart réunit la couronne d'An- 
gleterre à celle d'Ecosse (1603) il voulut aussitôt faire 
refleurir dans ses États la science de la vénerie. A cet 
effet, il pria son allié Henri IV de lui envoyer les plus 
habiles de ses veneurs « afin qu'il pust dorénavant 
courre dans les forests qui sont dans ses estais et non 
plus dans les lieux fermez comme sont les parcs, oii, 
jusque là, il avoit toujours couru et n'avoit pu con- 
noistre les cerfs qu'en les voyant (3). » 

Dès l'arrivée à sa cour du marquis de Rosny, am- 
bassadeur extraordinaire du Roi de France, Jacques 1" 



(1) La houlingue est un cordage de navire et signifie ici la naviga- 
tion. 

(2) Mémoires de Vieilleville, t. I". — L'historiograplic du maréchal 
ajoute que les Anglais ne prenaient ce plaisir que lorsqu'ils recevaient 
chez eux des seigneurs étrangers , et surtout dos Français « que l'on 
cognoist aymer la chasse et y cstre duicts sur toutes nations. » 

(3) Salnove. — Vers cette époque, les Anglais tirent paraître des 
traités de vénerie qui ne sont que des copies plus ou moins exactes 
des nôtres. The Mai/strr of (jame, attribué au duc d'York tué en 1415 
à la bataille d'Azincourt, n'est qu'un emprunt perpétuel fait à Gaston 
Phcebus, et G. Turberville {Tlie noble Arle, of Vénerie or Hunlin/f, 
London, 1576) a copié du Fouilloux jusque dans ses gravures sur bois. 



— 379 — 
envoya un de ses genlilshommes lui porter la moitié 
d'un cerf qu'il avait pris le même jour et qui était le 
premier qu'il eût couru en Angleterre. Ce gentilhomme 
dit à l'ambassadeur, de la part du Roi, que Sa Majesté 
attribuait cette bonne fortune de chasse à l'arrivée de 
celui qui représentait en Angleterre le vrai Roi des 
veneurs. Lors de la première audience accordée à 
Rosny, le Roi d'Angleterre lui répéta ces propos flat- 
teurs et se hâta de l'entretenir de chasse, quoique 
l'ambassadeur eût avoué ne pas y connaître grand'- 
chose (1). 

Conformément aux désirs de Jacques, le Roi de 
France mit le plus grand empressement à lui dépê- 
cher l'un de ses meilleurs veneurs, le marquis de 
Vitry, chargé d'enseigner à Sa Majesté Rritannique les 
secrets de la plus noble des chasses (2). La mission de 
Vitry n'était que temporaire et se renouvela quelques 
années plus lard (3). Rientôt après, Henri envoya en 
Angleterre MM. de Reaumont et duMoustier, officiers 
de sa vénerie, avec quelques valets de chiens, puis le 
sieur de Sainl-Ravy, qui resta attaché à la cour d'An- 



Ci) Mémoires de Sully, t. IV. — Lellres missives de Henri IV, t. VI. 

(2) Jacques P'' était monté sur le trône le 3 avril 1603. L'ambassade 
de Rosny se mit en mouvement le 2 juin. Vitry partit le 26 août et 
revint en France à la fin d'octobre. — Aussitôt après son retour, 
Henri IV envoya, au Roi d'Angleterre , des chevaux et des chiens. 
(iellres missives de Henri IV, t. VI.) 

(3) « Si ce que nous sommes et le canal (jui sépare nos royaumes 
ne s'opposoit à mon désir, nous verrions ensemble bien tost courre 
nos chiens. . . cela ne pouvant estre, disposez dudit Vitry et de tout ce 
qui dépend de moy pour vostrc plaisir. » Lettre de Henri IV à Jac- 
ques I"^', du 14 juillet 1608. 



— 380 — 

glelerre en qualité de grand veneur de la Reine, ainsi 
que plusieurs autres bons chasseurs (1). 

Ligniville, qui avait été aussi envoyé de Lorraine à 
la cour de Jacques I" pour coopérer à cette restaura- 
tion de la vénerie, trouva les Anglais très-bien instruits 
des règles de la chasse au lièvre. C'est le seul point qu'il 
paraisse leur concéder sur les veneurs du continent. 

Les leçons des veneurs continentaux portèrent leur 
fruit, autant que le permettait toutefois la nature des 
lieux. <( Pour l'Angleterre et l'Ecosse, dit Maricourt, 
quelques années plus tard, j'advoùe que pour le gibier 
qu'ils ont, ils s'en acquicttent très-bien et y sont leur 
Roy, sa noblesse et veneurs très-bons chasseurs, mais 
au lièvre et dain seullement et quelque peu de cerfs 
que court le Roy lui seul (2), encores est-ce l'ordinaire 
que la chasse du dain et cerf se faict dans les parcs 
où ces animaux-là sont comme privez et les lieux si 
peu couverts de bois que les chasseurs voient presque 
tousjours à veùe et peuvent remarquer leur gibier et 
tenir leurs chiens en subjection comme des chiens 
couchants. » 

Salnove se plaint que de son temps les jeunes ve- 
neurs affectaient déjà de parler à leurs chiens un 



(h Ligniville, — Salnove, — Sélincourt. — Au moment de publier 
sa Vénerie pour chevreuil (IG3G), Ligniville écrivit à Saint-Ravy pour 
lui demander son oi)inion sur ce livre, et celui-ci répondit par des 
éloges. 

(2) On voit dans Ligniville que M. de Saint-Ravy prenait, chaque an- 
née, des cerfs et biches vivants en France pour les transporter en An- 
gleterre. En une année, il en panneaula quarante ou cinquante à 
Fontainebleau. 



— 381 — 
jargon soi-disant anglais et de sonner à l'anglaise, à 
came que cela est la mode. Il y va cependant de la ré- 
putation des Français, « qui ont fait voir jusques à 
présent que toutes choses qui dépendent de l'esprit 
ont esté empruntées d'eux beaucoup plus que des 
estrangers. » Salnove en cite pour preuve l'appel fait 
par Jacques I" aux veneurs français. 

Tout ce que Sélincourt accorde aux Anglais en fait 
de vénerie, c'est leur curiosité en fait de races et î2owr- 
riture de chiens. 

Ce n'est que depuis les dernières années du 
xvnf siècle que les Anglais ayant achevé de défricher 
leurs forets, et n'ayant, par conséquent, plus de grands 
animaux hors de leurs parcs, se sont adonnés exclu- 
sivement à la chasse du renard, chasse oii tout se 
réduit à une question de vitesse, et qui les a conduits 
à se créer une vénerie complètement différente de la 
nôtre dans ses principes, ses moyens et son but (1). 

Lorsque le grand Nemrod de l'Allemagne, l'ar- Lav.nerie 
chiduc Maximilien, commença à prendre son plaisir à 
chasser ours, cerfs et sangliers, ses compatriotes avaient 
depuis longtemps mis en oubli l'art de la vénerie, 
qu41s avaient dû connaître et pratiquer sous les Rois 
Mérovingiens et Carlovingiens. Il est dit dans l'histoire 



(1) La question de la supériorité de la vénerie française sur la vé- 
nerie anglaise, et réciproquement , a été discutée i)ar des champions 
trop habiles et trop expérimentés pour qu'il soit utile de l'agiter en- 
core. Tout ce que nous pouvons en dire ici, c'est que ces deux mé- 
thodes de chasser s'appliquent chacune à un ordre de choses complè- 
tement différent; elles ont toutes deux leur raison d'être , dans leur 
pays et non ailleurs. 



en Allcningne. 



— 382 — 

du Roi Blanc, pseudonyme adopté par l'époux de 
Marie de Bourgogne, qu'il introduisit dans ses Étals 
allemands la chasse par force qui y était complète- 
ment inconnue (1). Lui-même s'y adonna avec l'ar- 
deur d'un néophyte, faisant en personne le métier de 
limier, poursuivant un cerf à des distances prodi- 
gieuses et s'exposant dix fois à périr sous les atteintes 
d'un animal aux abois (2). 

La chasse à courre, qui conserva toujours en Alle- 
magne son nom français (3), ne devint jamais un 
plaisir national, malgré l'exemple de Maximilien. 
Lorsque Henri II fit voir une grande chasse de cerf 
aux ambassadeurs allemands qui étaient venus le 
trouver à Fontainebleau, ils en furent fort étonnés, 
« car en leur pays cette façon de chasser ne s'exerce 
pas, ains chassent seulement avec la harquebuse ou 
l'arbaleslre et l'abbayeur (4). » 

A la fin du wif siècle et au commencement du 
siècle suivant, les princes allemands, serviles imita- 
teurs de la France, voulurent avoir des équipages de 
vénerie semblables à ceux de nos Rois, pour lesquels 
ils professaient autant d'admiration que de haine. Ces 
équipages étaient complètement organisés à la fran- 
çaise, et l'on ne s'y servait que de termes français. 



(1) torlz und Parckjagdl, en allemand du temps. Ce mot de Parck 
indique qu'on chassait surtout dans des bois clos, comme eu Angleterre. 

(2) Der weiss Kunig. — Tliencrchrmicli. 

(3) Par force Imjd. 

\ (4) Mémoires de Vieilleville, t. I. — « Les Allemands, les Italiens et 
Ifcîs Espagnols ne font que des chasses meurtrières aux battues, tri- 
(luetracs, à l'arquebuse et aux filets. » (Sélincourt.) 



— 383 — 

grolesquement déguisés à l'allemande (1). Les chasses 
à courre avaient lieu dans des parcs que d'innom- 
brables allées découpaient en figures géométriques. 
Les quêtes y étaient numérotées et tous les incidents 
mathématiquement déterminés à l'avance (2). 

Les Allemands se dégoûtèrent promptement de ces 
ridicules contrefaçons, et retournèrent à leurs chasses 
dans les toiles, à leurs battues et à leurs triquetracs (3). 
Dès 1738 le Roi de Prusse était le seul prince alle- 
mand qui eût conservé un équipage de cerf [i). 

En Espagne, lâchasse à courre, probablement im- k, vénerie 
portée par les peuples de race germanique, Suèves, 
Vandales et Visigoths, était encore en honneur du 
temps d'Alphonse XI, Roi de Castille (1312-1350) (5). 
Mais, dès le commencement du xvn^ siècle, elle était 
tellement hors d'usage, qu'on la considérait comme 
impossible à cause de la nature des lieux (6). Les Rois 
d'Espagne de la maison de Bourbon n'essayèrent 
même pas de restaurer dans leurs Etats la science de la 
vénerie (7). 



eu Espagne. 



(1) Voir les gravures de Ridinger et les légendes franco-tudesques 
qui en donnent l'explication. 

(2) Fleming. 

(3) La chasse des grands animaux dans les toiles est qualifiée de 
citasse allemande par excellence dans les traités de Fleming et 
de Pserson. 

(4) Mémoires de Luynes. — La princesse Marie-Josèphe de Saxe , 
lorsqu'elle vint en France épouser le Dauphin (1747), n'avait jamais vu 
de chasse à courre. (Ibid.) 

(5) Magné de MaroUes , d'après un traité de vénerie rédigé par ce 
prince. 

(6) Espinar. — Sélincourt. 

(7) Saint-Simon, t. ITL 



— 384 — 

« De la grosse chasse à force, dit Biaise de Vigenère, 
les Italiens ne sçavent bonnement que c'est non plus 
que les Turcs (1). » 

Ainsi, comme le dit Sélincourt, il n'y avait plus de 
son temps que les Français, les Anglais et les Polonais 
qui sussent courre le gibier à force, avec des équi- 
pages de chiens courants. 

C'est donc à bon droit que nous pouvons revendi- 
quer l'art de la vénerie comme un art essentiellement 
français. 

Ce fut toujours la chasse préférée de nos Rois et de 
la haute aristocratie de France. Nous ne reviendrons 
pas sur tant de hauts et puissants veneurs, Rois, 
princes et grands dignitaires, énumérés dans les pages 
qui précèdent. Presque tous furent vrais connaisseurs, 
pratiquant sérieusement le noble métier de vénerie et 
sachant au besoin faire le bois, disposer les relais, 
relever un défaut, débrouiller un change. 
Veneurs A côté dc ces grands noms, il convient de placer 
ceux de tant d'officiers de vénerie et de simples gen- 
tilshommes qui ont mérité de ne point tomber dans 
l'oubli. 

Au xiv^ siècle, nous trouvons nommés comme ve- 
neurs excellents Huel des Ventes (2) qui servait dans 
la vénerie du roi Jean (3), ainsi que Guillaume du 
Pont, attaché au service du duc d'Anjou, et, après sa 



(1) Jlluslralions sur Chalcondi/le. 

(2) Ou de Vantes. 

(3) Sur ce veneur déjà cité plus haut, voir les Complex (le l'argen- 
Icric, Gaston Phœbus et du Fouilloux. 



illustres. 



— 385 — 

mort, de la duchesse Marie de Bretagne, sa veuve, 

Qui de cet art fut droit docteur 

et que Fontaines Guérin reconnaît pour son maître 
en l'art de chasser et de corner. 

Le xv^ siècle, ^ pauvre en traités de vénerie, ne 
nous a conservé le souvenir d'aucun des veneurs 
habiles qui se trouvaient indubitablement dans les 
équipages renommés du Roi Louis XI, de Charles VIII 
et de Madame de Beaujeu. 

Le veneur favori de François I" était Perot de Ru- 
thie, successivement esciiier d'escuerie, garde du parc 
et chastel de Sainte-Jame et des forêts et quatre étangs 
de Raiz, lieutenant de sa vénerie et gentilhomme de 
la chambre. Le portrait de ce personnage figure à côté 
de celui du Roi dans un manuscrit curieux que nous 
avons déjà mentionné (1). 



(1) Il est parlé de Perot de Ruthie dans une lettre du Roi au conné- 
table de Montmorency : « Je m'oblige à vous dire que nous avons 
failli le cerf et Perot s'en est fouy, qui ne s'est ouzé trouver devant 
moy. » 

Perot figure aussi plusieurs fois dans les comptes de dépense de 
François 1"=' : 

« Le 4 janvier 1528, à Perot de Ruthie, escuier d'escurie, 20 It. 10 s. 
baillés à ung homme de pied que ledit seigneur a envoyé devers 
mons.'' Duvigier luy mener une chienne pour mestre avec les autres 
qu'il a en garde. » (Comptes de François P', aux Archives.) 

Le 12 juillet 1531, « provision à Perot de Ruthie pour estre payé des 
gaiges et droictz qu'il a à cause de son office de garde du parc et 
chastel de Sainte-Jame, etc. » 

(La Renaissance, par le comte de Laborde, t. P', additions.) Pierre 
de Ruthie, familièrement appelé Perot, outre les charges énumérées 
ci-dessus, fut encore gouverneur de Soûle et capitaine des châteaux 
de Rayonne et de Saint-Germain-en-Laye. Son frère, Bernard de Ru- 
thie, fut fait grand aumônier de France en 1C52. (P.Anselme.) 

II. 25 



— 386 — 

Sous Henri II, Marconnay, lieutenant de la vénerie, 
est nommé avec éloges par le rédacteur des mémoires 
de Vieilleville et par du Fouilloux. Ce dernier, simple 
seigneur de paroisse, recueillait, en chassant dans les 
forets de la Gastine, les matériaux de son précieux 
ouvrage. 

Charles IX dédie son traité de la chasse du cerf au 
sieur du Mesnil, lieutenant de sa vénerie, dont il parle 
avec une affection toute filiale , confessant avoir 
appris de lui tout ce qu'il sait dans son art (1 ). 

Un autre veneur du Roi Charles, Gaillardbois (!2), 
retiré après la mort de son maître en Goèle, figure 
dans le poëme du Plaisir des champs comme un des 
principaux acteurs des scènes de vénerie qui y sont 
décrites, en compagnie du sieur de Moussy et de 
Claude Gauchet lui-même. 

Ces braves veneurs sont assistés dans leurs chasses 
par Thiénot, simple piqueur, qui, après avoir quelque- 
fois contenté Henri et Charles Rois par s'a bonne conduite, 
vivait alors dans une ferme appelée Saint-Laurens, 
et leur prêtait le secours de sa vieille expérience (3). 

Après tant de hauts personnages et de compagnons 
de guerre du Roi Henri IV, qui suivirent brillamment 
leur maître dans la carrière de la vénerie et dont il a 
déjà été parlé, après les veneurs de renom envoyés 
en Angleterre, inscrivons encore parmi les illustrations 
de ce règne Frontenac, lieutenant de vénerie, souvent 



(1) Le Livre du Roy Chorlrs, pulilié par M. II. Ghcvreul. 
{2) Gaillardbois est porte sur la liste des fjoililshommcs et ailles de la 
vemierie dès 1553. Voir aux Pièces justificatives, n" XIV, t. !«''. 
(3) Le plaisir des champs. 



— 387 — 
mentionné avec élogo dans la correspondance de 
Henri IV, et du Vivier, gentilhomme attaché à la môme 
vénerie, puis, en Normandie, pays toujours fertile en 
bons veneurs, le comte de Fiers, les sieurs de Fran- 
queville et des Bruyères (1). 

Maricourt, Salnove et Sélincourt nous ont conservé 
une longue liste des plus excellents veneurs du règne 
de Louis XIII et du commencement du règne suivant. 
Nous citerons parmi les plus fameux : les lieutenants 
de vénerie Desprez, de Beaumont et de Saint-Bavy (2), 
du Belley, lieutenant de l'équipage du loup, le sieur 
de Bourlon, trésorier de la vénerie et semant dans la 
chasse, le sous-lieutenant Carbignac, le plus habile 
homme delà vénerie royale (3). 

En 1651, dit Dumont de Bostaquet, « le marquis 
de Boniface, mon parent et voisin, lieutenant de vé- 
nerie, faisoit une grosse dépense et avoit une meute 
admirable; il avait une quantité de beaux chevaux, 
jusques à des barbes (4). » 

Bostaquet cite encore parmi les bons veneurs de sa 
province MM. de la Ramée et de la Houssaye. 

MM. de Saint-Martin , de Valois et de Fourches 
commandaient les équipages renommés du prince 
Thomas de Savoie, du duc de Vendôme et de M. de 
Metz (5). 



(1) Les plaisirs des champs. — Gauchet ajoute au nom do des 
Bruyères cette annotation : gentilhomme du boscage, bon veneur. 

(2) Tous trois fds des veneurs envoyés en Angleterre par Henri IV. 

(3) Voir Salnove et Sélincourt. 

(4) Mémoires inédits de Dumont de Bostaquet, gentilhomme normand, 
publiés parMM.Ch. Read et Fr. V^^iddington. Paris, 1864. 

(5) Salnove. — Sélincourt nomme encore Artonges, probablomonl ol- 



— 388 — 

Parmi les genlilsliommes de province, on trouve 
loués comme fort curieux de leurs meutes et veneursac- 
complis M. de Clère et M. de Saint-Cère (ou Sincère) (1), 
en Normandie ; MM. de la Louppe, dans le Perche ; 
messire René de Maricourt, demeurant au pays de 
Beauvoisis, auteur d'un bon traité de la chasse du 
lièvre et du chevreuil, composé en 1627; M. de Ga- 
maches, en Picardie (2), et, en Poitou, M. de l'Isle 
Rouet (3), dont les connaissances en vénerie, admises 
de tous et parlicuhèrement du Roi, servirent au siège 
de la Rochelle à laver le maréchal de Bassompierre 
d'une accusation de négUgence dans son service (4). 

Pendant la seconde moitié du règne de Louis XIV, 
nous avons à nommer le petit Bontemps, capitaine des 
chasses, à qui le Roi fit l'honneur de chasser avec ses 
chiens, Sacquespée de Sélincourt, chef de l'équipage 
de lièvres de Monseigneur, Gaffet de la BrifFardière 
et le célèbre M. de Popipou (5). 



ficier dans la vénerie du duc d'Angoulèmc. — Il convient d'ajouter à 
res noms celui de Salnove lui-même, lieutenant dans la grande louve- 
ferie de France. 

(1) Beau-frère de Maricourt. 

(2) Cousin de M. de Maricourt, cité aussi par Sélincourt, comme 
[•ossédant des chiens de lièvre remarquables. 

(3) M. de risle Rouet, appelé Vlsle le Roy par Salnove, était égale- 
ment parent de Maricourt. 

(4) Six vingts bœufs ayant été introduits dans la ville assiégée, le 
duc d'Angoulême dit au Roi qu'ils avaient passé par le quartier de 
Bassompierre. Celui-ci, grâce à l'assistance de l'Isle Rouet, que le 
Roi tenait pour bon chasseur et bon connaisseur, démontra que les 
bœufs avaient passé par les quartiers du duc lui-même et du maréchal 
(le Schomberg. {Mémoires de Bassompierre, t. III.) 

(5) Drécart, nommé dans la scène des Fâcheux, était sans doute 
aussi un veneur renommé, mais on ne sait rien de plus sur ce person- 
nage. 



— 389 — 

Leverrier de la Coiiterie, seigneur d'Amigny, à qui 
quarante-deux ans de pratique continue avaient 
fourni les éléments de son excellent livre, signale sous 
Louis XV, dans sa province de Normandie, comme 
modèles d'une sage conduite et de grande érudition^ le 
spirituel comte d'Olliançon (1), un marquis de Courcy, 
un comte de Fiers, digne descendant de celui qu'a 
chanté Claude Gaucliet, un marquis de Saint-Denys, 
le comte et le chevalier du Bourg, très-bons et habiles 
chasseurs, les seigneurs de Vouilly, de Bernay, de 
Pierrepont, de Menneville, Le Provôt du Perron, 
auxquels il faut ajouter MM. de Roncherolles et de 
Saint-Sauveur, restés célèbres dans les traditions du 
pays (2) et le marquis de Canisy. 

« Marchez sur les traces de ces grands maîtres, 
s'écrie Leverrier de la Conterie, suivez-les pas à pas, 
vous chasserez dans la crainte de Dieu, dans l'amour 
du souverain et dans le respect des lois. » 

Le seigneur d'Amigny regrettait déjà comme impos- 
sibles à remplacer les piqueux qui avaient secondé 
dans leurs campagnes cynégétiques ces illustres ve- 
neurs et quelques autres maîtres d'équipage de Nor- 
mandie (3). 



(1) Ou d'Oilliamson. — « Le comte d'OEilliançon, aussi spirituel et 
savant que grand et habile chasseur de cerf, » dit ailleurs La Conterie. 

(2) Nous parlerons ailleurs des fameux louvetiers normands de cette 
époque. Du reste, la plupart des veneurs nommés ici chassaient loup 
dans la perfection. 

(3) Guel au marquis de Saint-Denys, Raguene au marquis de î'au- 
doas, la Rivière au marquis de Courcy, Bertelet au comte de Fiers, la 
Retraite à M. de la Fresnais, Fleuri à M. Provôt, Saint-Jean au marquis 



— 390 — 

Par le nombre de veneurs excellents que possé- 
dait cette seule province, on peut juger de ce qu'était 
alors la France, comme pays de chasse à courre (1), et 
quelle liste interminable de glorieux disciples de 
Saint-Hubert on pourrait ajouter à celle des veneurs 
normands, si leurs compatriotes avaient pris soin de 
nous conserver leurs noms, comme l'a fait, pour les 
siens, M. de la Conterie (2). 

La Vénerie royale et celles des Princes possédaient 
aussi, à cette époque, des officiers dont le nom est 
resté célèbre, comme le marquis de Dampierre, com- 
mandant l'équipage du daim, le fameux Fournier 
d'Yauville, premier veneur, commandant la vénerie 
de Louis XIV, le marquis du Hallays, commandant 
celle du comte d'Artois, le chevalier Desgraviers, qui 



de Vassy, Lanchevin à M. deBernay, la Rose à M. Croman, Corbin au 
marquis de Canisy (L. de la Conterie). 

A ces illustrations du chenil, il convient de joindre Paul Piel, pi- 
queur de M. de Saint-Sauveur et ensuite du manjuis de Canisy. « Ex- 
cellent cavalier, piqueur consommé, adroit dans tous les exercices, 
d'une bravoure téméraire, sans aucune instruction, très-original, pé- 
tillant d'esprit, ce Paul Piel, doué de tous les avantages physiques, 
d'une force herculéenne, était un homme vraiment extraordinaire, pro- 
digieux. » C'est en ces termes que parle, du vaillant jiiqueur, M. Le- 
masson, qui l'a connu dans sa vieillesse. 

(1) Presau de Dompicrre dit cependant qu'il y a peu d'écpiipages en 
France et que les Anglais en possèdent vingt l'ois jilus, ce qui, propor- 
tion gardée, fait la dift'érenco de cent contre nu. {Traité de l'éducatioti 
dit cheval, 1788.) 

(2) M. le marquis de Fondras , dans une série d'articles charmants 
l)iibliés il y a (jnelques années par le Journal des chasseurs, a célé- 
bré les exi)loits du mai'quis de Bologne , du comte et du marquis de 
Fussey et du jiiqueur Denys dans les forêts de la Bourgogne ; 
MM. de Larye et de Boiscouteau sont restés illustres dans les tra- 
ditions tlu Poitou et d(! la Saintonge, M. de Tournon, le marquis 
d'Aulhume et le comte de Reculot dans celles de la Franche-Comté. 



— 391 — 

dirigeait les équipages du prince de Conti, et bien 
d'autres. 

Tels furent les hommes qui inscrivirent dans les 
fastes de la vénerie française ces chasses mémorables 
dont le renom est venu jusqu'à nous. 

Nous avons déjà cité ce cerf, porté bas sous les 
murs de Paris, après quatre jours de chasse, par le 
seigneur de Lamballe qui l'avait attaqué dans le comté 
du même nom, et le haut fait de M. de Popipou, pre- 
nant à dix heures du soir, dans les jardins de Ver-: 
sailles, le cerf lancé à sept heures du matin dans la 
forêt de Navarre près Évreux. 

En avril 1602, l'équipage de Henri IV laissa courre 
près de Herbault en Beauce (1) un cerf qui alla 
passer la Loire à Escures, poussa jusqu'auprès d'Am- 
boise et de la Bourdaisière et revint mourir non loin 
de Pontlevoy. Il ne passa par aucun relais et fut pris 
de meute à mort par douze ou quinze chiens. Force 
chevaux le fayèrent. Quatre ou cinq veneurs seule- 
ment, parmi lesquels Frontenac, assistaient à l'hal- 
lah (2). 

Vers la fin du règne de Louis XIII ou au commen- 
cement de celui de Louis XIV, le duc d'Angoulême 
attaqua, dans les bois de Nouvion en Ponthieu (3) 
un grand cerf portant vingt-deux mal semés (4). Au 
bout de sept heures de chasse, il fut forcé sur les 



(1) A 16 kil. de Blois. 

(T) Lettres missives de Henn IV, l. V. 

(3) A 13 kil. d'Abbeville. 

(4) Onze andouillers à l'une des perclies el dix k rautio. 



— 392 — 

limites du Boulonnais, après avoir parcouru dans 
tous les sens les forêts de Crécy et de Vron et traversé 
la rivière d'Aulhie. 

Le duc dit à Sélincourt, qui l'avait laissé courre 
lui-même, qu'il n'avait jamais vu « un cerf plus vi- 
goureux, une plus belle tête ni une plus grande 
course que celle-là. » 

Le même prince, ayant associé à son équipage les 
meutes excellentes de M. de Metz et du marquis de 
Souvré, donna la chasse à un cerf d'une vigueur ex- 
traordinaire, qui, lancé dans les bois de Montéty en 
Brie, fut couru pendant trois jours consécutifs par les 
trois meutes successivement découplées, et ne fut pris 
qu'après avoir fait plus de 60 lieues et mesuré tous les 
buissons et bois de la Brie. Il revenait tous les soirs au 
lancer et on le brisait la tête couverte pour l'attaquer 
le lendemain. Tous les vieux chasseurs dirent qu'il 
était sorcier. Quand on le prit, il était sec comme Au 
bois, mourant de faim plutôt que forcé (1). 

Vers la même époque, un gouverneur de Picardie, 
assisté de tous les seigneurs de la province, chasse le 
jour de la Saint-Hubert un cerf qui va se faire prendre 
dans les Pays-Bas (2). 

La vénerie du Boi Louis XIV prend dans la forêt 
de Jouy un cerf qu'elle avait laissé courre dans la 
forêt de Crécy en Brie (3). 

Les chiens du duc de Vendôme lancent, dans la 



(I) Sélincouil. 

(î) Ihulnu. 

(3) CallVl (le la Mril 



— 393 — 

forêt de Montricliard près d'Amboise, un cerf qui les 
couduil jusqu'à la foret de Grosbois en Berry (1). 

En 1748, MM. de RoncheroUes, gentilshommes 
normands, attaquent, dans la forêt de Yilledieu près 
Coutances, un grand sanglier qui leur tue ou blesse 
onze chiens, et qu'ils sont obligés d'abandonner le 
soir. Piqués de cet échec, ils couchent sur les lieux 
pour le relancer au point du jour. Le sanglier avait 
fait beaucoup de chemin pendant la nuit, les veneurs 
intrépides le suivent et vont encore coucher dans un 
endroit où ils espéraient le rejoindre le lendemain. 
Leur plan fut de nouveau déjoué, le sanglier allait 
toujours devant lui. Enfin ils réussirent à le 
prendre, le quatrième jour, à 28 ou 30 lieues du 
lancer. Ils se trouvaient à 2 lieues et 1/2 de Rennes, 
où les états de Bretagne étaient assemblés. Ne ju- 
geant pas à propos d'y paraître avec leurs cos- 
tumes de chasse qui devaient être assez mal en ordre, 
MM. de RoncheroUes firent lever la hure du sanglier 
et l'envoyèrent à M. de Viarmes, intendant de la pro- 
vince. M. de la Fare raconta au Roi qu'il avait mangé 
sa part de cette hure et qu'elle était d'une grosseur 
énorme (2). 

Il serait superflu de prolonger l'énumération de 
ces chasses si remarquables auxquelles il faut ajouter 
de merveilleuses chasses de loup dont nous parlerons 
dans un chapitre spécial. Nous devons toutefois men- 



(1) GalTet do la BrilTardièiv. 

(2) Mémoires du duc de Luvnes, l, IX. 



— 394 — 

lioiiner dès à présent celte fameuse chasse conduite 
par M. d'ileudicourt, dans laquelle un grand loup, 
poursuivi par l'équipage du grand Dauphin, le mena 
de Fontainebleau à la foret de Rennes, où l'hallali fut 
sonné le quatrième jour. 



CHÂPITKE II. 
Langage, us et coutumes de la vénerie. 



De même qu'elle avait ses lois rigoureusement i'or- 
mulées, la vénerie avait son idiome sacramentel, 
qu'un gentilhomme devait parler correctement, sous 
peine de se faire relever comme un mal appris (1). 
Cet idiome n'a presque pas varié depuis le xuf siècle, 
et l'on peut encore retrouver le français du moyen 
âge sous les formes plus ou moins bizarres et l'ortho- 
graphe fantasque dont les veneurs, race souvent peu 
lettrée, l'ont affublé pendant un si long espace de 
temps (2). 



(1) Là, ([Lielqu'un n'entendant les termes de la chasse 
Du cerf, jura, tac tac, après celuy qu'on chasse 
Toy, fasché de ce mot mal propre et mal duisant 
Tu luy dictP quelque mol ([ui l'alloit instruisant. 

(Claude Gauchet.) 

(2) « Tout a changé en France depuis le xiv siècle, seules la langue 



— 39G — 

Ce langage abondant, expressif, souvent pittoresque, 
a été adopté par tous les pays qui nous ont emprunté 
l'art de chasser à courre. On en retrouve les termes 
défigurés en Allemagne et même en Angleterre malgré 
les prétentions exclusives de l'orgueil britannique (1). 

Il a fourni aussi à notre façon de parler familière 
bon nombre de dictons et de phrases proverbiales, 
comme : « tomber » ou « rester en défaut, aller sur 
les brisées de quelqu'un, rompre les chiens, prendre 
le change, » etc. (2). 

Les anciens traités de vénerie nous ont conservé 
les formules de cet antique idiome avec toutes les 
nuances, un peu confondues aujourd'hui, de son voca- 
bulaire et de sa prononciation. « Aussi, dit Gaston 
Phœbus, l'on doit paroler en chasse diversement, 
selon les besles que l'on chasse car on ne parle mie 



et les règles de la vénerie sont restées immuables. » {Notes et docu- 
ments relatifs à Jean, Roi de France.) 

(1) Presque tous nos termes de vénerie les plus difTérents en appa- 
rence du langage habituel sont des mots de notre vieille langue, déli- 
gurés par l'orthographe et la prononciation. Donnons-en ([uelques 
exemples : 

Courre dans chasse à courre, laisser courre, est l'ancienne l'orme du 
verbe courir. 

Cor dans cerf dix cors, est une forme tombée en désuétude du mot 
rorne. 

Avaler la botte au limier, pour abaisser, etc. Id. 

Volcclet, quand on revoit des fuites du cerf de meute : vois le, ce l'est. 

Velcy aller, pour animer le limier ou les chiens de meute sur une 
voie. — Véez le cij aller. 

Vlau on velelau, lorsqu'on voit passer le sanglier par corps : Vùézle, 
hn ! 

Au conte. — Ho, ('-conte ! etc., etc. 

('2") Et encore, être aux abois, lever un liècre, prendre le contrc- 
pied de (jurlrju'un, rourir deux lièvres à ta fois. 



— 397 — 

ù ses chiens quant chassent le sangher ainsi comme 
on fait quant on cliasse \(i cerf. » 

En effet, les hautains et plaisants cris étaient dédiés 
pour la chasse de ce noble animal, et les bas, rudes et 
furieux pour la chasse du sanglier et du loup, « comme 
de crier : hou, vêles cy aller, haula, houla, et autres 
rudes langages (1). » 

L'art de huer, c'est-à-dire de parler aux chiens, était 
considéré comme une branche de la science aussi im- 
portante que l'art de corner, et les intonations de ces 
cris étaient fixées d'une manière mélodique. DuFouil- 
loux a même pris la peine, dans son livre, de noter 
musicalement ces cris et langages plaisants, comme fai- 
soyent les anciens. 

Une foule de coutumes singulières existaient de 
temps immémorial parmi les veneurs, qui les faisaient 
respecter rigoureusement. ^ v.'nerie 

Par exemple, les pages et valets de chiens qui gar- 
daient un relais avaient le droit de déshabiller et de 
fouetter les curieux malavisés qui venaient leur 
adresser des questions impertinentes. « Ce sont les 
vieilles usances de la chasse, » dit Enay au baron de 
Fœneste qui se plaint d'avoir été fustigé en diable par 
les pages de la Vénerie, à Saint-Germain. « Vous qui 
aimez les anciennes cérémonies, ajoute en manière 
de consolation l'impitoyable railleur, ne devez pas 
resprouver cela. » 

Cette façon tant soit peu brutale d'enseigner la dis- 



(I) DuFouilloux. 



Us 

et coutumes 

(le la 



— 398 — 

crétion aux ignorants s'appelait donner le relais (1). 

Lorsque les veneurs se disposaient à frapper aux 
brisées pour laisser courre, l'usage voulait que le com- 
mandant de la Vénerie ou le premier piqueur offrît 
au maître et aux personnages de distinction présents 
des bâtons de coudre ou de châtaignier, anciennement 
nommés estortoires ou destortoires . Ces bâtons devaient 
être pelés jusqu'à la poignée exclusivement quand les 
cerfs ont touché au bois, et restaient couverts de leur 
écorce aussitôt qu'ils ont mis bas (2). Cette cérémonie 
était considérée comme des plus importantes dans les 
chasses royales (3). Elle fut en usage jusqu'au 
xvnf siècle. Serré de Rieux (1734) dit que de son 
temps le manche du fouet remplace le destortoire 
pour écarter les branches. 

C'étaient surtout les honneurs du pied et la curée 
qui étaient accompagnés de formes traditionnelles, 
bizarres et parfois ridicules. 

L'usage de présenter le pied au maître d'équipage, 
ou à quelqu'un des assistants désigné par lui, est fort 



(1) Tallcmant des Réaux, dans VllislorieUe du comte de Montsoreau, 
fils du grand veneur de Henri III, raconte que ce seigneur, d'humeur 
forttyrannique, voulut un jour faire donner le relais à des marchands 
de toile qui traversaient ses bois un jour de chasse. Au même moment 
paraissent deux vieilles faiisses-saimières (femmes faisant la contre- 
bande du sel). Montsoreau leur fait ôter leur sel et propose aux mar- 
chands de commuer la peine du fouet en une autre peine que le cy- 
nique Tallemant peut seul exprimer en toutes lettres. Après s'être 
amusé de la frayeur de tous ces pauvres gens, il finit par les laisser 
aller. 

(2) Le deslorloire est mentionné dans le DU de la chasse dou serf et 
Vestorloire dans le roman de Trislan. Phœbus on parle sous le nom 
(Veslorlouère. Fontaines Guérin dit rstovrloirr. 

(3) Voir Dangeau et Saint-Simon. 



— 399 — 

ancien. Il en est parlé dans la Chasse du grand sénéchal 
et dans du Fouillonx (1). 

Au xvnf siècle, il n'était que toléré chez les gen- 
tilshommes. « Chez ce qui s'appelle seigneurs, dit Le- 
verrier de laConlerie, payant à leurs piqueux de très- 
gros gages, on ne donne jamais le pied, parce qu'ils 
ne veulent pas qu'il en coûte rien à ceux qui parta- 
gent leurs plaisirs; le premier piqueux cependant ne 
le lève pas moins pour le porter au commandant, qui 
le présente au prince qu'il a l'honneur de servir. » 

Le même auteur dépeint assez plaisamment le pi- 
queux d'un bon gentilhomme normand sonnant l'hal- 
lali du lièvre, puis tirant son chapeau de la main 
gauche, et de la main droite qui tient sa trompe pré- 
sentant le pied, et aussitôt sonnant fanfare, l'œil de 
côté, pour voir venir la pièce. 

La curée se faisait toujours avec grande solennité. 
Le Roi ou le maître d'équipage y présidait en sonnant 
de la trompe ainsi que tous les assistants, mais tous 
devaient ôler leurs gants, sous peine de les voir con- 
fisquer par les valets de chiens (%. 

Le sceptique Erasme, qui ne respectait rien, s'est 
permis, dans son Éloge de la folie, de railler l'impor- 
tance excessive qu'on attachait à ces cérémonies. 

« Lorsqu'ils ont forcé leur animal, dit-il, quel 



(I) Quant nous eûmes assez corné 

Madame le pied demanda 
Pour ce que l'avois détourné 
A lever me le commanda. 

{Chasse du grand seneschal.) 

(■2) Salnove. 



— 400 — 

étrange plaisir ils prennent à le dépecer; les vaches et 
les moutons peuvent être mis en quartiers par un 
boucher vulgaire ; mais ce qui a été tué à la chasse 
ne peut être défait que par un gentilhomme qui jettera 
à terre son chapeau, tombera dévotement sur ses ge- 
noux et tirant un couteau spécial (car un couteau 
ordinaire n'est pas assez noble), après force cérémo- 
nies, disséquera toutes les parties de la bête, aussi 
artisteraent que le plus habile anatomiste, tandis que 
tous les assistants le regarderont attentivement, comme 
ravis en admiration par la nouveauté d'un spectacle 
qu'ils ont déjà vu une centaine de fois, et celui qui 
pourra tremper son doigt dans le sang et le porter à 
sa bouche, on croira son état singulièrement amé- 
lioré (1). » 

C'était naturellement dans les chasses royales que 
le rituel de la vénerie était le plus ponctuellement 
suivi. Il s'y compliquait encore des lois d'une minu- 
tieuse étiquette. Le cérémonial du botter et du dé- 
botter (2), du laisser courre et de la curée, la présen- 
tation des frayoirs, des bâtons de chasse, des 
houssines, le rapport et les honneurs du pied (3) sont 
astreints à des règles dont la plus légère violation 
donne lieu à des discussions interminables, enregis- 



(1) MnrUc cncomnim, Erasmi dedamalio, Argcnlorali, 1511. 

(2) Sur le débolîer du Roi, voir les Mémoires de M"" Campan. 

(3) » Quand le Roi monte à cheval à la chasse, le premier valet de 
pied tient l'étrier ; au relais, ce sont les écuyoïp et les jiap-es. » Mé- 
moires du duc de Luynes. 



— loi — 

trées avec soin par les Dangcau, les Saint-Simon et 
les Luynes (1). 

Au bon vieux temps, on n'y regardait pas de si près, 
mais il était un point sur l'omission duquel nos 
aïeux n'eussent pas entendu facilement raillerie, 
c'était celui du déjeuner qui se faisait au lieu de 
l'assemblée, en attendant le rapport des valets de li- 
miers. Le Roy Modus et Gaston Phœbus parlent déjà 
de ce joyeux repas, où sur des touailles (2) et nappes 
on servait viandes diverses et de grand foison, selon le 
pouvoir du seigneur de la chasse, où l'un mangeait 
assis, l'autre sur pieds, un autre accoudé, où chacun 
buvait, riait, jangloit et hourdoit de son mieux en tout 
esbattement et liesse. 

Du Fouilloux, tout en blâmant les veneurs de son 
temps de prendre plus de plaisir aux bouteilles qu'à 
leur métier, célèbre sur un ton plein d'enthousiasme 
les coutrets, harraux et flacons, pleins de bon vin d'Ar- 
bois, de Beaune, de Chalosse et de Grave que le som- 
melier doit apporter sur trois chevaux de bât et qu'il 
fait rafraîchir avec du camphre, à défaut d'une source 
voisine. Il n'a garde d'oublier le cuisinier qui vient 
chargé de bons hanioisde gueule, jambons de Mayence, 
langues de bœuf fumées, groins et oreilles de pour- 
ceaux, pièces de bœuf de saison, carbonnades, pâtés, 
longes de veau froides couvertes de poudre blanche. 



{[) Voir, outre leurs mémoires, les Etats de la France des règnes 
de Louis XIV et de Louis XV. 
('2) Toiles, serviettes. 

II. 2G 



— -102 — 
il autres me7ius suffragea pour remplir le boudin (1). 

Le Roi et les seigneurs étendent leurs manteaux sur 
l'herbe et se couchent de côté dessus, buvant, man- 
geant, riant et faisant grand'chère. Mais les contem- 
porains de du Fouilloux ne se bornent pas ;\ janvier 
et à bourder, et les sujets de conversation par trop sca- 
breux que leur indique le veneur Poitevin nous font 
voir à quel point en était arrivé le décolleté du langage. 

Ces façons gaillardes et familières ne pouvaient 
convenir au mélancolique Louis XIII ni au solennel 
Louis XIV, et de leur temps le déjeuner sur l'herbe 
a cessé de faire partie obligée du programme des 
chasses à courre. Les simples gentilshommes avaient 
suivi l'exemple des princes, et l'on qualifiait de faux 
chasseurs ceux qui ne venaient au rendez-vous que 
pour manger comme cinquante et parler comme cent (2). 

Aussi le veneur des Fâcheux a-t-il soin de dire 
qu'après avoir disposé ses relais il déjeunait en hâte 
avec quelques œufs frais. 

Lorsqu'il arrivait ù un valet de limier de faire 
buisson creux, il ne manquait pas de prétendre qu'il 
avait rencontré un prélre ou un moine. Celte supersti- 
tion impertinente, qui remonte au moins au xiv^ siècle, 



(1) On trouve, dans les comptes de François T^", do nombreux articles 
relatifs à ses haltes de chasse, comme fIosco)is dr la chasse en argent, 
rstuys (le cuyr de vache doublez de cuiir blanc pour ces flacons, es- 
liiy de maroqxdn double gariv/ de passons el cotirroyes, pour la 
couppe que le Roi fait i)orter à la chasse, salière de chasse, gaisne 
garnie de six couteaux à manches d'acier pour les collations et parler 
à la chasse, ferrière d'argent couverte de velours noir, sacs de cuir 
iilanc jiour porter le pain, etc. (Voii- les Pièces jusliticalives du t. I'^) 

(2) Leverrier de là Conterie. 



— 403 — 
est vivement combattue par Salnove ainsi que celle qui 
voulait qu'une rihamh fut de trh - bonne eiicontre [\). 
Croire qu'un prêtre vous porte malheur, c'est s'ex- 
poser à murmurer contre une personne envers laquelle 
Dieu vous commande le respect, et au regard de la 
femme, à en faire un jugement téméraire et scandaleux, 
en la supposant fille de joie si vous réussissez dans 
votre quête (2). La rencontre d'un lièvre, d'une perdrix 
ou autre bête couarde était aussi de mauvais augure. 



(1) Gace de la Buignc. 

(2) Salnove s'en prend à du Fouilloux, dans lequel nous ne trouvons 
rien de semblable. 



IHVPITRE m. 
Équipages de vénerie, meutes (1) et personnel 



Il fallait un long apprentissage pour acquérir la 
science compliquée de la vieille vénerie; aussi, du 
temps de Gaston Phœbus, l'aspirant veneur commen- 
çait son éducation dès l'âge de sept ans en qualité de 
page de chiens. Il devenait ensuite valet de chiens, puis 
aide de vénerie, avec deux chevaux à son rang, enfin 
veneur en pied (2). 

On trouve ces divers degrés de hiérarchie cynégé- 



(1) L(? mot meule ou mule, comme on disait autrefois, vient du verbe 
mouvoir, et exprimait un groupe de cliiens mis en mouvement, moli. — 
Mule de vingt chiens. — On lit dans le Roy Modus : « la première chose 
est de sçavoir si le cerf est en bonne mule. » 

(2) On trouve souvent des ^racoHnïVrs mentionnés parmi les hommes 
de vénerie dans les documents du moyen âge. Ces braconniers étaient 
chargés de la garde des brachets et ne paraissaient qu'accidentelle- 
ment dans les grandes chasses à courre. Ils étaient d'ordinaire à pied. 
Ceux du duc d'Orléans en 1396 étaient montés sur des rouci?is. {Ducs 
dVrIèans.) — Nous devons dire toutefois que le mot de braconniers 
est souvent pris d'une manière générique, pour signifier un valet de 
chiens, un homme de vénerie. 



— 105 — 
li(iue établis bien avant IMio^bus dans les véneries des 
Kois de France et des grands l'eudataires. Senlement, 
aux pages viennent se joindre, dès le règne du Roi Jean , 
des écuycrs du déduit. 

Au XVI* siècle, le personnel de la vénerie royale, de- 
venue infiniment plus considérable, se compose de 
lieutenants, gentilshommes, aides, valets de limiers, 
valets de chiens h cheval et à pied (1). 

On comprenait sous le nom de piqueitrs tous ceux 
qui suivaient les chiens à cheval et les appuyaient. 

Sous le règne de Charles IX eut lieu une modifica- 
tion importante dans les attributions des hommes de 
vénerie. 

Précédemment, on distinguait deux classes de ve- 
neurs, les congnoisseurs, qui faisaient le bois et détour- 
naient les animaux, et les picqueurs, qui ne faisaient 
qu'appuyer les chiens. Quand survenait un défaut ou 
un change, ces derniers devaient arrêter les chiens et 
attendre les congnoisseurs, qui venaient remettre les 
chiens dans la voie. Cet usage, qui faisait perdre un 
temps considérable, fut aboli, et les veneurs durent 
être à la fois piqueurs et connaisseurs (2). 

Le titre de piqueurs, qui depuis le xvi^ siècle fut le 
seul attribué aux yeneurs des seigneurs particuliers, ne 



(1) Les surnoms significatifs donnés aux hommes de vénerie remon- 
tent au moins au xiv^ siècle. Dans les comptes de la vénerie de Char- 
les VI, nous trouvons Jehan Guriwprisc, valet de chiens, et Jehannin 
Hue-lièvre, page des lévriers. Roinnus Gorneprise figure parmi les ar- 
chers de la vénerie de Philiiipe le Bel, dès 1287. (Voir les Pièces jusli- 
licatives, t. P'.) 

('2) La Citasse roi/alc. 



— iOG — 

l'ut porté officiellement ilans la vénerie royale qu'à la 
fin du règne de Louis \1V (1). 

Les équipages de vénerie étaient fort peu considé- 
rables aux premiers temps de notre histoire. Aux 
dernières années du xiii'' siècle, le Roi de France 
Ini-môme n'avait que 12 chiens courants avec *i ve- 
neurs et 6 valets (2). 

Ce chiffre de 12 chiens était, à cette époque, le mi- 
nimum d'une meute (3). Sous le Roi Jean les meutes 
ont pris des proportions plus respectables; il faut 40 
ou 50 chiens pour mériter ce titre. Les gentilshommes 
qui ne possédaient que 4 ou 5 chiens courants s'asso- 
ciaient avec leurs voisins et amis pour former un 
équipage comme on le fait souvent aujourd'hui. 
Charles VI et son frère le duc d'Orléans avaient des 
meutes de plus de 100 chiens à la Qn du xiv*^ siècle. 
Une trentaine d'années après, celle du duc de Bour- 
gogne, Philippe le Bon, n'était que de 50 chiens cou- 
rants et 5 limiers (4). 

Depuislerègnede Henri IVjusqu'àceluide Louis XV, 
la principale meute de l'équipage royal, celle du cerf. 



(1) Lcvei'rier de la Conterio, ilaiis son liiiii;ago original, a tracé d' 
main de maître quelques vives caricatures des veneurs de son tenqjs. 
Les uns, charlatans de vénciic, que rien ne semble cai)al)lc d'arrêter 
et qui, dès que le cerf est lancé, se rcmhvclinil au pied d'un baliveau 
l>ourncle quitter qu'en entendant sonner l'hallali, les autres, farauls 
bien galonnés, chargés de poudre et de )nusc (\u\ arrivent au rendez- 
vous en cabriolet et vont frapper à la brisée en faisant des sauts d'' 
mouton. 

(î) Pièces JusLilicatives, t. P'. 

(3) " Mute de chiens est quand il y a douze chiens courants et uuf; 
lunier, et si moins en y a. elle nVst pas iliclc mute, et si idus en y a 
mieux vault. « {Le liog Modus.) 

(■'0 Voyez ci-dessus, I 1" 



— 407 — 

fui hahiliicllemeiil de 70 chiens (1). Les meutes <lu 
chevreuil, du sanglier, du loup et du lièvre étaient 
beaucoup moins nombreuses (2). 

Sous Louis XVI, la grande meute du cerf, seule 
conservée, était de 125 chiens courants et de 25 li- 
miers (3). 

Les princes du sang royal avaient des meutes très- 
considérables. Celle du duc d'Orléans, en 1756, était 
de 103 chiens, divisés en 52 de meute, 20 de vieille 
meute, 20 de seconde, 1 1 limiers (4). 

Le prince de Condé avait, en 1772, une meute de 
cerf de 12i chiens, et 02 chiens à la meute du daim (5). 
Le comte d'Eu, en 1769, comptait dans ses chenils 
125 chiens dont 93 pour le cerf et 32 pour le sanglier. 

Ce dernier prince avait 114 chevaux de selle et de 
chasse, 7 officiers de vénerie, 3 piqueurs et 2 valets 
de chiens à cheval (6). 

Le prince de Condé possédait 125 chevaux de selle, 
dont 34 de vénerie. Son équipage de cerf avait 
7 hommes, tant piqueurs que valets de limier et valets 
de chiens, et son équipage de daim 6 hommes de vé- 
nerie. 



(1) Sauf sur la fin du règne de Louis XIV, où elle était de cent chiens, 
non compris la meule de Marly. 

(2) Pièces justificatives, t. 1°'. Il faut remarquer qu'il y avait presque 
toujours une seconde meute de-cerf, aussi nombreuse que la première. 

(3) D'Yauville. 

(4) Pièces justificatives à la fin de ce volume. 

(5) Voir aux Pièces justificatives l'état détaillé des équipages de la 
maison de Coudé, personnel, meutes et écurie en 1772. 

(G) Pièces justificatives. Lisle générale et perpéluelle des chevaux cl 
des chiens qui composent Véquipagc de S. A. S. Mgr. le comte d'Eu, 
par le chevalier de Boucher. 



— 408 — 

Il est facile de comprendre que le personnel des 
équipages s'élaitaccru proporlionnellementau nombre 
des chiens. Il en fut de même de celui des chevaux. 

Les progrès furent très-grands dans la vénerie royale 
comme ailleurs. 

Il y a loin, en effet, des 9 hommes et des 24 che- 
vaux qu'entretenait Philippe le Bel aux 357 chevaux 
que comptaient sous Louis XV les seuls équipages du 
cerf et du daim (1), aux 56 officiers et 31 valets de 
chiens et piqueurs qui figurent sur les états de la 
grande vénerie , sans compter ceux attachés aux 
équipages du daim, du chevreuil, du lièvre, au vau- 
trait, à la louveterie (2). 

Du temps de Louis XIV, l'équipage de vénerie d'un 
Heigneur particulier qui pouvait chasser le cerf devait 
se composer de 50 à 60 chiens avec 2 piqueurs, 
4 valets de chiens, 2 valets de limier et 1 petit valet 
couchant au chenil. Ces grandes meutes chassaient 
souvent tous les animaux. 

Gaffet de la Briffardière le dit notamment de celle 
du duc de A^erncuil, une des plus belles du règne de 
Louis XIV. 

Le comte de Toulouse possédait une meute dite des 
sans-qiiarlicrs parce qu'ils couraient tout ce qu'on lan- 



(1) Voir aux noies l'cLat complet des écurie;; de chasse de Louis XV, 
en 1752; ainsi ([ue celui des écuries du ])rince de Condé et du comte 
d'Eu, aux Pièces justilicalives. 

(1) Louis XVI, (|ui aviiil lail de piaudr> rélcM'iin'h dan> ses éiiuipaj^ïes, 
iic |iossédai( jdus (|U(' 'lO clii'vaux ili' chasse en 1777. 



— ion — 
rail devant eux, corl", daim, clievreuil, sanglier, loup, 
renard (1). 

Nous donnerons plus loin des détails sur la eompo- 
silion des équipages pour chevreuil, sanglier, loup el 
lièvre, en conslalanl seulement qu'au dire de Savary 
une meute de lièvre, pour mériter ce nom, doit se 
composer de 20 chiens au moins [È). 



(1) Voir Dangeau. — Ce 10 juillet 1700, le Roi courut le chevreuil 
avec les chiens de M. le comte de Toulouse, et, dès que le chevreuil fut 
pris, il fit attaquer un daim par les mêmes chiens et le prit aussi, 
t. \II. — Un haut fait du même genre, accompli par l'équipage de 
Chantilly, qui prit en 1863 un cerf et un chevreuil le même jour, ex- 
cita l'admiration universelle. 

(-) Viginlique niinor numcnts, non turina vocclur. 

{Alb. Dian. lepor., lib. 11.) 



CHAPITRE IV. 

Armes, ustensiles et costumes de vénerie. 



§ 1. ARMES. 



La chasse à courre exige des armes, des ustensiles 
el des costumes spéciaux. 

Nous ne parlerons pas ici de l'arc et de l'arbalète, 
non plus que des armes à feu, l'emploi n'en ayant été 
que tout à fait accidentel, lorsque les efforts suprêmes 
de la bete aux abois mettaient en danger les chasseurs 
ou la meute. 

Les armes que portaient les anciens veneurs étaient 
des armes d'hast, épieux et dards, et des armes de 
main, épées et couteaux de chasse. 
Da.iis Le dard, arme favorite des chasseurs de l'antiquité, 

restée nationale au moyen âge chez les peuples de la 
péninsule ibérique (1), n'était guère connu en France 



(1) El Ical cnnsclhcru, Irailù composti au \v S., par Dom Duarle, 
Roi (le Portugal, dounc li's iirôceiite? de l'arl de laucor à la chasse le 
dard ou javelot, {('liasse l'i raiirrr, par M. .1. Lavallée. — Manuscrils 
français de la Bibl. lini/alc. ]iarM. P. Paris, t. UI.) 



— îll — 
que pour la chasse du sanglier dans les toiles. Au 
\ m*'' siècle, le dard qui servait à cet usage portait en 
langue d'oc le nom de dard porcarissal (I). 

Au moyen âge, on connaissait deux sortes d'épieux. 'i"""^' 
Celui qu'on maniait à cheval [espié on espiet en lan- 
gage du temps) était monté comme une lance de 
guerre. Son fer était long et tranchant (2), et garni 
d'une croix ou traverse de métal qui l'empêchait de 
s'engager trop dans le corps de l'animal frappé. Le 
veneur tenait cet épieu en arrêt sous l'aisselle, comme 
une lance de joute, ou le prenait par le milieu de la 
hampe pour le paumoyer, comme fait de son arme un 
de nos lanciers modernes (.3). Quelquefois, il le lançait 
comme un javelot. Cette sorte d'épieux cesse d'être 
usitée à partir du commencement du xv" siècle. 

L'épieu dont on se servit à pied jusqu'au xvn® siè- 
cle [A] était beaucoup plus fort et plus pesant que 



(1) On conserve à l'Armer ta Real de Madrid quelques-uns de ces 
dards à large fer, empennés et garnis d'une traverse. 

(2) Espiez tranchants qui sont à ressoigner. 

{Roman d'Aubcry le Bourçioing.) 

Entre ses mains tint lidus son espié 
Dont l'alemelle (lame) avait bien demi pié. 
{Garin le Loherain.) 

u 11 doit avoir son espieu croysié bien agu et bien taillant et bonne 
hante (hamije") et forte. » (Gaston Phœbus.) 

(3) Bègues i vint paumoiant son espié. 

(Garin le Loherain.) 

Pauiiiiii/ir un ('[nvii ou une lance, c'est le brandir en le tenant par 
le milieu. Sur le maniement deléiiieu des deux manières énoncées ici, 
voir Gaston Pha-bus. 

(4) Et jusqu'au xvnf eu Allemagne Voir lieuN re di' Ridinger. — Sui' 
ri''ineu du xvn" siècde. voir Lignivillo, t'hassi' du saiifiUcr. Ms. 



(le chasse. 



— Î12 — 

celui dont nous venons de parler. Son fer, large et 
épais, en forme de feuille de sauge, portail une tra- 
verse en métal ou en corne de cerf fixée avec une vis 
ou suspendue avec une courroie à sa douille (1). Il 
était emmanché d'une robuste hampe de bois dur 
qu'on choisissait couvert de nœuds pour que la main 
du veneur pût le tenir plus ferme. Très-souvent des 
courroies de cuir, croisées tout le long de la hampe et 
maintenues à leur point d'intersection par des clous 
à tête saillante et arrondie, remplissaient le même 
office que les nœuds du bois (2). On maniait cet épieu 
à deux mains, comme une pique d'infanterie ou un 
fusil à baïonnette de nos jours. 
K|,écs L'épée, que tout veneur portait à son flanc gauche 

en poursuivant les grands animaux, ne difl'érait guère 
de l'épée de combat (3). Sous Louis XÏII, elle était 
médiocrement courte, à lame roide, aiguë et tran- 
chante, à garde simple et légère. On l'attachait h un 
ceinturon, et non à un baudrier (4). 



(1) On conserve au musée de Chartres un épieu du xvi' siècle, pro- 
venant du château d'Anet. La traverse est en corne de cerf sculptée 
et la hampe en bois noueux, renforcé de courroies et de clous de 
distance en distance; le fer, large et tranchant, était habituellement 
renfermé dans un étui en cuir. 

(2) Voir les épieux représentés dans les ligures du Thcucnlank et 
de du Fouilloux, ceux des tableaux de Sneyders ot de Rubens, etc. 
J'ai en ma possession un de ces épieux allemands, à hampe garnie de 
courroies et de clous. 

(3) Dans l'inventaire des etfets moliilicrs ilu chanoine .li\in de Saf- 
fres (13(35) ligure une épée à chasser, de laluicpie bohéuiienne, évaluée 
15 gros. 

Il A Frémyn Guillon pour avoir faict un fourreau de cuyr jaune 
lissé pour une espée dorée à porter à la chasse, 30 s. l. » (('omptes de 
Charles 1^, Archives riir. ilc l'/iisl. ih l-'nnnr. i, Vlll.) 

Cl) Maricourt, — Lignivilh'. 



(Je fhapse, 



— 413 — 

Pour la chasse du sanglier, on se servait d'tî.siors ou 
longues épées, dont la lame n'avait de tranchant que 
vers la pointe (l). Du temps de Gaston Phœbus, ces 
estocs avaient 4 pieds de longueur. Quelquefois on 
les lançait comme un dard (^). 

Dans divers monuments anciens, entre autres dans 
les tapisseries de Guise, on voit de ces longues épées 
dont la lame très-longue et étroite se termine en forme 
de fer d'épieu ou de feuille de sauge. Parfois, au-des- 
sous de cette partie élargie du fer, se trouve une tra- . 
verse en croix, comme celle des épieux (3). 

Le couteau de chasse succède à l'épée vers le milieu couteau 
du xvn' siècle; il dift'ère peu de celui dont nous nous 
servons aujourd'hui. Quelquefois la lame est légère- 
ment courbée. Sous Louis XIV, la poignée est ordi- 
nairement garnie d'une branche et d'une petite co- 
quille. Un couteau de table et une fourchette sont 
adaptés au même fourreau (4). 

§ 2. INSTRUMENTS ET USTENSILES. 

Outre l'épée, les anciens veneurs portaient avec 
eux divers instruments tranchants qui leur servaient 
à couper du bois, à faire curée, etc. 



(1) Gaston Phœbus.— MaricoiirL. 

(2) Gaston Phœbus. — Le Roy Modus. — Ce dernier donne on ce 
cas à l'estoc le nom (ïesjoée àjecter. 

(3) Skellon's ancient arms. — Gravures de Jost Amman. 

(4) Pour en finir avec les armes de vénerie, il faut dire quelques mots 
de ces armes de main, épées, couteaux de chasse et même épieux, 
auxquelles on adaptait des pistolets à rouet ou à pierre. Il s'en trouve 
dans toutes les collections d'armes, notamment au Musée d'artillerie. 



— 414 — 
iiansnri. Au xiii' siè'clo, 011 noiTimait hansdvt t'I écorchoir 
[escorchéor) des couloaux j\ large lame, destinés à 
défaire et à dépouiller les animaux abattus. Le veneur 
les faisait porter à sa suite par un valel, ou les atta- 
chait à l'arçon de sa selle (1). Il avait, en outre, à sa 
ceinture un petit couteau appelé canivet et divers 
menus ustensiles (2). 
Trousses Plus tard, ces divers instruments furent réunis avec 
e voneno. (jgg çjggjjyx, aigulllcs, poinçons, etc., dans une gaine 
ou trousse dont la pièce principale était une sorte de 
couperet, appelé hache de vénerie (3). Cette trousse 
se nommait, au xiv" siècle, coustel à deffaire ou coustcl à 
clau [A). Elle était souvent richement ornée (5). Le 
veneur la suspendait à son ceinturon du côté droit. 

Les veneurs du Roi portaient encore cet ustensile à 
la chasse du temps de François P', et les Allemands, 
qui lui donnaient le nom de Wcydmesser , ne l'ont 
guère abandonne qu'à la fin du xvm® siècle (6). 



(l) Sun arc li portoit un valiez 

Sun hansart et sun bercerez. 

(Marie de France, loi de Lairval.) 

('2) Parlonopcus de lUois. 

(3) (Vêtaient ces haches que les Rois ilonnaient à leurs veneurs avec 
les hciizcs et la livrée. 

(i) Gaston Phœbus. 

(5) <t Une hache néellée à dellaire cerfs et j.,'rosses bestcs ou jiris de 
V sols. " Inventaire de la comtesse Mahault (1310) cité yàv M. de La- 
bord e. 

Il Uns cousteaux à clau, à porter en bois, c'est à sçavoir un grand, 
un jietit, un poinson avec les forcettcs qui sont d'argent et est la gayne 
à <|Uoy elles pendent d'argent. » luv. du Roi Charles Y, ihid 

(G) Fleming. 



— 415 — 

§ 3. TROMPES ET CORS DE CHASSE. 

De tous les accessoires employés dans la vénerie, 
les plus importants et les plus essentiels sont les cors 
ou trompes de chasse. 

Les auteurs cynégétiques de l'antiquité ne font 
aucune mention de cors ou autres instruments de mu- 
sique usités à la chasse. Il est donc fort douteux que 
les chasseurs grecs, romains et gaulois en aient connu 
l'usage, quoiqu'ils eussent l'habitude de se servir, à 
la guerre, de cornes d'urus et de trompes de métal 
recourbées (1). 

Les Francs et les autres Germains connurent de 
bonne heure l'emploi du cor à la chasse. Il a déjà été 
parlé de celui du Roi Gontran et du cor recourbé que 
Clotaire II sonnait à pleines joues et à perdre haleine, 
pour appuyer ses chiens (2), ainsi que des trompes et 
des cors au son desquels fuyait comme un cerf le 
jeune Clovis (3). On conserve encore, au trésor de la 
cathédrale d'Aix-la-Chapelle, le cor d'ivoire de Char- 
lemagne. 

Les cors de chasse jouent un certain rôle dans notre 
histoire. Il n'est pas besoin de rappeler ici ce fameux 
oliphant que sonnait Roland à l'agonie dans les gorges 



(1) On trouve seulement dans Oppien une trompe d'airain employée 
dans une battue aux ours. Une statue d'Endymion au Musée Capitolin, 
lient dans la main un petit cornet de chasse, mais c'est probablement 
une restauration moderne. 

(2) « Twic cornu curvo , plenis buccis anheliter, lairalus canum 
acnil. » Vit. S. Farnn., ap. Montalembert, Moines iVOccidenl, t. II. 

(3) Voir ci-dessus. 



— 116 — 

de Ronccvaux; il fait partie du monde fantaslique des 
légendes et n'était pas d'ailleurs un cor de chasse, 
mais de combat (I). Mais a notre sujet appartient le 
cor d'ivoire que Guillaume le Conquérant portait sus- 
pendu sur son dos, et qu'il légua par testament à 
V Abbaye aux hommes de Caen, avec sa couronne, son 
sceptre et autres objets de prix (2). 

Gaston Phœbus et Hardouin de Fontaines-Guérin 
ont pris grand soin de conserver à la postérité les 
noms des plus célèbres sonneurs de trompe de leur 
temps, parmi lesquels figurent un duc d'Orléans, un 
comte de Vendôme, un sire de Bueil, un sire de Mont- 
morency (3). 



(1) Lorsque Charlemagne entend à 30 lieues de distance le son 
du cor de Roland, il veut aller à son secours, mais le traître Ganelon 
l'en détourne en lui disant que son neveu chasse sans doute dans la 
montagne. 

(I Pour un seul lièvre va toute jour cornant. » 
{Chanson de Roland.) 

(2) Ducarel, Anglo-Norman anliquilies. 

(3) Premier au conte de Yendosme 

Et puys à monseigneur d'Anboysc... 
Et à monseigneur de la Suze 
Et de Buel qui pas ni muse. 
En monseigneur du Bois, son frère... 
En monseigneur de Malatret 
Qui de corner bien se déporte. 
De très bon vouloir m'en raporte 
Ou seigneur des Roches ausi 
En monseigneur de Lendevy 
Avec monseigneur de Tusse 
Monseigneur Jehan de Brésé... 
Et pour ce m'en raporte à ceulx 
Avant només, car sentement 
Ont, et droit vray entendement 
De bien corner, et bien entendre 
Quant on corne bien, sans mesiir^ndre. 
{Trésor de Vancrie.) 



— 117 — 

La mort de Charles IX. l'ut attribuée par beaucoup 
de ses contemporains à sa passion pour la trompe. 
Louis XIII, qui se piquait d'exceller dans l'art de son- 
ner de cet instrument et qui prétendait en pouvoir 
donner toute une journée sans en être incommodé, 
niait que ce fût la véritable cause de la fin préma- 
turée de ce Roi (1). 

La discrétion avec laquelle le page Saint-Simon 
usait du cor de son maître passait pour avoir été une 
des premières causes de sa faveur (2). 

Louis XV est souvent représenté sonnant d'une 
grande trompe à la Dampierre. On lui a attribué la 
composition de quelques fanfares (3). 

Les nobles chasseresses du moyen âge ne crai- 
gnaient pas d'exercer leur talent et leur souffle sur 
cet instrument, quelque peu gracieux qu'il soit. Ma- 
dame de Beaujeu savait fort bien en sonner. 

« A sa belle bouche elle a mise 

Sa trompe, dont moult bien s'aydoit, » 

dit le grand sénéchal de Normandie. Marguerite de 
Bourgogne, duchesse de Savoie, suivait par les forets 
le duc Philibert son mari « avec le cor d'ivoire pendant 
en escharpe , en habillement de noble veneresse (4). 



(1) Tallemant des Réaux, t. II. 

(2) « Louis XIII prit amitié pour Saint-Simon à cause, disoit-il , 

que, quand il portoit son cor, il ne bavoit point dedans. » Tallemant 
des Réaux, t. IL 

(3) Notamment la Louise royale. Dans le poëme intitulé Diane ou 
les Loix de la ehasse du cerf (par Serré de Rieux), Paris, 1734, cette 
fanfare est donnée comme faite par le Roy lui mesme à Fontaine- 
bleau. 

(4) Jean Lemaire de Belges dans Vflisloire de .Marguerite d'Aulriehe, 
par le comte di> Quinsonas. 

II. 27 



— '(18 — 

Comme leur nom l'indique suffisamment, les pre- 
miers cors de chasse ont été fabriqués avec des cornes 
d'animaux, et l'emploi de ces cors ou cornets primitifs 
s'est perpétué jusqu'au xvnf siècle; on les garnissait 
d'embouchures, de viroles et de bordures de métal 
plus ou moins précieux (1). 

Les cors d'ivoire remontent au moins au règne de 
Charlemagne. Le cor de cet empereur, conservé à 
Aix-la-(lhapelle, passe pour avoir été fait avec une 
des défenses de l'éléphant Aboul-Abbas, que lui avait 
envoyé en présent le Calife Haroun al Raschid (2). 

Au temps de la chevalerie on donnait à ces cors le 
nom de eors d'oliphant ou simplement ù'oliphants (.*>). 

Ces oliphants, très-recherchés, étaient curieusement 
sculptés, garnis d'or ou d'argent, souvent même en- 
richis de cristal de roche et de pierreries. 

Dans Garin le Loherain, le duc Begon de Belin, 
partant pour la chasse : 



(1) Hem, img grand cornet de corne, garny d'argent doré, à une cou- 
roye de soye grise à cloutz d'argent. » (Les durs de Pioxirfjoqne, par 
M. le comte de Laborde, t. II.) — Pennant {Tour in Wnles) décrit un 
cor du xvi° siècle, conservé dans une ancienne famille du pays de 
(ialles. C'était une corne de bœuf ornée d'argent ciselé et portant les 
initiales de Piers Griflith et de ses parents. Les jours de fête, ce cor 
était remi)li de vin, et il fallait le vider d'un trait et le sonner ensuite. 
— Voir aussi dans les notes de la Vénerie de GuyUanie Twici la des- 
cription d'un cor ayant appartenu aux Dayscl de Lillingston et qui 
était une corne de bouquetin, garnie d'argent. 

(2) Dans l'église de Terwuren en Brabant, on niontiait autrefois un 
cornet d'ivoire, couvert de lames d'argent dn poids de 8 livres, qui 
1 Lissait pour celui de saint Hubert. 

(3) Oliphant, comme le mot latin eirphas, siguiliail j'i la fois en vieux 
Irançais, clcplunil et ivaii'r. 



— il9 — 

Pend à son col un cor d'ivoire chior 
De neuf viroles de fin orltion loiés (lié) 
La guiche en fut d'un vorl i)aile(l) prisié 

Nos anciens documents sont remplis d'articles rela- 
tifs à des cors d'ivoire (2). 

Des cors de métal apparaissent dès le xv' siècle. 
Les trompes dont se servaient les princes et les grands 
seigneurs étaient souvent en or, en vermeil ou en ar- 
gent (3), ciselées et niellées. 

Les cors à pans coupés, représentés dans les tapis- 
series du xvf siècle, les petites trompes repliées sur 
elles-mêmes des ligures de du Fouilloux et des ta- 
bleaux de Rubens, sont évidemment en métal. Le Mu- 
sée des armes de l'Empereur de Russie conserve une 
belle trompe d'argent doré ornée de fleurs de lis, 
qu'on croit avoir appartenu à Henri II (4). 



(1) Guiche, baudrier du cor. — Paile , étoffe de soie (ju'on tirait 
d'Alexandrie, voir Ducange, v" Pallium. 

(2) « Ung cornet d'y vire bordé d'or, pendant à une coùrroye d'un 
tissu de soye ferré de fleurs de lys et de daulphins d'or. » (Inv. des 
joyaux de Charles V. — Catalogue Debruges-Dumesnil.) 

« Uem, un grand olifant. » {Ducs de Bourgogne, II.) 

« Item, ung cornet d'ivoire, tout ouvré de bestes et autres ou- 

vraiges. » (Ibid.) 

« Un autre grant cor d'ivoire, fait à plusieurs quarrez... garny aux 

deux boux et au milieu d'argent doré, osmaillié de certaines armes et 

bestes. » (Ibid.) 

(3) « flem, une trompe d'or pendant à un large tixu de soye noir, 
ferré d'or, garnye la dicte trompe de ix dyaraans... , de ix rubis et de 
xviij perles. » 

« Autre trompe d'argent néellée et sur les arectes et aux deux bouts 
garnye d'or. » {Ibid.) 

(4) Peut-être était-ce une des « deux trompes d'argent nelléetdoré » 
qui existaient en 1560 au château de Fontainebleau. (Laborde, Gloss., 
V" Esmail de niellure.) — Ces trompes précieuses étaient conservées 
dans des couvertures de jieau. (Gomiites de Bourgogne.) 



— 420 — 

Les trompes dont parlent Ligniville et Maricourt 
étaient aussi en métal. Ce dernier veut qu'elles aient 
des embouchures d'argent (la trompe du Roi devait 
avoir une embouchure d'or). Les plus propres étaient 
entièrement en argent. 

A partir de celte époque, on ne connaît plus que 
des cors de métal. 

On s'était parfois servi, pendant le moyen âge, de 
trompes en bois ou en écorce (1) dont le son était fort 
aigu et qu'on nommait ménuels ou menuiaux (2). 

On ne sait pas de quelle matière étaient fabriqués 
les cors d'Angleterre, si estimés au xv'' siècle, que 
Louis XI ne parut pas trop choqué d'en recevoir en 
échange de la splendide vaisselle d'or émaillée qu'il 
avait offerte au comte de Warwick à son parlement de 
Rouen (U{J1)(^). 

Les cors et les trompes dont nous venons de parler 
avaient tous une forme demi-circulaire se rapprochant 
de celle des cornes d'animaux qui en étaient souvent 



(1) On trouve dans les comptes des ducs de Bourgogne : 

« Ung petit cornet de bois noir aromatique ]iendant à un petit las 
de iil d'or. » — Il est douteux que ce petit instrument ait pu servir à 
la chasse. 

(2) Voir Ducange, v° Meneium. — Tl est souvent question, dans les 
comptes des ducs de Bourgogne et d'Orléans, de trompes de verres, 
renfermées dans des étuis, qui ne pouvaient être que des vases à 
boire. 

(3) Hem, une autre tromjie d'Angleterre, garnie d'un tixu de soyo 
gris et d'argent doré. (Comi)tes des ducs de Bourgogne.) Biily était 
chargé d'acheter des cors d'Angleterre pour le duc Louis d'Orléans et 
de les garnir d'or et d'argent avec un laz df snyc pour iiendre ledit 
cor. {Louis cl Charles, ducs d'Orlikins.) Dans les comptes du même 
prince, conservés à Blois, on trouve une somme do cxvij francs pour 
cause de x.xiij cors de chasse envoyés d'Angleterre. 



— 421 — 

la matière première. Ce n'est qu'à la fin du xvi'^ siècle 
dans les gravures de la vénerie de du Fouiiloux et 
plus tard, et dans quelques tableaux de liubens et 
Sneyders, qu'on voit paraître de petites trompes de 
métal repliées sur elles-mêmes de façon à former une 
sorte d'anneau au milieu de la courbure comme les 
cornets des postillons allemands. 

Maricourl dit, en effet, que « le temps passé on por- 
loit des trompes qui esloient tournées de cinq ou six 
tours, mais l'on les a quictées, parce que dans les 
bois elles ne s'entendoient de loing et qu'elles estoient 
fortes à sonner. Néantmoings, ajoute-t-il, elles sont 
plaisantes pour la chasse du lièvre (1). » 

Ces trompes repliées sur elles-mêmes ne firent pas 
abandonner le cor demi-circulaire, qui leur survécut 
jusqu'à la seconde moitié du règne de Louis XIV. 

Ligniville, qui, en certains cas, réprouve absolu- 
ment l'emploi du cor à la chasse, se moque des gran- 
des trompes demi-circulaires à la mode de son temps, 
dont l'embouchure touchait le genou du veneur, 
tandis que le pavillon battait la croupe de son che- 
val (2). 

Le chasseur ridicule des Fâcheux (1661) est quali- 
fié de porteur de huchet, qui mal à propos sonne. Le 



(1) Tel n'est pas l'avis de Jacques Savary. « La trompe qui se replie 
en cercles enlacés à d'autres cercles a des tons criards et doit être 
laissée au cruel Mars-, qu'une trompe dont la forme rappelle le crois- 
sant de la lune soit suspendue en écliarpe de votre épaule gauche à 
votre flanc droit. » {Album Dianœ leporicidœ, lib. III.) 

(2) Chasse du cerf, Mss. Salnove (1655) semble aussi n'avoir connu 
que cette espèce de cors. 



— 422 — 

huchet élail un Irùs-pelit cornet, semblable à ceux 
(jue portaient alors en France les postillons (1). 

Un tableau de Van-der-Meulen peint de KiTO à 
1675 nous fait voir pour la première fois une trompe 
circulaire, de la forme de celles d'aujourd'hui, de 
petite dimension et suspendue, comme les anciens 
cors, aune enguicliure. 

A ces petites trompes circulaires succèdent, vers la 
lin du règne de Louis XIV, les grandes trompes d'un 
tour et demi, dites plus tard à la Dampierre, du nom 
du veneur qui en régla le premier les sonneries. Dans 
les tableaux d'Oudry, tous les veneurs portent ces 
trompes, dont le pavillon est beaucoup moins large 
que celui des trompes modernes. Louis XV lui-même 
est souvent représenté sonnant le bat-leau ou Vhallali. 

Sous le règne suivant, la trompe à la Dampierre, 
incommode à cause de sa vaste circonférence, fut rem- 
placée par une trompe de deux tours et demi, sem- 
blable ù celles dont on se sert communément de nos 
jours (2). 

Les trompes dont sonnaient, au xvni" siècle, le Roi 
et le grand veneur étaient en argent (3). 

Les cors demi-circulaires étaient suspendus à un 



(1) La Science héroïcjue. — Les anciens Édils des souverains dos 
Pays-Bas (lui avaient conservé force de loi dans l'Artois et la Flandre 
française faisaient une distinction entre la yramle Iroinpc, dont le 
l»ort était un des signes distinctifs de la chasse noble et permise, t;l 
la pclilc Iruiiipe que les IrvrcUvurs portaient en jjoclie pour se livrer à 
des chasses iirohibées. (Edit de IG13, dans Mi'rlin et Galesloot.) 

(2) D'Yauville. 

(3) Galfct delà Jinirardicie. - DYau\ill.\ 



— 423 — 

baudrier nomnû) g aige, (j niche ou enguicimrc (I). Ce 
b.uitlrier était souvent tissu d'étoffes précieuses et 
garni d'or ou d'argent (2). 

Du temps de Salnove, les maistres valets de chiens 
et leurs compagnons portaient au côté leurs trompes 
dont les anguicheiires éloient chargées de couples, 
« afin que, si quelques chiens coupent les leurs, ils 
leur en mettent d'autres. » 

L'enguichure , portée en Allemagne* jusqu'au 
xvnf siècle, cessa d'être en usage en France dès l'ap- 
parition de la grande trompe dont les dimensions la 
rendaient inutile. 

De la forme des anciens cors, il résulte évidemment 
qu'ils ne pouvaient donner qu'une note. Les diverses 
sonneries consistaient en articulations plus ou moins 
prolongées de cette note unique, à laquelle les veneurs 
donnaient le nom de mot. Chaque mot ou émission, 
de son représentait une valeur de durée et de tenue, 
et non pas une différence d'intonation dont l'instru- 
ment n'était pas susceptible. Des mo^s longs ai des mots 
courts, combinés de diverses manières, constituaient 



(1) L'oliphant de Charlemagne était suspendu à, une guiche sur la- 
quelle était appliquée sa devise {Dein Ein, loulà lui) en lettres de mé- 
tal doré. Cette inscription existe encore à Aix-la-Chapelle, ajustée sur 
une guiche moderne, en velours rouge. 

(2) Voir ci-dessus les guiches, las, et tissus servant à suspendre les 
cors de Charles V et des ducs de Bourgogne et d'Orléans. 

Dans l'inventaire de Charles V on trouve encore : « Uhcor noir dont 
les courroyes sont de cuir fauve, accouplées à un touret d'argent doré. » 
Et dans les comptes des ducs de Bourgogne : « Une cscharpe de geest 
(jais) besaucéo d'argent à laquelle pent un cornet d'argent pour Mgr. de 
Charolois. » 



Soniiciisc. 



— 454 — 

toutes les cornures (1). Ces mots étaient vornés sur le 
gros ton ou sur le grêle (2). 

Il en fut ainsi tant qu'on se servit du cor demi-cir- 
culaire. L'usage momentané qu'on fit de trompes con- 
tournées sur elles-mêmes, à la fin du xvi' siècle, ne 
semble avoir changé en rien le système de notation 
des sonneries. 

Dès le xm' siècle, les veneurs connaissaient six cor- 
nures de chasse différentes : appel, bien aller, requesté, 
vue, appel forcé, prise (3). 

Fontaines-Guérin, qui s'est beaucoup étendu sur 
l'art de corner, en énumère un bien plus grand nombre: 
cornures de chemin, d'ésemblé, de quête, de chasse. 



(1) Sur les anciennes sonneries, voir Guillaume de Tuisy, Gaston 
Pliœbus, Ilanlouin de Fontaines-Guérin, du Fouilloux et Salnove. — 
Voir aussi dans le Trésor de vénerie, édité par M. le baron J. Pichon, 
une note importante de M. Bottée de Toulmont, et, dans l'édition de 
la Chasse royale de M. Chevreul, un passaj^e très-bien rédigé de l'in- 
troduction. 

(2) Cette distinction du gros Ion et du grêle est fort ancienne. Dans 
un roman du xiii' siècle, Vivien sonne son cor 

Deux fois en graille, et li tiers l'u en gros. 

« Les hommes de pied escossois, dit Froissart, sont tous parés de 
jiorter à leurs cols un grand cor de corne, à manière d'un veneur, et 
quand ils sonnent tous d'une fois et montent l'un grand, l'autre gros, 
le tiers sur le moyen, et les autres sur le délié, etc. » Il est encore fait 
mention du gros Ion et du grêle dans Salnove et Sélincourt. 

(3) Lou du de la chacc dou serj. — Dans le roman de l'arlonopeus 
de Ulots qui est à peu piès du niémi' leniiis, le héros, ayant lue un 
sanglier. 

Sonne >un cùi' et juslise 

Si asslel bien les nios de (irise. 



— 425 — 
(le vue, de memroy (1), de requête, d'eauve, de relais^ 
d'ayde, de prise, de retraite, d'appel de chiens, d'appel 
de gens. 

Du temps de du Fouilloux, les sonneries n'avaient 
pas sensiblement changé. 

Les mots de la trompe sont souvent représentés dans 
les anciens traités par des syllabes convenues : Troul, 
troîirourout dans Guillaume de Tuisy, tran Iran, dans 
du Fouilloux, tonhon, donhon, dohoon, dans Salnove. 
Hardouin de Fontaines-Guérin note ses cornures 
avec de petits carrés noirs et blancs juxtaposés. 

Du Fouilloux joint à ses tran, tran une notation 
régulière semblable à celle en usage pour le plain- 
chant. 

Ce devait être une assez triste musique que cette 
éternelle répétition de la même note, sonnée dans un 
rauque cornet et les six vingts piqueurs qui sonnaient 
la mort du cerf aux chasses de Henri II auraient pro- 
bablement affecté nos oreilles délicates d'une façon 
médiocrement agréable. 
Il n'en était pas de même des contemporains. 
Sélincourt, qui avait été témoin de la substitution 
des trompes modernes à l'antique cornet, ne peut 
s'empêcher de regretter « ces anciens cors qui se fai- 
saient entendre de '1 ou -J lieues. » Il prétend 
que les inventeurs des trompes dont on se sert à pré- 
sent « sont cause de la rupture d'un si bel ordre qui 



(1) Quant vos chiens sont en granl effroy 

Du leur cerf qu'ils cuident ]jardu. 

{Trésor de cancric.) 



— 426 — 

osloil observé dans la chasse du cerf, et qu'ils fuiil 
plùlost office de trompelles que de chasseurs, el par 
ce moyen ont introduit une licence de sonner plùtosl 
à la manière des maistres du Pont-Neuf que d'observer 
les vieilles règles. » 

Ce qui causait la mauvaise humeur de Sélincourt, 
c'est qu'il y eut évidemment au commencement du 
règne des trompes circulaires une période de transi- 
lion durant laquelle chacun sonnait à sa fantaisie. Les 
fanfares et tons de chasse des nouveaux instruments 
ne furent définitivement réglés que vers le commen- 
cement du règne de Louis XV, par le marquis de 
Dampierre. 

Les sonneries modernes se divisent en tons de 
chasse et fanfares. Parmi ces dernières, il en est qui 
servent à indiquer l'animal lancé, les autres sont de 
pure fantaisie. Les plus anciennes el les plus estimées 
ont été composées par M. de Dampierre, la largeur et 
la simplicité de leur facture n'ont jamais été surpas- 
sées depuis. 

Le plus ancien auteur qui nous donne l'énumé- 
ration des sonneries de trompe avec leur musique est 
Serré de Rieux, qui publia en 1733 un poëme assez 
médiocre sur la chasse du cerf (l). 

Ce hvre contient les tons de chasse suivants : la 
quête , deux tons pour chiens , le laissé courre 



(I) Les (luns des m fans dr Lalo)u\ la iiiusunic cl la ihasse du cerf, 
pocines dédiés au Roy. Paris, MDCCXXXUl. 



— 127 — 

royal {{), lo furhu, pour remettre les chiens dans la bonne 
roye et pour le houroary, le débucher, l'eau, la sortie de 
l'eau, l'hallali, l'appel, la relraile prise. 

Les fanliires notées par Serré de Rieux sont au 
nombre de trente- cinq; il en est six que Von ne doit 
sonner qu'à la vue du cerf, dont elles indiquent la tête. 

La Reine, faite par M. de Dampierre à l'occasion du 
mariage de S. M. (1725), marque que l'on court un 
daguel. 

La discrette, faite après la petite vérolle da Roi, an- 
nonce un cerf à sa seconde tête. 

La Dauphine, faite à l'occasion de la naissance de 
M. le Dauphin (1729), est pour la troisième tête. 

La Louyse royallc, fanfare faite par le Roi lui-même 
à Fontainebleau, se sonne pour un cerf à sa quatrième 
lête. 

La petite Royalle se sonne dans le cas du cerf dix 
cors seulement, eirautheur (M. de Dampierre) a jugé 
à propos de la faire plus courte, pour la facilité des ve- 
neurs en galoppant. 

La Royalle, faite pour le Roi, la première fois qu'il 
courut le cerf dans le bois de Roulogne (1722 ou 23), 
annonce un cerf dix cors; c'est une des plus belles 
fanfares du marquis de Dampierre. 

Parmi les autres fanfares, plusieurs sont affectées à 
certains équipages, ou ne se sonnent que dans cer- 
taines forêts. 



(1) Faite à l'occasion irim ver/ à su 3'-' [cslc, dèlouiiié à la Boixif're 
par le Boy luy-mcsmc. H fui pris cl la Iclc nùsc dans la f/alerie des cerfs 
à Fontainebleau: IcJouriiriiDiirci/sa/d marques. [Ihid.) 



— 428 — 

De ce nombre sonl : la Conli, la Donibcs , la Chan- 
tilly (1), la Ramhouillct (2), la Fontainebleau (3), la 
Choisy-le-Roi, la Petit-Bourg. 

Les fanfares d'agrément, à la composition desquelles 
ont pris part avec le marquis de Dampierre différents 
amateurs, commeM.Mouret et le marquis de Tressan, 
se sonnent uniquement pour célébrer pendant la 
curée le succès d'une chasse, et faire valoir le talent 
des sonneurs de trompe. 

Gaffet de la Briffardière, dont le traité posthume 
fut publié dix ans après le poëme de Serré de 
Rieux, connaît déplus que celui-ci, parmi les tons de 
chasse, le lancer, le bien aller, la vue, quand les chiens 
s'emportent, le relancer, le raproché, et la retraite man- 
quée. Il ne donne que 21 fanfares. 

Leverrier de la Conterie indique les mêmes tons de 
chasse, ses fanfares sont encore moins nombreuses, ce 
qui s'explique par la différence de position entre un 
simple gentilhomme de province et un officier de la 
Vénerie, comme Gaffet de la Briffardière, qui se trou- 
vait en rapports continuels avec M. de Dampierre et 
les plus fameux sonneurs de trompe de l'époque. 



(i) Fanlarc d'équipage des i)rincos do Condé. 
(.2) Fanfare du comto de Toulouse. 

(3) La Fontainebleau, sous lo nom de la Darboulin, sert aujourd'hui 
-■i annoncer le déjeuner : 

« Vlà Darboulin qui arrive 
Avec Monsieur son mulot! » 

M. Darboulin était lieuleuaut de vénerie de Monsieur, comte de Pi-o- 
vence en 1770. 11 était lu'obablenienl chargé de surveiller la [larlie 
gastronomique, à laquelle son prince tenait beaucoup. 



— 120 — 

Dans le lrait('* de vénerie tle d'Yanville, on ne 
frouve plus que tons de cliasse : Le vol-ce-rcsl, le 
débuché, l'eau, ïhallali, la retraite, auxquels il faut 
ajouter le passage de Veau qui forme la seconde reprise 
de Veau. 

Les fanfares sont au nombre de 27, parmi lesquelles 
apparaissent pour la première fois la Parme, la Fon- 
teîioy, la Cham'pcenctz , la Boucher. 

Excepté la fanfare du daim, donnée par d'Yauville, 
aucun auteur ancien ne nous a transmis les fanfares 
qui servent à indiquer les animaux autres que le cerf. 
Celles qu'on sonne actuellement sont cependant assez 
anciennes. Plusieurs figurent au nombre des fanfares 
notées comme fanfares de fantaisie par Gaffet de la 
Briffardière et d'Yauville. Ainsi, celle qu'on sonne au- 
jourd'hui pour le loup est appelée la Folie dans le pre- 
mier de ces ouvrages, le chevreuil est la Champcenetz; 
la petite Royale, qui se sonnait autrefois pour le dix 
cors jeunement, est devenue la fanfare du sanglier. 

§ 4. COSTUMES. 

Quelques monuments gallo-romains nous font voir 
nos ancêtres chassant A cheval, la tête couverte d'un 
capuchon et les jambes entourées de bandelettes croi- 
sées (1). Nous ne possédons aucun document sur les 



(I) Voir un Ijas-reliel' reproduit dans les Monuments des Arls libénmx 
en France, par Lcnoir, et dans l'Univers pilloresque et le tombeau de 
l'empereur Jovinus, conservé à Reiras (dans la Bévue archéologique, 
1800). 



— 430 — 

costumes de chasse des Francs; il est probable qu'ils 
ne changeaient rien pour chasser à leur tenue habi- 
tuelle. Vêtus d'habits courts et serrés, ne quittant 
jamais le large ceinturon auquel étaient attachés leurs 
armes et les ustensiles dont ils se servaient à la chasse 
aussi bien qu'à la guerre (1), ils n'avaient qu'à sauter 
sur leurs chevaux pour se trouver prêts à courre le 
cerf ou le sanglier. 

Les chevaliers du xn^ siècle y mettaient plus de cé- 
rémonie, ils endossaient un vêlement spécialement 
consacré au déchiit de vénerie ou cotte à chasser, et par- 
dessus un peliçon fourré de gris ou d'hermine. Leurs 
chaussures étaient des heures ou bottes longues, ar- 
mées d'éperons d'or (2). 

Au siècle suivant, nous trouvons, dans le roman de 
Partonopeus de Blois, la description très-détaillée d'un 
costume de veneur, que nous croyons devoir tran- 
scrire ici textuellement. 

(La belle Urrake aide le comte de Blois à revêtir ce 
costume). 

Corte cemise, ce m'est vis (3) 
Et un court peliçonet gris 
Et d'un bon vert corte gonele (4) 
Li a vestu la damoisele 



(1) Les Francs suspendaient à cette ceinture Icnr éi)éc, leur scrn- 
inasux ou coutelas, leurs couteaux, et une aumônière qui contenait 
leur briquet, leur pierre à feu, leur peigne et leur argent. Voir les ou- 
vrages (le M. l'abbé Cochet. 

(2) Cote à cliascier li Lohercns vesti 
Ilueses chausciées et osiierons d'or lin 

{Garin le Lohcrain, t. II,) 

(3) Uoc mihi est visum, je l'ai vu. 

(4) Gonclc, diminutif de tjojvic, vu anglais ijaini, robe. 



— i31 — 

Et puis li baille sa çainturo 

De cuir d'Ii'huule, Tort et dure. 

De vénerie i a oslius (outils) 

Li canivès(l) et li luisius (fusil) (2) 

Et li tondres od le galet (3) 

Et mitaines de Mutabet (4). 

Puis a estroit et bien cauciés 

Ses bêles gambes et ses pies 

De cauces (chausses) de soie bien ate (5) 

Et de buens sorcaus (sur-chausses) (6) d'escarlate 

Et d'unes hueses fors et dures 

Por garder lui de blécéures. 

Li esporon sont bel et gent 

Bien fait, à or et à argent. 

Son cor d'ivoire à son col pent 

Que la bêle Urrake li rent 

Puis li asfuble son mantel 

De bon vert et de gris novel. 

Le veneur du xiv' siècle s'en allait en bois, chaussé 
de gros houseaux de fort cuir, pour se garantir des 
épines et des ronces, le cor au col, l'épée au côté et 
le coutel 'pour défaire de l' mitre part; ses vêtements 
étaient en été de couleur verte, pour chasser le cerf, 
et en hiver de couleur grise, pour le sanglier (7). 

Nous trouvons, en eiïet, Philippe le Long (131G) 
vêtu pour la chasse, tantôt d'une cotte hardie et d'une 
housse de cameliii à bois, fourrées de menu vair (8), 
tantôt de cotte hardie et housse de vert abois (9). 



(1) Petit couteau. 

(2) Fusil, brochette de fer servant à battre le briquet et à aiguiser les 
couteaux. 

(3) L'amadou et la pierre à feu. 

(4) Tissu inconnu. 

(5) Apte, adaptée. 

(f)) Sorte de bas semblables au\ bas à hollrr du xvii» siècle. 

(7) Gaston Phœbus. 

(8) Lecamelin était une espèce de drap jii'is-brun. 
(,9) Comptes de l'argmlrrie. 



— 432 — 

Ses veneurs recevaient de lui des colles hardies en 
camelin de Châleau-Landon. 

On peut voir sur l'effigie d'un de ces veneurs, Guil- 
laume de Malgeneste (1), que la cotte hardie était une 
tunique longue, tombant jusqu'au bas des jambes (2). 
La housse était une sorte de robe longue et ample, 
avec des manches ouvertes el pendanles. On la portait 
souvent attachée à l'arçon de la selle (3). 

Le Roi Jean, ses veneurs, les seigneurs et les cham ■ 
bellans qui le suivaient à la chasse portaient également 
des cottes hardies et housses sengles (simples, sans 
doublure), en drap vert à 6ois(4)deLouvain. 

Le chaperon ou capuchon paraît avoir été la seule 
coiffure en usage avec ces cottes hardies. A la fin du 
xiv^ siècle, on y joignit diverses sortes de bonnets et 
de chapeaux, et les cottes devinrent beaucoup plus 
courtes et plus serrées, suivant les modifications du 
costume civil (5). 



(1) Portefeuilles de Gaignières. 

(2) 350 ventres de menu vair furent employôs à fourrer la cotte 
hardie de Philippe le Long, y compris le chaperon et les manches. — 
Deux housses pour le même Roi employèrent l'une 292, l'autre 312 ven- 
tres avec des manches de 64 ventres. Les housses du Roi Jean exi- 
geaient 400 ventres , plus 96 pour les ailes et 6 pour les languettes. 
{Comptes de l'argenterie.) 

(3) Probablement avec un ruban leirge de soyc noire, comme on le 
faisait en 1463. {Ibid.) 

(4) Ce sont les vêtements de chasse d'été, comme on le voit à leur 
couleur et à l'absence de doublure. 

Gace de la Buigne dit, en parlant des compagnons du même Roi : 

Vestuz de vert seront trestuit 
Car n'y a fors gens de déduit. 

(5) Voir les miniatures des manuscrits du Roji Modus et de Gaston 
Phœbus. 



— /i33 — 

Charles VI, toujours somptueux, serrait ses habits 
de chasse d'une large ceinture pour boijs, de cuyr 
d'ahaye, dont la boucle, le mordant et le passant étaient 
d'or (1). 

L'usage des habits verts fut général parmi les ve- 
neurs jusqu'au xvi^ siècle. Ceux de Madame de 
Beaujeu (2), de Louis XII et de François P' étaient 
vêtus de cette couleur (3). Exceptionnellement quel- 
ques princes donnaient à leurs gens des vêtements à 
leur livrée. Les robes des veneurs de Philippe le Bon 
étaient toutes -pareilles d'une couleur et livrée selon son 
bon plaisir et qu'il sera advisé du maistre veneur j-i). 

Dans les miniatures d'un beau manuscrit du Roy 
Modus, conservé à la bibliothèque de Bourgogne, à 
Bruxelles, on voit un de ces veneurs coillé d'un cha- 
peron noir et d'un chapeau rond de même couleur; 
sur la manche de son pourpoint de drap vert on dis- 
tingue les briquets de la toison d'or, brodés en champ 
de gueules (ou d'écarlate) (5). 

Les veneurs du duc Louis d'Orléans (depuis Roi 
sous le nom de Louis XII) avaient des robes de ca- 



(1) Lnborde, gloss., v" Ceinture. 

(2) Jamais ne veiz tant de gens verts 
Car chascun en estoit vestu. 

{La Chasse du c/rand sénéchal.) 

(3) Fleuranges. — Les veneurs de l'équipage que Cliarles-Quint en- 
tretenait à Boitàfort en Brabant recevaient du souverain un habit de 
drap vert d'Angleterre pour la chasse du cerf, et un de drap gris pour 
celle du sanglier. (Galesloot.) 

(4) Ordonnance de 1427. 

(5) Recherches sur la maison de chasse des ducs de Brahanl, par 
M. Galesloot. 

H. 28 



— 434 — 
melol jaune, bordées de velours de la même cou- 
leur (1). 

Fleuranges, dans ses mémoires, écrits en 1 525 pen- 
dant qu'il était prisonnier de guerre des Espagnols, 
nous montre encore les veneurs de François I" avec 
le costume vert traditionnel ; l'habit de vénerie était 
alors la robe, sorte de tunique à basques froncées, 
tombant jusqu'aux genoux. François I" lui-même 
portait une robe de feutre ('2). 

Charles-Quint donnait aussi des vêtements verts à 
ses veneurs (3). Cependant les tapisseries dites de 
Guise qui ont été probablement exécutées en Flandre 
d'après les tableaux de Bernard Van Orley, représen- 
tant les chasses du grand rival de François I", nous 
font voir veneurs et valets de chiens couverts d'habits 
de toutes couleurs, bizarrement tailladés. Selon du 
Fouilloux, le piqueur doit être habillé légèrement, 
avec de bonnes bottes et bien hautes. « Phebus dit qu'il 
doit eslre vestu de vert pour le cerf et de gris pour le 
sanglier (4). Cela ne sert pas de guères, j'en remets la 
couleur aux fantaisies des hommes. » 

Charles IX, se conformant aux préceptes de du 
Fouilloux, sans pour cela dédaigner les vieilles cou- 
leurs de la vénerie, s'habillait d'une robe de serge 



(1) Archives de Joursanvault, n" G'i7. — Pièce de l'an 1496. 
('2) Comptes do François h', ]Mèccs justificatives. 

(3) Galesloot. 

(4) Dans les lapisscrii;s, le vonour qui sert le sanglier est vêtu de 
rouge cramoisi. 



— 43!) — 

verte de Florence (1). Il était chaussé de grosses bottes 
de vache grasse, fermans à blouques et à genous, et 
portait de grands gants de chien, larges^ allant jus- 
quaucoulde (2). 

Henri IV endossait à la chasse une grande casaque 
rouge. Ce vêtement, espèce de manteau à manches, 
tombant jusqu'au-dessous du genou, est, en effet, re- 
commandé par Ligniville. Il dit que le veneur doit pa- 
raître toutte casacque et toutte hotte, Celte casaque sera 
bien doublée l'hiver et légère l'été. Les bottes d'un 
bon cuir retourné^ la chair en dehors, auront des ge- 
nouillères qui s'attacheront aux grègues demi pied plus 
hault que le genouil avec des aiguillettes, pour empê- 
cher l'eau, les feuilles, les insectes et autres vilainies 
de tomber dans les jambes du veneur. Des éperons 
de longueur médiocre et un chapeau de feutre épais, 
bas de forme avec les bords longuets sans excès, com- 
pléteront sa tenue. 

La jupe a remplacé la casaque du temps de M. de 
Maricourt, qui a décrit dans les plus minutieux dé- 
tails le costume d'un veneur sous Louis XIII (3). 

Cette jupe, assez semblable à la robe du xvi" siècle, 
doit descendre jusqu'à la jarretière; ses longues et 
larges manches couvrent la main et le gant à revers; 
elle doit être en hiver de drap de Berry écarlate. 



(1) Trois aunes et demie d'étolTe avaient été employées à la façon de 
cette robe. {Arch. cn,r. de Vliisl. de France, t. VIII, 1"= série.) 

(2) Ibidem. 

(3) « Ung chasseur sans Juppé, un soldat sans buffe ou sans plume 
no vallent pas une prune. » (Marlcourl, D\i. veslrnwnt pour la chasse) 



— 436 — 

bien doublé, et pour l'été de bouracan, doublé d'une 
serge légère de Chartres. 

Le chapeau, à larges bords, sera orné d'un cordon 
que le veneur fera tisser des cheveux de sa maîtresse 
avec de la soie de la couleur qu'elle préfère. Ce lien 
sera attaché à l'enguichure du cor, pour retenir le 
chapeau s'il vient à tomber. 

Les gants de peau de cerf, moyennement épais, 
monteront jusqu'au coude. 

Les bottes, larges et assez courtes de jambes, auront 
des genouillères hautes et un peu largeltes et des épe- 
rons unis et grisés. 

Le Père Binet, contemporain de Maricourt, dépeint 
à peu près dans les mêmes termes déjeunes seigneurs 
partant pour la chasse (1); il leur donne seulement, 
au lieu de la jupe, une liongrcUne d'écarlate. La hon- 
greline, empruntée comme son nom l'indique aux 
cavaliers hongrois, ne différait guère de la jupe de 
chasse qu'en ce qu'elle était bordée de fourrures. 

L'écarlale était encore la couleur en usage, lorsque 
Louis XIV fit sa fameuse entrée au parlement en ha- 
bit de chasse, justaucorps rouge, chapeau griSy grosses 
bottes (2). 

Lorsque, quelques années plus tard, le grand Roi 



(1) « Les voilà montez à l'advantage, habillez d'une hongreline d'es- 
caiiatte et bien fourrée, la plume ilottautc sur le petit cliai)eau re- 
troussé et boutonné d'or pour cstre à délivre, la trompe qui leur des- 
cend sous le bras, en bon appétit de donner de l'exercice au premier 
cerf ipie le bonheur leur iirésentcra. » {Kssoy des merveilles de la na- 
liii-r.) 

Çî) Mém. de Monlglat, t. II. 



— 437 — 
soumit aux règles d'une sévère éliciuelle loul ce qui 
rcntourait, il décida que personne ne serait admis à 
suivre ses chasses, s'il n'en awaii reçu le justaucorps . 
Ce justaucorps était bleu turquin, doublé de rouge, 
avec des galons un d'argent entre deux d'or (1). Le Uoi 
lui-même portait cette tenue qui était sa livrée et dont 
les hommes de sa vénerie étaient aussi revêtus, avec 
cette différence, que les piqueurs avaient le galon 
d'or entre deux galons d'argent et les valets de chiens 
des galons de Uvrée, rouges et blancs (2). Un chapeau 
galonné, la veste et la culotte rouges, d'énormes bottes 
fortes à chaudron formaient le complément de ce 
magnifique habit de chasse qui fut porté presque 
sans changement jusqu'à la révolution (3) et que 
nous admirons dans les tableaux de Van der Meulen 
et d'Oudry. 

L'équipage des petits chiens du cabinet avait aussi 
l'habit bleu, mais tous les hommes, piqueurs comme 
valets de chiens, n'avaient qu'un même galon, en soie 
rouge et blanche [\]. 



(1) Saint-Simon, t. XIII. Voir plus haut l'anecdote du comte de Saros 
qui avait revêtu sans autorisation le justaucorps. 

(2) Sous Louis XV, les valets de chiens à pied quittaient leurs grands 
habits galonnés pour suivre la meute et restaient en veste galonnée 
d'argent rouge ou bleue, suivant l'époque. 

(3) Dans les tableaux d'Oudry, le Roi et les principaux seigneurs de 
sa suite ont parfois des vestes blanches et des culottes de peau jaune. 
Louis XVi)ortait souvent les cheveux sans poudre, et liés simplement 
avec un cordon. (Barbier, t. VI.) 

i'i) Sous Louis XVI, les déhulanls aux chasses ixiyales portaient l'habit 
gris, veste et culotte rouges, bottes à l'écuyère avec manchettes de 
bottes et petit chapeau français à galons d'or. {Mém. de Chateaubriand, 
t. I.) 



— 438 — 

En 1686, le grand Dauphin, ayant mis sur un 
grand pied son équipage de loup, voulut que tous 
ceux qui désiraient suivre ses chasses fussent velus 
d'habits uniformes en drap de Hollande vert, avec 
un galon fort léger, fait d'un cordon d'argent entre deux 
lames d'or quon appelait galon du loup. Dès l'année 
suivante, Monseigneur remplaça ces habits verts par 
des justaucorps gris-bruns, brodés d'argent, auxquels 
succédèrent, en 1688, des costumes de la plus grande 
magnificence. « Cet équipage, ùii le Mercure, consiste 
en un justaucorps de drap bleu, chamarré d'un gros 
galond'or et d'argent, moucheté de noir et d'incarnat, 
cl une veste fort riche dont le fond est rouge, des 
gants à frange d'or, un chapeau bordé d'or avec une 
plume blanche, un couteau de chasse, un ceinturon 
et une housse de cheval. Les habits des gentilshommes 
ordinaires de la vénerie du loup sont aussi fort riches. 
Le fond est bleu et la chamarrure de gros galons d'or. 
Ceux des piqueurs et du reste de l'éijuipage sont 
beaux à proportion des autres (1). » 

L'équipage royal du lièvre, qui devint en 1738 celui 
du daim, portait l'habit vert. 

Tous les princes donnèrent leur livrée à leurs équi- 
pages. L'habit ventre-de-biche de la maison de Coudé 
a brillé du plus vif éclat dans les fastes de la vénerie. 
Les princes de Conli portaient un chamois plus pâle. 



(1) Uangeau, t. 11. — L'ci|uiii;iiJO du loup l'ut, eu octo])re 1008, des 
hubils ueuls, cl boiiucdup ilc jeunes courlisaus lirent l'aire dos iiabit? 
eomme ceux des geulih-limnnies de la. \éiierie, ([ui élaieut l'ort maizni- 
liqucp. (IbUL, t. VI.) 



— 439 — 
dil chamois Conli, avec les doublures et parements 
bleus. Lorsqu'il vint, en 1723, chasser au bois de Bou- 
logne, « tout l'équipage du prince de Conti étoit pres- 
que habillé de neuf, lui et tous ses principaux offi- 
ciers en drap jaune galonné d'argent sur toutes les 
coutures, avec le parement de velours bleu, les pi- 
queurs et autres à demi galonné. Plusieurs seigneurs 
avoient pris l'habit uniforme du prince (1). » 

Le comte de Toulouse, grand veneur, et ses neveux 
le prince de Bombes et le comte d'Eu, avaient donné 
à leurs équipages de chasse un habit rouge et or (2). 

Les ducs d'Orléans faisaient porter aux leurs la livrée 
bien connue de leur maison, écarlate, bleu et argent. 

Lorsque la paix fut conclue avec l'Angleterre en 
1783, le duc d'Orléans fit dans cette île un voyage 
dont il revint fort épris des modes britanniques. Il se 
hâta de transformer son équipage de vénerie suivant 
les idées d'outre-Manche; lui-même et ses fils paru- 
rent à la chasse revêtus d'un frac anglais de drap 
écarlate, dont la coupe se rapprochait de la façon mo- 
derne, coiffés de capes en velours noir et chaussés de 
bottes à revers jaunes (3). Les hommes portaient des 
redingotes rouges sans galons (4). 



(1) Barbier, t. 1'=''. — Deux jolis tableaux conservés au musée de Ver- 
sailles el provenant du château de l'Ile-Adam représentent des haltes 
de chasse du prince de Conti, avec les habits chamois. 

(2) C'était la livrée du duc du Maine, père de ces derniers. — On lit 
dans Dangeau (septembre 1697) : « L'équipage de M. du Maine étoit 
vêtu de neuf et fort magnilique. » (T. VI.) 

(3) Voir les tableaux do Carie Verncl, cités précédemment. 

(V) /bid. — Les redingotes {rUlmg coa(s , habits de cheval) avaient 



— 440 — 

Le conUe d'Artois adopta pour lui et ses gens un 
costume rouge à peu près semblable ; il conserva 
seulement, au lieu de la cape, un chapeau à la fran- 
çaise sans ganse ni galons (1). 

La révolution arrêta court, en supprimant partout 
les équipages de chasse, l'invasion des modes an- 
glaises, auxquelles la vénerie royale resta toujours 
étrangère (2). 



été importées d'Angleterre quelques années auparavant. « A la chasse 
du Roi, quand il fait mauvais temps, tous les seigneurs sont en redin- 
gote. 1) {Dicl. de Trévoux.) 

(1) Voir le tableau de Brown, déjà cité. 

(2) On la vit reparaître lors de la Restauration avec les coiffures 
poudrées, les habits galonnés à la Bourgogne et les bottes à chaudron. 
(Voir les tableaux du temps.) 



CHAPITRE V. 



Chevaux de chasse. 



Nous manquons absolument de renseignements sur 
les chevaux que montaient à la chasse nos ancêtres, 
Gaulois et Francs. On sait seulement que les premiers 
élevaient d'excellents chevaux de selle, fort estimés de 
la jeunesse élégante de Rome (1), et dont il est plus 
que probable qu'on se servait en Gaule pour courre 
le lièvre. 

Au moyen âge, on donnait aux chevaux de chasse 
le nom de chacéors ou cachéors (2) ; à leur selle, dite 
.selle à chacéor, étaient attachés la chape à pluie du ve- 



(1) VaiTon, De ir ruslic, II. — Uoral. Od., Itb. I, 7. 

(2) Puis est monté el cliascror de pris. 

{Cuiriti le Loherai/i, I. 11.) 



_ 442 — 
ncur, el les ustensiles appelés liansarl et éconhoir (1). 
Les chevaux que les Rois de France montaient pour 
aller en bois, ainsi que ceux qu'ils offraient à leurs 
compagnons de chasse, sont dès le xui*" siècle quali- 
fiés de coursiers (2), nom affecté plus tard exclusive- 
ment aux chevaux qu'on lirait du midi de l'Italie (3). 
Dans le poëme des Déduits, le Hoi Jean est monté 

Sur un très-])oau joli coiircier 
De Fouille, sain, net et entier 
Bien embouché , et fort, et seur 
Et tost alant, si est grant eur (heur) 
De trouver un si l)on courcier 
Pour le Roy, quant il vcult chacier. 

Les dames montaient des liobins ou haquenées d'Ir- 
lande (4). 

Au xvf siècle, les chevaux de chasse sont habituelle- 
ment appelés courtmdts, parce qu'on leur coupait la 
<iueue et les oreilles (5). 



(1) A sa scie la dcsramce (usée) 

Sa chajie a pluie i est trosséc 
E com à selc à chaceor 
Le hansart et l'escorchéor. 

{Parlonopeus de lUois, t. II.) 
C2) Ordonnance de l'hoslel, 1285. 
(3) Coursiers du Règne (de Naples), au xvi'^ siècle, 
(•'i) La chasse du grand seneschal. 

(ô) Voir les gravures de Galle et SLradan. — Mcrgey raconte, ilans 
ses mémoires, qu'étant allé portera Henri II la nouvelle ([ue le comte 
de La Rochclbucauld était inisonnier, le Uoi lui dit : « Faictes luy mes 
reconniiandations et qu'il ])renne courage, et que je luy garde un bon 
courLault ])our courir le cerl'. » Le comte ayant été mis en liberté, 
Ueni'i II lui donna en cli'et un courtaull nommé le Grcq, le meilleur 
de son temps et le i^lus beau. — Sui' les courtauits de la vénerie sous 
François V', voir les couqiles de ce Roi. — Les jirix d'achat varient 
do 40 à GO H. (17.3 h 70!) fr.). 



— 143 — 

Ligniville recommande, pour la chasse du lièvre, 
les chevaux vites, tels que les anglais, turcs, polonais 
el hoîigres. Pour chasser le cerf et le chevreuil, il faut 
des chevaux vigoureux. Un cheval advantageux ei lon- 
guet vaut mieux que celui qui est plus cochon, court et 
ramassé, et goussau. 

Encolure longue, lete légère, bouche bonne sans 
être trop tendre, côtes rondes, reins larges, jambes 
fortes et plates, bien fournies de poil, pieds moyens, 
tels sont les caractères du bon cheval de chasse. 

La selle du picgueur sera longue de siège, elle aura 
les arçons de devant moyennement hauts et celui de 
derrière fort bas, consistant en un simple bourrelet, 
comme aux selles appelées anciennement bas de cul. 
Les élriers doivent être larges et hauts, l'embouchure 
de la bride petite, escache avec un pas d'asne et des 
branches à la connétable de longueur modérée (1). 

Les chevaux d'Espagne, les barbes et autres de lé- 
gère taille ne valent guère pour la chasse, selon Ma- 
ricourt, parce qu'ils sont trop sujets aux molettes et à 
se fouler les jambes. 

« De tous païs il sort des chevaux qui sont bons 
coureurs et plus propres pour la chasse, mais les 
meilleurs el plus communs pour courre dans les costes, 
campagnes et bois et pour courre et servir par tout, 
ce sont les chevaux d'Ardaine et d'Annemarc (Dane- 
mark) (2). » 



(1) Ligniville, — MaricourL. — Sur ces mors à escache et à 'pas d'asne, 
voir Pluvinel, Inslruclion du Roi/ en l'exercice de mouler à cheval. 
Paris, 1625, et La Guérinière, Ecole de cavalerie, Paris, 1751. 

(2) Mai'icourt. — GaUct de la liriHanlière dit que les seipneuis qui 



_ 4U — 

Depuis les premières nnnées du xvii' siècle, les plus 
eslimés des chevaux de chasse furent les anglais, 
dont la race, peu prisée jusque-là (1), avait été fort 
améliorée sous le Roi Jacques P% par l'introduction 
du sang oriental (2). Bassompierre parle, dans ses mé- 
moires, de certains chevaux anglais fort vites, appelés 
qtdtterots, parce qu'ils avaient été ramenés par un 
marchand de ce nom, « qui ont depuis esté cause 
que l'on s'est servi des chevaux anglois tant pour la 
chasse que pour aller par pays, ce qui ne s'usoit point 
auparavant. » 

Sous Louis XIV et Louis XV, les chevaux qui peu- 
plaient les vastes écuries de sa vénerie étaient presque 
tous anglais (3), ainsi que les coureurs si renommés 
avec lesquels le grand Dauphin chassait le loup. Le fa- 
meux louvetier Saint-Victor se remontait aussi en An- 
gleterre (4). 

Le fanatique veneur des Fâcheux ne nous apprend 
pas de quel pays il avait tiré ce cheval alezcin dont il 



veulent se mettre en équipage jiour courre le cerf peuvent, selon leur 
goût, se donner des chevaux français, anglais, barbes, etc., i)ourvu 
qu'ils soient tous bien choisis, qu'ils aient la jambe large et percent 
bien dans les forêts. 

(1) Les seuls chevaux de race anglaise dont on lit quel(pu; cas 
étaient des haquenées et des guUlcdins {(jcldings), itetits chevaux hon- 
gres pour le voyage et la promenade. 

(2) Ce fut sous le règne de Jacques 1'' qu'on importa en Angleterre 
le Markham Arabian et le Whilc Turk, les premiers étalons de sang 
oriental dont l'introduction soit historiquement constatée. 

(3) Kn 16W, le prince de Marsillac envoyait chercher des chevaux t'ii 
Angleterre. 

(4) Dangeau. — Luynes. 



— 445 — 

fait un si pompeux cloge(l). Cependant, à en juger par 
sa tête de barbe et son encolure effilée et bien droite, on 
peut le croire anglais, les chevaux de ce pays ayant 
alors la plus grande analogie avec les barbes dont ils 
étaient généralement issus et dont une tête petite et 
moutonnée, et une encolure longue, fine, bien sortie du 
garrot, étaient les caractères distinctifs (2). 

Les chevaux que montait Louis XV, et qui étaient 
des courtaults du Suffolk, ont en effet beaucoup plus 
d'analogie avec leschevaux de l'ancienne race barbe (13) 
qu'avec les chevaux de pur sang ou de demi-sang an- 
glais dont on se sert aujourd'hui (4). 

On les voit fidèlement représentés dans les tableaux 
d'Oudry, hauts sur jambes, avec l'encolure longue, la 
tête petite et busquée, les reins courts, les flancs et les 
côtes rondes. Pour la vénerie du Roi, on préférait ceux 



(1) . . .C'est un cheval aussi bon qu'il est beau 
Et que ces jours passés j'achetai de Gaveau 
. . .Une tète de barbe, avec l'étoile nette, 
L'encolure d'un cygne, efûléc et bien droite 

Point d'épaules non plus qu'un lièvre, court jointe, 

Et qui fait dans son port voir sa vivacité; 

Des pieds! morbleu! des pieds! le rein double, à vrai dire 

J'ai trouvé le secret, moi seul, de le réduire 

Une croupe, en largeur à nulle autre pareille, 
Et des gigots, Dieu sait ! bref, c'est une merveille, 
Et j'en ai refusé cent pistoles, crois-moi, 
Au retour d'un cheval amené pour le Roi . . . 

(2) Bnffon, art. Cheval. 

(3) Qu'il ne faut pas confondre avec les chevaux arabes d'Afrique, 
comme on le fait souvent. 

(4) Les chevaux anglais dits de sang descendaient presque tous d'un 
cheval barbe, le Godolphin Arabian. 



— 446 — 

de ces chevaux dont la robe était soupe de lait, tigrée 
ou porcelaine {\]. 

Goury de Champgfand et Desgraviers louent les 
chevaux de chasse anglais. Prùsau de Dompierre (1788) 
dit qu'autrefois on n'aurait pas trouvé dans les équi- 
pages du Roi et des grands soixante chevaux anglais, 
mais qu'au temps présent il n'y en a peut-être pas 
soixante qui ne le soient. C'est un point d'honneur, 
en France, d'avoir des chevaux anglais, <i et en effet 
on ne peut disconvenir qu'ils n'aient raison pour le 
moment, vu la supériorité actuelle des chevaux an- 
glois (2). » 

« Les chevaux anglois, dit La Guérinière, sont les 
plus recherchés pour la course et pour la chasse par 
leur haleine, leur force, leur hardiesse et la légèreté 
avec laquelle ils franchissent les haies et les fossés. » 

L'habile écuyer du Roi dit plus loin que les chevaux 
de chasse anglais vont des journées entières sans dé- 
brider , et toujours à la queue des chiens, dans leur 
chasse du renard. Il leur reproche de n'être point 
assouplis suivant les règles de l'art, ce qui les rendrait 
plus liants, leur conserverait la bouche et les jambes, 
et les rendrait moins sujets à rompre le col à leur homme 
quand ils cessent de galoper sur le tapis. 

Suivant le même, les meilleurs hunters venaient du 



(1) Soupe de lait, blanc jaunâtre, tigré, blanc tisonné de noir, ])or- 
vclainc, jioil bizarre dont le fond est blanc avec des taches sur tout le 
corps, comme on en voit sur les vases de porcelaine {Ecole de cava- 
lerie de La Guérinière.) 

(2) Traité de l'éducation du cheval. 



_- 417 — 
Yorkshire. Quanl aux normands, ils valaient mieux 
pour la p;uerre que pour la chasse. 

Il est à propos de remarquer que la vogue exclusive 
des chevaux anglais date de la même époque que 
celle des chiens courants, leurs compatriotes. Aupa- 
ravant le train des chevaux normands suffisait pour 
suivre les meutes normandes (1) et pour les suivre 
jusqu'au bout. C'était une jument normande que mon- 
tait M. de Popipou le jour de sa fameuse chasse. 

Les selles anglaises arrivèrent en France avec les 
chevaux anglais. La Guérinière nous apprend que, de 
son temps, la selle anglaise et la selle rase sont seules 
en usage à la chasse. La selle rase n'avait de baltes que 
par devant. La selle anglaise ressemblait à celle dont 
nous nous servons aujourd'hui, excepté que les quar- 
tiers en étaient coupés carrément (2). 



(1) Presau de Dompierre. 

(2) École de cavalerie. — GafTet de la Briffardière, qui écrivait quel- 
ques années plus tôt, se borne à dire qu'il faut, pour chasser, de 
grandes selles dont les panneaux soient assez larges et les arçons d'une 
bonne lonçïueur. 



CHAPITRE VI. 

Des diverses chasses qui se font à force de chiens. 



Les animaux qu'on chassait à force, avec chiens 
courants ou lévriers, étaient le cerf, le daim, le che- 
vreuil, le lièvre, le sanglier, le loup, le renard et la 
loutre. 

Gaston Phœbus y joint l'ours qui n'a jamais été 
chassé en France que par les seigneurs voisins des 
Pyrénées , mais à qui son importance doit faire 
octroyer une place parmi les animaux chassés noble- 
ment. Il ajoute encore à sa liste le bouquetin, l'isard 
et le loup-cervier, qui n'ont jamais pu être chassés 
véritablement à courre, le chat sauvage, le blaireau et 
le lapin qui ne l'ont été que trop accidentellement 
pour obtenir le même honneur. 11 en est de même de 
la marte. 

§ 1. DE LA CHASSE DU CERF. 

La chasse du cerf est la plus belle et la plus savante 



— 449 — 
de toutes les chasses. En elle se sont résumés tous les 
principes, tous les progrès de la science de vénerie. 
Hardouin de Fontaines-Guérin disait qu'au chassier y 
avait grant maistrise et science. 

Pour ce que c'est beste savant. 

« Cette chasse l'emporte sur toutes les autres parce 
qu'elle est constamment une science, fondée sur des 
connaissances non équivoques, sans l'entière posses- 
sion desquelles il est absolument impossible d'acquérir 
le titre de bon connoisseur et de bon piqueux (1). » 

Les règles de la chasse du cerf ont été fixées à une 
époque inconnue, mais certainement fort ancienne; 
elles l'étaient probablement depuis longtemps, lorsque 
fut écrit ce Dit de la chace dou serf, qui est notre plus 
ancien traité de vénerie (xm^ siècle). 

Sauf quelques détails que nous allons signaler, les 
veneurs procédaient dès lors de la même manière que 
dans les temps modernes ; les termes de l'art sont les 
mêmes, les mêmes noms désignent le progrès de l'Age 
chez l'animal, les phases successives de la croissance 
de son bois, et les diverses parties qui constituent 
l'ensemble de la tête du cerf (2). 

De temps immémorial (3), les veneurs, dans l'inté- 
rêt de la reproduction de l'espèce, non moins que 
dans celui du garde-manger, cessaient de chasser le 



(1) Leverrier de la Gonterie. 

(1) Voir, entre autres, Gaston Phœbus et du Fouilloux. 

(3) Ces temps de repos et de chasse étaient observés dès l'époqiie 
des Carlovingiens. Seulement la ccrvaisnii paraît avoir fini au com- 
mencement de septembre. 

II. 29 



— 450 — 
cerf à la sainte Croix de septembre, époque du com- 
mencement du rut, pour ne reprendre qu'à la sainte 
Croix de mai, lorsque les cerfs ont leur tête à demi re- 
faite et entrent en venaison, témoin le vieux dicton : 
Mi maiy mi teste, mi juin, mi graisse ; A la Magdeleine, 
venaison pleine ( 1 ) . 

La période durant laquelle on chassait le cerf s'ap- 
pelait la cervaison (2). Fleuranges rapporte que jus- 
qu'au règne de François I", quand arrivait la sainte 
Croix de mai, qu'il est temps démettre les oiseaux en 
mue, les veneurs du Roi, tous habillés de vert, venaient 
avec leurs trompes mettre les fauconniers hors de la. 
cour. A son tour, le grand fauconnier venait chasser 
les veneurs le jour de la sainte Croix de septembre, 
car les cerfs ne valent plus rien. 

François I" fut le premier qui mit en oubli ces us 
et coutumes de l'ancienne vénerie ; depuis, on chassa 
le cerf à la cour pendant toute l'année, sauf les mo- 
ments de chaleurs excessives ou de fortes gelées (3). 

Comme toute chasse à courre régulière, la chasse du 
cerf a pour indispensable préliminaire l'acte de dé- 
tourner la. bete avec le limier. 



(1) Menagier de Paris, t. II. — Levcrricr de la Contcrie. — La sainto 
Croix de mai, ou Invocation delà sainte Croix, est le 3 mai. La sainte 
Croix de septembre, ou ExaUalion de la sainte Croix, le 14 de ce mois; 
la Magdeleine, le 22 Juillet. 

(2) On disait de môme la porcltaiso?i pour la saison de la chasse aux 
sangliers. Louis XIII voulait qu'on appelât merlaison l'époque de la 
chasse aux merles. Voir Tallemant des Réaux, t. II. 

(3) Voir Dangeau et Luynes. — Il est à remari|iitu' (pie la législation 
actuelle sur la chasse interdit la chasse à courre iirécisément pendant 
les mêmes mois qui composaient la cervaison. 



— 151 — 

Pour celte délicate opération, dont le but est de 
s'assurer de la présence d'un cerf courahk dans une 
certaine enceinte , le veneur doit s'aider des connais- 
sances qu'il peut tirer du pied, des allures, des portées, 
des abattures, des fumées et des frayoirs. 

Le pied et les allures permettent de reconnaître le 
vieux cerf du jeune et de la biche. (On nomme allure 
la distance entre les pas de l'animal.) 

Les portées sont les branches que le cerf touche de 
ses bois dans la coulée par laquelle il s'embuche; 
elles donnent, à partir du mois de juin, des indices 
sur sa taille et la grandeur de sa tête. 

Les frayoirs (anciennement fréoirs ou frévoirs) sont 
les baliveaux contre lesquels les cerfs viennent frotter 
leur tête pour la dépouiller de la peau veloutée dont 
elle est revêtue au moment du refait, ce qui s'appelle 
toucher au bois dans le langage actuel de la vénerie (on 
disait, autrefois, frayer brunir]. 

On tire des frayoirs des inductions sur le corsage 
du cerf et la hauteur de sa tête. 

Dans la vénerie royale, le premier qui rapportait 
un frayoir au chenil ou à l'assemblée recevait en don 
un cheval, si c'était un des gentilshommes de la véne- 
rie, et si c'était un valet de limier, un habit qui fut 
plus tard remplacé par une somme de 50 écus (1). 



(1) Dès le temps de François 1", le cheval était remplacé par une 
somme d'argent : « à Esme de Gan, lieutenant de la vénerie, la somme 
de 41 It. pour icelle bailler en forme de don à icellui des gentilshommes 
de ladite vennerie qu'il adviscra debvoir appartenir pour le dreit du 
frevcr ilu cerf durant l'année. « (Comptes, 18 juillet 1529.) 



— 452 — 

Les fumées, ou fientes du cerf, suivant leurs dimen- 
sions et l'époque où l'on les trouvait soit en bouzards, 
soit en plateaux, soit en troches ou demi-plateaux, soit 
enfin formées ou dorées, indiquaient le sexe, l'âge et la 
force de l'animal. 

Ces connaissances avaient leur importance lorsqu'on 
chassait le cerf pendant l'été, seule saison où elles 
puissent servir, el le valet de limier qui rencontrait des 
fumées ne devait pas manquer de les recueillir et de 
les rapporter proprement enveloppées d'herbe dans le 
pavillon de sa trompe ou le rebord de son chapeau, 
dès qu'elles cessent d'être en bouzards. 

Il les présentait ensuite à celui qui recevait son 
rapport comme pièces justificatives (Ij. 

Pendant la quête, tous les points de repère dont 
peut se servir le valet de limier sont marqués avec 
des brisées. 

L'opération terminée, les valets de limier viennent 
à l'assemblée faire leur rapport au chef d'équipage, 
suivant une forme sacramentelle. 

Cette forme est essentiellement dubitative. Le ve- 
neur doit dire : « Je mescroy, ou : je crois avoir dé- 
tourné un cerf, » parce qu'il peut arriver que l'animal 
ait été mis sur pied accidentellement et ait vidé l'en- 
ceinte. Il est aussi d'usage de donner le cerf pour 



(1) Pour s'assurer que les fumées sont de bon temps, le veneur doit 
les rompre et les flairer. On a prétendu que les anciens valets de limier 
les goûtaient quelquefois pour mieux ajjprécier leur degnîde fraîcheur. 
Ce détail, vrai ou faux, est encore de nos jours un thème inépuisable 
de plaisanteries d'un goût douteux pour les écrivains anglais. 



— 453 — 
moins âgé qu'on ne le suppose réellement d'après ses 
connaissances. 

Le maître de l'équipage a choisi, d'après les rap- 
ports, le plus cerf des animaux détournés et donne 
l'ordre d'aller frapper aux brisées. Les chiens sont divi- 
sés en chiens de meute, relais de vieille meute et relais 
des six chiens (l). 

Ces relais sont envoyés sur les refuiles présumées 
du cerf, et l'on procède au lancer. 

Dans nos équipages français, on a toujours mis de 
meute les chiens les plus vites et les chiens les plus 
vieux et les plus lents en relais. En mars 1685, Mon- 
seigneur étant allé courre le cerf à Saint-Germain avec 
les chiens de M. de Furstemberg, fut fort étonné de 
voir donner les relais à l'envers, les vieux chiens à la 
meute et les plus vites au dernier relais. Cette méthode 
eut un plein succès, et M. de Furstemberg prit les sept 
cerfs qu'il courut en celte saison (2). 

Du temps de Charles IX, comme du temps de Gas- 
ton Phœbus, on lançait le cerf à trait de limier, c'est- 
à-dire que le veneur qui avait détourné la bête, arri- 
vant à ses brisées, mettait son limier sur la voie du 
cerf, le tenant à la longueur du trait, et lui parlant 
sans cesse. 11 était suivi par toute la meute en hardes 
à 60 pas de dislance. 



(1) Le dernier relais portait invariablement ce nom-, (juel que fût le 
nombre des chiens qui le composaient. M. Lavallée suppose qu'il étail 
anciennement formé des six chiens que l'abbé de Saint-Hubert en- 
voyait annuellement au Roi. 

(2) Dangeau, t. 1. 



— kV^h 



Dès que le valet de limier était arrivé à la reposée 
(lu cerf, il appelait les chiens à lui en criant : Gare, 
gare{\] I et sonnait deuxmois de sa trompe s'ils étaient 
éloignés. Aussitôt les chiens arrivés, il marchait deux 
longueurs de trait devant eux avec son limier pour 
leur faire sentir la voie, et l'on découplait immédiate- 
ment. 

Les valets de limier montaient alors à cheval, et 
faisant mener leurs limiers derrière eux, costoijaient la 
meute au-dessous du vent, pour se tenir prêts à rele- 
ver les défauts (2). 

En 1726, on avait encore l'habitude de laisser 
courre à trait de limier, seulement les hommes qui 
avaient fait le bois retournaient au logis avec leurs 
chiens, aussitôt le cerf attaqué. 

Comme cette antique méthode faisait perdre beau- 
coup de temps, on prit le parti, sous Louis XV, de dé- 
coupler les chiens de meute aux brisées et de fouler 
l'enceinte avec eux (3). D'Yauville, ayant éprouvé que 
cette nouvelle façon de lancer n'avait pas moins d'in- 
convénients que l'ancienne, proposa de découpler aux 
brisées quelques chiens trop vieux ou trop lents pour 
être mis aux relais. Malgré la résistance opposée à 



(I) Du Fouilloux. — Du tcini>s de GaffuL do la lirillardièrn ou criaiL 
hau lahaul. 

('2) (iaston Phœbus. — Du Fouilloux. — D'Yauville. 

(3) Goury d(3 Champgraiid(nG9) parle encore de la manière de lancer 
le cerl' à trait do limier, mais comme tombant en désuétude. — Le- 
verrier de la Conterie dit i|ue « les Normands sont si vifs, si ex])éditils, 
([u'ils onladoiilé la méthode de IVaiiperà la brisée avec tous les chiens 
de meute. Et Je serais Irés-mal reçu, u.joule-l-iU si Je proposais de 
l'ain- MutriMuenl. « 



— 455 — 
celle iiinovalion par quelques veneurs rouliniers, elle 
fui aduplée définitivemenl, et c'esl la mélhode qu'on 
emploie encore aujourd'hui. 

Le cerf lancé, on découplait les chiens de meule, 
et les veneurs piquaient après, les animant de la voix 
et de la trompe, leur venant en aide sur un change ou 
sur un retour, s'efforçant de revoir du cerf le plus 
souvent possible par corps ou par le pied, et de faire 
donner les relais à propos. 

Lorsque le cerf, sur ses fins, battait les eaux, on 
recouplait les chiens, et les piqueurs se mettaient à la 
recherche d'une embarcation. S'ils ne pouvaient s'en 
procurer, le plus intrépide se jetait à l'eau tout nu, 
une dague à la main, et allait percer l'animal à la 
nage(1). 

Si le cerf tenait les abois sur terre, il fallait se hâter 
d'accourir pour l'empêcher de faire dégât dans la 
meute. Celte opération était considérée comme dange- 
reuse quand l'animal avait frayé et bruni, c'est-à-dire 
quand ses andouillers étaient devenus durs et aigus (2). 
Gaston Phœbus et Fonlaines-Guérin recommandent, 
en ce cas, de le traire avec l'arc, de lui lancer de loin 
une épée, ou de l'approcher à pied, par derrière, pour 



(1) « En lieu profond, il n'a force d'existence. J'en ay tué en cette 
sorte plusieurs fois en présence de beaucoup d'hommes : puis les pous- 
sois à la rive en nageant. » (Du Fouilloux.) 

(2) C'est donques folie tréfière 
D'espée o tel cerf asembler 
Ce pouroit outrage sembler 
Puis c'en le peut tuer de loing. 

{Trcsur de Vancrie.) 



— 456 — 
l'esjarreter. Fonlaiaes-Guérin dit de plus qu'il faut 
avoir la précaution de se couvrir le visage d'un feuil- 
larcl vert. 

Au xvf siècle, on accouait (1), parfois, le cerf à 
cheval, non sans péril (2). 

Du temps de Ligniville, les Anglais avaient adopté 
l'usage de servir le cerf avec l'arquebuse, mais en 
France on se fit longtemps encore un point d'honneur 
de n'employer que l'épée ou le couteau de chasse (3). 
(jaflet de laBriffardière admet qu'à Trafremi^e, et quand 
un cerf est trop méchant, il est permis de Vexpédier 
d'un coup de fusil. « La plus belle chasse, cependant, 
est toujours de tuer le cerf avec les armes blanches et 
de lui couper les jarrets avant qu'il rentre dans 
l'étang. » 

D'Yauville déclare, avec beaucoup moins de scru- 
pule, que depuis très-longtemps on a recours au fusil, 
« cette méthode, plus sûre el plus prompte, épargne 
la vie de bien des chiens, » l'autre n'était qu'une 6m- 
vade, meurtrière pour les chiens et dangereuse pour 
les hommes. 

Le cerf mort, on rendait les honneurs et l'on procé- 
dait aux cérémonies de la curée (A). ' 



(1) Accouer [ad caudmn) attaiiuer un ccrl' par ilerrioi-e. 

(2) Du Fûuilloux. 

(3) A-l-oii jamais ]iailc «lu iiibLulel:-. l)on Dieu! 
P«HU- courre un cl'i 1'!. . . . 

[Ls Facile t(j\) 

CO l'urri' ou ritircc vient île cuir. Comme on va le voir, la eurée se 
faisait ani'ii'nni'ment sur la nuppr ou jieau du cerl'. 



— 457 — 

On levait d'abord la nappe avanl de loucher au corps 
de l'animal, le veneur chargé de le défaire demandait 
du vin et en buvait un coup, « car, autrement, s'il 
defîaisoit le cerf sans boire, la venaison se pourroil 
tourner et gasler (1). » 

Les morceaux de choix, ou menus droits (2), étaient 
ensuite prélevés et accrochés à une fourchette de bois, 
pour être portés à la cuisine du maître. 

Ces devoirs accomplis, le veneur dépeçait le cerf 
suivant les règles de l'art, en ayant soin de réserver 
/'os corbin tout franc. Cet os était réservé aux corbeaux 
qui, en toute place, signifient ïheur de la chasse (3). 

La venaison était distribuée entre les chasseurs, 
suivant leur rang dans la hiérarchie et conformément 
à certaines règles observées de temps immémorial (4). 

La part des veneurs faite, restait à servir les chiens. 

En première ligne venaient les limiers qui avaient 
droit de manger le cœur et de ronger le massacre, la 
botte au col et le trait déployé. 



(1) Du Fouilloux. 

(2) Les ?uem<s droits étaient le mufle, la langue, les oreilles, les 
daintiers, le franc boyau, la veine de cœur et les petits filets attachés 
aux reins. 

(3) Trésor de Vanerie. 

(4) Ce partage, indiqué brièvement dans le Dit de la chace dou scr/\ 
est exposé tout au long dans le Trésor de Vanerie. 

Au xvii° siècle, dans la vénerie royale, les menus droits étaient ré- 
servés pour la èciwc/te du Roi et de la Reine. Le cimier appartenait au 
grand veneur, les grands iilets avec une cuisse au lieutenant de la vé- 
nerie -, le gros des nombles au sous-lieutenant, l'épaule droite au gen- 
tilhomme qui a laissé courre, la deuxième cuisse aux autres gentils- 
hommes; l'épaule gauche aux valets de limier, les côtés du cimier au 
maître valet de chiens, le foie ou les flanchards aux autres valets. 
En hiver, on ne levait pas de venaison, et les chiens mangeaient tout. 



— 4o8 — 
La rnculc Taisait curée chaude de ce qui restait du 
cerf, à moins qu'on ne préférât lui donner la curée 
au chenil. En ce cas, on préparait aux chiens une 
mouée avec les débris du cerf, son sang, du lait et du 
pain. 

Au moyen âge, et jusqu'au xvii' siècle, la curée se 
iii sur la nappe du cerf, étendue à terre. Plus tard, le 
cojfre du cerf et les morceaux abandonnés aux chiens 
furent recouverts de cette nappe, adhérente au mas- 
sacre, qu'un valet tenait élevé devant les chiens (1). 

Chez le Roi, la curée froide fut presque exclusive- 
ment en usage, à partir du xvn' siècle. 

Aussitôt qu'elle était prête, le grand veneur préve- 
nait Sa Majesté et lui présentait deux houssines de 
coudre ou de bouleau pour qu'Elle en choisît une. 
Les lieutenants de vénerie présentaient des baguettes 
semblables aux princes, et le maître valet de chiens 
aux personnes de qualité présentes. Ces baguettes ser- 
vaient à empêcher les chiens de se battre et à les écar- 
ter quand ils s'approchaient trop. 

Cette distribution faite, le grand veneur sonnait de 
sa trompe d'argent pour faire venir les chiens, les 
officiers de la vénerie sonnaient ensuite tous ensemble 
et le valet de chiens ouvrait la porte du chenil. 

Les chiens mangeaient d'abord la mouée qui leur 



(I) Lcveirici- de hi (louLoric, aprè^ avoir éiiunirrù les morceaux aL- 
( ribués aux veneurs, eL lait obt^ervor ([u'il uc reste aux chiens do meute 
<|ue le colFre, termine en disant « (jue le maître d'un éciuipai^e sur le- 
quel il lève di' si l'uriçux im|iùls \a moins à la chasse qu'à la Itou- 
cherie. m 



% 



— 459 — 

avait été préparée. Après quoi, on les tenait sous le 
fouet autour de la carcasse du cerf, en criant : Der- 
rière, chiens, derrière ! jusqu'à ce que le grand ve- 
neur, sur l'ordre du Roi, fit signe, avec sa gaule, de 
les laisser fondre sur leur proie en toute liberté. Pen- 
dant qu'ils la dévoraient, on sonnait de la trompe en 
criant aux chiens : Hallali, valets, hallali (i) ! 

Quelquefois, le Roi donnait à sa cour le spectacle 
d'une curée aux flambeaux (2). 

Louis XIV, toujours amoureux des pompes et des 
cérémonies, assistait volontiers à ces curées auxquelles 
il menait les princesses et les dames de la cour. Il en 
prit le divertissement jusque dans les dernières années 
de sa vie. Le 12 juin 1711, lit-on dans les mémoires 
de Dangeau, le soir d'une chasse à Rambouillet, on 
fit la curée dans la cour, et le spectacle en fut fort 
agréable par le grand nombre de sonneurs, de chiens 
et de flambeaux (3). » Sous Louis XVI, le Roi et les 
(jrands avaient cessé de paraître aux curées (4). 

Les choses se passaient, naturellement, avec moins 
de cérémonial chez les simples gentilshommes auto- 
risés à chasser le cerf. 

L'animal dépecé et recouvert de sa nappe, le 
piqueux sonnait la vue, et le valet de limier enlevait 



(1) Gallet de la Briffanlière. — D'Yauville. 

(2) Dangeau. 

(3) Le 3 octobre 1G08, le Roi mena la duchesse de Bourgogne voir la 
curée au chenil de Fontainebleau. 

Le 4 octobre 1712, il y eut curée aux flambeaux en préseuce du Rçi, 
à Rambouillet, chez lo comte de Toulouse, 
('i) D'Yauville. Voir }ilus haut 



— 460 — 

la nappe en criant : Hallali ! Le valet de chiens distri- 
buait des baguettes qui lui étaient payées 24 sols, et 
chacun sonnait fanfare pendant que les chiens dévo- 
raient la curée (1). 

Dès qu'ils avaient achevé de faire disparaître les 
restes du cerf, un valet de chiens, prenant les menus 
boyaux, préalablement mis de côté, les élevait au bout 
d'une fourche, et appelait à lui la meute en criant : 
Taïaut (2) ! Lorsqu'elle était rassemblée autour de 
lui, on laissait, pendant quelque temps, les chiens faire 
mille sauts, jusque sur les épaules du valet. Lorsqu'ils 
avaient bien sauté, crié, et amusé llionorablc compagnie, 
on leur jetait l'objet de leur avidité en sonnant la 
vue (3). 

Cette espèce de dessert s'appelait le forhu , du mot 
forhucr, crier, appeler, et fut en usage depuis les 
temps les plus anciens jusqu'à la révolution (4). 

Le forhu était surtout pratiqué dans les meutes des 
seigneurs oii les chiens chassaient moins souvent que 
ceux de la vénerie royale (5). Il avait pour but de leur 
enseigner à rallier les piqueurs dans un défaut ou 
dans un retour. 

Le forhu terminé, on sonnait la retraite prise, sui- 



(1) Lt'Vt'iTier de la Contei'io. 

(2) Ta liant! dans GalFet. Gaston Phœlnis écrit lirl au. Fontaines- 
Guûrin, Ihi/alau et du Fonilloux /// « hillaud. 

(3) Leverricr do la Contcrie. 

(i) Le DU de la cliace don serf. — Gaston PIkl'Ijus. — Le Trésor de 
Vaiierie et tous les auteurs i)osléricurs. 

(>")) GafTet de la Briirardière. — Le forhu se faisait dans les ('(lui- 
jiages de l^ouis XV quand il y avait curée chaude. — Voir d'VauviUe 
cl un tableau d'Oudry, au château de Fontainebleau. 



— IGl — 

vie de toiiles les fanfares de fantaisie, et l'on rentrait 
au logis. 

Telles étaient les règles et les péripéties de la noble 
chasse du cerf. 

Au moyen âge, où l'on tenait à prendre le cerf 
n'importe comment, on le chassait souvent avec moins 
de régularité, et l'on ne se faisait pas faute de raccour- 
cir l'espace où il pouvait faire usage des moyens de 
salut que lui a donnés la nature, avec des toiles ou des 
hommes apostés (1). On chassait aussi le cerf avec des 
lévriers, soit en le mettant sur pied avec des brachels, 
soit en le laissant courre avec la meute, comme à l'or- 
dinaire (2). 

Les lévriers, divisés par laisses de trois, étaient chasseducerr 
tenus par des valets es certains accours où il ha beau ^^]\J^ 
pays pour lévriers courre (3), ou devant les grosses 
rivières où il était dangereux de laisser l'animal battre 
les eaux. Des hommes à pied, nommés défenses, ou 
des cavaliers dits fortitreurs (A), étaient postés dans les 
endroits où l'on ne voulait pas permettre au cerf de 
débucher ou de gagner pays. Lorsqu'il entrait dans le 



(1) Telle est la manière de chasser le cerf enseignée par Ilardouin 
de Fontaines-Guérin. 

(2) Le cerf devant les lévriers est un terme de comparaison très-fré- 
quent dans les romans du xii» et du xiii' siècle : 

La nés (nef) sigle dusque à la nuit 
Plus test que cers lévriers ne fuit. 
(Pa7Ho7îopeiis de lUois.) 

Voir aussi les exemples cités plus haut. 

(3) Gaston Phœbus. 

('i) De fors, dehors, ot litre. 



— 462 — 

titre (1), on découplait d'abord les lévriers les plus 
viles, pour le pousser et le mettre hors d'haleine, puis 
les plus grands et les plus pesants qui le portaient 
bas. Ces derniers étaient surnommés receveours ou 
receveurs. 

Cette sorte de chasse se faisait quand on tenait à se 
procurer de la venaison pour la table ou qu'on vou- 
lait afaytier les chiens de meute. C'était aussi un moyen 
de faire voir beau déduit ou à dames ou à seigneurs estran- 
gers qui ne voudroient guère courre. Enfin on y avait 
recours dans des pays difficiles, où l'on ne pouvait 
suivre les chiens courants (2). En somme, c'était une 
chasse peu considérée. 

Au xvi^ siècle, on se servit parfois de lévriers pour 
abréger une chasse de cerf, comme on le fit à la cour 
de Henri II pour les ambassadeurs allemands (3). 
Dangeau mentionne encore quelques rares exemples 
de cerfs pris par des lévriers sous Louis XIV. 

Nos Rois ont eu de tout temps des équipages de 
cerf; depuis le commencement du xvi*' siècle, il y a 
eu presque constamment deux meules consacrées à la 
chasse de ce noble animal dans la vénerie royale (4). 
Tous les grands équipages de France étaient des équi- 
pages de cerf, môme depuis que le cerf était devenu 
bête royale et exclusivement réservée aux plaisirs de 



(1) TUre ou ace ouvre , endroit choisi pour embusquer les lévriers. 
Voir sur ce mot M. Lavallée dans son édition de Phœbns et dans la 
Chasse à courre. 

(2) Gaston Phœbns. 

(3) Voir plus haut, t. I'". 

(•'i) Voir les Pièces justilicativcs à la fin du t. 1". 



— 4G3 — 

Sa Majesté. Les princes et les grands seigneurs le 
chassaient en vertu d'autorisations spéciales, et les 
simples gentilshommes obtenaient souvent de ces per- 
missions exceptionnelles dans les pays qui n'étaient 
pas soumis au régime des capitaineries (I). 

Les chasses de cerf de nos anciens rois furent sou- 
vent très-longues et très-pénibles, comme on en peut 
juger par les anecdotes racontées plus haut. Henri IV, 
entre autres, se trouva maintes fois retenu dans les 
forêts jusqu'à la nuit. Cependant il lui arriva de 
prendre trois cerfs dans la même journée (2). 

Les cerfs les plus vigoureux ne duraient guère que 
trois quarts d'heure devant les chiens de Louis XIV, 
lorsque ce Roi, dans la force de l'âge, ne craignait pas 
une trop grande vitesse (3). Il n'était pas rare de 
prendre en une demi-heure, même en 20 minutes (4). 
En 1700, le Roi, ne montant plus à cheval, recom- 
manda à M. de la Rochefoucauld d'avoir des chiens 
pour le cerf beaucoup moins vites que ses grands chiens 
blancs, afin de pouvoir suivre la chasse dans sa ca- 
lèche. Le grand veneur fit une remonte de chiens nor- 
mands qui donna satisfaction au Roi; la meute fut 
divisée en deux portions presque égales, dont l'une, 
composée de près de cent chiens moins vites que les 
autres, prit le nom de meute de Marly. Avec cette 



(1) Loverrier de la Conterie. 

(2) Gorresp. do Henri IV. 

(3) Lettre de Pélisson, citée par Saintc-Palaye. 

(4) Dangcau, t. II et V. 



— 4G4 — 

meute, les chasses durèrent souvent jusqu'à la nuit (1). 

Ces équipages de cerf, déjà si nombreux, furent 
encore augmentés en 1701 de la meute du chevalier 
de Lorraine, qui en fil présent au Roi (t). 

Avec les grands chiens, l'on forçait souvent deux ou 
trois cerfs bouta bout (3). Le 3 novembre 168î, Mon- 
seigneur, parti à huit heures du malin de Fontaine- 
bleau avec Madame, prit deux cerfs avant midi. Us 
vinrent ensuite à trois heures de là rejoindre le Roi, 
qui vil dans sa calèche courre un troisième cerf; enfin 
Monseigneur en força un quatrième et fut de retour 
au château à trois heures. « Jamais, je ne pense, dit 
Dangeau, en enregistrant ce haut fait, on n'avait pris 
quatre cerfs bout à bout, en même jour et en si peu de 
temps. » 

Le jour de la Saint-Hubert de l'année suivante. 
Monseigneur prit deux cerfs de sept heures du malin 
à midi, et le Roi, de sa calèche, en vit encore prendre 
deux dans l'après-dînée (4). 



(1) 6 novembre 1700. « Le Roi courut le cerf avec M"' la duchesse de 
Bourgogne : ils n'en revinrent qu'à la nuit. Le Roi nous dit qu'il n'a- 
vait jamais fait une si belle chasse. C'étoit avec la meute de Marly, 
qui lui donne beaucoup plus de plaisir que les grands chiens. » (Dan- 
geau, t. VIII.) 22 mai 1713,1e Roi s'opiniàtra à la chasse et n'en revint 
qu'à 7 h. 1/2 quand les chasseurs l'eurent assuré qu'on ne pou voit pas 
retrouver le cerf. {Ibid., t. XIV.) 6 octobre 1713, le Roi ne revint de la 
chasse qu'à 7 h. 1/2, après avoir pris deux cerfs. (Ibid., t. XV.) 

(2) Dangeau, t. VIII. 

(3) Ibid., passim. 

(4) Dangeau, t. I et II. — « Nous avons été hier à la chasse du cerf, 
écrit Madame, le 10 janvier 1715; le temps n'était pas beau; il y avait 
un tel brouillard, qu'on voyait à peine à qualité pas devant soi; on 
n'apercevait le cerf et les chiens que comme des ombres, mais ils se 
conduisirent bien et prirent le cerf en cinq quarts d'heure. » 



— 460 — 

A l'époque où Dangeaii inscrivait jour par jour les 
chasses de Louis XIV et du Dauphin, ré({uipage royal 
prenait une soixantaine de cerfs par an, en présence 
du Roi ou de son fils. Une chasse manquée était un 
événementdes plus rares, et dont on prenait note avec 
un regret plein d'humiliation (1). 

Par les registres conservés à la bibliothèque du 
Louvre, on voit que, de 1723 à 1757 inclusivement, 
la grande meute du Roi a pris 3,156 cerfs. 

L'année où le chiffre des prises est le plus élevé 
(1730) en constate 121; celle où ce chiffre est le 
moindre (1731), 77. 

En 1754 la grande meute prit 110 cerfs sans en 
manquer un seul. 

La petite meute, de 1737 à 1742, prit 600 cerfs; de 
1743 à 1757, 2,651 (2). 

On peut remarquer, dans les comptes rendus de ces 
chasses, que chacune des meutes chassait de 60 à 
75 fois par an (3). Elles prenaient leur animal assez 
vite, puisqu'on voit très-souvent deux cerfs pris bout 



(1) 12 juillet 1708. « On manqua le cerf, chose fort extraordinaire aux 
chiens du Roi. » (Dangeau, t. XII.) Nous avons vu que l'équipage du 
duc de Bouillon avait pris jusqu'à cent cerfs. 

(2) Le chiffre le plus élevé des prises est 154 (17G0); le moindre, 70 
(1745). 

(3) En 1739, la petite meute fit 114 chasses. Le nombre le plus con- 
sidérable qu'en ait fait la grande est 78 (1741). 

« J'ai déjà marqué plusieurs fois, dit à ce sujet le duc de Luynes, 
que le Roi a deux meutes pour la chasse du cerf, la petite et la grande. 
Pendant tout le cours de l'année dernière (1754), la grande n'est ja- 
mais rentrée sans avoir pris au moins un cerf. Les chasseurs font 
cette remarque et prétendent que cela n'est arrivé à aucune meute. » 
{Mémoires, t. XIV.) 

H. 30 



— /iGG — 

l\ bout. Les chasses simultanées ne sont pas rares, 
non plus que les cas où des cerfs blessés précédem- 
ment sont pris par quelques chiens séparés (1). 

Le ducdeLuynes rapporte que, le jour de la Saint- 
Jean d'hiver (27 décembre 1738), Louis XV avait déjà 
pris 110 cerfs avec une de ses meutes et 98 avec 
l'autre; il comptait en prendre encore 2 avec celle-ci 
avant la fin de l'année (2). 

De 1722 c\ 1740, les équipages réunis du comte 
d'Lu et du prince de Dombes, son frère, prirent 
1 ,00*3 cerfs et en manquèrent 268 (3). 

Pendant l'année 1755, la vénerie du duc d'Orléans 
compta 62 journées de chasse, dans lesquelles il y 
eut 63 prises de cerfs et 7 animaux manques (A), 

L'équipage de cerf de Louis XVI fit 74 chasses 
pendant l'année 1775 (5). 

Celui du prince de Condé prit, en 1778, 165 cerfs. 
C'est le chiffre le plus élevé de toute la période com- 
prise dans le Journal de Toudouze (1753-1778), la plus 
faible est de 33 prises (en 1763) (6). 



(1) Voir les Pièces .iiistilîcatives à la fin de ce volume. 

(2) La pe/«7c meule de Louis XV était originairement une meute de 
chiens pour le lièvre, donnée en 1725 au Roi par le duc de Bourbon. 
Api'ès avoir chassé le daim et le chevreuil, elle forma en 1730 une 
seconde meute de cerf. La petite meute avait un commandant, un gen- 
tilhomme, deux piqueurs, deux valets de limiers à cheval et dix valets 
de chiens (d'Yauville) ; elle fut employée de nouveau à chasser le 
chevreuil en 1774. 

(3) Premier et deuxième livres des chasses de cerfs, etc., ouvrage 
déjà cité. 

(4) Chasses de cerf, /'ailes par l'njuiparie de Monseiginin' le duc 
d'Orléans pendanl l'année 1755. (Hilii. de la Rcino Mario-Amélie.) 

(5) Revue rélrospeciice, t. V. 

(G) Voir les Pièces juslillcalivcs à hi tin do cr volum*'. 



— 407 



2. DE LA CHASSE DU DAIM. 



« Toutes les choses qui sont ordonnées par moy en 
la chace du cerf, dit le Roy Modus, sont gardées 
en la chasse du dain, excepté trois choses : estre des- 
lourné du limier, laisser courre sans le voir, relais- 
ser chiens autres que ceux qui le chacent (1). » 

Gaston. Phœbus nous apprend, en effet, qu'on le 
lançait à la billebaude avec 4 ou 6 chiens , les meil- 
leurs et les plus sages de la meute; mais il ajoute que 
le veneur le doit chasser, rechasser, relaisser et re- 
quérir comme un cerf (2). 

Après Gaston Phœbus il faut aller jusqu'à Leverrier 
de la Conterie pour trouver quelques préceptes sur la 
chasse du daim. L'auleur de \a Vénerie normande, qui 
n'avait jamais chassé le daim sur son compte, mais qui 
l'avait vu chasser par les chiens du Roi, remarque 
seulement que cette chasse et celle du cerf ii'ont entre 
elles aucune différence essentielle. Seulement le daim 
est moins entreprenant que le cerf, ne se forlonge 
pas tant et revient plus souvent sur ses voies. 

De cette assimilation complète, il résulte qu'alors 
on détournait le daim avec le limier, comme le cerf. 



(1) Les anciens théreuticographcs qui ont traité de la chasse rlu daim 
sont: Le Roy Modus, Gaston Phœbus, Leverrier de la Conterie, Goury 
de Champgrand, Desgraviers. 

(2) GuyUame de Twici traite dédaigneusement le deym et la deym 
de Vermin, et les classe en cette (lualité parmi les animaux qui ne 
sont pas enchasés, mais aquilliz, c'est-à-dire qu'ils ne sont pas mriiz 
de lymcr, mais irovcz de bradiez. 



ilf ilaim. 



— 468 — 
Cependant cet usage n'était pas général. Goury de 
Champgrand dit qu'il est inutile pour le daim de faire 
le bois avec le limier, parce que ces animaux vont 
toujours en bardes et que l'on sait ordinairement 
dans quels cantons ils se tiennent. On découple seule- 
ment cinq ou six cbiens sages pour fouler l'enceinte, 
et, quand on a mis debout et séparé des autres l'ani- 
mal qu'on veut chasser , on découple le reste des 
cbiens (1). 
ifinipa-fs Le daim n'ayant guère existé en France que dans 
les parcs des maisons royales et princières, il n'y a 
jamais eu d'équipage spécial de daim que chez le Roi 
et le prince de Condé. 

Louis XIV avait une meute de chiens chassant le 
daim, dont il paraît s'être servi fort rarement et qui 
avait cessé d'exister depuis longtemps à la fin de son 
règne (2). Le Roi chassait le daim en 1687 avec les 
chiens du duc du Maine, et, en 1G99 et années sui- 
vantes, avec les sans-quartiers du comte de Toulouse. 
Ces chasses avaient lieu à Saint-Germain, à Marly, au 
bois de Boulogne. Le Roi, qui y prenait plaisir, or- 
donna, en septembre 1700, qu'on lui fit venir encore 

150 daims d'Angleterre ()J). 
Louis XV chassa d'abord le daim avec la meute que 

lui avait donnée en 1725 le duc de Bourbon (4). Celte 



(I) Desgraviers arlmct les deux méthodes, en signalant celle indi- 
quée par Champgrand comme la plus ordinaire. 
('2) Voir les Etals de la France. 

(3) Dangeau. 

(4) Pendant les années 1728, 1729 et 1730, ciUle meule chassa le daim 



— 469 — 

meule ayant l'oriné en 1730 une deuxième meute pour 
cerf, le Roi tira de ses autres équipages une nouvelle 
meute, destinée à courre le daim dans le bois de 
Boulogne en présence des dames (1738); les pi- 
(jueurs de l'équipage du lièvre furent attachés à celte 
meute. M. de Dampierre, si connu dans les fastes de 
la vénerie, qui commandait l'équipage du lièvre, prit 
le commandement de celui-ci. Il eut pour second un 
personnage d'une notoriété bien différente, le sieur 
Lebel, ci-devant concierge de Versailles et premier 
valet de chambre du Roi (1). 

Quelques années après , I.ouis XV fit don de cet 
équipage de daim à ses filles, Mesdames de France; 
il fut supprimé au commencement du règne de 
Louis XVI. 

Les princes de Condé eurent à partir de 1765 un 
équipage de daim assez considérable , avec lequel ils 
prenaient souvent 3 daims de suite et parfois 4 (2). 

De 1765 à 1778 , cet équipage prit 980 daims. Ce 
qui établit une moyenne de 70 daims par année; 
l'année 1778, qui fut celle oij. il y eut plus d'ani- 
maux pris , présente le chiffre fort respectable de 
149 daims; et la plus faible, 1705, n'en compte 
que 17. 



de janvier à avril ; elle en prit 30 et en man([ua 7 en 1730, année dans 
laquelle elle fut mise au cerf. (Voir les Pièces justificatives à la fin de 
ce volume.) 

(1) Mémoires du duc de Luynes. 

(1) Voir les Pièces justificatives à la lin de ce volume. 



— 470 — 

§ 3. DE LA CHASSE TtV CHEVIiEUIL. 

Plus léger, plus vif, plus adroit encore à se dérober 
que le cerf, le chevreuil, par ses ruses et ses retours 
multipliés, met à l'épreuve l'habileté du veneur. Aussi, 
sa chasse, très-amusante et très-animée, a-l-elle tou- 
jours été considérée comme plus flne et plus difficile 
que celle du cerf, à laquelle, du reste, elle ressemble 
beaucoup (1). 

« Et se il fust si belle besle ne si royal comme le 
cerf, je tiens que ce seroit plus belle chasse que du 
cerf, quar elle dure tout l'an et est trop bonne chasse 
et de grantmeslrise (2). » 

Salnove estime de môme que c'est la chasse la plus 
considérable après celle du cerf, et qu'elle s'y peut 
\mramjonncr en plusieurs choses, le pied, le corps et 
la tête. 

Les contemporains du Roy Modus et de Gaston 
Phœbus ne détournaient point le chevreuil avec le 
limier; on envoyait, le malin, pour en avoir connais- 
sance, des compagnons qui faisaient des brisées à l'en- 
droit où ils l'avaient aperçu, ou bien on l'attaquait à 
la billebaude. 



(1) Presque tous les Iraitùs généraux de vénerie parlent de la chasse 
du chevreuil. Les auteurs qui s'en sont occupés spécialement sontLi- 
gniville, Maricourt et Jacques Savary. {Vcnalionis cupreoihuv Icgcs.) 

{T} Gaston Phœbus {Du chevreuil cl de toute sa nature). Le comte 
(le Foix ajoute itlu? loin : « et le doit le Veneur chasser plus sagement 
l't subtilement que ne fet le cerf, quar il est troj) malicieuse bestelettc 
ft hagrantpovoiren luy et le veneur sera trente l'ois eu requcsle pour 
le chevreuil avant qu'il en soil une j'our le eeil'. » 



— 471 — 

En ce leiiips-là, on ilisait (fuen chevreuil na nid ja- 
(lemenl pourconrinoistresil est vieil oujosne, ou masle 
ou femelle qui ne le voit à rœil , el on lui jetait des lé- 
vriers dès qu'on pouvait, parce qu'on croyait que les 
chiens courants, quelque bons et sages qu'ils fussent, 
ne pouvaient le prendre à force. On considérait éga- 
lement comme impossible de faire garder change à h» 
meute (1). 

Pendant les guerres de religion, la chasse à courre 
du chevreuil était presque tombée en désuétude. «Nos 
pères, écrivait Maricourt eu 1627, ne faisoient gueres 
aultrement qu'avec les bricolles (2), ayant veu beau- 
coup de chasseurs et moy mesme ayant esté de cesle 
Opinion que les chevreuils et chevrettes ne se pou- 
voient gueres prendre à force et ce qui le faisoit croire, 
c'estoit qu'à la fin des guerres il se trouvoit peu de 
bons chiens ayant de la force et de la vigueur et qui 
parchasasse (sic) bien, (la bonne race ayant esté per- 
due par les guerres), et aussy que les forestz et 
buissons estoient remplis de tant de chevreuilx, ce 
qui donnoit souvent le change, mais après qu'on les 
a éclaircis et que l'on s'est mis en bonne race de 
chiens, il c'est (sic) veu force de meutes qui l'ont sceu 
bien prendre. » 

Les restaurateurs de l'art de forcer le chevreuil ne 
tardèrent pas à essayer de le détourner avec le li- 
mier (3), sans renoncer tout à fait à l'ancienne mé- 



(1) Le Roij Mudiis. — G. Phœbus. 

(2) Sorte de lilet. 

(3) Seul parmi les auteurs cyriégéliquijs du .wii' siècle, Savary sou- 



— 472 — 
thode, moins savanle mais plus facile (1), el savaient 
discerner le pied du brocard d'avec celui de la che- 
vrette. Celle connaissance difficile est enseignée de la 
manière la plus approfondie et la plus précise par Le- 
verrier de la Conterie, qui attribue à l'ignorance et à 
la paresse des piqueux la répugnance qu'ils avaient 
longtemps montrée à foire le discernement du pied 
dans leurs rapports. 

Le désir de conserver l'espèce et de voir courir de- 
vant leurs chiens un brocard décoré de son bois a tant 
fait crier les maîtres d'équipage , révoltés de l'insou- 
ciance de leurs valets de limier, que ceux-ci se sont 
piqués d'émulation et en sont arrivés à distinguer 
sûrement, les jours de beau revoir, les brocards a 
leur quatrième, cinquième ou sixième tète (2). 

La chasse du chevreuil était particulièrement affec- 
tionnée des simples gentilshounnes. Elle leur donnait 
toutes les jouissances de la chasse du cerf, à laquelle 



tient encore qu'on ne jieut tirer aucune connaissance du jjieil du che- 
vreuil ni de ses fumées. { Vcnalionis Çdprcolin.T li'(jes, Caen, 1059.) 

(1) « Nous laissons la raeutle aller aux brisées, sans le donner du 
limier, néantmoings autrefois je n'ay faict laisser courre du limier, 
mais c'est plus tost faict de le lancer avec la meutte. » (Ligniviile.) 

Maricourt, tout en déclarant qu'il n'y a nulle ditférence du clicvreuil 
à la chevrette, dit que l'on va au bois avec des limiers comme iiour 
le cerf. 

Salnovo admet que les valets de limier sont disiiensés, dans leur raj)- 
liort, de faire le discernement du i)ied, jiarce (|u'il serait trop souvent 
frauduleux, « l'on peut néant moins ])articularit>er en y ])renant de la 
jjeine, et s'y attachant l'esprit par une loiialile ambition de se tirer du 
commun et pour en nuidn,' le plaisir plus parlait et en conserver la 
race. » 

Galfet lie la Brilfaidièie donne de bonne- indiratioub pour la con- 
naissance du pied. 

(1) Vrmr'n' nonimmli . 



— 473 — 

il leur élait rarement permis de s'adonner et qui exi- 
geait un appareil bien plus dispendieux. 

Pour le chevreuil, 36 à 40 chiens suffisaient avec 
2 piqueurs vigoureux et bien montés (1). On choisis- 
sait des chiens français ou bâtards, entre deux tailles, 
actifs, bien requérants et sachant se servir eux- 
mêmes (2). « Les chiens gris, dit Sélincourt, aiment 
tous le chevreuil, et, quand ils ont couru trois ou 
quatre chasses, ils se dressent et prennent l'habi- 
tude de retourner quand ils sentent les voyes 
doubles (3). » 

Les bâtards, issus de chiens de lièvre français et 
de chiens d'Ecosse ou d'Angleterre, étaient aussi fort 
eslim.és. 

Henri IV doit (Mre mis au premier rang des veneurs tquipages 
qui remirent en honneur la chasse à force du che- 
vreuil (4). Après s'être assez longtemps servi de la 
meute du connétable de Montmorency (5), il eut pour 



(le clievreuil. 



(1) Maricourt. — La Conterie. 

(2) « Ce n'est pas qu'on ne chasse et prenne chevreuil avec moings 
de chiens, mais ce n'est avec tel plaisir, ny si diligemment Mon- 
sieur Dalincourt, seigneur de Villeroy, gouverneur de Lion et pais 
Lionnois le chasse avec soixante chiens et grand esquipage et l'a tous- 
jours bien pris. Monsieur do Trigny, seigneur de Marivault, nostre 
voisin, gouverneur d'Amiens, le courroit aussi avec soixante et dix 
chiens et grand esquipage et le prennoit fort bien. Monsieur de 
Geidisdo Picardie l'a fort bien pris aussy... » (Maricourt.) 

(3) Maricourt recommande également les chiens gris. 

(4) Voir les lettres missives de Henri IV, et lu correspondance ma- 
nuscrite citée plus haut. 

(5) « Si vous voulez amener vos chiens pour chevreuil, il y en a icy 
auj)rès on plus beau courre ilu monde. » (Lettre écrite de Monceaux au 
connétable, l'i octobre l.îOS.) 



— 474 — 

celle cliasse une meule parliculièrc, donl il donna le 
commandement au marquis de Vilry. 

C'est le premier équipage de chevreuil qu'on voye 
figurer dans la vénerie royale. Ligniville en dit mer- 
veilles (1). 

Cette meute resta sur pied pendant le règne de 
Louis XIII. Elle était alors sous les ordres de M. de 
Sainl-Ravy, fils du célèbre veneur que Henri IV avait 
envoyé en Angleterre (2). 

Sous cet habile commandant, l'équipage qui pouvait 
découpler 50 à 60 chiens ftiisait des chasses admi- 
rables. Il prenait souvent en une heure et demie et 
força cinq chevreuils en huit jours (3). 

Le frère de Louis XIII, Gaston, duc d'Orléans, avait 
aussi un équipage de chevreuil (4). 

Louis XIV eut longtemps une meute de 50 chiens 
chassant le chevreuil, sous la charge du marquis de 
Rarey. Lors de la mort de ce gentilhomme (1691), 
le Roi fut tenté de supprimer cet équipage , aux 
chasses duquel il n'assistait jamais, et qui lui coû- 
tait 20,000 livres par an (5). Cependant il en est 
encore fait mention dans VÊtat de la France de 
1699. La meute du chevreuil était, depuis la mort de 



(1) « Mes chiens ne l'urcnl jamais meilleurs et ne cliassèrenl mieux 
tant ceux pour cerf que ceux pour chevreuil (au même, 16 mars 1G07). » 

(2) Voir le personnel de cet équipage aux Pièces justificatives, t. I"'. 

(3) Mariconrt. — Ligniville. — Lettre de M. de Saint-Havy, éeriti' 
de Fontainebhiau le 15 mars 1030. {Mfulles cl Vénerie pour clicvrniil.) 

(i) Elal (le la France, I0J7. Maricourt, dans son Epislre au Roif, dit 
([uece prince eSl, après S. M., ccluj/ ijuc Pon a Jainuis rcu ncui)' mieux 
pris le elicvreuil à force. 

(5) nanj-MMu, t, III. 



m. 



— 475 — 
1)1. de Karoy , sous les ordres de François Mole, 
abbé de Sainte-Croix, lieutenant de vénerie (1). 

Elle avait cessé d'exister lors de l'avènement de 
Louis XV (2). 

Ce Roi chassa d'abord le chevreuil avec VApetite meute, 
don de M. le Duc (3). Cet équipage ayant été employé 
à un autre service, une nouvelle meute de chevreuil 
fut formée en 1749, et le commandement en fut donné 
à M. d'Yanville, alors gentilhomme de vénerie. Cette 
meule, originairement composée de 16 chiens seule- 
ment, avec un piqueur, fut réformée en 1758 (4). 

Louis XYI, qui prenait un plaisir particulier à la 
chasse du chevreuil, le lit chasser de nouveau aux 
chiens de sa petite meute. 

On voit, dans la récapitulation de ses chasses pen- 
dant l'année 1775, qu'il avait fait 27 chasses du che- 
vreuil (5). 

§ 4. DE LA CHASSE DU LIÈVRE. 

Tous nos anciens traités de vénerie célèbrent à qui ciusse 

mieux mieux la chasse à courre du lièvre, que Le- ^,^'^"^^'^'^,',1', 

verrier de la Conterie appelle la plm fuie et la clef de fo'"-'''"is 
toutes les autres (6). Le lièvre étant, dit-il, de tous les 



(1) Voir aux Pièces justilicalives, t. 1°'. 

(2) Monsieur, frère de Louis XIV, avait, comme Gaston d'Orléans, 
un équipage de chevreuil. (Etals de la France, 1699.) 

(3) Voir, sur les chasses de chevreuil de la petite moutc, de I72C à 
1730, les Pièces justificatives à la fin de ce volume. 

En 1727, l'équipage prit 44 chevreuils et on man(iua 21. 

(4) D'Yauville. — Mthnoires du duc de Luynes, t. X. — Le comman- 
dant de l'équipage y est appelé Diouvillc. 

(5) Revue rétrospeclivc. 

(fi; Les ouvrages s]iéciau\ sur la cliasse du lièvre sont VAnlagonir 



— 170 — 
animaux qu'on chasse h cor et à cri, le plus subtil et 
le plus rusé (1), il y faut des piqueurs adroits et d'es- 
prit, et des chiens exellents. 

La chasse du lièvre commençait d'ordinaire à la 
mi-septembre et finissait à la mi-avril (2). Cependant, 
le gentilhomme dont la maison était bien située pou- 
vait chasser toute l'année, en évitant de découpler en 
plaine pendant que les récoltes sont sur pied et dans 
les vignes avant la vendange. Il lui restait les bois, les 
landes et les coustumcs ou pàtureaux (3). La meilleure 
saison était l'hiver. Une meute de lièvre chassait deux 
ou trois fois par semaine. 

La chasse du lièvre différait de celle des grands ani- 
maux en ce qu'on n'y employait jamais le limier, et 
que la meute était découplée tout entière et sans re- 
lais. Ces différences tenaient à la nature de l'animal 
et c\ celle des lieux oîi l'on chassait. C'était, en effet, 
en rase campagne ou dans des boqueteaux isolés 
qu'on attaquait le plus souvent. 

Le veneur, bien monté, portant à l'arçon de sa selle 
une gibecière pleine d'osselets de cochon de lait ou 
de volaille, de morceaux de fromage sec et autres 
friandises propres à être jetées à ses chiens en façon 
d'encouragement (4), se mettait en chasse avec sa 



'ht cliicit cl (lu lièvre de Jean du Bec, le ]ioeme latin de Savary, La 
inculte cl vénerie pour lièvre de M. de Liiiiiiville dia Chasse du lièvre 
de M. do Marieourt. 

(l) « Moult est bouue bestelète une lièvre et moult ha de i)laisance 
en sa chaise jilus (jue en beste du monde. » (Gaston Pliœbiis.) 

("2) Du Fouilloux. — La C'.onlcrie. 

(3") Maricourl. 

(■'i) Du Fouilloux — Maiii-nuii — Savary. 



— 477 — 
meute découplée et lui faisait rapproctier la nuit du 
lièvre jusqu'à son lancer. Une fois sur pied, meule 
et veneurs devaient suivre la bète dans tous ses re- 
tours, démêler toutes ses ruses, relever les défauts et 
débrouiller les changes. 

Comme nous l'avons dit plus haut, c'est Leverrier 
de la Conterie qui enseigna le premier à distinguer 
le pied du bouquin de celui de la hase, et même à 
garder change par la connaissance du pied du lièvre 
de meute. Du Fouilloux ne reconnaît encore le sexe 
qu'au pelage et aux allures. 

Sous le prétexte que la chair du lièvre était fas- 
lieme mande et dégoûtait les chiens, les anciens ve- 
neurs la réservaient pour eux-mêmes et faisaient 
curée à leurs chiens de pain détrempé dans le sang 
de l'animal et dans du lait, puis mêlé avec les intes- 
tins et des bribes de fromages. 

Plus tard, on leur abandonna, outre les (Icda^is, les 
épaules du lièvre et le cojj're, coupés en morceaux. 
Enfin les chasseurs plus généreux se décidèrent à li- 
vrer aux chiens la proie tout entière en prenant soin 
de la dépouiller. Quelquefois on poussait l'attention 
jusqu'à faire rôtir le lièvre et à le servir aux chiens 
tout cuit. « Il n'y a pas de meilleure curée, dit Jehan 
du Bec, et de laquelle les chiens se ressouviennent 
davantage (1). » 

Pendant la curée, le piqueur portait la peau du 



(1) Phœbus. —Du Fouilloux. —Maricourt.— La Conterie.— La tête et 
quelquefois les épaules étaient emportées au chenil pour réjouir les 
jeunes chiens. 



— 478 — 

lièvre enlorlillée autour du pavillou de sa trompe. Li 
présentation du pied se faisait comme pour le cerf. 

La chasse du lièvre était la chasse favorite des pe- 
tits seigneurs, parce que c'était la moins dispendieuse. 
Une meute de 12 à 15 chiens suffisait. 30 chiens était 
le véritable chifîre, suivant Maricourt, et l'on ne de- 
vait jamais dépasser 40 (1). Un piqueur à cheval et 
un ou deux valets de chiens ;\ pied étaient tout ce 
qu'il fallait pour diriger l'équipage (2). 

Henri IV avait une meute de 24 chiens i) lièvre, fai- 
sant partie de la chambre du Roi, sous la charge du 
maître de la garderohe de Sa Majesté (3). 

Louis XIII mit, le premier, un équipage de lièvre 
dans sa vénerie; cette meute, dite des chiens d'Ecosse, 
ne fut réformée que sous Louis XVI. Elle paraît avoir 
toujours été composée de 24 chiens. Son personnel, 
qui ne varia guère, consistait en un lieutenant, un pi- 
queur, un valet de chiens et un page (4). 

Louis XIY chassait encore le lièvre avec la meute 



(1) Maricourt. — Savary. 

(2) Les divers auteurs qui ont écrit sur la chasse du lièvre ne sont 
pas d'accord sur la race de chiens à préférer. Jehan du Bec recom- 
mande les chiens gins roufjeasircs brûlez à gros poil ainsi que ceux 
qui sont issus de ces chiens croisés avec les blancs. Les faiivrs blancs 
laves sont aussi de bons chiens. 

Maricourt dit que la meute du gentilhomme doit être composée de 
cliiens gris. Il comprend sous cette dénomination les fauves et les 
noirs. 

Savary préfère les chiens anglais, surtout les boubés: 

Sélincourt les bigles, les picards et les petits normands. 

C'est à ces derniers que la Conteric accorde naturellement la supé- 
riorité. 

(.3) Voir ses comptes. 

(4) EUils (le la France. 



_ 479 — 
des Rôtisfteuru , qui avait chassé lo renard sous 
Louis XllI (1), et avec la petite meute que lui donna 
M. de La Uochefoucauld. Pendant la première jeu- 
nesse de Louis XV, la meute qui lui avait été ofl'erle 
par M. le Duc fut employée à courre le lièvre, con- 
curremment avec les chiens d'Ecosse (2). 

Gaston d'Orléans, Monsieur, frère de Louis XIV, 
le duc du Maine, le comte de Toulouse eurent aussi 
leurs meutes de lièvre (3). Le maréchal de Tallard, 
M. de Surville , le petit Bontemps , possédaient des 
chiens de lièvre si renommés, sur la fin du règne de 
Louis XIV^ que le Roi voulut plusieurs fois s'en 
donner le plaisir (4). 

Chez les simples particuliers , presque toutes les 
meutes de chevreuil chassaient le lièvre. 

La chasse du lièvre avec les lévriers ou levretterie^ Lnievretier. 
pratiquée dans les Gaules sous la domination romaine, 
ne cessa pas, jusqu'à la Révolution, d'être en honneur 
dans notre pays. Quelques veneurs passionnés se per- 
mettaient seuls de trouver que c'était une chasse cui- 



(1) Etats de la France. 

(2) L'état des chasses de cette meute pendant l'année 1726, la der- 
nière durant laquelle elle ait chassé le lièvre, porte 15 lièvres pris 
et 3 manques, de juin à septembre. (Voir les Pièces justificatives à la 
lin de ce volume.) 

(3) Etals de la France. — iWeinoMTs de Dangeau. — "Voir aux Pièces 
justificatives, t. I"', la composition des équipages de lièvre de Gaston 
et de Monsieur. 

(4) Dangeau. — Le maréchal de Turcnne avait eu, longtemps aupa- 
ravant, une excellente meute de lièvre. Sélincourt rapporte une chasse 
mémorable de cette meute dans les environs de Créteil. — Les chiens 
du maréchal do Tallaid, dit Dangeau, sont les plus jolis chiens du 
monde. (T. XV.) 



— 480 — 

sinière , pou noble, dépourvue de science et de 
mérite (1); la levretterie n'en faisait pas moins les 
délices des grands comme des gentilshommes fes- 
selièvres; elle a même trouvé des poêles pour la 
chanter (2). 

Rien de plus simple que cette chasse. Les levret- 
teurs à cheval quêtaient le lièvre en plaine avec 
quelques petits chiens ; dès qu'il était lancé, on dé- 
couplait trois lévriers (3) qui ne manquaient pas de le 
saisir malgré sa course désespérée et ses crochets 
multipliés, s'il ne réussissait ù se dérober à leur vue 
en se jetant dans un buisson. 

Depuis Henri IV, les Rois de France eurent tou- 
jours des lévriers de Cliamparjne pour chasser le 
lièvre (4). 

Il y avait de plus dans leurs maisons les levrettes 
et levîiers de la chambre du Roi, qui subsistèrent jus- 
qu'au règne de Louis XV (5). 

Louis XIV se servait rarement de ses lévriers. 



(1) Avides levrotteurs, ennemis de Diane 

Des lièvres de nos champs destructeurs signalés 
Sur l'autel Scythien dignes d'être immolés. 
(Vers de Savary, traduits par Serré de Rieux , — Diane ou les 
lois de la citasse (bi cerf.) 

('2) La Chasse du lièvre avecques les lévriers, par le S' Habert. 
(En IGIO un Habert avait sous sa charge les levrettes et lévriers de 
la chambre du Roi). 

(3) Chasser à deux lévriers était le propre des grands seigneurs, parce 
que le^ chiens résistaii?nt peu de temps à la fatigue. (Sélincourt.) 

(4) Voiries comi)los et les Klals de la France. 

(5) Ihid. 



— 481 — 

Il alla quelquefois courre avec ceux du duc du 
Maine (l). 

Un jour, le grand Dauphin s'amusa à ramasser 
tous les lévriers de la cour et les emmena dans la 
plaine Saint-Denis, où il prit 35 lièvres (2). 

Dans l'opuscule intitulé : « Chasses du Roy, et la 
quantité de lieues que le Roy a fait tant à cheval quen 
caresse pendant r année 1725 (3), on voit que Louis XV 
fit plusieurs chasses dans le courant de cette année 
avec ses lévriers. Il chassait, d'ordinaire, à la Grande- 
Grille et prenait jusqu'à 7 lièvres. 

§ 5. DE LA CHASSE DE L'OURS. 

Gaston Phœbus est le seul de nos écrivains cynégé- 
tiques qui parle de la chasse de l'ours à force. En 
effet, cette chasse ne fut jamais en usage que chez 
quelques seigneurs voisins des Pyrénées. 

Quoique le comte de Foix déclare qu'il n'y a guère 
de mestrise en cette chasse, il nous apprend que l'ours 
doit être détourné et laissé-courre, tout ainsi que un 
sanglier. Il n'avait nul jugement par ses laissées (4), 
mais on pouvait connaître le sexe de l'animal par les 
traces. 

L'ours détourné avec le limier, ou trouvé entraillant 
à l'aventure (à la billebaude), on mettait à ses trousses 



(1) Dangeau(lG87). 

(2) Ibidem. 

(3) Par le sieur Mouret, réimprimé dans les Mélanges de la Sociélé 
des l'ibtiophites en 1867. 

(4) Fientes. 

II. 31 



— 482 — 
des chiens courants mêlés de malins. Il ne se faisait 
pas aboyer aii trouver comme le sanglier, mais s'en- 
fuyait au premier bruit comme un lièvre. 

Comme son allure est fort lente et qu'il ne court 
guère plus vite qu'un homme, les chiens l'atteignaient 
bientôt, le pinsaient et le mettaient aux abois (1). 

On \m jetait alors des alans qui l'empêchaient de 
quitter la place. L'ours affolait souvent les chiens en 
les mordant ou les étoufïiùt entre ses bras (2). Alors les 
veneurs accouraient à l'aide, avec des arcs, des arba- 
lètes et des épieux. Gaston Phœbus recommande au 
chasseur de ne jamais attaquer l'ours seul à seul (3). Il 
faut être au moins deux ensemble avec de forts épieux 
et se faire bonne compagnie. L'ours se jette pour se re- 
venger sur celui qui l'a frappé le premier : l'autre 
frappe à son tour, la bête furieuse revient sur ce nou- 
vel assaillant, « et ainsi le peut férir chescun tant de 
fois comme il volt. » 

Les veneurs à cheval, quand la nature des lieux le 
permettait, devaient darder de loin sur l'ours leurs 
lances et leurs épieux, et non le frapper de l'épée 
comme un sanglier. Celui qui voudrait assembler à lui 
pourrait s'en trouver fort mal, « quar il l'acoleroit et 
bayseroit non pas trop gracieusement. » 



(1) Conlrairement à l'opinion commune , Phœbus affirme (lue si 
l'ours se lève sur ses pieds de derrière, comme un homme, c'est signe 
de couardise et d'effroi et que les plus dangereux attendent le chas- 
seur sur les quatre pieds. 

(2") « Si j'avoye biaus lévriers et bons, je les y metlrois bien envis 
{invilus, à regret). » 

(3) « Car il l'avait tost afolo ou moi't. » 



— 483 — 

On se servait aussi de rets et de lacs pour le 
prendre. 

Malgré les dédains de Gaston Phœbus, ce devait 
être une belle et émouvante scène qu'un hallali 
d'ours, dans quelque forêt séculaire des Pyrénées, et 
le comte de Foix aimait celte chasse dramatique plus 
qu'il ne veut bien le dire. Il mourut au retour d'une 
chasse à l'ours, comme nous l'avons raconté précé- 
demment. 

Pierre de Béarn, frère bâtard de Gaston, chassait 
comme lui l'ours à force. Un jour qu'il poursuivait à 
chiens, dans les bois de la Biscaye, un ours merveil- 
leusement grand, ce terrible animal se mit en défense, 
occit quatre des chiens et en navra plusieurs. Mes- 
sire Pierre, irrité pour la cause de ses chiens quil voyait 
morts, tira son épée de Bordeaux, assaillit l'ours et se 
combattit à lui moult longuement. « Finalement, il le 
mit à mort à grand'peine et au grand péril de son 
corps. » 

Ce triomphe eut pour l'intrépide veneur des consé- 
quences funestes, car on attribua des accès de som- 
nambulisme dont Pierre de Béarn fut bientôt tour- 
menté, à ce qu'il avait tué par hasard un owrs fée (l). 

On ne retrouve plus aucune mention de la chasse 
de l'ours à force en deçà des Pyrénées, depuis Gaston 
Phœbus. 

En Espagne, ce fut, vers la môme époque, le déduit 



(1) 11 faut lire cette histoire admirablement narrée dans Froissart, 
t. IX. 



— 484 — 
préféré des Rois. Alfonse XI, Roi de Cnstille (1312- 
1350), a laissé un traité de vénerie dans lequel il s'oc- 
cupe presque exclusivement de la chasse à Tours, 
qu'il prenait cl mettait à mort à force de chiens et de 
relais. Souvent un ours durait deux ou trois jours. A 
la tombée de la nuit, les veneurs rompaient et rassem- 
blaient leurs chiens, dont les plus ardents ne voulaient 
souvent lâcher prise que fort tard, et on allait prendre 
gîte dans quelque hameau voisin. Le lendemain, dès 
l'aurore, on atlaquait de nouveau. 

Le Roi Alfonse, qui affectionnait singulièrement 
ces chasses, fait un récit détaillé des plus remarquables 
de celles auxquelles il a assisté. Une fois l'ours ne fut 
atteint et tué qu'après s'être fait chasser pendant cinq 
jours et quatre nuits (1). 

L'ours étant fort pesante bête, comme le dit Gaston 
Phœbus, la durée exceptionnelle de ces chasses ne 
s'explique que par la difficulté du terrain qui empê- 
chait de le suivre autrement qu'à pied. 

§ 6. DE LA CHASSE DU SANGLIER. 

Nos ancêtres eurent longtemps une prédilection 
marquée pour la chasse du sanglier. C'était, en effet, 
depuis la destruction des taureaux sauvages, la seule 
chasse qui présentât des risques sérieux ; puis, c'était 
celle (jui garnissait le plus amplement le garde-man- 



(I) Voir Mugiu'i (le MaroUcs (|ui a tiré ces dùtails du lihro de Mon- 
lo'ia (Ici Ui'ii Don Ahuizo, pulilir par Araolc de Muliua, St'ville, 1582. 



— 485 — 

ger, considéralion qui n\Hail nullement indifférente 
à ces robustes estomacs. 

Lorsque l'art de la vénerie alla se raffinant, ceux 
<iui se piquaient d'y exceller affectèrent un certain 
mépris pour la chasse du sanglier, moins savante que 
celle du cerf, et la qualifièrent dédaigneusement de 
porchaison. Selon Fontaines-Guérin : 

. . . .Un bouvier puet un porc prendre 
Ausy comme un Roy, sans aprendre. 

Du Fouilloux est du même avis. « Le sanglier, dit- 
il , ne doit pas estre mis au rand des besles chassées 
à force de chiens courants, mais est le vray gibier de 
mastins et de leurs semblables. » 

Ce qui n'empêcha pas la chasse du sanglier de res- 
ter en faveur chez les grands qui avaient des équi- 
pages spéciaux pour celte chasse , et chez les gentils- 
hommes campagnards, selon la commodité de leurs mai- 
sons (1). 

Gaffet de la Briffardière, moins exclusif que du 
Fouilloux, reconnaît môme que « la chasse du san- 
glier est une des plus belles que l'on puisse voir. 
Mais, ajoute-t-il, il y a bien des choses à observer 
pour la faire selon les règles. » 

Ces règles différaient assez notablement de celles de 
la chasse du cerf. La chasse du sangher avait aussi 
son hmgage à part. Le pied se nommait trace ; l'en- 
droit oïl la bête s'était repue, niamjeures; les fientes. 



(Ij Du Fouilloux 



— 486 — 
laisses. I.e sanglier, suivant son âge, était dit successi- 
vement marcassin, bête rousse, bête de compagnie, ragot, 
sanglier à son tiers an, sanglier à son quart an ou quar- 
tonnier, vieux sanglier ou solitaire. 

La plupart de ces termes, encore usités aujour- 
d'hui, sont fort anciens (1), 

Dès les premiers temps du moyen âge et jusqu'au 
xvin^ siècle, on chassa le sanglier à force de chiens de 
plusieurs manières. 

Tantôt on se servait exclusivement de chiens cou- 
rants; tantôt, après l'avoir lancé soit avec des chiens 
d'ordre, soit avec des brachels, on le faisait coiffer 
par des lévriers d'attache ou des chiens de force (2). 

La plupart de ces chasses avaient pour préliminaire 
l'opération de détourner la bête avec le limier. Elle 
se faisait comme pour le cerf, sauf quelque différence 
dans les connaissances de l'animal. 

Outre le jugement du pied ou trace , on avait celui 
des boatis, qui sont les endroits oii le sanglier a fouillé 
la terre de son boutoir, pour arracher des racines, dé- 
foncer les terriers des mulots et les dévaliser de leurs 
|)etils magasins de faînes et de noisettes. Plus lesbou- 
lis sont larges et profonds, plus la hure du sanglier 
doit être grosse et longue, plus vieux et plus puissant 
est, par conséquent, l'animal auquel elle appartienl. 
Le souil ('J), lieu oi!i le sanglier s'est vautré dans la 



(1) Voir /(' liOi/ Modus, Gaston Pluubub l'L tous 1rs anciorib Irailôs. 
Dans le roman de Pationopeiis de Biais (xiir siècle) ou trouve l'ox- 
pression de porc quarlenor. 

(2) Voir tous les anciens auteurs. 

(3) Scuiff dans Le Roij Modas. 



— 487 — 
vase, donne la mesure de son corsage, comme la 
bauge, qui est la place où il se couche. Les vieux san- 
gliers fonl une bauge plus profonde, et, quand ils en 
sortent, ils jettent auprès leurs laisses, qui sont en 
proportion de leur grosseur (1). 

Pour chasser le sanglier aux chiens courants, on 
disposait ses relais comme pour le cerf. On laissa 
courre longtemps à trait de limier. Plus tard, on dé- 
coupla les chiens de meute à la brisée (2). Ces chiens 
étaient souvent pourvus de colliers à sonnettes pour 
faire plus promptement vider l'enceinte au sanglier (3). 
Les piqueurs devaient appuyer les chiens sans re- 
lâche de la trompe et de la voix , poussant ces cris 
rudes et furieux, dont parle du Fouilloux, hou, hou, 
velctj aller, ça va, fuit là, chiens, fuit là, ha, ha, 
ha (i) ! Chacun se forçait de suivre la meute de près, 
pour être à même de la secourir quand le sanglier 
faisait un retour offensif. Certains veneurs, pour évi- 
ter à leurs chiens de trop rudes atteintes, ne laissaient 
courre que des laies, ou de vieux sangliers mires (5). 

Quand le sanglier est sur ses fins, il faut se hâter 
de le tuer, pour empêcher qu'il ne fasse carnage dans 
la meute. 

Au moyen âge et jusqu'au xvf siècle, on servait 



(1) Le Roy Modus. — (iace de la Buigne. — G. Phœbus. 

(2) Leverrier de la Conlerie. 

(3) Du Fouilloux. 

(4) GalTet. — La Conterie. 

(5) Salnove. — Sanglier miré, c'est-à-dire dont les défenses sont 
tournées la pointe vers les yeux , en forme de croissant, marque de 
vieillesse, qui rend leurs atteintes pou dangereuses. 



— 488 — 

souventlesanglicr achevai, avec l'csloc OU avecTépieii 
léger, qu'on jetait quelquefois conime un javelot (1). 

« Si lu le vois venir^ dit le Roy Modiis, lire ton 
espée et le appelle : Or ça, maistre (2)! et viens le grant 
trot de ton cheval contre luy, et quant lu viendras à 
luy, fier (frappe) des espérons, et assié ton coup, et 
n'arreste point avec luy, car il pourroit blecier toy 
ou ton cheval. » 

Du Fouilloux recommande de donner le coup 
d'épée la main haute et en plongeant, et de ne point 
frapper du côté de son cheval, « car du costé que san- 
glier se sent blessé il tourne incontinent la hure, qui 
seroit cause de quoy il tueroit ou blesseroil son che- 
val. » 

En pays de plaine, le veneur devait prendre soin 
de mettre un manteau devant les jambes de son che- 
val, et tuait le sanglier à pasmdes, sans s'arrêter (3). 

Plus tard, l'usage des épieux et des grandes épées 
fut complètement abandonné, et l'on n'employa plus 
que le couteau de chasse, qu'il fallait manier à pied, 
avec autant de sang-froid que d'adresse (A). 



(1) « El s'il vuoll iiortiT un csiiieu en s;i main loul ù rlirval, c'esl 
bonne cliose, combk'n qui' li' luor ilc l'espée soil jilus Ix'lo l'hoso cl jikis 
noble. » (G. Phœbus.) 

(2) Phœbus dit: « Avant, nieslre, avanl ! ur sa! sa! » 

(3) Pour surcroît de in-écaulion, les veneurs du xvi*^^ siècle armaieuL 
quelciuelbis leurs extrémités inrérieures de cuissards, genouillères, 
(jrèves et sollenis de fei'. Voir les tapisseries de Guise. 

(4) Voir Lcverrier de la Conlcrie ([ui dit avoir lad un jour cette oyw- 
laiioii au giand pliusir de tous b.'s siicclalciiis , « car U- sanglier lit 
un SI gi'aud saut eu recc\ant le euiip, qn'd s'en lut a\('c le couteau de 
cliasse et se lii cbasscr encore un denii-ipiail d'heure, l'épée au côté. i> 



— 489 — 

Servir le sanglier à l'épée ou au couteau était sou- 
vent chose difficile et périlleuse. Dès le commence- 
ment du règne de Louis XIV (l), les plus habiles ve- 
neurs étaient d'avis d'en finir avec le mousqueton ou 
le fusil lorsque la bêle était trop dangereuse. « Dans 
une pareille circonstance, on ne prend en façon quel- 
conque sur la noblesse du métier (2). » Il paraîtrait 
même, au dire de Sélincourl, que dans certains équi- 
pages, pour venir à bout des gros sangliers, on dispo- 
sait dans les passages des chariots et charrettes char- 
gés d'arquebusiers, ei qu'il ny avait homme qui osât 
demeurer en pied. 

La chasse aux sangliers avec chiens courants seule- 
ment était connue dans notre pays dès les premiers 
temps de notre histoire. Il est question de sangliers 
forcés par les chiens dans la loi saliqiie. Dans le Ro- 
man des Loherains (xn^ siècle) , Begon de Belin force 
un sanglier avec ses chiens de meule, sans vautres ni 
lévriers. Ce beau récit, remarquable par l'exactitude 
des détails, est aussi vrai que poétique. 

Leduc Begon s'ennuie dans son château de Belin, sur 
les marches de Gascogne; il a oui dire merveilles d'un 
sanglier monstrueux qui hante les forêts de Puelle et 
de Vicoigne (3), il forme le projet d'aller le chasser 
et d'en porter la hure à son frère, Garin, duc de Lor- 
raine. 



(1) IMiœbus lui-mi'uiL' admet i|u'un iioul avoir recours à l'are ou a 
arbalète. 

(2) Saluové. — Gaifet. — La Cuuteriu. 

(3) Enti'e A'alencieiineb et Saint-Aniand (Nord'l. 



— 490 — 

Begon se met en roule avec Irenle-six chevaliers, 
des veneurs sages et bien appris, dix meutes de chiens 
et quinze valets, pour les relais tenir. Arrivé à Valen- 
ciennes, il prend gîte chez un riche bourgeois, nommé 
Berenger le Gris, auquel il demande des renseigne- 
ments sur le fameux sanglier. « Je vous mènerai de- 
main jusqu'à son lit, » lur répond le bourgeois com- 
plaisant. 

De grand malin, le Lo/icram s'équipe pour la chasse, 
le cor au col, l'épieu au poing, il est monté sur son 
chascéor de pris, et, sous la conduite de Berenger, il se 
dirige vers le canton de la forêt de Vicoigne, où le 
porc se gist. 

Li chien avant se prinrent à noisier 

Quant il commencent ces raimes (rameaux) à brisier 

Truevent les routes du pors qui a fumé. 

Le duc se fait amener son limier Brochard, le ca- 
resse et le met dans la route; le vrai limier conduit les 
veneurs droit au lit du sanglier. 

Entre deux chesnes chéus et esrachiés 

Si com li ruis (ruisseau) d'une fontaine vient 

Là se gisoit pour son cors refroidicr, 

Quant il entent le grant aboi des chiens 

Encontre mont (debout) li sanglés est dréciés 

Il estela (détala), en après s'est vuidiés 

Ne fuit pas, ains prit à tournoier, 

Là gieta mort le gentil liemier, 

Ne! voulsist (voulût) Bègues jior mille mars d'or mier (pur) 

Au moiiieiil ou Bégon accourt, paumoiant son épieu, 
le s.iiiglier prend parti et s'enfuit. 

Plus de dix chevaliers descendent de leurs cour- 
siers pour mesurer les ongles de ses pieds. 



— 491 — 

De l'un iï l'autre demi doi et plain pié. 

« Voyez quel aversier! » (Adversaire, démon), s'c- 
crienl-ils. 

Cependant le porc a gagné Gaudimonl, le couvert 
où il fut nourri, il boit de l'eau et se couche dedans, 
mais la grant presse des chiens le fait repartir, alors 

Ce fist li pors qu'onques autres ne Jist, 
En nulle terre que nos avons oï, 

1! débuche et se fait chasser en plaine pendant 
15 lieues , sans le moindre semblant de retour. 
Coursiers et roncins tombent fourbus, tous les ve- 
neurs perdent la chasse, à l'exception du duc Bégon, 
([ui, monté sur son vaillant cheval, le bon Baucent, 

Chasse le porc, et moult souvent le vit. 

Cependant ses chiens sont à bout de force, il prend 
les deux meilleurs entre ses bras pour les reposer, 
puis les remet à terre près d'un abalis, les autres ac- 
courent à la voix. 

Le sanglier, voyant qu'il ne peut durer plus long- 
temps, entre dans la foret de Puelle; il s'arréle sous 
un f(.m (hêtre), boit et se repose, la meute arrive et 
l'entoure. 

Li pors les voit, s'a les sorcis levés 

Les iex roolle (roule) si rebiffe du nez, 

Fet une hure, si s'est vers eus tornés 

Trestous les as ocis et afoUés (blessés) , 

Hégon, furieux, l'interpelle moult durement : 

lié, lis de truie, com tu m'as hui pené ! 

El de mes hommes m'as tu l)ion doscvré (séparé). 



— 492 — 

Le porc /'a écoulé, il vient sur lui plus vile (ju'un 
carreau empenné. 

Bègues l'attent, que la petit douté (craint) 
En droit le cuer li a l'espié branlé 
Outre le dos li a le fer jjassé (1). 

Quoique, ainsi qu'on peut le voir dans l'antique 
chanson de geste que nous venons d'analyser, les ve- 
neurs du moyen âge sussent fort bien se passer de 
lévriers d'attache et de chiens de force, ils avaient le 
plus souvent recours à ces auxiliaires qui abrégeaient 
une chasse et sauvaient la vie à bien des bons chiens 
de meute. 

Pour chasser le sanglier de cette manière, il fallait 
avoir connaissance d'animaux rembuchés dans 
quelque buisson ou bout de forêt, d'où il était plus fa- 
cile de les faire sortir en plaine. 

On plaçait des défenses ou sentinelles pour les em- 
pêcher de prendre parti vers les grands bois , et l'on 
disposait l'accourre à bon vent, du côté où l'on vou- 
lait les faire débucher. C'était un espace découvert et 
uni, autour duquel on postait les lévriers, cuirassés 
de bons Jacques, et cachés derrière des buissons, des 
huttes de ramée ou des écrans de toile noire. Les 
laisses destric ou rosteresses étaient aux deux ailes, 
vers l'entrée de l'accourre, les laisses de jlanc ou de 
compagnons, un peu i)lus loin de chaque côté; la 
laisse ou les laisses de tête au bout de l'accourre, bien 
cachées. Cliaiiue laisse avait un valet pour la tenir et 
la découpler (2). Des cavaliers se tenaient à couvert 



(1) Cuiriji le Lulurain, I. 11. 

('2) Les laisses étaii'nl de di'ux ou trois léviier; 



— 403 — 

près des laisses d'estrie pour venir en ni(l(^ nnx lé- 
vriers. 

L'accourre élant ainsi préparé, on allait frapper 
aux brisées avec un limier, ou l'on déconplait six on 
huit vieux chiens courants, portant des colliers bien 
garnis de grelots, et on lançait l'animal à grand bruit 
de trompes et de voix pour le pousser vers l'acconrre. 
Dès qu'il y était entré de trente pas au moins, on lui 
donnait les laisses d'estric par derrière, puis celles de 
flanc, quand il arrivait à leur hauteur; enfin les va- 
lets qui tenaient les lévriers de tête, choisis parmi les 
plus robustes et les plus courageux, s'avançaient la 
laisse ù la main, pour les découpler en face et leur 
faire coiffer le sanglier. Les cavaliers accouraient à 
toute bride et venaient au secours des lévriers en per- 
çant la bêle de leurs épées bien pointues eX bien fermes. 
Pour ne pas blesser les lévriers, ils devaient mettre 
pied à terre et frapper quatre doigts au-dessous de 
l'épaule, en ayant soin de saisir une touffe de soies et 
d'appuyer sur leur main gauche la lame de l'épée 
qui ne tranchait que vers la pointe. 

Cette chasse se faisait encore du temps de Salnove 
et de Sélincourt (1). 

Lorsqu'on voulait chasser avec le vautrait, ou vau- 
trier, comme on disait au xiv" siècle, on allait recher- 
cher les mangeures de bêtes noires dans quelque fu- 
taie de chênes ou de hêtres. Un veneur s'avançait avec 
un seul chien en laisse vers la troupe vorace, en ayant 



(I) Voir leurs ouvrages et les AJénioires do Dangeau, 1. 1"-'' et II. 



— 404 — 
grand snin de prendre toujours le dessous du vent. 
Arrivé à quelque distance, il lâchait, sans mot dire, 
son chien qui allait aboyer les sangliers. Les autres 
veneurs qui suivaient découplaient sans bruit le vau- 
trait, lévriers d'attache, alans et malins. Ces grands 
chiens couraient à l'aboi du premier, et coiffaient les 
animaux que les veneurs s'empressaient de servir avec 
l'estoc ou le grand épieu, dont on pouvait faire usage 
à pied sans danger quand le sanglier était maintenu 
par les robustes chiens du vautrait (1). 

Au xvn* siècle, cette chasse se faisait un peu diffé- 
remment chez les Rois et les grands seigneurs. 

Après avoir fait reconnaître les demeures des bêtes 
noires, on y conduisait le vautrait composé de AO ou 
45 mâtins et d'une douzaine de corniaux, engendrés de 
chiens courants et mâtines ; un piqueur et deux valets 
accompagnaient ces chiens de force , tandis qu'un 
autre piqueur allait lancer les sangliers avec 7 ou 
8 chiens courants. Aussitôt que les bêtes noires étaient 
debout, ce piqueur sonnait pour chiens, et celui qui 
menait les mâtins les faisait découpler, au cri de tirez, 
chiens, tirez! et du bruit des fouets. Les deux piqueurs 
réunis mettaient le vautrait sur les voies en criant 
hou! hou! de toutes leurs forces; les mâtins coiffaient 
les sangliers, pour grand qu'ils fussent, et les veneurs 
se hâtaient de les tuer avec le mousqueton et l'épée 



(I) Les choses se passaient encore ainsi au xvi' siècle et même en 
l-'landre du temps de Rubens et de Sneydors, dont les tableaux repré- 
sentent souvent ces chasses au sanglier avec matins et lévriers d'at- 
tache. 



— 490 — 
pour empêcher qu'il y eût un trop grand nombre de 
chiens décousus. Néanmoins, quelque diligence qu'ils 
fissent, il en restait toujours plusieurs sur le champ 
de bataille (1). 

Une fois le sanglier pris, avec chiens courants, lé- 
vriers ou chiens de force, on procédait à la curée ou 
plutôt à hfouaille{2) (c'est le nom qu'on donnait au 
moyen âge à celte opération , parce que le sanglier 
était fouaiUé [flambé] comme un pourceau) (3). On dé- 
peçait ensuite l'animal et l'on faisait le droit aux 
chiens, ce qui se réduisait à peu de chose (4), le san- 
glier , ayant, comme son congénère domestique, la 
propriété d'être utile en toutes les parties de son 
corps (5). On prétendait de plus, pour s'ôter tout 
scrupule, que les chiens étaient peu friands de sa 
chair. Les nombles, morceau fort recherché , étaient 
le droit du veneur qui tuait un sanglier de l'épée, 
sans aide de lévrier ni d'alan , selon la coutume de 
Gascogne et de Languedoc (G). 

A une époque plus récente, où l'on était cependant 



(1) Salnove. — Cette chasse paraît être tombée en désuétude sous 
Louis XIV. 

(2) Ou fouet, voir le Glossaire de Charpentier, v" Focagium. 

(3) Fouaille, fouailler venait de feu. — Voir G. Phœtus. 

(4) La bouellc^ la panse et quelques autres intestins qu'on faisait 
griller et qu'on mêlait sur des plateaux avec le sang et du pain. 

(5) Quelques chasseurs forcenés dévoraient les suites du sanglier, 
le glanier, la râtelle et le foie dès qu'il avait été fouaille. Gaston 
Phœbus les reprend de cette voracité dégoûtante. 

(6) G. Phœbus. — Il y avait alors des façons différentes de défaire le 
sanglier en Gascogne, en Languedoc, en Bretagne et en Finance. 

Le Hoj/ Moilus distingue aussi la rjvise de France et la guise nor- 
mande. 



— 49G — 

devenu beaucoup moins avide de venaison, on n'était 
pas plus généreux envers les chiens en Taisant la cu- 
rée du sanglier, qui ne se nommait p\vis fonaille parce 
qu'on avait cessé de flamber la bêle. On en vint même 
à leur refuser le sang, qui avait été reconnu propre à 
faire d'excellents boudins. Une mouée, faite avec du 
pain, de la graisse et de la fressure de l'animal, fut 
tout ce qui leur resta de leur proie (1). 

On levait la trace du sanglier et les honneurs se 
rendaient comme pour le pied du cerf. 

Aux xiv' et XV' siècles, les Rois et les grands feu- 
dalaires avaient pour chacier les porcs des meules ex- 
cessivement nombreuses de chiens courants, mâtins 
et lévriers. Le vautrait du Roi était originairement 
sous la charge du maître veneur. 

A partir du règne de Louis XI, cet équipage fut 
compris dans les attributions du capitaine des 
toiles (2). Ce qui semble indiquer qu'on ne chassait 
plus guère le sanglier à force de chiens (3). 

LIenri IV, grand amateur de celte chasse, eut, en 
dehors de son équipage des toiles, un vautrait spé- 
cial, commandé par le marquis de Vitry, lequel avait 
sous sa charge 1 lieutenant, 5 veneurs, 2 valets de 
limier, G valets de chiens, 2 gardes des grands lé- 
vriers, 40 mâtins cl 4 grands lévriers. 



(1) Leverrier de la Gonlerie. 

(2) Le capitaine des toiles prétendait qiic sa charge était plus an- 
cienne que celle du grand louvetier, laquelle remontait à l'an 14G7. 

(3) Sous Charles VIII, Henri II et Charles IX, il n'y avait d'attaché à 
l'équipage (ju'une meute de 24 chiens courants, servant jilutùt à pous- 
ser les ])ètos d-uis les toiles (|u'à li''s ]MOiiilri' à force. 



— 497 — 

Henri IV chassait de plus assez fréquemment avec 
le vautrait du duc d'Angoulême, au grand dépit do 
son capitaine des toiles, Nicolas de Brichanleau, mar- 
quis de Beauvais-INangis (1). 

Le vautrait spécial de Henri IV avait cessé d'exister 
sous sou successeur, et la chasse du sanglier était ren- 
trée dans les attributions du capitaine des toiles, dont 
l'équipage devint beaucoup plus considérable en per- 
sonnel et en chiens. 

Sous Louis XIV et jusqu'à la suppression de l'équi- 
page des toiles (2), 40 chiens courants et 8 grands lé- 
vriers ou dogues en formaient les meutes. 

Louis XIV et le grand Dauphin chassèrent quelque- 
fois soit avec les chiens courants, soit avec les lévriers 
de cet équipage (3). En 1711, après la mort de Mon- 
seigneur, le duc de Bourgogne, devenu Dauphin, prit 
du goût pour la chasse du sanglier et le courut plus 
souvent (4). 

Pendant l'année 1730, le vautrait de Louis XV prit 
69 sangliers dont 18 furent tués par le Roi en 
45 chasses. Il y eut chasses nianquées, 56 chiens 
blessés, 4 tués et ± perdus (.5). 



(1) Voii' ses mémoires, publiés par la Société de l'histoire de France, 
1863. — L'équipage des toiles possédait alors 36 chiens courants, 
12 grands lévriers et 4 grands dogues. (Comptes de Jlenri IV.) 

(2) En 1787. 

(3) Mémoires de Dangeau. — Le 13 novembre 1701, Monseigneur 
voulut courre le sanglier à Fontainebleau avec les chiens du comte de 
Toulouse et en fut empêché par la gelée. Le comte s'opiniàtra à y de- 
meurer et tua un sanglier à coups d'épée. {IbicL, t. YIIL) 

(4) « Il prend beaucoup de plaisir à cette chasse-là.» {Ib'ul., l. XITI.) 

(5) Comptes de la vénerie aux Pièces justificatives, t. V'. 
Il n'est pas dit si c'est avec ou sans toiles. 

II. 35 



— i.98 — 

En 1777 l'équipage prit 103 sangliers en 48 chas- 
ses (1). Il y en eut une seulement de manquée. Le 
Koi tua de sa main 3 sangliers; il y eut lOG chiens de 
lues ou blessés (2). 

Lorsque le cerf fut devenu bête royale, ]es seignenrs 
particuliers s'adonnèrent avec un redoublement d'ar- 
deur à courre la bête noire. Sous Louis XIV et 
Louis XV, on estimait qu'il fallait avoir, pour bien 
faire cette chasse , de 30 à 40 chiens courants avec 
2 piqueurs et des valets de chiens en proportion. Le 
Roi seul avait conservé un véritable vautrait, c'est-à- 
dire un équipage de mâtins et de lévriers d'attache; 
mais ce nom demeura à toutes les meules qui chas- 
saient particulièrement le sanglier et leur a été con- 
servé jusqu'à nos jours. 

Les chiens de Saint-Hubert ont eu longtemps une 
grande réputation pour chasser le noir; les griffons 
de Bretagne et de Vendée leur ont succédé. Du reste, 
tout chien qui perce hardiment au bois est bon pour 
cette chasse. 

§ 7. DE LA CHASSE DU LOUP. 

La chasse à force du loup se faisait comme celle du 
sanglier, soit avec des chiens courants, soit avec des 
lévriers d'attache, soit avec des matins. 



(1) Même remarque. 

(2) Ibid. — En 1775, Louis XVI avait fait 14 chasses de sanglier et 
4 Iwuraillcrics. En 1778, le comte d'Artois avait un vautrait en com- 
lunn avec la Reine. 



— ilMI — 

Nous nous réservons de donner plus loin tous les 
détails concernant ces diverses chasses, et nous nous 
bornerons, pour l'instant, à constater que, jusqu'à une 
époque assez récente, les lévriers et les chiens de 
force furent constamment employés contre les vieux 
loups et les grands louvarts, et que les louveteaux 
étaient seuls chassés aux chiens courants sans lévriers 
ni filets. 

§ 8. DE LA CHASSE DU RENARD. 

« A prendre le goupil à force, dit le Roy Modus, a 
bon déduit au mois de février et de mars. » 

Ce sage monarque nous enseigne à prendre le rusé 
maître sans lévriers ni filet. Phœbus en fait autant. 
Pour faire cette chasse, on estoupait d'abord tous les 
terriers en mettant en croix devant chaque gueule des 
bâtons dépouillés de leur écorce. On lançait ensuite 
le renard à la billebaude en découplant seulement le 
tiers de la meute, et on lui donnait successivement le 
reste des chiens. Si le renard réussissait à se terrer, 
on le faisait saillir avec des petits chiens taniers, ou 
bien on l'enfumait avec du soufre ou de l'orpi- 
ment (1). 

Souvent on plaçait au-dessous du vent quelques 
laisses de lévriers qui saisissaient le renard quand les 



(1) Les auteurs qui ont traité, après le Roy Modus et Gaston Phœbus, 
de la chasse du renard, sont Salnove , Savary, G. de Champgrand, 
L. de la Conterie. 



— 500 — 
chiens de meute ou les brachels le faisaient débu- 
cher (1) malgré la ruse pestilentielle k laquelle le ma- 
dré compère avait recours (2) dans cette circonstance 
désespérée. « Un petit lévrier de lièvre qui prent tout 
seul un renart fet biaii hardement, dit Gaston Phœbus, 
quar j'en ay bien veu de grans qui prennent cerf et 
sanglier et lou et qui laissoient bien aler un renart. » 

C'est de cette manière avec brachels, caignons (pe- 
tits chiens) et lévriers que Maître Renard est maintes 
fois pourchassé dans le roman qui porte son nom et 
qui est antérieur à Gaston Phœbus de plus d'un 
siècle. 

Il paraît que la chasse à courre du renard était 
complètement abandonnée du temps de Louis XIII» 
puisque ses contemporains le louent outre mesure 
d'avoir le premier forcé cette bête rusée avec des chiens 
courants (3). 

Louis XIII fut du moins le premier qui chassa le 
renard dans toutes les règles, jusqiies à le faire dé- 
tourner des limiers. Il se faisait suivre partout de son 
équipage de renard comprenant deux laisses de lé- 
vriers faits et taillés comme les plus grands pour lièvre, 
et reconnus hardis pour mordre et prendre le renardy 



(1) On voit, dans le Moine de Saiiit-Gall, que la chasse du renard 
avec lévriers était pratiquée dès le temps de Charlemagne. 

(2) (c Se lévriers la courent, le dernier remède que elle ha, se elle est 
en plain pays, elle conchie volontiers les lévriers afin que ils le lais- 
sent pour lapuour et pour l'ordure, et aussi poiu' la paour qu'il ha. » 
((i. Phœbus.) 

(3) Salnove. 



— :ioi — 

puis d'un chariot contenant les outils nécessaires 
pour déterrer l'animal et des panneaux qu'on ten- 
dait dans les chemins séparant les queues de pays, 
pour empêcher les renards de prendre parti vers les 
grands bois (1). 

Quand le Roi voulait chasser, les valets de limier 
allaient au bois et faisaient leur rapport au capitaine 
de l'équipage qui le transmettait au Roi; on procédait 
immédiatement à boucher les terriers et à tendre les 
panneaux, et l'on choisissait un accoure pour y porter 
les lévriers. 

La meute était divisée en deux ou trois relais, sui- 
vant le nombre des animaux détournés, puis on allait 
fouler l'enceinte en excitant les chiens de la voix et 
de la trompe et on lançait. 

Si le renard allait se terrer malgré les obstacles, 
les piqueurs donnaient d'un ton particulier, établi par 
le Roi lui-même, pour appeler à eux les pionniers, 
porteurs des outils, avec leurs bassets, et on le déter- 
rait. 

La curée se faisait comme celle du loup, c'est-à- 
dire qu'on faisait cuire la carcasse au four après en 
avoir tiré les entrailles et le poumon (2). 

« Les gentilshommes, dit Salnove, se peuvent di- 
vertir à cette chasse sans tout ce grand attirail. » Ils 
ne s'en faisaient faute, car au plaisir de prendre la 
bête se joignait l'avantage de détruire un braconnier 



(1) Salnove. 
(1) Ibidem 



— o02 — 

(les plus nuisibles et un voisin Irès-nialfaisanl des 
basses- cours. 

Pour forcer le renard, il fallait avoir un équipage 
de 30 briquets de 17 à 18 pouces, bien étriqués, vi- 
goureux et entreprenants; les meilleurs étaient noirs, 
marqués de feu (1). 

« Le plus ignorant de tous les piqueurs ou le pre- 
mier petit valet qui sait sonner, crier et piquer au 
fort est celui qu'il faut choisir, son ignorance vous le 
conservera (2). » 

Le renard ayant beaucoup de fond et d'haleine, 
on partageait les chiens en cinq : meute, vieille meute 
et trois relais. Après avoir bouché les terriers, on lan- 
çait avec un ou deux vieux chiens expérimentés, puis 
on découplait les dix chiens de meute. Une heure 
après, la vieille meute était découplée à son tour et, 
d'heure en heure, les trois relais. 

Malgré sa réputation de finesse, le renard ruse peu 
devant les chiens qui le chassent avec une extrême 
ardeur (3). Lorsqu'il est à bout de forces, il se jette 
à l'eau ou se terre sous quelque racine, oii il défend 
sa vie avec beaucoup de courage et d'obstination. 

La mort du renard se sonnait comme celle de toute 
autre bêle, et on rendait les honneurs du pied à l'or- 
dinaire. 

Cette chasse était considérée comme peu savante et 



(I) (i. de la Brillanlièrc. — L. de la Couloi-ir. 

(1) L. de laCoulcrie. 

(;5) Les artiliccs se bornent à quelques retours. « 11 est si puant et se 
fait eliasser de si lires, (lu'il ne lui est pas jiossiJjle de se dérober aux 
chiens. » (Ihitl.) 



— !J03 — 

peu digne de l'altention des veneurs sérieux. « Elle 
est d'ailleurs fort amusante pour celte espèce trop 
commune de chasseurs qui n'ont pour tout savoir 
que la faculté d'ouvrir les oreilles au bruit des chiens. 
En un mot, la chasse du renard sur terre est vérita- 
blement celle des mauvais chiens et des mauvais chas- 
seurs (1). » 

Ce mépris professé pour leur sport favori paraîtrait 
fort étrange aux foxliimters modernes. A l'époque où 
Leverrier de la Conterie écrivait ces lignes , il y avait 
moins d'un siècle que la chasse du renard était con- 
sidérée, en Angleterre, comme digne d'un gentle- 
man (2). 

Sélincourt trace un tableau assez grotesque de la 
façon dont les Anglais s'y prenaient à la fin du 
xvn* siècle pour courre le renard : « Quand ils ont 
connoissance d'un renard avec de certains chiens qu'ils 
ont, qu'on appelle des trouveurs, qui vont requérir 
un renard en tous lieux, fust il passé de vingt quatre 
heures, ils en donnent avis à leurs amis, et font as- 
semblée de quatre ou cinq meutes pour le chasser, 
comme si c'étoit une bêle de grande importance, puis 
tous ensemble vont le chercher et le chassent tant 
qu'ils le font terrer, puis avec grande cérémonie, ils 
le déterrent, et le prennent vif et le mettent dans un 
parc sans qu'il en puisse sortir. Derechef ils appellent 
tous leurs amis avec tous ceux qui ont des meutes et 



(l) Leverrier de la Conterie. 

{1) Voir l'Histoire d'Anglclcrrr do îord Macaulay, t. 1. 



— 30 i — 

(les chiens et queI([uefois en nombre de plus de cent 
cinquante lesquels tous ayant des voyes à plein nez, 
étant d'un naturel à aimer les bêles puantes, ils chas- 
sent avec un bruit épouvantable, jusqu'à ce qu'il soit 
sur ses fins, puis ils rompent leurs chiens et vont faire 
de grands festins ensemble jusques au lendemain, 
qu'ils chassent encor avec autant de chiens nouveaux 
qu'on leur ramène et continuent cette chasse, tant que 
la bête le peut souffrir, jusqu'à ce qu'elle meure de 
seicheresse, et leur fête dure jusqu'à ce qu'ils puissent 
en avoir un autre vif. » 

Le premier équipage spécial pour renard qui ait 
existé en France est celui de Louis XIII; il faisait 
partie de ce grand équipage de 150 chiens courants 
et 30 laisses de lévriers qui suivait le Roi dans tous 
ses voyages. 11 subsistait encore en 1691 (1), époque 
de la mort du marquis de Yillarceaux, qui en avait 
depuis plusieurs années le commandement. Comme 
personne de la maison royale ne prenait plaisir de- 
puis longtemps à la chasse du renard, on en fit une 
meule pour le lièvre (2). 

Le comte de Toulouse chassait quelquefois le re- 
nard avec sa meute des sans quarliers. Le 1" juil- 
let 17 J 2, le duc de Berry et la duchesse de Bour- 
gogne allèrent, à trois heures du matin, se joindre à 



(1) Sous Louis XIV, le i)ersonucl éUiit il'uu (•ainltiiiie et i valets de 
cliinns seulement. 

C2) Dangeau, t. Ul. — Etat <le la Franco, !(>98. — On voit, dans les 
Mémoires de Dangeau, que le grand Dauiiliin a\ui( l|uehlU(•i"ui^ couru 
le renard avec les chien? de Villarceaux. 



— oOo — 

une de ces chasses (1). Louis XV, dans son adoles- 
cence, chassa aussi le renard, soit avec les chiens du 
comte (2), soit avec sa petite meute (3). 

$5 9. DE LA CHASSE DK LA LOUTRE. 

Il est assez difficile de ranger la chasse de la loutre 
parmi les chasses à courre, car l'animal et les chiens 
étaient le plus souvent à la nage, et les veneurs seuls 
couraient à pied sur le bord des eaux. Cependant cette 
chasse a le droit de figurer ici, car elle tenait une 
place très-distinguée dans l'ancienne vénerie (4). 

« C'est très belle chasse et bon déduit, dit Gaston 
Phœbus, quand les chiens sont bons et les rivières pe- 
tites. » 

La chasse de la loutre à force ne pouvait, en effet, se 
faire que sur de petits cours d'eau, car sur les étangs 
spacieux et les grandes rivières il était impossible de 
prendre cet amphibie sans filet ou sans armes de jet, 
ce qui exclut la chasse faite dans ces circonstances du 
nombre de celles dont nous avons à nous occuper en 
ce moment. 

On chassait la loutre (ou le loutre, comme on disait 



(I) Dangeau, t. XIV. 

C?) Mémoires du marquis d'Argenson, 1. 1. — « Ah ! Monsieur, s'écriail 
]o Jeune Roi, alors âgé de 14 ans, il y a bien de la différence d'un re- 
nard à un lou)! ! " 

(3) La petite meule iiril I renard en 172G et un autre en 1T27. (Voir 
les Pièces jusliiicatives à la lin de ce volume.) 

(4) Sur la chasse de la loutre. Voir Le Roy Modus, Gace de la Buigne, 
Phœbus, G. de Champgrand, L. de la Conlerie. 



— oOC) — 

anciennement) du temps de Leverrier de la Conterie 
comme du temps de Gaston Phœbus et de Gace de la 
Buigne. 

Il fallait d'abord une meute parfaitement dressée 
à battre les eaux (1), briquets, bassets à gros poil ou 
chiens croisés de basset et de barbet (2). Parmi ces 
chiens, on choisissait et l'on formait au moins deux li- 
miers avec lesquels le loiitreur et ses valets allaient 
détourner la bête le long des eaux. On avait connais- 
sance de la loutre par le pied ou marche et par les 
fientes ou épreintes. Les loutreurs brisaient toutes les 
rentrées, le rapport se faisait ensuite à l'assemblée, 
comme pour un cerf, mais en termes encore plus du- 
bitatifs, à cause de la difficulté de détourner sûrement 
cette bête. Dans les lieux où les loutres étaient assez 
communes, on quêtait simplement à la billebaude 
avec six chiens, marchant trois sur une rive et trois 
sur l'autre. Les chasseurs devaient être au moins 
cinq, armés de fourches de fer, emmanchées sur une 
longue hampe, semblable à celle d'une lance. 

Dès que la loutre était attaquée , les chasseurs, di- 



(1) Sur l'éducation dos chious de loutre, voir L. de la Conterie. 

(2) Gace de la Buigne conseille de n'employer à la chasse de la loutre 
que des chiens de rebut, à cause de la f/i'aiit froidure 

« De l'eau cjui leur est troj» dure. 
Chiens courans y a conibndus 
Espaignolz pour rogne tondus 
Et si y a de mastineaulx 
Qui tant ont niangié les museaulx 
Car je vous dy l)ien (jue la loutre 
Est monlantf; l)cste tout outre. » 



— 507 — 
visés en deux bandes, allaient se poster en amont et 
en aval, choisissant les places où l'eau était basse pour 
frapper la loutre au passage. Le loutreur restait avec 
ses chiens , qui chassaient avec ardeur, tantôt dans 
l'eau, tantôt le long de la berge. 

Si la loutre était nianquée , elle rétrogradait ordi- 
nairement, se faisait battre sans vouloir quitter les 
eaux profondes, et finissait par se cacher sous quelque 
racine, où elle se défendait avec fureur contre les 
chiens jusqu'à l'arrivée des chasseurs, qui s'effor- 
çaient, avec leurs fourches, de lui faire quitter sa re- 
traite (1). 

Lorsque la loutre continuait son chemin après avoir 
été manquée, il fallait crier taïaut! pour prévenir les 
autres chasseurs et s'en aller, à toutes jambes, se pos- 
ter sur un autre point. 

La loutre s'efforçait toujours de regagner son ter- 
rier ou catiche. Si elle y parvenait, il fallait en boucher 
solidement l'orifice et l'ouvrir au moyen d'une tran- 
chée, ce qui était assez facile, vu son peu de profon- 
deur. On tirait la béte de son fort avec une pince et 
on la faisait étrangler aux chiens. 

La chasse du blaireau n'est pas une vraie chasse à chns 
courre, quoique Phœbus lui ait octroyé un court cha- IZrZ 
pitre, pas plus que celle du chat sauvage, auquel il 



(1) Au moyen âge, les loiUrciirs emmenaient des lévriers pour saisir 
la loutre à sa sortie de l'eau. 

Mais le lévrier vint, qui la mort 
Luy donna, et l'a estranglée. 

(Gace de la Buigne." 



lu 
aireau 



— 508 — 
accorde le même iionneur. En effet, le comte de Foix 
avoue lui-même que les blaireaux se chassent la nuit, 
au clair de la lune , lorsqu'ils sont sortis du terrier 
pour chercher leur pâture. On tend, à la gueule de 
ces terriers, des poches oii ils viennent se jeter, pour- 
suivis par les chiens. Ce n'est que par hasard que les 
chiens les atteignent entredeux, alors il y a bonne 
chasse et bon déduit, car ils se font aboyer comme des 
sangliers. Quant aux chats, si les chiens les rencon- 
trent par hasard , ils grimpent aussitôt dans les 
arbres. 



NOTES. 



NOTES. 



NOTE A. 



Chiens de chasse chez les anciens Égyi)liens. (Extrait du journal le 
Sport, 3 mai I8G5.) 



Le tombeau du Roi Antcf , un des plus anciens souverains 
de Thèbes, se voit encore au nord de Gournah. Un beau bas- 
relief, malheureusement brisé, y représente ce Roi chasseur 
entouré de ses chiens favoris. Comme aspect, la nature des 
chiens composant sa meute est curieuse. Haut sur pattes^ râ- 
blé, bien établi, l'oreille pendante et courte, le chien courant 
d'Antef représenterait exactement le stag-hoimd de nos jours 
s'il n'était un peu défiguré à notre point de vue par une queue 
de roquet en trompette, qui vient caresser les reins de trop 
près. Tel qu'il est représenté sur ce monument dont l'érection 
remonte à 5,000 ans au moins, le chien courant de Thèbes 
donne l'idée d'une extrême vigueur. Du reste, une inscription 
tracée près du premier nous apprend qu'il était excellent 
pour l'antilope, document précieux qui prouve que ce n'était 
pas avec des lévriers, comme cela se pratique aujourd'hui 
dans le désert, que chassait le vieux Roi Thébain. 

Le granit, plus durable encore que le bronze, nous a conservé 



— 512 — 

intact le nom des quatre chiens favoris d'Antef : Bahuka, Aba- 
ker, Pahtès et Pakaro. (Note communiquée au Sport, par 
M. le vicomte de Rougé.) 



NOTE B. 



Chasses h courre de Louis XIV et des Enfants de France, d'après 
Danereau. 



La plupart des détails relatifs aux chasses à courre de 
Louis XIV et de ses enfants ont été donnés dans le texte. 
Nous ajouterons seulement ici quelques passages de Dangeau 
qui n'ont pu y trouver leur place. 

Pendant l'année 1685, la vénerie prit, en présence de Mon- 
seigneur et, plus rarement, du Roi, 56 cerfs, et 66 l'année sui- 
vante. 

Le 20 octobre 1687, à Fontainebleau. — « Monseigneur et 
Madame coururent le cerf dans les rochers de Franchard, pays 
fort affreux et où l'on n'avoit jamais chassé. » 

Le 7 novembre suivant, à FoJitainehleau. — « Monseigneur 
courut le cerf avec les chiens du grand prieur; le cerf fut pris 
à 7 lieues d'ici. » 

Le 15 mars 1706, à Versailles. — « Hier, à la fin de la 
chasse, le cerf étant aux abois vint droit à la calèche du Roi 
qui lui donna un coup de fouet ; le cerf sauta entre les deux 
chevaux de derrière et la calèche, et emporta les rênes que le 
Roi tenoit à la main. » 

Le 31 décembre 1712, à Fontainebleau. — « Le Roi prit un 
des plus gros cerfs de la forêt, dont la tête est assez belle pour 
mériter d'être mise dans la galerie des cerfs. • 

Le 14 septembre 1713, à Fontainebleau. — « Le Roi courut 



— .'il 3 — 

le cerf et on prit le plus gros qu'il eust pris de sa vie; l'élec- 
teur de Bavière dit qu'il n'en avoit jamais vu un si gros en 
Allemagne, où ils sont bien plus gros qu'en France. » 



NOTE C. 



Écurie de chasse de Louis XV en 1752. {Mémoires du duc de Luynes, 

t. XIT.) 



35 chevaux pour le Roi. 

12 pour le comte de Brionne. 

60 pour les écuyers et piqueurs. 

25 pour l'équipage du daim. 

24 pour les pages. 

90 pour la suite. 

111 à prêter aux seigneurs pour suivre la chasse. 

En tout 357 

Vautrait 55 

Louveterie 25 



33 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES. 



NM. 



L'impression de noire second livre était déjà terminée, quand 
M. le vicomte de Grancey a eu l'extrême obligeance de nous com- 
muniquer les documents ci-joints, extraits des archives du comté de 
Grancey, en Bourgogne, qui nous ont paru dignes de figurer parmi 
nos pièces justificatives. Les faits prouvés par l'enquête ont cela de 
particulier, qu'ils démontrent l'existence du braconnage sur la plus 
grande échelle, vingt années avant la révolution, et dans une forêt 
très-voisine (à 3 kilomètres) du chef-lieu môme de la seigneurie. Le 
point de la forêt indiqué par les gardes, comme rendez-vous des 
braconniers, n'était pas à plus d'une heure de marche du tribunal 
de la Gruerie. On pourrait citer, avec pièces à l'appui, mille détails 
prouvant clairement que, dans ce temps-là et môme plusieurs an- 
nées après, les bois étaient en quelque sorte au pillage, malgré des 
pénalités excessives, et que les paysans en jouissaient infmiment 
plus que le seigneur, sous le rapport de la chasse comme sous le 
rapport des produits de toute nature (1). 

RAPPORTS CONTRE DIFFÉRENTS CHASSEURS ET BRACONNIERS. 

1° Extrait des registres du greffe des raporls des menus de la Grurie 
du comté de Grancey. 

« Ce jourd'huy vingt six mars mil sept cent soixante et onze, heure 



(I) Nous avons cru devoir reproduire exactement l'orthographe tant 
soit peu fantastique de ces pièces. 



— ol8 — 

de midy au Greffe de la Gruerie du comté de Grancey et pardevaiil 
Moy Greffier soussigné, a comparu Claude Renault garde forestier 
dudit comté de Grancey y résidant reçue par informations de vies 
et meurs. 

(c Lequel a dit et fait raport que dés samedy dernier vingt trois 
du présent mois estant aux fonctions de sa charge revestu de sa ban- 
douillière au canton du bois soigneurialle dudit Grancey apellé la faye 
au bort du bois à l'endroit appelle la grande routte ou il y a plusieurs 
chemins entre ledit canton et les communaux de Grancey entre les 
cinq et six heures du soir il aperçut deux grands hommes couverts de 
mauvaises casacques avec des mauvais bonnets et chapeaux sur leurs 
testes chaussés de sabots harmés chacun d'un gros fusil qui estoient 
postés a la fut audit endroit et qui dans le momant qu'ils aperçurent 
ledit garde le couchant en joue ce qui l'obligea de se retirer sans 
connoistre autrement lesdits hommes qu'y peut après il entendit tit- 
rer un coupt de fusil audit canton, que le lendemain dimanche 
vingt quatre dudit mois à la memme heure étant retourné au 
memme canton il vitaussy lesdits deux hommes enbusqués qu'y le 
couchèrent de memme en joue aussyiost quils lapercurent ne tir- 
rerent cependant point ce soir la desquels deux faits le dit garde na 
point fait de raport comme ne coiinoissant point lesdits quidans sy 
ce nesl qu'il a ouy dire que sesloient Jean et Pierre les Clers frères 
baraqués dans les bois daubrive et que ce présent jour vingt six 
Mars sur environ les sept à huit heures du malin, estant au memme 
canton de la faye aux fonctions de sa charge reveslus comme des 
sus et à lendroit apellé les marchéts proche de la baraque de ju- 
pille dusseu ayant entendu chasser un chien et l'ayant vu passer 
chien basset souspoillcs noires, sestant avancé tout à coupt dans la 
route voisine il aurait aperçiie plusieurs hommes vestus et chaussés 
comme dessus quy se sont mis en rang et tous ont couchés ledit 
garde en joues avec les fusils dont ils estaient harmés sans dire mot. 
lequel garde obligé de se retirer a cependant reconnu une troupe 
qu'il n'a pas eiie le temps de compter, parmy lesquelles il a reconnu 
lesdits deux grands hommes cy dessus lun desquels icnoit en laisse 
un autre grand chien sous poilles roux fauve ayant le bout de la 
queue blanche et ledit garde sestanl mis sous le vent, ledit basset 
conlinuant de chasser il a entendu tirrer un coupt de fusil et une 
voix (luy a dit cesl le notre qu'ensuite celle troupe dhommes a pas- 
ser près desdites bara(iues en tirant du costé de Lamargcllc ce qu'il 



— ol9 — 

a reconnu a la faveur de la neige quy couvre la terre, qu'ayant en- 
suite suivy les niemmes pads en rétrogradant il a reconnu lendroit 
ou le ooupt de fusil venait d'être tirré dont il y a eu un Chevreuil 
de tué, a ajoutlé ledit garde que ses hommes ne peuvent estre que 
des coupeurs dans les bois daubrive quy y sont baraqués et coulu- 
mier du fait comme gens quy ne craignent rien dont et de tout 
qu'oy ledit garde et a tels fins que de raison a fait le présent rapport 
quil a déclaré contenir vérité et qu'il offre d'affirmer véritable et 
sest soussigné avec moy ledit greffier signé sur le registre Claude 
Renault, etTartivot greffier soussigné. 

« El ledit jour vingt six mars mil sept cent soixante et onze heure 
d'une après midy, en l'holél el pardevant nous juge Gruyer en la 
Grurie du comté de Grancey a comparut ledit Claude Renault 
garde dénommé au raport cy dessus et des autres parts lequel après 
le serment de luy pris en tels cas requis et lecture à luy faitte du 
susdit raport a affirmé le contenu en enceluy raport sincère et véri- 
table en foy de quoy nous nous sommes soussignés avec notre gref- 
fier ordinaire et ledit Renault garde signé sur le registre Claude 
Renault AUy, et Tardivot greffier soussigné, et au bas est écrit con- 
trolié a Grancey le vingt sept mars mil sept cent soixante el onze 
par le sieur Ally commis qu'y a reçue treize sols signé Ally. 

« Signé : Tardivot, greffier. » 

2° A Monsieur Monsieur Ally, avocat en parlement, bailhjetjtigc 
Gruyer du comté de Grancey et dépendances. 

c( Remontre le procureur d'office au siège baillage cl Grurie que 
depuis plusieurs mois il se fait des attroupements de gens armés 
qui se postent essentiellement dans les bois du comté de Grancey 
nottament dans la forret appelée la Paye sur le finage et proche de 
ce lieu, que les chefs de celte bande sont les nommés Jean et Pierre 
Les Cleres frères l'un appelle le boiteux et l'autre le greslé, Jean 
Herar, Blaize Tripier el Denis Lorimier tous coupeurs baraqués dans 
les bois d'Aubrive proche la ferme de Lamorey ; que ses gens ainsy 
atroupés que Ion peut regarder comme espèces de brigands capable 
de tout rependant lalarme dans le pays en ce quils couchent en 
joue avec leurs fusils, et menacent de tuer tant les gardes forestiers 
dudit Grancey que ceux (jui pa-sent dans ladittc l'orest de la Fayo 



— 520 — 

affin dempecher dcstre aprochés, et reconnai qu'a ce moyen ils de- 
vasleul impugnement et tiient tous le gibier de laditte forest en 
même tems quils la rendent inabordable tant auxdils gardes, 
qu'autres, que le remontrant a été informé que dans le temps de 
Carnaval dernier et dans le cour de la Semaine Sainte aussy der- 
nier ses gens la ainsi attroupés avoient fait un abatit considérable 
dans ledit bois de la Faye de plusieurs biches et dune quantité de 
Chevreuils, que de plus ils viennent sembusquer a bord dudit bois 
tant le soir que le malin, et que quiconque veu aborder est couché 
en joue et obligé de se retirer, et comme de ses attroupements il 
en résultent infailliblement des desordres encore plus grands, et 
dailleurs sagissant de procurer la tranquililé public et la sûreté des 
gardes forestiers en les mettant en état de faire leurs fonctions, led. 
procureur doffice recours, 

« A ce qu'il vous plaise monsieur a ce que ce considéré don- 
nant acte de sa plainte !uy permette de faire informer pardevant 
vous en saditte qualité et a sa requeste desdits faits et circonstances 
et dépendances, et pour ce fait et ladite information a luy commu- 
niquée estre ordonné ce qui! apartiendra. 

« Et cependant attendu la multitude de témoms des lieux circon- 
voisins quil sera obligé de faire assigner pour plus grande facilité, 
il vous plaise aussy ordonner que vous vous transporteré avec vôtre 
greffier es différents lieux dudit comté qu'il conviendra pendant le 
cours de ladite information, et pour la confection d'icelie et vous fe- 
rez bien. 

« Signé : Darantiere. » 

« Vu la présente requête, acte au remonlrant de sa plainte a luy 
permis de faire informer pardevant nous a sa req'^ et en sad. qus.- 
lilé des faits y contenus, circonstances et dépendances a l'effet de 
quoy commission sera décernée par notre greffier pour faire assi- 
gner tous témoins tant en noire hôtel aud. Crancey qu'ex lieux de 
Lamargelle cl Santenoge et autres quil conviendra et ou nous nous 
transporterons suivant quil est requis cl pour ce lait et ladilte 

information a luy cire ordonné ce (luil aiiar- 

tiendra. Fait en notre holel à Grancey ce vingt un niay 1771. 

« Si"né : Allv. » 



— 1)21 — 

i" A Monsieur Monsieur AUy, avocat en parlement, bailly et juge 
Gruyer du comté de Cranccy. 

« Remonlre le soussigné procureur fiscal au bailliage et Grurie 
du comté de Grancey, qui! a elé informé que depuis trois à quatre 
mois il y avoil différents particuliers bucheronts travaillant dans les 
bois dAubrivc qui avoisinent ceux du comté de Grancey, nottament 
la Faye ou ses braconiers au nombre de dix a douze ne cessent dy 
faire des parties de chasse ou ils liient toutes sortes de gibiers, not- 
tament des cerfs, biches et chevreuils ce quils ont fait en difTérents 
tenis dans le court du mois de mars dernier ainsy quil en résulte 
du raport de Claude Renault garde forestier dudit Grancey, et que 
ses braconniers ainsy alroupés eurent l'impudence de le coucher 
en joiie en deux tems différents, ce quils firent encore vis à vis de 
ceux qui passèrent eu cette forest dans le tems de leurs parties de 
chasses, en leur criant de se retirer, et de passer promptement leur 
chemin, ce qui causa tant de terreur aux personnes qui avoient 
achetés des bois en cette foret quelles ont été un lems considérable 
sans ozer sy présenter pour le couper, et enlever, ils en ont mrme 
même imposés aux coupeurs, charbonniers et sabotiers qui tra- 
vailent en celte forest, en un mot les gardes forestiers de cette terre 
ne l'abordent qu'avec crainte, ce qui donne lieu a beaucoup de délits 
qui sy comeltent journellement, cest pour arrester l'elïet d'un pareil 
desordre, et un abut si contraire aux ordonnances des eaux et forest, 
et aux interrets de cette seigneurie que ledit procureur fiscal recours. 

« A ce qu'il vous plaise, monsieur luy donner acte du contenu 
en sa plainte et au raport du garde forestier de cette seigneurie du 
vingt six mars dernier et en conséquence luy permettre den faire 
informer a charge et decharche circonstances et dépendances, 
même de faire repeler ledit Renault garde sur le contenu en son 
raport pour l'information faite communiquée au remontrant eslre 
par luy pris toutes conclusions que de raison et ferés bien. 

« Signé : Darantieiîe. » 



— 522 — 

N» II. 

Estât des cerfs courus par la Muelle (sic) du Roy pendant les 
années 1723 à \TiQ (grande et pelile meute). Ms. in-folio, bibl. du 
Louvre. — Id. id. de 1730 à 1742. — Estai des cerfs courus par la 
meute du Roy de 1723 à 1757 (grande meute seule). Ms. in-S", même 
bibliothèque. (Extraits.) 

1723. — Forêts de Saint-Germain, de Versailles, de Rambouillet 
de Fonlainebleau. 

La grande meute a fait 65 chasses, 59 cerfs pris, 11 manques. 

Observations. — Un buisson creux, le 29 octobre. — Laissé courre 
fréquemment par MM. de Chalclus (sic) et Landsmath. 
17-24. — Mêmes forêts. — Verrières, Chantilly. 

72 chasses, 78 cerfs pris, 13 manques. 

Observations. — Le premier fréouer est apporté le 29 juillet. 

Première chasse du Boy le 26 août. 

1725. — Mêmes forêts, plus Sénart. 
75 chasses, 104 cerfs pris, 7 manques. 

Observations. — Le 7 septembre, première chasse de la Reyne. 

1726. — Mêmes forêts. 

74 chasses, 109 cerfs pris, 5 manques. 

Observations. — Commencements de la Petite meute. 

De juin à septembre, inclusiv.', elle a pris 15 lièvres, manqué 3, 
pris un renard. 

D'octobre à décembre, pris 12 chevreuils, manqué 11. 
1727. — Mêmes forêts, plus le Vésinet, Sainte-Apolline et Besne. 

Grande meute. — 73 chasses, 92 cerfs pris, 7 manques. 

Petite meute. — 44 chevreuils pris, 21 manques, 1 renard pris, 
1 chevreuil tué par le Roi à Marly, 1 id. par M. Antoine (1). 

1728. — Grande meute.— 72 chasses, 90 cerfs pris, 6 manques. 

Petite meute. — 12 daims pris, 4 manques. 

37 chevreuils pris, 18 manques. 

Observations. — Les chasses de daim ont eu lieu principalement 
en janvier, février, mars. M. d'Yau ville laisse courre très-souvent. 
1729. — Mêmes forêts, plus celle des AUuets (2). 



(1) Porte-arquebuse du Roi. 

(2) Entre Poispy et Mante?. 



— o2;i — 

Grande meule. — 69 chasses, 96 cerls pris, 7 manques. 

Petite meute. 

28 daims pris, 4 manques. 

27 chevreuils pris, 7 manques. 

2 cerfs pris, 1 manqué. 

1 sanglier pris. 

Observations. — Les chasses de daim ont eu lieu jusqu'au mois 
d'avril. 3 daims ont de plus été pris en juin, 2 en juillet, 1 en dé- 
cembre. Les cerfs ont été pris en juillet et novembre, le sanglier en 
décembre. 

1730. — Grande meule. 

87 cerfs pris, 6 manques, 67 chasses. 

Peiite meute. 

30 daims pris, 7 manques. 

15 chevreuils pris, 16 manques. 

6 cerfs pris, 2 manques. 

1731. — Grande meute. 
77 cerfs pris, 9 manques. 

N. B. De 1731 à 1737, le registre ne donne pas les chasses de la 
petite meule. 

Le 29 novembre 1731, à Versailles, les deux meules de S. M. 
couplées (1) ont pris une seconde tète. 

1732. — Grande meute. 
79 cerfs pris, 10 manques. 

1733. — 96 cerfs pris, 10 mamiués. 

1734. — 92 cerfs pris, 4 manques. 

1735. — 87 cerfs pris, 10 manques. 

1736. — 121 cerfs pris, 3 manques. 

1737. — Grande meute. 

73 chasses, 91 cerfs pris, 4 manques. 

ObservaLions. — 4 octobre, buisson de Massory. Première chasse 
de M. le Dauphin. 
Petite meute. — 73 chasses, 103 cerfs pris, 3 manques. 
ObservaLions. —Le 22 janvier, Caslaud, chien anglois de la petite 



(I) Réunies. 



— 524 — 

meule, s'esl séparé après un daguet qu'il a pris dans les fonds de 
l'élaiig (fuièt de Marly). 

Chasses que le Boy a fait avec le déladiement. 

7 cerfs pris, 1 manqué. 

(Versailles et Saint-Germain.) 

1738. — Grande meute. 

71 chasses, 100 cerfs pris, 4 manques. 

Petite meute. 

71 chasses, 112 cerfs pris, 2 manques. 

(Marly, Rochefort, les Butards, Chevreuse, Versailles.) 

1739. — Grande meute. 

74 chasses, 93 cerfs pris, 5 manques. 

Petite meute. 

114 chasses, 114 cerfs pris, 2 manques. 

1740. — Grande meute. 

59 chasses, 88 cerfs pris, 3 manques. 
Petite meute. 

60 chasses, 95 cerfs pris, 2 manques. 

(La petite meute chasse dans toutes les forêts.) 

1741. — Grande meute. 

78 chasses, 103 cerfs pris, 2 manques. 

Observations. — Le 3 juillet, prise d'un cerf dix cors qui avait la 
teste bisarre. 

Au commencement d'octobre, le Roi avait fait séparer la grande 
meute en deux. 

Le 26 octobre. Sa Majesté chasse avec un détachement des deux 
meutes. 

Petite meule. 

74 chasses, 107 cerfs pris, 1 manqué. 

Observations. — Le 10 février, la petite meute prend un cerf à 
sa seconde tète sous le portail de l'église des Loges (près Saint-Ger- 
main). 

Le 24 mars, un cerf à sa troisième tête est pris dans le jardin de 
M. Lemaréchal, à Bièvre (1). 
174-2. — Grande meute. 

64 chasses, 75 cerfs pris, 7 manques. 



(I) Maréchal, man[iiis de Bièvre. 



— 525 — 

Petite meute. 

63 chasses, 81 cerfs pris, 6 manques. 

1743. — Grande meute. 
102 cerfs pris, 3 manques. 

1744 (1). — 73 cerfs pris, 6 manques. 
Observations. — Le 9 mars, prise d'une teste bisarre. 

1745. — 76 cerfs pris, 3 manques. 
Observations. — Le 9 août, le cerf avait fraie bruni. 

Le 25 septembre, prise d'un cerf dix cors blessé de plusieurs 
coups d'andouiller. 

1746. — 84 cerfs pris, 3 manques. 

1747. — 96 cerfs pris, 2 manques. 

Observations. — Le 31 octobre (à Fontainebleau), des chiens sé- 
parés onts menés (sic) un cerf dix cors, dans le Mail, qui avoil été 
attaqué avec le premier cerf. Le Roi y étant arrivé, a fait ouvrir le 
chenil de la petite (meute) qui a pris le cerf dans le fossé du par- 
terre du Tibre. 

1748. — 88 cerfs pris, 6 manques. 

1749. — 112 cerfs pris, 5 manques. 

1750. — 78 cerfs pris, 1 manqué. 

Observations. — Le 5 février (à Versailles), pris un cerf près la 
porte de Pontoise, devant la grille du château. 

Le 20 mai (àSénart), pris un cerf dix cors dans la rivière d'Hyerres, 
au-dessous du bois de Boassy (sic). 

Le 25, pris un cerf au-dessous de Comblaville. 

Le 16 juin, un chien anglois est devenu enragé dans le chenil, ce 
qui a suspendu les chasses. 

1751. — 99 cerfs pris, 5 manques. 

Observations. — Le 6 avril, pris un cerf dix cors qui avoit les 
meules découvertes. 

Le 4 août (à Rambouillet), pris un cerf à sa troisième tête qui 
avoit le nez blanc et une jambe de moins. 

Le 9 août, deux cerfs dix-cors pris en même temps, dont un fraie 
bruni. 

1752. — 112 cerfs pris, 3 manques. 



(1) Le Ms que nous suivons à partir de l'année 1743 ne donne plus que 
les chasses de la grande mente. 



— 526 — 

17o3. — 99 cerfs pris, 2 manques. 
Obserraiions. — Le 3 février, pris une quatrième tête dans la 
ville de Poissy. 
Le 20 mars, pris une quatrième tête qui a mis bas en courant. 
Le 6 octobre, pris un cerf qui avoil un côté de la leste cassé. 
Le 25 octobre, pris un cerf dix cors à teste bizarre. 

1754. — 110 cerfs pris, manques. 

Observations. —1.(1, \\ septembre (à Sénart], pris un cerf dans 
rriyerres à Brunoy. 

1755. — 103 cerfs pris, 5 manques, 

1756. — 100 cerfs pris, 10 manques. 

Observations. — Le 26 février, pris un cerf dans la ville de Poissy, 
à la porte de l'église. 

Le 13 avril (à Fausse-Repose), des chiens séparés ont menés (sic) 
un cerf à sa seconde teste à nez blanc, dans le petit étang de Ville- 
d'Avray où il s'est noie tout seul. 

1757. — 109 cerfs pris, 3 manques. 

Observation. — Le 16 mai, pris deux cerfs dix cors en même 
temps. 

N° IIL 

Chasses à courre de la maison de Condc. — Situation des écuries, 
remises et vennerie de S. A. S., le \" juillet 1772. Ms. in-i2 mar. 
Bïbl. de S. A. R. MS' le duc d'Aumale. 

125 chevaux de selle dont 34 de vénerie. 

10 pour S. A. S., 9 pour M^"" le duc, 4 d'arquebuse, 6 pour le 
chevalier de Mintier (écuyer commandant), 15 pour prêter, 8 pour 
suivre M. le duc, 8 de pages, 16 de suite. 

Plus, 102 chevaux de trait. En tout, 227. 

ÉOIIIPAGE Dr CERF. 

Premier, second et troisième piqueurs. 

1 valet de limier. 

3 valets de chiens à cheval. 

3 id. à pied. 

1 commis, 1 armurier. 

19 chiens de meule. 

15 do vieille meute. 



— 527 — 

18 de sec.omle. 

"22 des six chiens. 

12 jeunes chiens anglois. 

17 chiens tant anglois que normands, qui ne sont pas encore 
nommés. 

18 limiers. 
Total, 121. 

ÉQUIPAGE DU DAIM. 

1 premier piqueur. 

2 valets de chiens. à cheval. 
2 id. à pied. 

1 valet de chiens pour les élèves. 

1 boulanger. , 

20 chiens de meutte. 

10 de vieille meutte. 

10 de seconde. 

14 des six chiens. 

8 limiers. 

En tout, 62 chiens. 

N» IV. 

Chasses remarquables et anecdotes. {Extraits du Journal de 
Toudouze.) 

On voit parfois dans ce journal plusieurs cerfs chassés et pris en 
même temps. L'équipage force assez souvent 2, 3 et jusqu'à 5 cerfs 
de suite. 

L'équipage du daim prend souvent 3 animaux de suite et quel- 
<luefois 4. 

Le 21 avril 1764. « Chasse du sanglier à la Haute-Pommeraye. 11 
y a eu des toilles de tendues dans la route de Malassise. S. A. S. a 
attaqué au Fond Duval un bon ragot, après avoir été attaqué, a pris 
son parti tout de suite, a passé au bocquet de Saint-Romain, a pris la 
plaine, a passé la rivière d'Oise à Creil, près le Pont-à-l'Huille, a 
traversé le marais de Nogent, a passé à travers le jardin de M. de 
Nerval, a monté dans la plaine haute de Nogent, a passé entre Mer- 
lou et Rousseloy, de là à Bury et a été forcé et pris à Mouy. «L. L. 
A. A. S. S. M»' le prince de Condé et Msr le comte de la Marche sont 



— ;)28 — 

arrivés au relancé du sanglier avec leurs chevaux de meulte, ainsy 
(|iie M" de Uaffeton, IVloncor, Franclieu et Mignon qui a été jette 
deux fois par terre par ce sanglier venant à la charge sur lui et l'a tué. 

« Jamais on n'a vu ici pareille refuite pour un sanglier. » 

Le 8 octohre 1764. 

« S. A. S. a été au bois pour la première fois aux Plans-des- Aigles 
avec M. de Maillé. S. A. S. y avoil détourné deux cerfs ; une biche 
y étant survenue, les deux cerfs se sont battus. » 

Le 2 juillet 1765, un cerf dy cor (sic) jeunement est pris après 
7 heures de chasse. 

Le 20 mai 1766. Chasse d'un cerf, cru de change, qui passe à la 
forêt de Compiégne et qu'on abandonne à 8 heures du soir. 

Le 5 juin, prise d'un cerf dy cor ayant les pieds d'une grosseur 
extraordinaire et d'une forme singulière. 

Le 23 septembre 1767. L'équipage part pour Fontainebleau. Il en 
revient le 27. 

Le 12 novembre. Première chasse de Chantilly où il a été pris 
3 cerfs. 

Les 6 octobre et 10 novembre. Chasses de daim dans la forêt de 
Chantilly, présence du président Mole et de sa compagnie. 

Le 29 novembre. Chasse de cerf pour le Roi de Danemark avec 
toiles et laps tendus depuis la Muette jusqu'à Ponlarmé, pour empê- 
cher le cerf d'aller à Ermenonville. 

Le 16 aoixl 1769. Chasse de cerf pour le Roi (Louis XV) avec toiles 
et laps tendus à certains passages. 

Le 15 février 1770. Prise de 5 cerfs dont 2 séparés. 

Le 18 janvier 1771. « L. L. A. A. S. S. (M. le prince et M. le duc) 
et compagnie ont montés {sic} en traîneaux pour aller chasser le daim. 
S. À. S. a fait attaquer un daguet dans la plaine des Aigles; le pi- 
queur et les valets de chiens éioient aussi en traîneaux. Il n'y a rien 
eu de pris. » 

Le 5 août 1772. Cerf dix cors détourné par Msr le duc et M. de 
Maillé, leurs guettes étant au bois du Ministre. 

Le 2 septembre, 2 cerfs détournés par M?r le duc et Fanfare. 

Le 19 septembre 1774. Un très-gros cerf est attaqué aux brisées de 
Mgr le duc et pris. 

Le 9 octobre 1775. L'équipage du cerf part pour FoiUainebleau. 11 
en revient le 15. 

Le l«f décembre, M?"" le duc fait le bois. 



Le 13 janvier 177G. Chasse au cerf dans le parc d'Apreniunt par 
une grande neige. S. A. S. a chassé en traîneau el Mgr le duc à cheval. 
— Prise d'un cerf dix cors à nez blanc. 

Le 14 janvier. Chasse au daim dans le même parc; les princes, 
seigneurs et piqueurs ont fait toute la chasse en traîneaux ; prise d'un 
daim dix cors. 

Le 18 avril. 2 cerfs, l'un do muette, l'autre de change, pris en- 
semble à l'étang de Crécy par les chiens de muette. 

Le 9 septembre. Ms"" le duc fait le bois. 

Le 13. Prise d'un cerf dix cors détourné par Ms^" le duc. 

Le 27 août 1777. Prise de 4 cerfs dont 2 attaqués ensemble. 
Le 29 novembre 1777, 4 daims pris de suite. 

Le 4 mars 1778. 5 cerfs pris de suite. 

Le 23 mars. « S. A. S. Ms^ le duc a fait attaquer aux Hautes- 
Coutumes une troisième tête qui a été prise à l'étang de Coramel. 11 
y a eu de pris à celte chasse, 8 cerfs qui ont été attaqués autour du 
poteau Nibert et pris tous dans ce canton. » 

Le 4 mai. « Ms"" le duc a fait attaquer h l'Homme-Mort deux 
petites bêtes (de compagnie), l'une desquelles a été prise à Baupré 
{sic) et l'autre dans la plaine de Saint-Laurent, par les lévriers. » 

Le 3 juin. Chasse de sangliers dans la forêt de Laigle. 5 sangliers 
tués (il n'est pas dit comment). 

N" V. 

Récapitulation des chasses de cerf, chevreuil, daim, sanglier 
à Chantilly et dans la capitainerie d'Halatte de 1753 à 1778 
inclusivement. {Extrait du Joiimal de Toiidouze.) 

1753. — Cerfs pris par les officiers et gardes, 3 

Sangliers (chasses aux toiles comprises), 145 

Daims (y compris les chasses aux panneaux), 205 

Chevreuils, 18 
(Plus 71 tués par divers.) 

1754. — Chasse du sanglier : grands sangliers, 28 

Marcassins, 25 

Chevreuils, chasses, 4 

Plus un faon et 50 chevreuils tués par divers. 

Cerfs, 

1755. — Sangliers et marcassins, 32 

Chevreuils, 4 



II. 



34 



— 530 — 

1756. — Sangliers et marcassins, 41 

Chevreuils, 8 

l"o7. — Sangliers et marcassins, 36 

Chevreuils, 

1758. — 72 sangliers et 41 marcassins tués par les officiers et les 

gardes, sans autre détail. 

1759. — Chasse du cerf de Mgr. le comte de la Marche, 14 

Chasse du sanglier, 11 

1760. — Chasse du cerf de S. A. S., 9 

Id. du comte de la Marche. 23 

Chasse du sanglier, 19 

1761. — Chasse du cerf, 47 

Chasse du sanglier, 37 

1762. — Chasse du cerf, 40 

Chasse du sanglier, 38 

1763. — Cerfs pris par S. A. S., 33 

Sangliers id., 25 

1764. — Chasse du cerf, ' 37 

Chasse du sanglier, 38 

1765. — Chasse du cerf, 46 

Chasse du sanglier, 21 

Chasse du daim, 17 

(C'est le commencement des chasses de l'équipage du daim.) 

1766. — Chasse du cerf, 67 

Chasse du daim, 21 

Chasse du sanglier, 2 

1767. — Chasse du cerf, 56 

Chasse du daim, 39 

Chasse du sanglier, 11 
(Les chasses du sanglier cessent d'être inscrites depuis cette 
année jusqu'en 1777.) 

1768. — Chasse du cerf, 69 

Chasse du daim, 31 

1769. — Chasse du cerf, 79 

Chasse du daim, 83 

1770. — Chasse du cerf. 63 

Chasse du daim, 43 

1771. — Cerfs, 96 

Daims, 47 



— 531 — 

1772. — Cerfs, 92 

Daims, 64 

1773. — Cerfs, 92 

Daims, 47 

1774. — Cerfs, 92 

Daims, 7J 

1775. — Cerfs, 91 

Daims, 87 

1776. — Cerfs, 119 

Daims, 97 

1777. — Cerfs, 130 

Daims, 126 

Chevreuils, y compris plusieurs animaux tués au fusil, 64 

Sangliers, 85 

(Les chasses de sangliers recommencent cette année. On 

trouve une fois dans le journal 5 sangliers pris le même jour, 

sans qu'il soit dit de quelle manière, et 7 le 1" juillet 1778.) 

1778. — Cerfs, 165 

Daims, 149 

Chevreuils, 55 

Sangliers, 110 
{Ces chiffres sont les plus élevés de toute la période.) 

N» VI. 

Chasses du cerf faites par Véquipage de M^r le duc d'Orléans pendant 
Vannée 1755. Ms. de la bibliothèque de la Reine Marie Amélie. 

Janvier. — Clichy. 

Février à aoVit. — Villers-Colerets. 

Septembre à novembre. — Clichy. 

Décembre. — Villers-Coterez. 

62 chasses, 63 cerfs pris, 7 manques. 

N» VII. 

Entrées, sorties et morts des chiens de la vennerie de Monsei- 
gneur le Duc d'Orléans pendant l'année 1755, {Même Ms.) 

27 entrées. — 22 sorties. — 14 morts. 



— o32 — 
Chiens existants te i"' janrier 175(5. 



52 de meute. 
20 de vieille meule. 
20 de seconde. 
11 limiers. 
Total, 103 chiens. 



N° VIII. 



Chasses du comte d'Eu et du prince de Bombes. — « Etat des cerfs 
pris et manques année par année avec les noms des valets de limiers 
qui les ont laissé courre et des lieux où, on les a attaques. » {Ex- 
traits d'un Ms. de la bibliothèque de la Reine Marie-Amélie. 

1722-1740. 

Cerfs pris : 

Sainte -Geneviève et buissons des environs, 7 

Verrières, coteaux d'Orsay, Marcoussy et bois du Déluge, 44 

Fontainebleau, du côté du Gatinois, 64 

Id., du côté de la Brie, 113 

Sonar et buissons des environs de la Grange, 77 

Rambouillet, Saint-Léger, Epernon, etc., 8 

Bois de Notre-Dame,- de Saint-Martin, et buissons dos environs, 57 

Chevreuse, Trape, etc., 48 

L'Isle-Adam, 1 

Forest de Bondi, bois et buissons en degà de la Marne, 474 

Saint- Germain, Marly, les Aliuets, 48 

Meudon et bois de Boulognt;, 

Compièguc, ft»rests de l'Aiguë, etc., 40 

Anet, 16 

Total, 1003 

Cerfs manques, 268 

Laissés courre par : 

Ms' le prince de Dombes, 284 

M^' le comte d'Eu, 241 



— 533 — 
N» IX. 

Équipage de chasse du comte d'Eu. — Liste générale et perpé- 
tuelle des chevaux et des chiens gui composent l'équipage de 
S. Jl . S. Mgr le comte d'Eu, avec tous les attelages tant de chasse 
que de carrosse. Présenté à S. A. S. par M. le chevalier de Boucher, 
un de ses gentilshommes, le i" janvier 17G9. [Extraits d'un volume 
moitié imprimé, moitié manuscrit de la bibliothègue de MS^ le duc 
d'Aumale, retenant, par une disposition particulière, des fiches en 
papier où, sont inscrits les noms.) 

Chevaux de selle, rang du prince, 5 dont 1 d'arquebuse. 
Rang de M, de Bonneguise, 7 dont 1 pour le sanglier. 

— de M. Desfriches, 6 id. 

— de M. de Montmorant, 5 id. 

— de M. de Raimer, 5 id. 

— du chevalierde Boucher, 5 id. 

— de M. Ratel, 2 id. 

— du S' Houet, 2 id. 

Chenil, rang du S"' Louis, piqueux, 5 chevaux. 

Lafeuille, id., 6 dont 1 pour le sanglier. 

Chamonin, id. 5 id. 

Rang de Vandel, valet de chiens à cheval, 2 

Lafleur, id., 2 

Chevaux neufs et autres, chevaux de suite, 24 

Total des chevaux de selle, y compris un mulet, 114 

Total de tous les chevaux, i95 

Meule pour le cerf. 

Chiens de meute, 52 

Id. de vielle (sic) meute, 10 

Id. de seconde, 10 

Six chiens, 10 

Limiers, 11 

Total, 93 

Meute du sanglier, 27 

Limiers, 5 

Total général, 125 

Remarque. — Dans la meute du cerf, on trouve plusieurs noms 

anglais comme Bleucape [sic], Ranter, Danser, Spanker, Sticler. 

Dans celle du sanglier : Traveler, Bleucape, Fidier, 

FIN UU TOME DEUXIÈME. 



ERRATUM. 



Page 41, ligne 22, au lieu de : Tel n'était pas l'avis de Louis XllI . 
loul jaloux qu'il pût être do ses chasses, lisez : si jaloux. 



TABLE DES MATIÈRES. 



LIVRE SECOND. 

HISTOIRE DU DROIT DE CHASSE. 
CHAPITRE PREMIER. 

DEPUIS LES PREMIERS TEMPS DE LA MONARCHIE .TUSQÛ'a LA FIIS' DU 
XV^ SIÈCLE. 

Pages. 

Droil de chasse sous les Rois mérovingiens l 

Soris les Rois et Empereurs carlovingiens 3 

Pendant l'époque féodale. — Garennes. — Droit de suite. — Fo- 
restiers féodaux. — Bourgeois. — Paysans ^ 

CHAPITRE H. 

DU DROIT DE CHASSE ET DES CAPITAINERIES SOtJS LES VALOIS ET LES 
liOIiRDONS. 

Le droit de chasse deuienl un des allributs de la royauté 28 

Droits des seigneurs de fiefs et hauts justiciers. — Droit de suite. 
— Garennes 35 

Indemniiés pour les dégâts commis par le gibier. — Destruction 
des lapins. — Interdictions de chasser dans les récoltes 4G 

Prohibitions en faveur du gibier. — Défense d'enlever les œufs. — 
Défense de vendre du gibier sauf sous certaines conditions. . . 50 

Chasses prohibées. — Chasses nocturnes. — Pièges et engins. — 
Armes à feu. — Chasse aux chiens couchants. — Armes bri- 
sées. — Grenaille de fer. — Cerf, gibier réservé 51 



— 536 — 

Page». 

Jugements en malière de chasse 57 

Capitaineries. — Grands seigneurs capitaines des chasses.— Ca- 
pitaineries des princes et des grands seigneurs. — Abus des 
capitaineries. — Conservateurs des forêts royales. — Peines 
sévères prononcées pour protéger les capitaineries. — Mesures 

contre les chiens 58 

liraconnage. — Soldats aux gardes. — Braconnage favorisé par les 
officiers du Roi. —Règne de Louis XIV. — Soldats aux gardes 
et académistes. — Officiers des chasses. — Braconnage avec vio- 
lence. — Braconnage dans le petit parc de Versailles. — Bra- 
connage des soldats aux gardes en 1703. — Braconnage des ar- 
chers de la gabelle. — Braconnage sous Louis XV. — Bracon- 
nage avec divers engins. — Braconnage au fusil. — Braconniers 
d'occasion. — Violences des gardes et des braconniers 80 



LIVRE TROISIEME. 

DES .\NIMAIIX CHASSÉS EN FRANCE. 



PREMIERE SECTION. 

MAMMIFÈRES. 

CHAPITRE PREMIER. 

? 1. Espèces disparues : L'élan, le bison et l'unis 104 

g 2. Espèces dcvrnnes /r/\f-r/7/v'.s- ; Castor, bouquotin, lynx 112 

CHAPITRE II. 

MAiMMIFÈRES CHASSÉS EN FRANCE .IUSQU'a NOS .lOURS. 

'é 1. Les mammifères des montagnes : L'ours, le chamois, le mou- 
flon, la marmotte, le lièvre blanc 131 

l 2. Les bêtes fanves : Le cerf, le daim, le chevreuil 148 

'i 3. Les bêtes noires 168 

g 4. Les rongeurs: Le lièvre, le lapin, l'écureuil 170 

l 5. Grands et moyens carnassiers : Le loup, le renard, le blaireau, 

le chat sauvage 175 

l 6. Les mxistéiiens : La marte, la fouine, le putois, l'Iiormine, la 

belette 184 

t 7. Les ompliilnes : La loutre, le rat d'eau 189 



DEUXIEME SECTION. 

OISEAUX. 

CIlAPITliE PREMIER. 

OISEAUX TERRESTRES. 

Pages. 

i l. Oiseaux des monlagnes : Les tétras, le lagopède, la gelinotte, 
la bartavelle, la perdrix de montagne 192 

g 2. Oiseaux des plaines el des prairies : Les outardes, les perdrix, 
la caille, le ganga, le râle de genêt, le vanneau, les pluviers. . 107 

?, 3. Oiseaux des bois : Les faisans, la bécasse, les pigeons sau- 
vages 207 

g 4. Les oisillons : Les grives, les merles, les alouettes, les bec- 
figues, les ortolans -13 

CHAPITRE II. 

OISEAUX AQUATIQUES. 

§ 1. Oiseaux de rivage : Les grands et petits échassiers (hérons, 
grue, cigogne, spatule), les bécassines, les râles 21' 

g 2. Oiseaux nageurs oii palmipèdes : Le flammant, la foulque, la 
poule d'eau, le pélican, le cormoran, le cygne, les oies sauvages 
(bernache, oie d'Egypte), les canards, les sarcelles, les harles, 
les grèbes 224 

CHAPITRE III. 

OISEAUX DE PROIE. 

Rapaces nocturnes et diurnes. — Corvidés 238 



LIVRE IV. 

HISTOIRE DES CHIENS DE CHASSE. 
CHAPITRE PREMIER. 

DE l'origine des CHIENS DE CHASSE ET DE LEUR EMPLOI CHEZ LES 
PEUPLES DE l'antiquité. 

'é 1. Origines du chien 241 

g 2. Des chiens de cliassc pendanl ranlirjuilé. — Chiens de chasse 
chez les Égyptiens, — chez les xXssyriens et les Perses, — chez 
les Grecs, — dv/. \i'> Romains 245 



— o38 — 
CHAPITRE II. 

DE? CUIEXS DK CHASSt: IIHEZ LES T.AILOIS ET LES FRANCS. . 

Pages. 

«! I. Dfs rhii'iis ((<' rliusst' chez les Gaulois. — (Chiens de l'ile de 

Bietagne 253 

fi 2. Dfs chiots de rhosse chez les Francs 260 

CHAPITRE m. 

DES C}IIE>"S DE CHASSE E.N FRANCE PENDANT l'ÉPOQLE FÉODALE, DC 

X' AU XV' SIÈCLE 206 

CHAPITRE IV. 

DES CHIENS DE CHASSE AUX .\VI', XVII^ ET XVIII" SIÈCLES 282 

CHAPITRE V. 

DES DIVERSES RACES DE CHIENS EN USAGE DU X' AU XVIIl* SIÈCLE. 

l 1. Chiens de force, — Vautres. — Alans. — Dogues. — Mâtins. 

Chiens-loups des A±»ruzzes 293 

g 2. Lévriers. — Lévriers d'attache. — Lévriers pour lièvre. — 

Levrons. — Charnègres. 303 

l 3. Chiens courants 

1° Chiens d'ordre. — Chiens d'ordre français. — Chiens de 
Saint-Hubert.— Chiens blancs, dits bauds et greffiers.— Chiens 
gris de Saint-Louis. — Chiens fauves de Bretagne. — Chiens de 
Bresse. — Griffons de l'Ouest. — Chiens de Gascogne. — 
Chiens normands. — Chiens de Saiutonge. — Chiens de 
l'Ouest. — Chiens d'Artois. — Chiens bleus dits foudras. . . 313 
Chiens coiirants anglais el écossais-bâtards. — Talbots. — Chiens 
du Sud. — Bloodhounds. —Chiens du Nord. — Staghounds. — 

Beagles. — Otterhounds 330 

Chiens suisses. — Limiers 350 

2" Chiens courants de races secondaires. — Brachels. — Bri- 
quets. — Bassets 352 

ji -i. Chiens d'Oisel. — Chiens d'arrêt. — Kpagneuls. — Braques. 
— Barbets. — Griffons 358 



LIVRE V. 

LA VÉNERIE. 
CHAPITRE PREMIER. 

ORIGINE ET IIISTOIHK DE LA VÉNERIE. 

En France. — En .\ngleterre. — En Allemagne. — En Espagne. 
Veneurs illustres. — Chasse? mémorables 371 



— 539 — 
CHAPITRE II. 

Pages. 

LANGAGE, VS KT COUTtTMES DE LA VÉNERIE 395 

CHAPITRE III. 

ÉQUIPAGES DE VÉNERIE, MET'TES ET PERSONNEL 404 

CHAPITRE IV. 

ARMES, USTENSILES ET COSTUMES DE VÉNERIE. 

?. 1. Armes. — Épieux. — Épées. — Couteaux de chasse 410 

i 2. Inslrumenls et ustensiles. — Hansart, écorchoir, trousses de 

vénerie 413 

'é 3. Trompes et cors de c liasse. — Sonneries 415 

fi 4. Costumes 429 

CHAPITRE V. 

CHEVAUX DE CHASSE 441 

CHAPITRE VI. 

DES DIFFÉRENTES CHASSES QUI SE FONT A FORCE DE CHIENS. 

? 1. De la chasse du cerf. 448 

'i 2. De la chasse du daim 467 

g 3. De la chasse du chevreuil 470 

? 4. De la chasse du lièvre 475 

Levretterie 478 

g 5. De la chasse de l'ours 481 

g 6. De la chasse du sanf/lier 484 

5! 7. De la chasse du loup 498 

?. 8. De la chasse du renard 490 

g 9. De la chasse de la loutre 503 

Chasse du blaireau à force 507 

Notes 509 

Pièces justificatives 517 



FIN DK LA TABLE DKS MATIERES. 



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